• vendredi 25 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Politique > En fait la France c’est Madeleine Bas-de-Laine
18%
D'accord avec l'article ?
 
82%
(52 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

En fait la France c’est Madeleine Bas-de-Laine

La dette publique ça vous dit quelque chose ? J’imagine que oui, étant donné qu’on nous répète sur tous les tons que nous sommes sur un bateau qui coule et qu’il y a intérêt à lâcher du lest - les pauvres, le système social, les services publics - si nous ne voulons pas mourir gelés dans l’eau accrochés à une porte d’armoire comme Jack dans Titanic.

Je croyais moi aussi que cette dette était une inextricable catastrophe. J’avais bien entendu des voix discordantes, mais bon c’était celle de Besancenot alors j’avais pas vraiment écouté - eh oui j’ai des préjugés comme tout le monde, jusqu’à ce que je lise ce matin un article de Bernard Maris dans Charlie hebdo. Je l’aime bien Bernard Maris, c’est un des rares économistes que j’arrive à écouter et qui en plus est compréhensible. Parce que moi dès que ça commence à parler cash-flow, stock options, Nasdac et prix du baril je décroche vite.
Bref, voici en gros le contenu de l’article :
Déjà on apprend qu’on est bien moins endettés que certains pays : on a une dette de 64,7 % du PIB, mais l’Italie en a une de 105 % et le Japon de... 157 % ! Et ce ne sont pas des pays du tiers-monde que je sache. De plus, si la France a une forte dette publique, elle a en revanche une faible dette privée - c’est-à-dire que les ménages ne s’endettent pas énormément - contrairement à des pays comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis. Or, c’est la dette privée qui génère le plus d’instabilité.
Maris pose ensuite une question subversive dans la pensée dominante : "Et si la France n’était pas endettée ?". Il cite ensuite la thèse défendue dans un article d’Alternative économique écrit par l’économiste Mathieu Plane. Je suis permis d’en reproduire une partie, attention, il y a quand même du vocabulaire économique, mais accrochez-vous c’est édifiant :

La dette au sens de Maastricht (les impressionnants 64,7 %) est une mesure brute qui ne prend pas en compte les actifs détenus par les administrations publiques. Or, ces dernières possèdent des actifs financiers (actions cotées, dépôts...), mais surtout des actifs physiques (infrastructures). La dette financière nette était de 38,2 % du PIB en 2006, soit à un niveau proche de celui de 1995, alors que la dette au sens de Maastricht a augmenté de 8,7 points de PIB sur la même période.

Cet écart d’évolution s’explique par la forte valorisation des actions détenues par l’Etat au cours de ces dix dernières années. Si on comptabilise l’ensemble des actifs, c’est-à-dire aussi les actifs physiques, les administrations publiques ne présentent plus une dette, mais une richesse nette (37,8 % du PIB en 2006). Celle-ci a d’ailleurs augmenté de plus de 22 points de PIB entre 1995 et 2006, ce qui veut dire que les administrations publiques se sont enrichies sur cette période, notamment en raison de la forte valorisation des terrains détenus par l’Etat (+ 200 % en dix ans). Le bébé français ne récupère pas à la naissance une dette publique de 18 700 euros, mais hérite au contraire d’un actif net de 11 000 euros, même s’il est vrai qu’une partie des actifs physiques ne sont pas cessibles et qu’il est difficile de leur donner une valeur marchande.

De plus, d’un point de vue global, ce qui compte pour le nouveau-né français, ce n’est pas uniquement le patrimoine des administrations publiques, mais celui de la nation, qui intègre également les autres secteurs institutionnels (ménages, entreprises, position extérieure...). Au regard du compte de patrimoine de la nation, chaque Français né en 2006 hérite en moyenne de 185 400 euros.

