Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Éloge et défense de Christine Boutin

Éloge et défense de Christine Boutin

 Les déboires de M. Eric Woerth ne doivent pas chasser des mémoires la pétulante Christine Boutin devenue en quelque sorte une espèce de pauvre pivoine sous les grêlons. Accordons lui qu’elle tient, pas encore trop ramollie sur sa tige. Mais enfin, quelques pétales commencent à pendre piteusement. Ne pouvait on la mettre à l’abri dans une serre et retenir un souffle respectueux autour d’elle ? Bien sur elle a tort et personne ne songe un seul instant à défendre sa si triste cause. Mais quand dans un cas comme le sien, les abus flagrants, les justifications vaseuses réalisent ensemble la densité du métal et la transparence du cristal, la performance mérite un vif respect, des égards, mille révérences. L’ancienne ministre du logement ne passait pas, comme on dit, pour une lumière. Voici soudain qu’elle illumine. De quoi sortir les drapeaux, déposer à ses pieds des montagnes de fleurs, parce qu’après tout sa mauvaise foi ingénue a aussi la puissance de produire des miracles.

Répétons le donc sans trêve : sa paisible outrecuidance ne réclame pas des clameurs, des huées, mais plutôt des soins précautionneux. L’embaumement même dû aux plaies purulentes déjà très avancées. Par exemple, à la suite de quel parcours extraordinaire cette pimpante victime a-t-elle pu s’élever si haut pour descendre si bas, au jeudi soir, au JT de vingt heures ?

Tel qu’il se présente fort brièvement, son parcours décrit par elle-même selon les usages du Who’sWho ne comporte dans ses débuts rien d’éblouissant ni même d’inédit, sauf au Lycée Balzac de Tours, puis d’une inscription à la faculté de droit de Paris, sans aucun succès particulier. De l’évasif du début à la fin. Cette énigme la conduit à ce qu’elle appelle pompeusement « les Relations extérieures du CNRS », sans qu’il soit vraiment possible de savoir si elle y travaillait en spécialiste de quelque chose ou modeste dactylographe. Ensuite, elle apparaît comme adjointe au secrétariat de la Caisse nationale du Crédit Agricole, sans d’ailleurs aucune précision géographique propre à savoir si elle œuvrait à Paris ou à la Ferté sous Jouarre.

A partir de cette activité bancaire, voilà qu’elle se déclare soudain « journaliste ». Le meilleur ou le pire des métiers selon les caractères. De hautes consciences, les défenseurs dévoués du bien public y côtoient, parfois dans la même rédaction, de purs chenapans prêts à toutes les compromissions. Il s’y croise aussi d’authentiques aventuriers séduits par des reportages dangereux au cœur de pays en guerre. Sa nature tranquille éloigne Madame Boutin des polémiques tumultueuses comme des coups de fusil ou éclatent comme se disloquent de grandes carrières. Beaucoup plus prudente, elle s’implique dans le très modeste mensuel de bureau « Dossier Familial » fabriqué lui aussi par le Crédit Agricole pour sa clientèle. Pas de quoi écraser une poule. Qu’elle y passe de 1979 à 1986 plus d’une demi-douzaine d’années suscitera peut être quelques sarcasmes. A tort ! Ses tribulations récentes rappellent qu’avec cette sainte n’y touche paisible, l’œil clair trompe assez facilement son monde.

En 1977, elle accède en effet sans tambours ni trompettes à l’obscur Conseil municipal d’Auffargis, dans le département boisé des Yvelines. A part le muguet en aout et la chasse à partir de septembre, il ne s’y passe jamais grand-chose. Mais sous la ronde silhouette de la jeune dame, une ambition nouvelle commence à frétiller : sortir d’un sort obscur par la politique. Une riche idée ! Prise comme métier, la politique présente ce miracle en effet de réussir par les défauts propres à conduire aux échecs dans n’importe quelle autre profession. Un médecin sans diagnostics ni traitements face aux maladies, un commerçant incapable de vendre, un comptable de calculer, perdent rapidement toute clientèle. Au contraire, n’importe quel représentant du prétendu peuple souverain peut mentir, se tromper, s’épanouir entre l’impuissance, les échecs, voir même les scandales sans qu’il ne lui en coûte rien. A la retraite quelques uns des pires chevaux de retour en deviennent même populaires, comme Chirac.

Après le fameux chien de Pavlov, le bœuf électoral obéit en effet à des réflexes conditionnés fort simples, très bien connus des spécialistes. Prononcés avec toute l’emphase, l’émotion voulue, les mots « République », « démocratie », « justice pour tous », « liberté d’entreprendre » lui arrachent des larmes. Larme de gauche, larme de droite, larmes quand même. A « l’égalité des chances », il salive. Rien n’arrête plus ses sécrétions. Catholique ostentatoire, Christine Boutin ajouta sa défense personnelle des mœurs de la famille chrétienne à ces exercices assez simples. Avec par-ci par-là une solide communion à la messe du dimanche, elle y gagna l’appui des paroissiens assez nombreux dans l’Eglise et même, bien au-delà, celui discret mais efficace du Vatican. Pas mal pour une modeste petite main du Crédit Agricole ! Ainsi entre-t’elle en 1986 au Palais Bourbon, pour devenir ministre avec Chirac puis demeurer sous Sarkozy ministre de la Ville et du Logement. Sans doute ce métier politique si attirant pour les médiocres incapables de réussir autre part comporte-t-il des servitudes particulières : l’aptitude à savoir parler pour ne rien dire, confondre le noir avec le blanc, l’eau et le feu, se contredire sans qu’un imperceptible mouvement des cils exprime le moindre embarras. Et puis, règle suprême, ne devenir jamais sincère avec toujours des actes, des sourires intéressés. En somme, pour monter, sans cesse descendre. Du matin au soir, une vie d’esclave. Si l’échec survient, une espèce d’entretien financier occulte sous le nom de « Mission » imaginaire à 9500 euros garantit alors l’avenir. Une espèce d’assurance prostitutionnelle réglée avec l’argent des contribuables.

Quand même mise en cause pour cette rémunération discutable, notre glorieuse retraitée jure qu’elle continuera le travail sur « les conséquences sociales de la mondialisation » à ses frais dans un total bénévolat. « je suis une bosseuse » assure t’elle. Pourquoi pas ? Entre le Ministère de l’Economie, ceux des Affaires étrangères, du Travail, de l’Industrie, l’Administration dispose au moins d’une cinquantaine de spécialistes avertis, capables de conduire la recherche à bien dans l’exercice de leurs tâches ordinaires sans qu’il en coûte aucune charge nouvelle à l’Etat. Par rapport aux synthèses qu’ils peuvent produire, même une « bosseuse » exceptionnelle manque de moyens comparables aux leurs. Sans doute arrive t’il parfois qu’un esprit solitaire supérieur, genre Prix Nobel ou Raymond Aron découvre par sa seule science ou les intuitions du génie des phénomènes nouveaux encore inaccessibles au commun des mortels. Oui, des prodiges de cette nature peuvent se produire. Sans vouloir vexer personne, observons qu’ils émanent rarement d’humbles créatures instruites six ans de suite au Dossier familial du crédit agricole.

Au XVIIe siècle, Molière théâtralise brillamment Tartuffe, un beau modèle d’imposture catholique, l’œil vers la sacristie mais les doigts toujours prêts à sauter sur la caisse. En ce temps de prépondérance des mâles, l’individu s’identifiait au genre masculin. Avec la parité entre les sexes, notre époque en exige la féminisation d’urgence. Madame Boutin nous produit donc une Tartufette tout-à-fait digne d’admiration. Le lynchage médiatique sans discernement qu’elle vient de subir n’a pas reconnu ce mérite autant qu’il négligea l’histoire comme la psychologie du personnage. Injustices réparées.


Moyenne des avis sur cet article :  4.23/5   (31 votes)




Réagissez à l'article

11 réactions à cet article    


  • phiconvers phiconvers 3 juillet 2010 02:05

    J’ai plussé parce que c’est à peu près bien écrit et qu’un Chrétien en politique a le devoir d’être exemplaire.
    N’empêche, Ch. Boutin est une proie facile et j’ose espérer que l’on ne fera pas d’amalgame avec les Chrétiens qu’elle prétend (bien mal) représenter.


    • ChatquiChouine ChatquiChouine 3 juillet 2010 10:37

      Un vrai plaisir de lecture, bravo à l’ auteur.

       Au delà de la croustillante et ironique description de cette « Tartufette » de bénitier, vous faites passer quelques messages sur la réussite en politique et la prévisibilité de l’ électorat forts bien sentis...même si, sur ce dernier point, j’ose espérer que l ’avalanche d’affaires sur fond de crise de ces dernières années ait quelque peu déniaisé le citoyen.


      • morice morice 3 juillet 2010 10:51

        ancien Action Française, l’auteur.... 


        le fatras dans la tête du monsieur expliqué par lui-même ici :
        un oubli dans son texte ici :

        Mes bonnes relations avec MITTERRAND continuent si bien que lorsqu’il devient Président, je deviens un habitué de l’Elysée. Avec le changement de direction au Monde, l’atmosphère n’est plus la même. V oilà alors qu’à TF1, MITTERRAND pose comme conditions à la nomination d’Hervé BOURGES comme Président, l’embauche comme consultants d’Eric ROULEAU, Paul-Marie de la GORCE et moi-même. Je devais livrer mes réflexions sur la télévision au Président, toujours avec mon regard personnel.

        En 85, il souhaite me nommer à la Haute Autorité de la Communication audiovisuelle parce qu’il a besoin dans cette institution d’un homme de droite lié à sa personne. Quiconque m’accorde sa confiance a droit aussitôt à ma fidélité. MITTERRAND prévoyait la défaite des siens aux législatives de mars 1986. Il souhaitait faire barrage aux chiraquiens au sein de la médiasphère. Voilà ma période de compagnonnage avec les mitterrandistes, qui ne s’est accompagnée d’aucune profession de foi républicaine. Seuls mes rapports avec MITTERRAND et mes connaissances dans certains domaines la justifiaient.

        La Haute Autorité tombe en 1987. En 1988, je rallie le cabinet de Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, alors Ministre de la Défense. Puis ce dernier quitte ses fonctions et me laisse dans le vide. Edith CRESSON me rattrape au vol quand elle devient Premier Ministre. Je lui fais alors part de mes inquiétudes par rapport au caractère éphémère de ces fonctions de conseil politique. J’ai ainsi été nommé Inspecteur Général de l’Administration du Ministère de l’Intérieur en Conseil des Ministres au tour extérieur. Cette fin de carrière m’a fait sourire : jamais le jeune royaliste rebelle vendant un journal interdit à côté de la rue CAMBACÉRÈS que j’étais, n’aurait cru finir dans une des hautes fonctions de la République.


        ce qui s’appelle cracher au bassinet.. et ça vient nous parler de Tartuffe ? manque pas d’air, le bonhomme....


        • djanel Le viking- djanel Le viking- 3 juillet 2010 13:42

          Moricette ... j’ai trouvé ce texte très plaisant à lire et je m’en suis régalé.


          Votre dernière remarque montre à quel point votre faculté de juger est défectueuse car objectivement on ne peut pas reprocher à Monsieur Conte de nous avoir tartuffié.

          Bon assez rigolé voici un lien sur Youtube où l’on peut voir Madame Boutin à l’assemblée nationale nous jouer une comédie. Soyons sévère, nous assistons à une crise d’hystérie. Tous les symptomes y sont : des postures théâtrales, de l’exagération et des mensonges parce que Jospin n’a pas dit qu’elle était marginale mais qu’elle avait des positions marginales sur ces questions

          http://www.youtube.com/watch?v=eDHcqxomT4E


        • Fergus Fergus 3 juillet 2010 11:53

          Très bon texte, et excellent portait d’une dame patronesse taillée pour une paroisse rurale et qui se voit éminence grise d’un cardinal.

          Encore n’avez-vous pas parlé (ou cela m’a échappé) de ses rapports troubles avec les « petits gris » et autres intégristes catholiques !

          Pauvre Christine, moquée et vilipendée. Par chance pour elle, Dieu, s’il est reconnaissant envers sa zélée servante, le lui rendra au centuple !


          • armand armand 3 juillet 2010 12:53

            La grande contribution de la mère Boutin à la cohésion sociale : les surloyers vertigineux dans les HLM parisiens, qui ont servi a expulser la catégorie, bien française, de la classe moyenne, trop pauvre pour louer ou acheter dans le privé, trop riche désormais pour bénéficier d’aides sociales.
            Lesquelles iront en priorité aux familles polygames maliennes...

            Mais c’est vrai qu’en bonne chrétienne, la mère Boutin adooooooore les familles nombreuses. Même qu’elle a été au premier rang pour s’opposer, il y a quelques années, aux conditions de ressources appliqées aux allocs.


            • furio furio 3 juillet 2010 13:34

              Ah ! c’est trés bien écrit !

              On en viendrait presque à oublier que l’auteur et Mme BOUTIN ne sont pas si éloignés l’un de l’autre. On pourrait même dire que c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Ah ! ça va la peiner la sainte mère Boutin quand elle va lire ce texte de son cher Gilbert.
              Car ce qui n’est pas dit c’est que Mme Boutin est plus proche des « cathos intégristes » et de l’extrême droite que de tout autre faction politique.

              « Madame Boutin s’était fait connaître en s’opposant, parfois en larmes ou une bible à la main, au PACS lors de l’examen du texte de loi à l’Assemblée en 1998-99. Catholique pratiquante, elle a également pris parti contre l’avortement et la pilule du lendemain, contre le mariage homosexuel et l’adoption par des homosexuels. La défense des droits de la vie l’a conduite à prendre position contre la peine de mort et sur de nombreuses questions de société comme les prisons, le logement d’urgence, les banlieues » libé.

               
              On espère que Mme Boutin avance dans son prestigieux rapport caligraphié, Elle a paraît-il déjà trouvé le titre « Les effets de la mondialisation... » C’est parfois le plus difficile alors tous les espoirs sont permis. 


              • ZenZoe ZenZoe 3 juillet 2010 15:20

                Lecture délectable, et qui en outre soulève un point très intéressant :
                Comment faire carrière lorsqu’on a à priori peu d’atouts et un maigre bagage ?
                Boutin nous fournit sa réponse : se créer un personnage avec des pseudo-convictions et se lancer en politique.
                Moi je dis quand même bravo, bien joué !
                Même si le déguisement est tombé, elle ne repartira pas chez elle les mains vides (peut-être sa conscience la fera-t elle souffrir un peu malgré tout, mais on ne peut pas tout avoir).


                • anty 3 juillet 2010 15:39

                  Il faut souligner le courageux combat de cette femme contre la clique d’homo qui essaye d’imposer à la population française un type de société ou seront exclu les gens qui ne pensent pas comme eux....


                  • furio furio 3 juillet 2010 21:19

                    pov’ tare !


                  • Vipère Vipère 3 juillet 2010 20:22

                    Bonjour à tous et à l’auteur,

                    Billet pétillant, drôle, impertinant !

                    Et cerise sur le gâteau, des révélations sur la tartufette en jupons, qui en actrice consommée a sû tirer les ficelles en coulisses pour se hisser aux plus hauts des cieux politiques, près de l’UMP. 



                     

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès