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Accueil du site > Actualités > Politique > Éloge politique de l’esprit olympique (2/2)

Éloge politique de l’esprit olympique (2/2)

Cet article en deux parties constitue un chapitre d'un ouvrage de philosophie politique en préparation intitulé Le Miroir des Peuples. Avant de contacter quelques éditeurs, j'en expose ici un extrait afin de recuillir les critiques les plus constructives (ou destructives) possibles. Certains passages pourront parâitre abscons au lecteur n'ayant pas eu accès à l'ensemble des chapitres précédents ; je me tiens à la disposition de chacun si la nécessité d'une précision se fait sentir. Voici donc la deuxième partie du chapitre intitulé Éloge politique de l'esprit olympique.

La communion des affects

Nous notions à l’instant combien le public peut être amené à s’identifier aux prouesses d’un sportif de haut niveau. Le football est sans doute, à cet égard, le sport le plus populaire au monde. Il est celui qui invite le mieux des millions de jeunes à l’effort physique, difficilement déplorable, fût-il entaché d’un désir de gloire à la clé. Si cet attrait ne peut être contagieux au point d’inciter tout un chacun à s’adonner à la pratique régulière du sport, pour autant, le caractère hautement estimable de l’effort physique en soi n’est jamais remis en cause. Il semble absolument fondé de voir dans le développement et l’entretien du corps les manifestations d’une vertu. Comme nous le disions ailleurs (livre III, chapitre 1), le niveau atteint par l’homme empirique dans quelque domaine salutaire que ce soit rejaillit sur l’ensemble de l’humanité générique. Tout homme est appelé à se féliciter de l’existence de congénères vertueux de corps ou d’esprit, et peut se sentir comme dépositaire d’une partie au moins de leur aura en tant que membre de la même espèce. L’athlète capable de parcourir à pied cent mètres en moins de dix secondes autorise n’importe qui à voir en lui un porte-drapeau de l’humanité dans ce domaine, si mineur soit-il dans le sort des hommes. Allons jusqu’à dire que, par procuration, n’importe qui pourrait revendiquer cette performance face à une intelligence extrahumaine. Par procuration car si l’homme générique est à présent de force à accomplir un tel exploit, ceci ne signifie pas que n’importe quel homme empirique y soit disposé. À nous en tenir au réflexe contemporain de n’accorder le statut d’universalité qu’à ce qui a l’heur de se révéler effectivement en chaque être, nous refuserions l’autorité de l’homme générique édifiant et nous nous limiterions dans notre exemple à cette simple constatation d’uniformité : l’homme – l’homme empirique pour le coup – est capable de parcourir cent mètres en marchant.

Ce détour par le sport est donc aussi l’occasion d’une mise au point. Quand on se dit humaniste et que l’on a la passion de l’homme, toute expression de son excellence est bonne à prendre. Peu importe le nombre d’êtres directement concernés, car l’excellence n’a pas à être soumise à la statistique. Il est à souhaiter qu’un talent ou une vertu soient le plus répandus possible, mais en aucun cas le peu d’élus n’autorise à rendre ce talent ou cette vertu non avenus. Il est plus honnête et autrement courageux de favoriser leur caractère édifiant, de miser sur l’exemplarité d’êtres empiriques au service d’un homme générique toujours mieux doté en puissance. Ceci ne va pas sans admettre le besoin de transcendance qui nous est inhérent. L’athlète se réalise mieux physiquement en acceptant le défi lancé par l’un de ses devanciers dans la même discipline, tout comme l’honnête homme s’accomplit mieux moralement par l’entremise d’un Socrate ou d’un Jésus, soucieux de prendre soin de leur âme. L’effectivité de tels modèles est rendue nécessaire par l’espoir qu’ils suscitent, d’autant plus dans des sociétés individualistes et désenchantées. La dimension religieuse conférée initialement aux jeux olympiques (en l’honneur de Zeus) n’appartient plus dorénavant qu’au folklore mythologique. Toutefois, ce besoin de transcendance reste intact dans le sport, et il n’est pas absurde de penser qu’il le soit également dans la sphère éthique. N’est-ce pas en devenant témoin de son propre développement que l’on mène celui-ci le plus loin ? N’est-ce pas par une sortie de soi que l’on acquiert un regard objectif, donc critique sur sa propre valeur ? Cette objectivité a beau n’être jamais totalement acquise – du fait en particulier que l’amour de soi interfère inévitablement et dicte toujours ses conditions –, l’introspection la plus franche ne demeure envisageable que d’un point de vue extérieur. Or, le plus sûr moyen de parvenir à s’extraire de sa propre condition n’est-il pas d’épouser celle d’un objet d’admiration ? Le sportif en herbe consent en partie à s’améliorer parce qu’il sait que certains de ses semblables sont capables de mieux faire, de même que le citoyen intègre s’appuie, dans son respect des règles, sur une certaine idée de l’homme héritée du fond des âges. Et si en l’occurrence l’un et l’autre sont assujettis au réflexe comparatif, ce n’est pas pour en arracher des droits mais bel et bien pour y asseoir leurs devoirs d’hommes. En cela, leur démarche participe pleinement de l’esprit libéral antique, au rebours du conformisme contemporain (cf. le libéralisme inversé, livre II, chapitre 2). L’accomplissement d’une nature est, par définition, un acte immanent. Néanmoins, pour passer de la puissance à l’acte, pourquoi cette nature devrait-elle s’abstenir du patronage de la transcendance, à partir du moment où elle y puise ses élans entéléchiques et non les lois qui la gouvernent ?