Enfin, la dette publique française est notée AAA par les agences de notation (Standard & Poor’s, Ficth Ratings), la meilleure note qui soit en termes de qualité de dette. La France fait donc partie des meilleurs élèves de la classe mondiale quant à la gestion de ses finances publiques. Cela veut dire aussi que l’Etat français ne risque pas de faire défaut au remboursement de sa dette, ce qui explique par ailleurs la faiblesse des taux d’intérêt sur les obligations publiques (inférieurs à 4 % en moyenne depuis début 2005), considérées comme un placement sans risques. Si la gestion des finances publiques doit être rigoureuse, d’autant plus que le choc du vieillissement va s’amplifier dans les prochaines années, rien n’indique donc que l’Etat français soit en situation de faillite.

local/cache-vignettes/L620xH261/richesse_0014e52-cc200.jpg

Alors que se passe-t-il vraiment ?
En réalité, la France se comporterait selon Maris comme les "hedge funds" américains qui viennent de provoquer la crise ; elle emprunte à taux faible puis place l’argent dans l’immobilier par exemple. Les revenus des actions compensent les intérêts de la dette parfois largement et donc, paradoxalement, on s’enrichit en s’endettant. Aaah ! le mystère des flux de capitaux pour nous, pauvres mortels...

Tous les sacrifices qu’on nous demande de faire presque au nom de la survie du pays sont donc injustifiés. On donne 15 milliards d’euros par an aux plus riches, en même temps on supprime des postes de fonctionnaires, d’enseignants alors que le système va mal, la culture vivote... et tout ça non pas parce que nous sommes en danger de crise économique, mais juste par idéologie.

Charlie hebdo du 2/04
Alternative économique n° 265, janvier 2008

Tété pour le titre

par ThatJazz vendredi 11 avril 2008 - 41 réactions
18%
D'accord avec l'article ?
 
82%
(52 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Yohan (xxx.xxx.xxx.137) 11 avril 2008 12:35
    Yohan

    Le Titanic France coule. Mais rassurez-vous, si vous êtes titulaire d’un billet de 1ère classe, vous serez admis dans la barque de sauvetage.

  • Par Voltaire (xxx.xxx.xxx.37) 11 avril 2008 13:58
    Voltaire

    Sans entrer ici dans le détail, il est néanmoins utile de rappeler quelques éléments économiques fondamentaux.

    - la dette coûte. Des intérêts. Actuellement très bas, ceux-ci peuvent remonter (en cas d’inflation... ), et donc coûter plus...

    - l’endettement est utile quand il finance un investissement. Emprunter pour dévelpper des infrastructures, ou de l’éducation, qui rapportera plus tard de la croissance économique, constitue un placement. En revanche, l’endettement est négatif quand il finance le fonctionnement (pour faire simple, comparez de la dette pour un achat immobilier, et de la dette pour acheter une télé, un crédit consommation...).

    Pour bien gérer une économie, il existe une règle assez unanimement acceptée : un pays s’endette en cas de crise de croissance, pour investir et relancer l’économie, et ainsi réduire la durée dela crise. Et ce pays rembourse sa dette quand l’économie est en croissance, afin de laisser une marge pour emprunter de nouveau en cas de crise. C’est ce qu’a fait le Japon : afin de sortir d’une période de déflation, il a massivement emprunté, notamment pour accroitre sa R&D et assainir son système bancaire. Certes, la crise mondiale actuelle est génante pour lui, mais il a réussi à inverser la tendance des années 90. En revanche, l’Italie et la France n’ont pas remboursé suffisament leurs dettes et assainis leurs économies dans les années 98-2002 et 2005-2007. Ils sont donc incapables d’emprunter plus actuellement, alors que l’économie ralentit, pour relancer la machine.

    La France a aussi commise des erreurs importantes de gestion, comme la cession d’actifs majeurs à vil prix (autoroutes...) et n’a pas réformé son administration (doublons nombreux entre Etat et collectivités locales par exemple). Le seul problème est que ce type de réforme de fond ne peut se faire qu’en période de vaches grasses, pour amortir les effets normaux sur les personnes. A force d’accumuler les erreurs, par courte vue, nos gouvernements successifs ont plongé la France dans un beau "merdier"...

