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Elections régionales : et si la droite reprenait quelques régions…

Quelques semaines après les élections européennes qui ont vu la victoire en trompe-l’œil de l’UMP et la percée d’Europe Ecologie, les résultats du scrutin du 7 juin offrent d’importants enseignements en vue des élections régionales qui se tiendront en avril 2010 et qui devraient marquer un tournant dans le quinquennat du Président Sarkozy. En effet, deux ans la prochaine élection présidentielle, les élections régionales seront les dernières élections à l’échelle nationale1 et seront le début des deux dernières années du quinquennat.

Pourquoi analyser les résultats des élections européennes ?

Alors que les élections européennes ont connu une abstention très élevée (près de 60%) et qu’elles devaient concerner des enjeux dépassant le simple cadre régional, il pourrait sembler imprudent de conduire une analyse poussée des résultats de ce scrutin en vue des élections régionales de 2010. Pour autant, les européennes, en raison de leur place dans la séquence électorale, offrent un intérêt unique. En effet, les élections législatives sont, depuis l’instauration du quinquennat, directement liées aux scrutins présidentiels les précédant et ne permettent plus une analyse poussée de la situation politique des territoires. Et les élections cantonales et municipales, avec leurs offres électorales trop variées, ne peuvent pas être ramenées au niveau régional pour être analysées. Enfin, en vue des régionales de 2010, les enseignements issus du scrutin présidentiel de 2010, éloignés dans le temps et marqués par un contexte particulier (participation de 80% de la population, émergence du vote Bayrou dont la stratégie politique a troublé les équilibres politiques), ne fournissent pas des éléments assez solides.

Les élections européennes offrent donc la grille de lecture la plus pertinente actuellement. Le niveau de l’abstention enregistré en 2009, certes élevé, ne rend pas pour autant caduques les enseignements tirés de ces élections, puisque la participation aux élections régionales n’a pas dépassé 60% en 2004 et en 1998. Par ailleurs, le score national très faible recueilli par la droite parlementaire lors des élections européennes (35%) étant l’un des plus faibles jamais enregistrés2, il peut être considéré comme l’hypothèse basse du score de la droite pour 2010. Enfin, le faible score du FN stigmatise une baisse globale de son poids dans l’électorat, et permet d’établir des scénarios au sein desquels il ne pourra se maintenir au second tour en 2010 dans de nombreuses régions où il avait pu le faire en 20043. La projection des résultats des élections européennes permet donc de clarifier l’évolution électorale de chaque région, alors que la quasi-totalité des scrutins ont été remportées par la gauche en 20044 . Bien entendu, ces projections ne constituent en aucun cas des éléments prédictifs des scores recueillis à l’occasion des élections régionales, mais sont une modélisation des rapports de force actuels dans les régions françaises. Ces indicateurs en tiennent par ailleurs aucun compte de la situation politique exacte de chaque région et des candidatures pressenties pour les élections de 2010.

Une seule région actuellement à droite, qui devrait le rester

L’Alsace, seule région métropolitaine remportée par la droite en 2004, devrait logiquement être conservée par la majorité actuelle. Les projections réalisées montrent que le FN, qui avait recueilli 15% des suffrages exprimés en 2004, pourrait ne pas être en mesure de se maintenir au second tour. Mais malgré l’absence du FN au second tour, la droite ne disposerait pas forcément d’une grande marge de manœuvre, la droite ayant recueilli 52,5% des suffrages exprimés le 7 juin, dans une région pourtant considérée comme très à droite.

Quatre régions qui pourraient basculer de gauche à droite

Comme indiqué plus haut, la baisse du poids électoral du Front National pourrait l’empêcher de se maintenir au second tour dans de nombreuses régions et ainsi faire évoluer l’équilibre gauche-droite de 2004. Trois régions sont directement concernées par ce scénario : Champagne-Ardenne, où l’absence du FN devrait offrir la victoire à une droite qui a recueilli 53,5% des voix exprimés à l’occasion des élections européennes, et, dans une moindre mesure, Basse-Normandie et Centre, où la gauche a eu le 7 juin une avance très mince par rapport à la droite (respectivement 50,5% et 50,9% des suffrages).

Une quatrième région, Pays-de-la-Loire, présente pour sa part une situation assez étonnante, puisque, alors que la droite parlementaire a recueilli un total de voix faible au niveau national, les listes de droite ont mieux réussi que les candidats de droite à l’élection présidentielle de 2007. La présence de François Fillon, personnalité politique locale et tête de liste UMP à l’élection régionale de 2004, à la tête du gouvernement, le positionnement politique de Christophe Béchu, tête de liste UMP à l’élection européenne en 2009, et la plus forte mobilisation des électeurs de droite dans un scrutin fortement abstentionniste, pourraient en partie expliquer l’inversion du rapport de force depuis 2004 : au second tour, la gauche, emmenée par Jacques Auxiette avait devancé la liste de François Fillon, de 4 points (52% contre 48%, le FN n’ayant pas obtenu un score assez élevé au premier tour pour se maintenir) alors qu’aux européennes, le total droite atteint 52% des voix, contre 48% à la gauche.

Cinq régions qui devraient plutôt rester à gauche mais pourraient basculer en cas de poussée forte de la droite

La droite ayant recueilli à cette occasion son score le plus faible depuis le début de la Vème République, les élections régionales de 2004 se sont déroulées dans un contexte très favorable à la gauche. La position des élections régionales dans le séquençage électoral et leur statut d’élections intermédiaires laissent penser que la droite ne pourra reprendre qu’un nombre limité de régions. Pour autant, en cas de poussée de la droite au niveau national, la gauche pourrait être menacée dans cinq régions supplémentaires.

Pour quatre de ces régions, la chute du FN est encore le principal élément d’évolution du rapport de force : la Bourgogne, la Franche-Comté, l’Ile-de-France et Poitou-Charentes. Mais là encore, les situations diffèrent d’une région à l’autre. Ainsi, parmi ces régions, Poitou-Charentes est la seule à avoir voté majoritairement à gauche en 2007, ce qui peut s’expliquer par la candidature de Ségolène Royal, actuelle présidente de la région. Cette région est également la seule à connaître le même rapport de force gauche-droite en 2007 et en 2009 (51%-49% en faveur de la gauche), pour les raisons exposées par Jérôme Fourquet dans son analyse géographique du score de l’UMP aux européennes.

La dernière région qui pourrait être menacée en cas de poussée électorale à droite est la région Provence Alpes Côte d’Azur. Cette région est une des dernières où le FN pourra se maintenir, si l’on reste dans les tendances observées le 7 juin (11%). Mais la gauche ne dispose malgré cela que d’une avance limitée sur la droite (46%-43%), et un effondrement plus sensible du FN pourrait offrir la région à la droite.

Onze régions que la gauche devrait conserver

Les autres régions semblent actuellement des bastions de la gauche, et les équilibres observés à l’élection présidentielle de 2007 et aux élections européennes de 2009 ne laissent presque aucun espoir à la droite pour en récupérer la tête. Ainsi, en Aquitaine (56%-44%), Auvergne (56%-44%), Bretagne (54%-46%), Haute-Normandie (54%-46%), Languedoc-Roussillon (55%-45%), Limousin (60%-40%), Lorraine (53%-47%), Midi-Pyrénées (58%-42%) et Rhône-Alpes (53%-47%), la configuration électorale actuelle semble annoncer un statuquo en 2010, la gauche ayant été largement majoritaire le 7 juin. En Nord-Pas-de-Calais, la présence ou non du FN au second tour ne devrait pas non plus changer la donne, la gauche ayant une avance assez large (53%-35%-12%). Enfin, en Picardie, le FN devrait logiquement se qualifier pour le second tour (14%) et briser les espoirs de conquête de la droite, qui a recueilli 40% des voix le 7 juin.

Avec le faible score de la droite aux élections européennes de 2009, il est déjà possible d’avoir un aperçu de la France des régions telle qu’elle sortira des scrutins régionaux de 2010. Mais soyons prudent, car ces élections ne concernent pas les mêmes enjeux et des surprises sont toujours possibles. Rien n’est donc joué d’avance.

 

  1. les élections cantonales de 2011 ne concerneront que la moitié des cantons [Revenir]
  2. le total de voix recueillis par la droite parlementaire n’est jamais tombé en dessous de 34%, score atteint lors des régionales de 2004 [Revenir]
  3. Lors des élections régionales seules les listes ayant recueilli plus de 10% des suffrages exprimées au premier tour peuvent se maintenir au second [Revenir]
  4. Ces projections se basent sur les résultats des élections européennes. Afin d’établir les rapports de force gauche-droite, les coefficients de report ont été les suivants :

    - Extrême-gauche : report de 50% des voix à gauche

    - Divers gauche : report de 100% des voix à gauche

    - Europe Ecologie : report de 100% des voix à gauche

    - MoDem : report de 50% des voix à gauche et 35% des voix à droite

    - Extrême-droite : report de 100% des voix au Front National en cas de maintien au second tour, report 50% à droite en cas d’absence du FN au second tour. Ces coefficients ont été établis après analyse des données de différents instituts de sondage. [Revenir]


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6 réactions à cet article    


  • Voltaire Voltaire 16 juillet 2009 13:08

    Comme l’auteur l’indique, il est difficile d’extrapoler le scrutin des élections européennes, traditionnellement générateur de « surprises » électorales, sur celui des élections régionales.

    Au niveau du contexte général, ces élections régionales devraient arriver au moment du pic de chômage en France. De plus, les élections intermédiaires ne sont traditionnellement pas favorables au pouvoir en place.

    Face à cela, la droite classique peut compter sur l’affaiblissement du FN, qui rend, comme le souligne l’auteur, très improbable son maintient au second tour. Elle pourra aussi profiter du désarroi du PS, qui n’a que eut de chance d’avoir retrouvé sa sérénité en 2010. En revanche, elle a perdu l’appoint de son traditionnel allié centriste : le Nouveau Centre ne pèse quasiment rien et ne présentera sans doute pas de listes autonomes, les partisans de Jean Arthuis n’ont pas de troupes, et le MoDem est fermement dans l’opposition.

    L’inconnue réside dans le score des écologistes et leur capacité à s’organiser en dehors de la locomotive Cohn-Bendit, dans le redressement du MoDem, et dans l’attrait exercé par le parti de gauche et ses alliés communistes.

    Surtout, le score de l’opposition (parler de « gauche » quand on doit inclure l’ensemble des écologistes et le MoDem est un terme impropre) dépendra de sa capacité à trouver un accord de second tour crédible.

    La « droite » est effectivement à un plus bas historique, l’UMP étant maintenant sans alliés. Les résultats des élections régionales seront donc surtout un test pour l’opposition : il sera intéressant de regarder si une coalition de centre-gauche, constituée du PS, du MoDem et des écologistes se constitue (électoralement plus payante), ou si la gauche se replie sur ses alliances traditionnelles. Scrutin plus « politique » que les européennes, ces régionales seront donc un test déterminant à 2 ans des présidentielles, pour évaluer le rapport de force entre partis de l’opposition et ses capacités à s’allier face au parti du président de la république, premier parti de France mais très minoritaire en voix


    • Bill Grodé 16 juillet 2009 13:22

      Quand vous dites que la victoire de l’UMP était en trompe l’oeil, je suppose que vous faite allusion au faible taux de participation à ces élections.
      D’accord avec vous, mais je pense qu’il faut aussi préciser que la percée d’ Europe Ecologie était aussi en trompe l’oeil, puisque le taux de participation faible s’aplique aussi à ce vote.
      Et je ne crois pas comme vous que leurs électeurs se reporteront à cent pour cent à gauche , loin de là....


      • Délits d'Opinion Délits d’Opinion 16 juillet 2009 13:31

        Quand je parle de trompe-l’oeil, je ne fais pas allusion au taux de participation, mais au total droite qui a été l’un des plus faibles depuis le début de la Vème République. C’est pour ça que je ne parle pas de trompe-l’oeil pour Europe Ecologie.

        Pour les coefficients de report, j’ai préféré compter 100% à gauche (ou à l’opposition comme souligne très justement Voltaire), car il s’agit, comme il l’a peut-être mieux expliqué que moi, d’un regroupement des forces opposantes à la majorité actuelle.

        Ces hypothèses de travail, peut-être très théoriques et tout à fait critiquables, permettent de fixer une hypothèse très défavorable à la droite : score des européennes très faible de la droite, report des voix défavorables, ce qui permet d’analyser d’autant mieux l’impact de l’absence du FN dans certaines régions.


      • Mmarvinbear mmarvin 16 juillet 2009 13:39

        Vu le raz-de-marée des dernières régionales en faveur de la gauche, il est inévitable de voir cette dernière perdre du terrain à l’échéance suivante.

        En 92, la droite avait raflé 20 régions, sans même avoir besoin du FN pour cela. En 98, elle a reculé et n’a du qu’aux compromissions des « 5 salopards » de garder certaines région clé avec les voix du FN.

        Tout résidera en fait dans l’ampleur du recul.

        Si la gauche perd 3 ou 4 régions, tout le monde pensera que c’est normal.

        mais si la gauche en perd plus, alors il est certain que Martine Aubry sautera de son poste. Ce sera la défaite de trop après les Européennes.


        • tvargentine.com lerma 16 juillet 2009 19:08

          Une bonne article à lire mais permettez moi d’apporter des arguments en plus dans la prochaine défaite annoncée des socialistes

          Les citoyens sont dégoutés du comportements des dirigeants socialistes qui n’ont rien proposé depuis le dépot de bilan en 2002

          Bien sur,il y a eu les régionales de 2004 mais c’etait pour marquer le coup contre Chirac
          (vote protestaire contre une politique qui ne représentait pas les electeurs de gauche républicain qui ont voté pour lui en 2002 au 2eme tour de la présidentielle.)

          Aujourd’hui le PS c’est le parti d’arrivistes sans idées dont la finalité est de se remplir les poches (voir les cas exemplaires de Jean Paul Huchon et de Jullien Dray)

          Ces 2 personnes sont millionnaires grace à de l’argent public et ce qui s’est passé dans le nord de la France http://www.lemonde.fr/politique/article/2009/07/09/a-henin-beaumont-l-ex-maire-incarcere-demande-l-annulation-du-scrutin_1217328_823448.html
          ...est caractéristique d’une dérive dans ce parti sans tête.

          Je ne parle pas du Maire de Colombes ,qui ,lui préfére interdire l’alcool que la BURGA
          ni d’Emmanuel Valls qui considère qu’il manque de ’blancs’ dans sa ville !

          Bref ce parti est un vrai nid de crabe qu’il convient d’écarter de nos régions et de donner
          une chance à de nouveaux partis politiques pour s’occuper des problèmes dans nos régions

          En votant pour Europe Ecologie la gauche alternative,le Modem ou l’UMP nous faisons un travail qui est de purger la vie politique des mêmes personnages qui vérouillent l’évolution
          des idées politiques et du changement

          Ou sont les idées progressistes du PS aujourd’hui ???

          IL n’y en a plus et franchement il convient de marquer une vrai rupture avec ce parti de notables et d’affairistes qui remplissement les poches à leurs copains dans le subventionnement intensives d’associations généralement dirigées par des « amis »

          Regardez dans quel état se trouve la Région Ile de France ?

          Regardez le montant de la dette au main d’un fond de pension américain !

          En 2010 j’ai le choix et mon choix sera d’écarter ce parti de la gouvernance de la Région
          en donnant une chance à d’autres pour changer ma vie de tout les jours dans ma région

          www.tvargentine.com










          • kdb 16 juillet 2009 20:30

            dans le classement de juillet 2009 d’après l’étude IFOP MATCH

            Voici la question posée : Pour chacune des personnalités suivantes, dites-moi si vous en avez une excellente opinion, une bonne opinion, une mauvaise opinion, une très mauvaise opinion ou si vous ne la connaissez pas suffisamment ?
            Sondage : Marine Le Pen fait un bond de +8% !
            28% chez les sympathisants UMP et 34 % chez les 65 ans et plus.

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