Voyons maintenant en quoi la transcendance n’est pas seulement utile, en quoi elle est une nécessité. Imaginons une seconde que l’effort que chacun, à sa mesure, daigne fournir en vue d’évoluer dans son être soit motivé par une cause extérieure – cause, nous le disions à l’instant, non pas normative, mais édifiante. Cela revient à constater que chacun dans son coin se ménage un petit panthéon portatif et il n’est pas interdit de s’en féliciter. Autrement dit, dans notre hypothèse, chaque individu éprouve le besoin de référer ses progrès à une entité extérieure, une entité tutrice pourrait-on dire. Dans ce cas, voilà déjà un remède à la torpeur, appelée à se généraliser dans un monde où le progrès technique promet à tous toujours plus de confort. Cependant, il faut alors se résigner à l’individualisme et au possible désintérêt de celles et ceux à qui sourit la réussite vis-à-vis de moins chanceux. Un autre remède serait ici le bienvenu. Il pourrait consister à tirer parti de ce détachement momentané de soi que suit l’attachement à un être remarquable pris comme modèle pour soi. Mais comme nos entités tutrices sont au moins aussi diverses qu’il y a de domaines où exceller, nous n’aurions d’autre choix que de leur trouver un dénominateur commun. Il serait heureux qu’officie alors leur qualité d’homme, leur appartenance au genre humain, et, de fait, la célébration du génie de l’homme générique, celui de l’Humanisme, archétypique, aurait certainement plus d’empire que les revendications parfois mesquines et toujours uniformes sur lesquelles misent les droits de l’homme. Mais précisément parce que les droits de l’homme ont accaparé l’universel et l’ont rendu consubstantiel à l’uniforme, le génie d’un seul n’éclabousse que trop rarement l’ensemble de l’espèce. En revanche, à mi-chemin entre l’individu et l’humanité, il se trouve un lieu où puissent converger les entités tutrices, et pour l’exposer à la vue de tous, nous y planterons un drapeau ; la communion des affects est la plus belle preuve de l’évidence d’une nation.

Quoi de plus rassembleur, en effet, qu’une coupe du monde de football remportée au vu et au su de toute la planète par une équipe nationale ? S’est-on souvent interrogé sur le caractère irrationnel de l’euphorie engendrée ? Qu’a-t-on à y gagner individuellement ? Est-ce que nos vies s’en trouvent changées dès cet instant ? Ce qui est sûr, c’est qu’il flotte dans l’atmosphère les jours qui suivent un entrain général, une sorte de bienveillance communicative qu’un rebond de l’activité économique n’explique pas seul, et qui dépasse largement le simple intérêt pour le football. Un sentiment particulier n’est certainement pas étranger à cela, celui de partager quelque chose, d’avoir vécu un événement qui lie dans l’espace et qui lie dans le temps, d’avoir pris part, par un soutien massif, au rehaussement du curriculum commun. En grattant un peu, ce sont les traces d’une œuvre commune que nous découvrons, si superficielles soient-elles. Dans ces moments de liesse populaire, la conscience de faire partie d’une communauté, que l’on aimerait plus fréquente, est irrécusable. Pourtant, la notion même de communauté implique qu’il y a nous et qu’il y a les autres, mais, sauf comportements bestiaux aux abords de certains stades, cette distinction ne s’accompagne pas de haine. Le respect mutuel prévaut, les capacités de l’autre sont reconnues et l’on n’est jamais totalement perdant lorsqu’on a donné le meilleur de soi. Le simple fait de consentir à l’effort nous dévoue d’ordinaire aux gestes de civilité de notre prochain, qu’il soit spectateur ou engagé dans le même effort.

 

La juste rétribution

Après avoir vu en quoi l’individu pouvait légitimer l’accomplissement de soi, après s’être penché sur la communion des affects que drainent certaines performances, il faut enfin constater la reconnaissance réciproque de ces deux principes. Nous avons rappelé plus haut (livre III, chapitres 1 et 2) que la justice était la vertu par excellence, ayant pour fonction d’ajuster l’un au multiple, il doit donc maintenant être question de juste rétribution. Nous allons examiner en quoi le monde du sport peut être un exemple de reconnaissance publique, d’assomption de la profonde disparité entre individus et d’objectivation des mérites, toutes choses qu’il se paie le luxe de garantir par le simple exercice partagé de la raison pratique, c’est-à-dire sans avoir recours ni au moindre corpus juridique, ni à la plus modeste déclaration de droits, ni aux illustres Tables de la Loi.

Et pour commencer, le sport donne sa chance à chacun. Il ne bénéficierait d’ailleurs pas aujourd’hui d’une quasi-dévotion si tel n’était pas le cas. Néanmoins, il n’en a pas toujours été ainsi. En Grèce antique, avant une certaine époque, l’activité sportive était réservée à l’aristocratie qui, à l’abri du besoin, avait du temps à y accorder. Dans ses Vies parallèles, Plutarque rapporte que Solon promulgua une loi dotant le vainqueur des Jeux Isthmiques de cent drachmes, celui des Jeux Olympiques de cinq cents drachmes. En plus de la gloire qui devait se rattacher à de telles victoires, cela permit certainement à des artisans, des commerçants ou des paysans libres de consacrer moins de temps à leur métier pour s’adonner, dans l’optique d’un retour sur investissement, à la pratique d’un sport honoré par les jeux. Si Plutarque dit vrai, Solon, l’un des Pères conscrits de la démocratie athénienne, agissait de manière conséquente. L’intention démocratique s’affirme en définitive dans la capacité offerte au plus grand nombre de pouvoir s’adonner au plus de choses possibles, à commencer par la politique, favorisée entre toutes car seuil de tout le reste. En donnant les moyens à tout homme libre d’élargir le champ des possibles, on agit nécessairement sur ses loisirs, sur le temps qu’il devra judicieusement répartir entre les différentes activités qu’il aura été invité à choisir. Alors que le sport aristocratique était dénué de référence pécuniaire comme s’adressant aux gens fortunés, le sport démocratique se devait de faire intervenir une valeur d’échange compensatrice, un moyen matériel en vue d’un accomplissement de soi dans le sport. C’est par cet accès que l’idée d’une professionnalisation du sport fera lentement son chemin doublé d’une inversion en puissance : celle du sport devenu moyen et de l’argent devenu fin, contraire à l’esprit des jeux panhelléniques.

Il est heureux que le sport se soit démocratisé, c’est même tout l’intérêt d’un parallèle opéré avec la politique. En donnant sa chance à chacun, le sport place tout le monde sur une même ligne de départ… ou presque. S’il ne respecte pas l’égalité stricto sensu, c’est pour l’honnête reconnaissance de chaque individu. En l’occurrence, une égalité hermétique se devrait de nier les différences d’ordre naturel, comme le fait qu’un homme soit, en moyenne, physiquement plus fort qu’une femme. La négation de disparités innées conduirait à une absence de catégories, si primordiales dans le sport eu égard à l’équité, donc à la justice. Sans catégories, les hommes et les femmes seraient alignés ensemble au départ d’un marathon, et il faudrait être bien hypocrite pour ne pas admettre qu’il y aurait alors peu de chances de voir un jour une femme figurer sur un podium. Nous venons de commettre un jugement de valeur, et c’est expressément ce jugement de valeur qui nous permet ici, non pas de surestimer la valeur des hommes, mais de faire droit à celle des femmes. À chacun selon son mérite, et le mérite ne se mesure pas au résultat seul et dénaturé, mais au chemin parcouru pour y parvenir. En conséquence, le mérite doit savoir où s’origine ce chemin, c’est-à-dire prendre en considération les aptitudes foncières des concurrents, donc les disparités entre eux. Nous retombons ainsi sur le principe de justice distributive. Mais dans le sport, ces disparités doivent être ramenées à l’essentiel, regroupées en catégories (selon l’âge, le sexe, le poids, le handicap éventuel, etc.), sans quoi il finirait par y avoir autant de catégories qu’il y a d’individus et aucune compétition ne serait plus possible, seul demeurerait l’accomplissement physique de chacun.

Le sentiment de la justice distributive tombe sous le sens commun ; il ne nécessite ni longs discours, ni mise en équations. Suum cuique tribuere, comme nous le mentionnions plus haut. En sport individuel, il est demandé à chaque compétiteur de procéder à un accomplissement de soi dans un contexte de rivalité rendue publique. Les règles existent, elles sont les mêmes pour tous et ne sauraient être remises en cause, mais y inclure une ablation des avantages que chacun peut tirer de sa nature propre serait un pur non-sens. Si l’égalitarisme qui prévaut en politique devait sévir dans le sport, celui-ci deviendrait stérile, n’aurait plus aucun intérêt et plus aucun adepte. Comme la politique. Toutes autres observations physiologiques mises à part, lorsque le sprinteur Usain Bolt parcourt une foulée, ses concurrents doivent en allonger 1,12 pour se maintenir à même hauteur. Inadmissible ! plaide le juriste. Fantastique ! crie le public. En sport collectif, chacun dispose d’une place attitrée au sein de l’équipe et les ego ne doivent pas porter atteinte à la cohésion de l’ensemble. Le simple bon sens se charge de distribuer les postes en fonction des talents, et il y a fort à parier que le public serait le premier outré si devait s’immiscer les scrupules d’une discrimination positive.

Outre le fait que le sport tire pour une bonne part son intérêt d’une application rigoureuse de la justice distributive, nous avons tenté d’expliciter en quoi il promouvait également une communion affective. Dans ce cas, n’y a-t-il pas risque que la passion partagée oblitère l’équité ? Ne se peut-il pas que, dans l’égarement d’une joie unifiante, la justice s’en trouve violentée, ou, inversement, que la sanction d’un échec joue contre la belle unité d’un peuple derrière son ou ses champions ? L’exemple de la fameuse main de Dieu nous permet d’y répondre. Quand la France s’est trouvée qualifiée in extremis pour une participation à la Coupe du Monde de football sur une main de l’un de ses joueurs-phares aux yeux de tous, sauf de l’arbitre, la joie n’y était pas. Il semble bien que dans le monde sportif, l’usurpation ne paie pas. Où il n’y a pas de mérite, il n’y a pas de gloire ; tout bien pesé, la main de Dieu n’est toujours qu’une main du diable. Et quand la même équipe de France s’est vue éliminée dans de pitoyables conditions de cette fameuse Coupe du Monde, il a émané d’un tel fiasco comme un sentiment général de soulagement, celui de s’être enfin acquitté de dettes morales et de pouvoir à nouveau encourager un accomplissement de soi honnête, sain et possiblement méritant.

Pour conclure, nous devons nous rappeler le parallèle auquel nous nous étions engagés entre le sport et la politique. Nous avons vu que l’activité sportive témoignait d’un effort sur soi et qu’il y avait un critère esthétique dans l’exacte jonction entre une nature donnée et une volonté exigeante. Nous avons admis également que le nombre, rendu conscient de lui-même et soucieux d’honorer l’excellence dont profite par contrecoup la patrie, pouvait se faire juge et praticien de la justice distributive, soit d’un respect de l’équité ressortissant au bien commun. En outre, un détour succinct par l’histoire nous a permis de distinguer trois phases rigoureusement successives dans l’essor de l’activité sportive : loisir aristocratique, lente démocratisation, puis professionnalisation (ce que d’aucuns regrettent d’ailleurs dans certains sports) d’où, parfois, corruption. Il est assez troublant de pouvoir faire ce même constat en politique. Loisir aristocratique à l’origine, l’activité politique a connu elle aussi une démocratisation avortée sous l’Antiquité, une longue mise entre parenthèses, puis un accès populaire facilité à l’époque contemporaine, talonné par une professionnalisation souvent tributaire des affaires et du profit financier. Mais contrairement à la politique, le sport a su tirer son épingle du jeu, susciter des vocations à la base, lutter autant que possible par l’opprobre contre la corruption au sommet, et préserver sa dynamique propre par le difficile arrangement de l’excellence et de la probité. Ce qui ne peut se faire en sacrifiant la nature sur l’autel de l’égalité. Bien sûr, on ne rend pas compte de vertus morales et intellectuelles comme on peut le faire d’un potentiel physique et jamais nous ne serons en mesure de contenter la sociologie, avide de statistiques, quant à la part chiffrée prise par l’inné dans l’excellence d’un caractère – puisque telle est essentiellement la perle rare en politique. Toutefois, nous ne pourrions que gagner à garder à l’esprit, et l’infinie diversité au sein de l’espèce, et le besoin de valeurs communes et édifiantes, et l’urgence de refonder la politique sur les principes de la justice distributive, au sens aristotélicien du terme.


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31 réactions à cet article    


  • Éric Guéguen Éric Guéguen 14 août 2013 09:39

    Bonjour.

    La dernière phrase de l’article a sauté dans la bagarre, je vous la soumets donc ici, tant pis :

    « Pourquoi le sport profite-t-il d’un succès jamais démenti et sans cesse croissant ? Peut-être parce qu’il est devenu, à l’insu de tous, l’ultime refuge de valeurs délaissées ».


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 14 août 2013 17:43

      Exact, mais qui dit fin de la professionnalisation dit avènement des amateurs. Il va déjà falloir réapprendre ce que ce mot veut dire, cesser de le lire de manière péjorative, et surtout, surtout ne pas oublier qu’aussi bien dans le sport qu’en politique, être amateur, c’est du boulot, beaucoup de boulot, et beaucoup de temps accordé à la chose. Voilà déjà de quoi filtrer au portillon.


    • Éric Guéguen Éric Guéguen 14 août 2013 20:42

      À qui le dites-vous !


    • maQiavel machiavel1983 14 août 2013 21:23

      Excellent ! Je n’ ai malheureusement plus le temps , trop de chose à en dire , je réagirai demain !


      • maQiavel machiavel1983 15 août 2013 19:57

        Et bien non , je n’ ai toujours pas le temps. Vous avez bien choisi votre jour pour écrire cet article passionnant Gueguen. smiley


        Demain j’ ameuterai du monde pour que nous puissions en discuter. 
        Cordialement !

      • maQiavel machiavel1983 16 août 2013 18:17

        Bon voilà !

        Excellent article , je pense que j’ achèterais votre livre , Gueguen. Finalement je n’ ai pas tellement de choses à en redire , je suis d’ accord avec quasiment tout , la triade loisir aristocratique ,démocratisation et professionnalisation est bien vue.

        Mais , j’ ai tout de même une inquiétude : 

        -Nous allons examiner en quoi le monde du sport peut être un exemple de reconnaissance publique, d’assomption de la profonde disparité entre individus et d’objectivation des mérites, toutes choses qu’il se paie le luxe de garantir par le simple exercice partagé de la raison pratique, c’est-à-dire sans avoir recours ni au moindre corpus juridique, ni à la plus modeste déclaration de droits, ni aux illustres Tables de la Loi.

        R / Voilà mon inquiétude. Vous ne l’avez pas démontré selon moi. En tous cas, vous ne m’ avez pas convaincu. Je crois qu’il faut des tables de la loi pour avoir un dénominateur commun, c’ est indispensable. Continuions :

         

        -Mais dans le sport, ces disparités doivent être ramenées à l’essentiel, regroupées en catégories (selon l’âge, le sexe, le poids, le handicap éventuel, etc.)

        R / Voyez vous Gueguen, je ne trouve pas ces catégories là raisonnable. Parlons du handisport, je ne trouve pas qu’un homme en chaise roulante en compétition avec d’autres qui ont le même handicap s’accomplit lui-même.

        Ce serait comme organiser un 100 mètre entre des obèses de plus de 200 kg, le gagnant s’accomplit-il ? Ou alors des combats de sumo entre des cachexiques de moins de 40 kg … moi je trouve que ça n’a pas de sens, d’autre trouve que cela en a un, comment peut on déduire un dénominateur commun entre ces convictions ?

        Je ne regarde jamais le sport féminin pour cette raison et il faut savoir que beaucoup sont comme moi …

        -Le simple bon sens se charge de distribuer les postes en fonction des talents, et il y a fort à parier que le public serait le premier outré si devait s’immiscer les scrupules d’une discrimination positive

        R / Je ne vais pas pinailler, disons que c’est vrai. C’est surtout parce que le talent dans le sport est souvent quantifiable par les statistiques notamment.

        Quand vous êtes attaquants de foot, on vous juge aux nombres de buts que vous mettez parce que la règle du jeu admise par tous, c’est que celui qui met le plus de but qui gagne. Comment quantifier le talent en politique ? Il faudrait des valeurs communes admise par tous… comment faire pour qu’il y’ ait des valeurs communes au sein d’une communauté autrement que par des tables de la loi ? Les règles dans le sport, ce sont des tables de la loi …


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 16 août 2013 22:20

        Me voilà :

        1. Je fais l’économie des Tables de la Loi parce que chacun sait reconnaître, en matière sportive, le talent là où il se trouve, ce n’est pas une question de point de vue : l’homme qui court le plus vite n’est pas une vue de l’esprit. Ne pas le reconnaître, c’est être de mauvaise foi... cela dit, c’est tout à fait permis... d’être de mauvaise foi ! Restons libéraux !

        2. Je dirais qu’un handicapé (et notez bien que je n’ai pas rédigé tout un paragraphe là-dessus non plus) s’épanouit (pour certains c’est un fait, même si nous pouvons en douter devant nos écrans) plus qu’il ne se réalise, du fait que le handicap ampute sa capacité à se réaliser pleinement. Figurez-vous que j’en ai parlé récemment avec un internaute à qui je fais lire ma prose, qui m’a dit lui aussi combien il trouvait grotesque le handisport. Disons que ce n’est pas véritablement du sport, mais on ne peut pas nier le mérite de ces personnes il me semble. Le mérite est purement du côté de l’acquis, de la volonté, pas de la nature. Ce qui leur manque en nature, ils le « compensent » d’une certaine manière en volonté.
        Mais je suis d’accord pour dire, par exemple, que deux personnes en fauteuil roulant qui se renvoient une balle avec des raquettes au-dessus d’un filet ne pratiquent déjà plus véritablement du tennis.
        En définitive, et même si je ne fais que l’évoquer, je crois que je vais enlever le terme « handicap » de mon texte. Celui-ci, de toutes façons, est un texte politique avant d’être un texte sur le sport, donc non exhaustif du point de vue du sport, forcément.
        Pour les femmes, en revanche, je ne suis pas d’accord. Le sport féminin ne m’intéresse pas non plus, mais il est totalement légitime à mes yeux.

        3.Vous avez parfaitement raison de dire qu’en sport, les règles sont en quelque sorte des tables de la loi. Ce que je veux dire, pour ma part, c’est que les juges - c’est-à-dire le public profane - n’ont pas besoin de se référer constamment à ce que disent des textes pour plébisciter le talent. Les règles sont juste un cadre général, pas une conformité au cas par cas à un modèle-type auquel on aimerait voir chacun se conformer... comme en politique !
        Je dois dire également que ce que j’ai voulu faire, en fin de compte, c’est mettre au jour LE dernier domaine, le seul où le nombre puisse encore rencontrer et plébisciter l’excellence. Je précise à la fin du texte que, bien sûr, on ne rend pas compte d’un talent intellectuel ou d’une vertu morale comme on rend compte d’une capacité physique, mais à partir du moment où l’on a conscience de différences psychophysiologiques entre les êtres, il n’y a pas de raisons pour que celles-ci s’en tiennent à des caractéristiques physiques. Après tout, le substrat de l’intellect est lui aussi physique !
        Mais plutôt que de nier ces différences sous prétexte que l’on ne peut pas en rendre compte aussi bien que d’autres plus manifestes, je dis : soyons conscients qu’elles existent et qu’il faut les prendre en compte un minimum, c’est-à-dire, entre autres, cesser de miser sur le relativisme en politique et trouver des alternatives. La suite dans mes trois prochains (et derniers) chapitres (j’en suis à 13 pour l’instant).


      • maQiavel machiavel1983 17 août 2013 13:32

        Point 1 et 3 :

        -Ce que je veux dire, pour ma part, c’est que les juges - c’est-à-dire le public profane - n’ont pas besoin de se référer constamment à ce que disent des textes pour plébisciter le talent

        R / Gueguen, croyez moi je ne suis pas de mauvaise foi, je ne suis absolument pas d’ accord avec vous.

        Ce qui définit le jeu ce sont les règles, et c’est parce qu’elles existent que le talent existe car le sportif devra évoluer au milieu de contraintes, et c’est son aptitude à évoluer parmi elles qui met en exergue son talent.

        Un tennisman talentueux ne serait pas nécessairement un footballeur talentueux ou un boxeur talentueux, car le but du jeu, les règles, bref les tables de la loi dans chacun de ces sports sont différentes.

        C’est la même chose en politique : un grand politique dans une société guerrière ne serait pas nécessairement un grand politique dans une théocratie ou dans une société marchande ! Les valeurs de ces sociétés sont différentes et c’est par rapport à ces valeurs que l’on définit le talent !


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 17 août 2013 14:04

        Ce n’est pas vous que je visais en parlant de mauvaise foi, soyez rassuré.
        Les règles auxquelles vous vous référez dans le sport, pourquoi ne pas les appeler « régime » en politique ? Il est hors de question, bien sûr, de passer sous silence l’importance du régime et le cadre politique qu’il prescrit. Mais il m’est avis qu’à partir du moment où l’on se revendique de la liberté, il faut en assumer toutes les conséquences, à commencer par le fait de distribuer du pouvoir politique en fonction des capacités, comme on distribue des médailles eu égard aux mérites. Contrairement à ce que nous vivons, la démocratie devrait être le régime politique par excellence.
        ---
        Mais, dites-moi, finalement, vous avez beaucoup de choses à opposer à ce que j’ai dit, je dirais même qu’il y a peu de choses à pouvoir vous convenir. Il faut néanmoins avoir à l’esprit que mon propos n’est pas de comparer trait pour trait les deux sphères, j’opère simplement un parallèle ; le sport est un marchepied pour faire prendre conscience qu’en politique non plus nous ne pourrons nous départir d’une double exigence : exigence morale de probité, exigence physique ou intellectuelle de compétence.


      • maQiavel machiavel1983 17 août 2013 14:31

         

        -Les règles auxquelles vous vous référez dans le sport, pourquoi ne pas les appeler « régime » en politique ?

        R/ Excellent, appelons cela comme ça !

        - Contrairement à ce que nous vivons, la démocratie devrait être le régime politique par excellence.
        R / Ca dépend de finalité que l’on recherche (voyez, je commence à raisonner en terme de fins smiley ) . La société marchande a voulu un régime représentatif pour les raisons que vous avez décrit brièvement dans la première partie. Dans une société marchande, la démocratie n’a pas de sens …

        Le principal problème est donc le sens que l’on donne à l’existence, et trouver un dénominateur commun. Comment faire ?

        -Mais, dites-moi, finalement, vous avez beaucoup de choses à opposer à ce que j’ai dit

        R / Non pas du tout, c’est juste ce point de dénominateur commun qui me pose problème, je suis d’ accord avec tout le reste, je trouve votre article brillant !

         

        -j’opère simplement un parallèle ; le sport est un marchepied pour faire prendre conscience qu’en politique non plus nous ne pourrons nous départir d’une double exigence : exigence morale de probité, exigence physique ou intellectuelle de compétence.

         

        R /Je suis d’ accord avec ça. 


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 17 août 2013 14:40

        Je pense que la société marchande ne se fout pas tant que cela de la démocratie, qu’elle s’en ai saisi pour la vider de sa substance et s’en faire un manteau.
        J’ai une expression que j’affectionne : le capitalisme enfile et agit la démocratie comme un gant. Essentiellement par l’instrumentalisation du nombre.
        ---
        Quelques mots sur le commun : êtes-vous d’accord pour dire qu’en matière sportive, une fois les règles fixées, le public admet et reconnaît sans sourciller et de concert le mérite et le talent ? Eh bien je persiste à croire qu’il n’y a pas que dans le sport que ça fonctionne comme ça. Le seul véritable frein à cela en politique est le fait que, malgré ce que nous amène à penser l’air du temps, chacun sait que la politique est un domaine particulier, celui qui chapeaute tous les autres, et qu’il y a donc plus de risque à reconnaître des Périclès en politique que des Platini dans le sport. Les Périclès peuvent conditionner l’existence de Platini ; l’inverse est normalement impossible.


      • maQiavel machiavel1983 17 août 2013 14:52

         

        -Quelques mots sur le commun : êtes-vous d’accord pour dire qu’en matière sportive, une fois les règles fixées, le public admet et reconnaît sans sourciller et de concert le mérite et le talent ?

        R / Je suis d’ accord.

        -Eh bien je persiste à croire qu’il n’y a pas que dans le sport que ça fonctionne comme ça.

        R / Je le crois aussi. Ce n’est pas là le problème. Qui fixe les règles ? Quelle légitimité a-t-il pour fixer les règles ? Vous voyez, le problème se pose en amont.

        Dans le sport, un type se lève un matin et invente un jeu. Si les gens sont nombreux à participer à ce jeu et que cette activité s’inscrit dans le temps, on appellera cela un sport populaire, si les gens ne sont pas intéressés tan pis, il s’amusera avec ses proches !

        Comment fait on en politique pour décider du régime à mettre en place, et pour que ce régime soit accepté par tout le monde ? Parce qu’on a le choix de ne pas faire de foot et de ne pas en regarder, mais nous vivons tous en société et la politique, on ne peut y échapper. Est-ce que vous comprenez mon souci ?


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 17 août 2013 15:07

        Oui, je comprends votre souci, mais j’ai envie de vous dire que la réponse est contenue dans votre question ! Regardez :

        "on a le choix de ne pas faire de foot et de ne pas en regarder, mais nous vivons tous en société et la politique, on ne peut y échapper."
        => Parfait. Ai-je votre permission pour imaginer que chacun de nos concitoyens ait en l’occurrence une clairvoyance aussi poussée que la vôtre ? Le cas échéant, chacun doit admettre que la politique est la discipline première, que si l’on ne peut y échapper, l’on doit s’y consacrer, et que si notre temps domestique ou notre temps professionnel ne nous le permet pas, ce handicap dont nous sommes seul responsable ne doit pas empêcher les talents de s’exprimer en politique. Voyez-vous où je veux en venir ? Au fait que la politique est, par définition, le souci du commun reconnu par tous, que son exercice doit être le plus abouti possible et que notre ambition contrariée ou notre absence d’ambition demeure secondaire.


      • maQiavel machiavel1983 17 août 2013 15:50

        -Le cas échéant, chacun doit admettre que la politique est la discipline première, que si l’on ne peut y échapper, l’on doit s’y consacrer

        Mais regardez le régime représentatif. C’est le régime qu’ont trouvé les sociétés marchandes modernes pour que les citoyens jouissent ou travaillent à jouir du confort matériel pendant que des professionnels s’occupent des affaires publiques à leur place.

        C’est un régime politique (qu’on le veuille ou pas) qui relègue la politique des rangs derrière l’économie. Même dans ce cas, le consommateur n’échappe pas à la politique et il est content que des gens s’occupent de cette tache ingrate tant qu’on lui permet de jouir de son confort matériel !

        -ce handicap dont nous sommes seul responsable ne doit pas empêcher les talents de s’exprimer en politique

        R/ Ce que je vous dis : le talent requit dans un régime représentatif, n’est pas le talent requis dans un régime guerrier ou théocratique.

        Le plus talentueux dans le régime représentatif, c’est le meilleur communiquant, le plus ambitieux, le plus beau physiquement, celui qui a la meilleure connaissance des réseaux etc…

        Cette même personne dans un régime guerrier, excusez moi d’avance, c’est une taffiole !

         

        -la politique est, par définition, le souci du commun reconnu par tous,

        R / C’est ça mon problème, comment en arriver à ce dénominateur commun ? J’ai l’impression que pour vous cela va de soi …

        Regardez : vous avez une conception du bien commun. D’autres ont des conceptions différentes, comment unifier ces perceptions ? Dans le sport, c’est plus simple, si vous jouez, vous vous pliez aux règles, si vous ne voulez pas, vous ne jouez pas libre à vous. La politique on ne peut pas y échapper, comment on fait pour définir un dénominateur commun ?


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 17 août 2013 16:15

        Je n’ai pas été assez clair... je pars d’un présupposé : les jours du régime représentatif sont comptés. Reste à savoir si l’on préfère attendre la phase d’anarchie qui va s’ensuivre, suivie d’une nouvelle représentation prophylactique passagère, voire carrément d’une bonne grosse tyrannie, ou bien si l’on préfère songer d’ores et déjà au régime qui va devoir lui succéder rapidement. J’ai fait le second choix.

        Pour en revenir à présent à ce que je disais : imaginons que vous soyez convaincu de ce que vous énoncez vous-même, c’est-à-dire que l’on ne peut échapper à la politique. C’est valable pour tout le monde, non ? Et ce qui est valable pour tout le monde peut être appelé à bon droit une « référence commune », exact ? Eh bien, par transcendance, n’y a-t-il pas moyen de sensibiliser chacun au besoin d’excellence de cette référence commune, de la même manière que chacun peut être amené à ressentir ce besoin d’excellence dans la performance d’une équipe nationale ? OR : est-ce que chacun se sent légitimé à demander à figurer dans cette équipe nationale ? Non. Est-ce que chacun demande ne serait-ce qu’un droit de regard, qu’un droit de vote vis-à-vis de la sélection nationale ? Non plus. Donc ?...


      • maQiavel machiavel1983 17 août 2013 17:26

        Je pense qu’il y’ a un problème, on se répète. Il y’ a quelque chose qui ne va pas, c’est peut être au niveau de perception que l’on a de la politique que ça bugge si je puis me permettre.

        Je reprends votre exemple la sélection nationale de foot : si vous me posez la question de savoir quelles sont les critères de performance pour être sélectionné comme attaquant par exemple, je pourrai vous répondre.

        Si vous me demandez quelles sont les critères de performance pour faire de la politique au niveau national, je vous répondrai que cela dépend du régime en place et du système de valeur en cours. Et vous ? Pourriez-vous répondre à cette question ? Pensez vous que les critères sont les mêmes que l’on soit dans un régime guerrier ou dans un régime représentatif par exemple ?


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 17 août 2013 17:41

        Ah, ok, je comprends mieux cette question.
        En effet, il faut avoir établi le régime avant que de s’enquérir des lauréats aux titres, je suis bien d’accord.
        Et le régime à souhaiter me semble être celui de la démocratie ordinale, souvenez-vous, celle qui concilie à la fois la plus grande ouverture horizontale et la plus grande ouverture verticale, soit celle faisant droit respectivement à l’ouverture la plus large (dimension démocratique) et à la hiérarchie des capacités (dimension aristocratique).
        Je vous laisse quelques heures, je vais faire mon footing justement. smiley


      • maQiavel machiavel1983 17 août 2013 17:51

        -En effet, il faut avoir établi le régime avant que de s’enquérir des lauréats aux titres, je suis bien d’accord.
        R / Ah voilà, on y est ! Comment faire pour choisir un régime, pour unifier les perceptions pour dégager un dénominateur commun ?

        -Et le régime à souhaiter me semble être celui de la démocratie ordinale, souvenez-vous, celle qui concilie à la fois la plus grande ouverture horizontale et la plus grande ouverture verticale

        R / Mais dans quelles fins ? Pour jouir tranquillement du confort matériel comme dans les régimes représentatif moderne, pour faire la guerre comme les spartiates ou pour autre chose ? 


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 18 août 2013 00:16

        Le régime est la démocratie ordinale. Ne me demandez pas de vous la décrire de fond en comble, elle n’est pas encore advenue ! smiley

        Concernant la fin commune à présent : lorsque tout un peuple se sent galvanisé par les victoires d’une équipe qui le représente, qu’est-ce qui le motive si ce n’est le sentiment de partager quelque chose et la fierté d’être uni dans l’approche d’une victoire ? Lorsque l’on regarde un athlète remporter individuellement une épreuve, n’est-ce pas l’homme générique qui y gagne ? À chaque fois il y a transcendance. Je l’amène délicatement dans ma prose : rien de tout ceci n’est possible sans transcendance, sans se projeter dans un peuple, ou pour mieux dire, en politique, dans une nation.
        D’où ce long travail de reconquête à opérer en amont, durant la formation du citoyen, pour lui faire entendre qu’il est avant tout l’élément d’un tout. Je ne nie pas qu’il soit ici question d’un véritable chambardement anthropologique, comme l’aura été l’individualisme. Mais ceux qui me répondront « c’est impossible parce que ce que vous pronostiquez ne s’est jamais vu avant » devront trouver autre chose. L’individualisme était impensable avant d’advenir, et je ne désire pas le dissoudre, je souhaite simplement le réformer pour le conformer au régime de démocratie ordinale, mise en œuvre politique de la justice distributive.
        Bon, il est tard et je n’aimerais pas en venir à raconter des conneries. Donc je file au lit... bonne nuit à vous !

        PS : Et merci d’être là ! En définitive, voyez, à part vous, Roungalashinga, Démosthène et bientôt micnet, notre propos partagé n’intéresse personne. J’aurais dû mettre « Soral », « Dieudonné », « Juifs » ou « Francs-maçons » dans le titre pour attirer le chaland, comme avec Chouard, tant pis. Mais on ne m’y reprendra plus : sur quatre vis-à-vis, il y en a deux avec qui je discute par mail par ailleurs. Quant à nos débats à tous les deux, ils semblent s’épuiser dans les mêmes désaccords. Il va être temps de tourner la page Agoravox ou de passer à la vitesse supérieure pour voir changer les choses et ne plus s’en tenir à de simples exercices de style.


      • Rounga Roungalashinga 19 août 2013 14:45

        Je me permets de rentrer dans la discussion

        Mais dans quelles fins ? Pour jouir tranquillement du confort matériel comme dans les régimes représentatif moderne, pour faire la guerre comme les spartiates ou pour autre chose ?

        Je ne pense pas qu’en matière de politique on puisse dire qu’il existe une fin absolue et immuable. A la limite, on peut dire que la politique a pour but le bonheur, mais c’est très vague, car les conceptions du bonheur dépendent des représentations culturelles de chaque peuple et des aspirations personnelles de chacun. De plus, les attentes, collectives et individuelles, peuvent varier en fonction du contexte historique, économique, climatique, etc. J’aurais donc tendance à dire que la fin de la politique consiste à donner une réponse à un contexte donné et situé dans le temps et dans l’espace. Cette réponse doit engendrer le moins possible de violences, de souffrances et de misère, et ne doit pas empêcher les aspirations de développement individuels de se réaliser.


      • Éric Guéguen Éric Guéguen 19 août 2013 15:02

        @ Roungalashinga (& Machiavel1983) :

        Bien le bonjour, et merci de votre intervention.
        Pour ma part, j’aurais tendance à dire que la politique, en tant que science architectonique, est une fin en elle-même, c’est la raison pour laquelle j’insiste sur sa dimension esthétisante. Elle se donne pour vocation l’advenue de la chose la plus belle qui soit : une communauté harmonieuse vers laquelle tendre. Constater l’exploit d’un sportif, c’est admettre que celui-ci a trouvé sa place, qu’il vient s’« enter » le plus parfaitement possible à un domaine d’activité. La plus belle communauté serait celle, en définitive, où nous pourrions voir chacun trouver sa place. Cette vision des choses pourra rebuter de prime abord car elle laisse entendre que les jeux sont faits, que chacun a une place assignée qu’il n’a plus qu’à découvrir dans une société totalement déterminée, sans autre effort volontaire de sa part. Mais ce serait réduire les choses que de les voir comme ça : si Michael Jordan est réputé avoir été jusqu’à présent le meilleur joueur de basket, c’est-à-dire avoir fait preuve de la meilleure actualisation d’une nature dans ce sport, il n’en demeure pas moins que le basket est une invention humaine ne devant rien à la nature.
        Pas évident à expliciter, j’espère être suffisamment clair sur ce point délicat...


      • maQiavel machiavel1983 16 août 2013 18:38

        -Alors que le sport aristocratique était dénué de référence pécuniaire comme s’adressant aux gens fortunés, le sport démocratique se devait de faire intervenir une valeur d’échange compensatrice, un moyen matériel en vue d’un accomplissement de soi dans le sport. C’est par cet accès que l’idée d’une professionnalisation du sport fera lentement son chemin doublé d’une inversion en puissance : celle du sport devenu moyen et de l’argent devenu fin, contraire à l’esprit des jeux panhelléniques

        R / Dites moi Eric Gueguen, que pensez vous du système sportif des pays socialiste comme Cuba ? Connaissez vous par exemple Théophilo Stevenson , ce boxeur cubain qui a refusé de devenir professionnel malgré les millions de dollars qu’ on lui a proposé ?


        • Éric Guéguen Éric Guéguen 16 août 2013 18:45

          Je ne le connais pas, mais si je m’en tiens à ce que vous m’en dites, c’est éminemment respectable. Attention cependant à savoir s’il s’agissait réellement d’une décision intentionnelle et individuelle, ou étatique...
          ----
          Je réponds au reste dès que possible...


        • maQiavel machiavel1983 16 août 2013 19:04

          Disons qu’il aurait pu s’enfuir de Cuba pour devenir millionnaire aux USA … il ne l’a pas fait !


        • Éric Guéguen Éric Guéguen 16 août 2013 20:23

          Alors « chapeau » ! Et bravo - sur ce point - aux nations capables de « produire » des êtres aussi dévoués. Pas d’accord ?


        • maQiavel machiavel1983 16 août 2013 20:49

          Je suis totalement d’ accord ! 



        • raymond 16 août 2013 20:01

          La photo c’est pas le début de doom ?


          • Éric Guéguen Éric Guéguen 16 août 2013 20:22

            Peut-être, je l’ai piochée sur le net...


          • micnet 20 août 2013 11:31

            Bonjour à tous et tout d’abord, un grand bravo pour cet article de qualité. En préambule, j’espère que le talent de « philosophe politique » de notre ami Eric finira par être reconnu de ses congénères. Pour ma part et comme indiqué dans l’article, je me sens donc dépositaire de ce talent par procuration smiley)


            Première remarque de pure forme par rapport à la phrase suivante :

            « Comme nous le disions ailleurs (livre III, chapitre 1), le niveau atteint par l’homme empirique dans quelque domaine salutaire que ce soit rejaillit sur l’ensemble de l’humanité générique »

            ---> N’est-ce pas l’inverse ? J’ai l’impression que les mots ’empirique’ et ’générique’ ont été intervertis dans cette phrase (simple détail, chaque lecteur aura rectifié de lui-même mais c’est juste pour signaler)

            Concernant le fond, je partage entièrement le point de vue de cet article et remercie encore Eric d’avoir choisi le prisme (ou le marche-pied) du sport comme modèle à mettre en exergue vis-à-vis de la politique. Je trouve que le problème est très bien posé et que la question de fond est celle-ci (que Machiavel1983 pose également) : comment pourrait-on définir un régime politique qui permettrait que ce soit le ’nombre’ (donc le peuple) qui puisse tendre vers la qualité, dans la désignation de ses représentants, et non plus vers des critères de sélection de pure ’mode’.
            Pour ma part, et c’est un peu souligné dans cet article, j’estime que l’une des réponses se situe dans la remise en question de l’égalitarisme en politique (j’en reviens à l’un de mes grands ’dadas’). Cette notion d’égalitarisme n’existant pas plus dans le sport que dans la politique, le fait est que notre société moderne accepte parfaitement cette affirmation dans le premier cas et la rejette complètement dans le second. Par conséquent, je suis, là aussi, à peu près sur la même ligne qu’ Eric quant à la volonté de définir un régime politique ’mixte’ qui ferait place « à la fois à la plus grande ouverture horizontale et à la plus grande ouverture verticale ».
            Une sorte se synthèse qu’on appellerait ’démocratie de type aristocratique’ smiley
            Enfin, ma fibre patriotique n’est pas restée insensible à cette remarque :
            « à mi-chemin entre l’individu et l’humanité, il se trouve un lieu où puissent converger les entités tutrices, et pour l’exposer à la vue de tous, nous y planterons un drapeau ; la communion des affects est la plus belle preuve de l’évidence d’une nation. »
            ---> L’importance de la transcendance est effectivement fondamentale et je pense qu’elle pourrait servir de catalyseur à une agrégation de nos atomes isolés (les individus) pour un retour à la molécule originelle (la société)

            Voilà, je n’ai rien trouvé à me mettre sous la dent car je suis à peu près d’accord sur tout mais j’aurai peut-être plus à dire pour les prochains articles ?

            A vous lire
            micnet


            • Éric Guéguen Éric Guéguen 20 août 2013 12:22

              Bonjour micnet.

              Un grand merci d’avoir relevé cette erreur, je me suis en effet emmêlé les pinceaux, et voici la correction apportée à la phrase relevée :

              « Comme nous le disions ailleurs (livre III, chapitre 1), le niveau atteint par l’homme d’exception (au lieu de empirique) dans quelque domaine salutaire que ce soit rejaillit sur l’ensemble de l’humanité qu’il représente (au lieu de générique). »

              J’entends par là que, par un jeu de va-et-vient, un homme empirique exceptionnel nourrit l’homme générique de son talent, talent qui éclabousse ensuite l’ensemble des hommes empiriques (je sais que vous avez bien compris cela, mais je le rajoute pour illustrer la phrase ci-dessus).

              Est-ce que ma correction vous semble plus adéquate ?


            • micnet 20 août 2013 14:08

              @Eric Gueguen


              Tout à fait ! Cette nouvelle formulation me semble parfaitement adéquate ! 

              Et encore bravo pour cet article smiley

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