    Alors, rigueur ou pas rigueur ? Une rigueur de gestion ets nécessaire actuellement. On ne peut plus plonger le déficit sans effets à long termes très domageables. Mais pour la dette, il faut la stabiliser. Son remboursement devra attendre. L’essentiel est d’utiliser les faibles marges disponibles pour de l’investissement pour la croissance. Cela implique des choix douloureux : il faut qu’ils soient justes, équilibrés et réversibles...

     

  • Par Forest Ent (xxx.xxx.xxx.205) 11 avril 2008 15:35
    Forest Ent

    Sur la forme, je me demande s’il est bien éthique de faire un article en juxtaposant deux articles d’autres journaux.

    Sur le fond, c’est assez discutable.

    Dire que l’état s’est enrichi parce que l’on réévalue son immobilier est exactement l’idée qui a conduit au surendettement US. Cette "richesse" n’est pas disponible alors que les dettes sont bien réelles. Et elle appartient aux générations futures. Par ailleurs, si l’on veut avoir une comptabilité patrimoniale, il faut prendre en compte également les perspectives de recettes et dépenses futures. Cet argument me semble donc faible.

    Il est par contre vrai que la France n’est pas un pays très endetté relativement à la moyenne occidentale. Les administrations publiques sont dans la moyenne basse. Les ménages très en dessous de la moyenne.

    Seulement il me semble que l’essentiel de la dette actuelle est entre entreprises privées, je pense pour plus de la moitié, bien que ce chiffre soit difficile à établir. Et encore, en ne prenant en compte que le crédit et pas les engagements sur dérivés.

    Or je ne vois plus très bien ce qu’est une "entreprise privée française". Dans les deux plus grandes, on trouve par exemple BNP et Total. Le chiffre d’affaires de Total est du même ordre de grandeur que le budget de l’état français (150 G€). Le bilan de BNP est du même ordre de grandeur que la dette de l’état français (1200 G€).

    J’ai donc un peu l’impression qu’en se focalisant sur la dette des états, on ne voit qu’une partie négligeable de l’iceberg. Et sur le reste, il semble que nous n’ayons strictement aucune prise, et même très peu d’information.

  • Par Nemo (xxx.xxx.xxx.8) 11 avril 2008 15:33

    Présenter les comptes français comme sains est d’un sophisme qui dépasse l’entendement. La véritable comparaison à faire, c’est celle du montant du déficit public et de celui des intérêts de la dette.

    Cette année encore, les intérêts de la dette représentent le montant total du déficit public. L’Etat s’endette donc chaque année pour payer les intérêts de sa dette antérieure.

    Imaginez que vous avez emprunté 10.000 euros à un taux de 5% annuel. A la fin de l’année, vous devez payer 500 euros. Si vous ne les avez pas, vous devez emprunter pour payer.

    L’année suivante, vous avez une dette de 10.500 euros. Vos intérêts représentent 525 euros. Vous ne les avez pas, et vous empruntez à nouveau.

    L’année suivante, vous vous retrouvez avec 11.025 euros de dette. Et ainsi de suite. En deux ans, vous avez augmenté votre dette de 10% et des brouettes.

    Sauf que là, c’est 10.000 euros. Je vous laisse imaginer l’effet avec 1.200 milliards. Et tout ça pour financer des dépenses de fonctionnement, l’équivalent, pour nous humbles contribuables, des factures d’électricité et de gaz.

    S’endetter à hauteur de 1.200 milliards pour du fonctionnement, quoique vous puissiez en dire, c’est suicidaire.

    Et quand bien même les actifs français seraient considérables, trouveriez vous normal de gager votre maison, votre résidence secondaire et vos économies pour financer vos factures de gaz et d’électricité ? Eh bien c’est ce que l’on fait.

    Que la dette française soit classée AAA ne change rien à l’affaire. Cela veut juste dire qu’en cas de pb, les prêteurs pourront se payer sur la bête.

    Et ce n’est vraiment pas ce que je souhaite pour mon pays.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox