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Encore un Plan « espoir banlieues », mais est-ce la solution ?

Le vendredi 20 juin se tenait à Meaux (77), le conseil interministériel des villes (CIV), à l’issue duquel étaient annoncées les principales mesures qui composent le Plan espoir banlieues de Fadela Amara, secrétaire d’État déléguée à la politique de la ville. Après de longues tergiversations, dues à la recherche de financements, la politique de la ville veut insuffler un « nouvel élan » en direction des territoires en déshérence, mais on est loin du Plan Marshall initialement annoncé, faute de moyens budgétaires. Pourtant, dans cette matière, l’histoire est déjà longue. De politiques spécifiques en plans en tout genre, de discriminations positives en haute autorité de lutte contre les discriminations, tous les acronymes et autres effets de sémantique politicienne sont restés impuissants, la situation demeure largement plombée, et les maux persistent.

Quartier des Minguettes, Vénissieux, banlieue lyonnaise 1981, rappelez-vous, la France entière, médusée devant les écrans de télévision, désormais démocratisés, découvre une banlieue[1] qui flambe, des jeunes qui explosent dans ce que l’on nomme désormais les violences urbaines.

En 1983, suivra la mythique « Marche des Beurs » partie de Marseille, elle verra une foule immense rallier la capitale entonnant marseillaise et autres slogans pacifiques revendiquant le droit fondamental à l’égalité. Vingt-cinq années ont passé depuis ce mouvement unique, et ce sont les émeutes urbaines qui se sont succédé, dont celles de 2005 représentent l’apothéose flambante. Le point commun à tous ces mouvements urbains violents est qu’ils font suite à ce que l’on pourra dénommer des violences policières, véritable étincelle dans un contexte social très dégradé, et toujours prêt à exploser.

Du développement social des quartiers (DSQ) à la politique de la ville (réaction aux émeutes de Vaulx-en-Velin,1990), en passant par le Fonds de solidarité urbaine (FSU), c’est aujourd’hui le Plan « espoir banlieues » qui prend le relais, ultime avatar du sérail politique, décrété depuis vendredi dernier [2].

On se souvient des déclarations faites le 8 février par Nicolas Sarkozy, pleines d’un humanisme feint, car de circonstance, et en opposition absolue avec le concept de « kärchérisation de la racaille ». On croirait des paroles empruntées à feu l’abbé Pierre, mais elles sont si loin de sa pensée politique...

Sans prendre de risque, on peut déjà affirmer que ce énième volet d’une politique soi-disant volontariste en direction des quartiers de relégation ne portera aucun fruit dont la République pourrait se nourrir. Sans parler des moyens engagés largement insuffisants, c’est surtout la pertinence de cet ensemble disparate qui fait défaut. En outre, il se compose de mesures largement usitées dans le passé. Loin des cinquante mesures annoncées au départ, ce sont quelques actions qui auront été retenues, parmi lesquelles, par exemple, un nombre de places supplémentaires en internat, ou la mise en place du « busing » soit le transport d’élèves issus des quartiers difficiles vers des établissements avec plus de mixité. C’est ici l’application a minima d’une idée pourtant essentielle, la mixité sociale, toujours décrétée, mais jamais réalisée tant les réticences humaines sont encore ultra-dominantes.

Point de mixité, mais quantité de discriminations, de vexations, d’humiliations, dont la source profonde puise ses racines dans notre histoire coloniale violente, avec tout le cortège de représentations sociales qu’elle a induit chez nombre de nos compatriotes. Osons le mot et le diagnostic, racisme. Il reste encore fortement ancré dans les comportements sociaux, la discrimination en est l’appendice le plus visible. Discrimination à l’embauche, au logement, aux loisirs, etc., sont là les maux incontestables qui minent la société française, et cela malgré un ensemble législatif et institutionnel probant, mais qui n’arrive pas à endiguer le phénomène. Même « l’affirmative action » ou discrimination positive n’en viendra pas à bout, en tout cas pas dans un avenir proche.

Et, l’envers du décor, c’est le repli communautaire, le développement d’une économie informelle palliant la non-redistribution des emplois, donc des ressources. La rancœur l’emporte désormais sur l’espoir, les « petits frères » voyant les « grands frères » évoluer entre détention et BMW, ou alors, vaquant de petits boulots en sous-emploi, et cela même pour les plus diplômés d’entre eux, comme le démontrent toutes les études et autres « testing » à l’embauche. Soit autant de preuves à charge dans le dossier très épais des discriminations.

Ainsi, les racines du mal sont essentiellement inscrites dans notre histoire qui a fait souffrance, et dont les cicatrices ne sont pas encore véritablement refermées car jamais n’ont été soignées. Un mal qu’on a laissé s’insinuer au plus profond des inconscients individuels et collectifs. A l’exemple de ce jeune qui circulait avec une motocyclette auquel un journaliste indique qu’il circule sur un véhicule non homologué, et qui se voit répondre avec une vivacité remarquable « mais nous non plus on n’est pas homologués ». Cette réplique résume dans une formule pleine d’intelligence l’ensemble des savoirs acquis dans le champ des connaissances universitaires sédimentées sur les rayons de nombreuses bibliothèques [3]. Et ce n’est pas peu dire, tant les travaux en sciences sociales sont légion, nous faisant affirmer que si les quartiers de relégation ont procuré du travail, c’est au bénéfice premier de nos chercheurs en sciences humaines, tout autant qu’à une multitude de journalistes.

On est donc au point zéro, le chantier est immense, la reconstruction n’est pas encore entamée, car il s’agit ici de fondations avant tout. Il faut donc assainir le terrain en premier lieu, ensuite poser des fondations dignes de ce nom, et les plans s’imposeront d’eux-mêmes, puis les financeurs ne manqueront pas. La société française finira bien par accepter son histoire [4] pour en faire une lecture saine qu’elle restituera objectivement à toutes ses composantes. Qu’on le veuille ou non, la France est plurielle, de nombreuses populations se sont stratifiées ici, pour la plus grande chance de ce pays, sa natalité hors norme en Occident est une des conséquences positives les plus évidentes.

Le temps fait son œuvre, faisant fi des soubresauts nauséabonds et inféconds qui minent encore notre tissu social. C’est la durée qui fait espoir, qui tisse l’avenir forcément plus chatoyant et bigarré, et non les plans en tout genre, portés par des politiciens plus ou moins honnêtement investis dans leur mission. Ce ne sont pas les idées et les intentions louables de Mme Amara qui feront la différence, même si, par sa seule présence, peut s’immiscer, s’introduire l’idée que nous sommes pluriels sur cette terre de France, et que là réside une richesse puissante dont nous ne pourrons nous priver plus longtemps.

Il ne s’agit pas ici d’intégrer, mais plutôt de désintégrer ces quartiers de relégation, ces véritables zones de sans-droit, où le cumul des handicaps a généré une ghettoïsation à l’américaine. S’il s’agit d’introduire dans notre société non seulement de l’espoir, mais encore de la répartition des richesses, c’est avant tout d’ouverture d’esprit, de fraternité, de reconnaissance dont chacun a besoin, mais cela ne se décrète point, ni ne se planifie.

 

[1] Banlieue : 1 185 droit féodal, « espace (d’environ une lieue) autour d’une ville, dans lequel l’autorité faisait proclamer les bans et avait juridiction ».

[2] Pour une approche chronologique des différentes politiques :

http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/politique-ville/chronologie/

[3] Bibliographies à titre d’exemple :

http://www2.urbanisme.equipement.gouv.fr/cdu/accueil/bibliographies/villeetviolence/arsenal.htm

http://www.vie-publique.fr/politiques-publiques/securite-interieure/bibliographie/

[4] Histoire (non exhaustif) :

Jean-Marc Ferro, Le Livre noir du colonialisme, Pluriel.

Vincent Viet, Histoire des Français venus d’ailleurs, Tempus

Gilles Manceron, Marianne et les colonies, La Découverte

Louis Sala-Molin, Le Code Noir ou le Calvaire de Canaan, Puf

Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Présence Africaine

Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République, Fayard.

Illustration : Les Banlieues françaises se rallument, Chappatte, Le Temps 2006.


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13 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 23 juin 2008 12:44

    Bonjour,

    malgré toutes les bonnes intentions du président en campagne, aucun des engagements relatifs au pact écologique n’est appliqué pour les banlieues. C’est d’abord :

    Réfaction de cinquante quartiers prioritaires, extension de transports en commun pour désenclaver. En somme, c’est la part belle pour Bouygues, pour le maquillage béton, Alsthom, pour les réseaux tramway, et Bolloré, pour les équipements. Manque plus que Stark, pour le style et, Nouvel pour la forme...Et 50.000 policiers pour la répression accélérée...Les grands frères vont pouvoir taper sur les petits.

    Soyons sérieux, pour rendre plus attractifs ces quartiers, Fadela Amara-kiffe-sur le net , mais n’a aucune flèche à son arc. Elle se rend compte qu’elle n’est là que pour la couverture, la figuration, et tout s’est fait sans elle, ni sans qu’elle n’y puisse quoique soit.

    alors qu’il suffirait de verdir les banlieues en embauchant les plus courageux des désoeuvrés locaux, L’Etat investi dans les poches de ses grands amis...


    • Lisa SION 2 Lisa SION 23 juin 2008 13:15

       Petit condensé de votre (2) ème lien...

      1977

      Lancement du premier "plan banlieue" par Jacques Barrot, ministre du Logement

      Eté 1981

      De violents incidents éclatent dans le quartier des Minguettes à Vénissieux (Rhône).

      une liste de 18 villes volontaires pour des actions pilotes en matière de police, de justice et d’action sociale

      d’aménagement et de désenclavement des banlieues tout en réintroduisant l’esthétique dans ces quartiers

      18 octobre 1990

      Inauguration à Cergy-Pontoise par François Mitterrand, président de la République, des jardins des droits de l’Homme

      M. Mitterrand, qui prévoit notamment la préparation d’un projet de loi "anti-ghetto"

      Bernard Pêcheur, directeur général de l’administration, sur la conciliation de la valorisation des fonctionnaires occupant des "postes difficiles" avec le principe d’égalité de traitement des agents d’un même corps ; le rapport propose notamment, après sélection des postes "réellement exposés", une amélioration de la rémunération et une valorisation de ces postes dans la carrière des fonctionnaires

      25 juillet 1991

      Le Comité interministériel des villes (CIV) désigne les premiers grands projets urbains.

      (contrats de ville), en accroissant la présence de l’Etat dans les quartiers difficiles et en soutenant les acteurs de terrain (2000 appelés du contingent supplémentaires).

      rallonge budgétaire de 100 millions de francs affectés au plan d’urgence, ainsi que la préparation d’un projet de loi destiné à donner une priorité de mutation aux fonctionnaires ayant travaillé dans les quartiers difficiles.

      janvier 1995

      Création du Fonds interministériel d’intervention

      2 mars 1995

      Présentation par la Délégation interministérielle à la ville de travaux réalisés par l’institut Banlieuescopies qui dresse un tableau alarmiste de l’évolution économique et sociale de certains quartiers en difficulté, où la montée du chômage et l’hostilité affichée à l’égard des services sociaux obligent, selon les auteurs, à repenser toute la politique de la ville.

      Pour renforcer et adapter les services publics dans les quartiers difficiles, sont notamment prévus : l’affectation de 4000 policiers supplémentaires

      et le passage de 7000 à 10000 du nombre d’appelés du contingent "service-ville".

      l’affectation prioritaire de crédits d’Etat en direction des transports collectifs et la prise en compte de la politique de la ville dans le calcul de la dotation globale de fonctionnement

      l’organisation des transports doit concilier "liberté de circuler et qualité de l’environnement".


       

      18 juin 2003

      Présentation en Conseil des ministres d’un projet de loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine : programme de reconstruction urbaine représentant 30 milliards d’euros d’investissement sur 5 ans

      Juin 2008, après tous les coups d ’épée dans l’eau, un petit milliard pour Fadela et tout repartira...la répression en plus. Déjà 300 caméras sur les autoroues marseillaises...


    • hans lefebvre hans lefebvre 24 juin 2008 18:03

      Merci pour votre apport complémentaire.


    • Nicolicon 18 août 2008 13:33

      Je crois déjà avoir répondu à ca, mais il faut arrêter un peu, on est proche de la mythomanie là.

      Tout ce que fait Sarko n’est pas lié aux objectifs financier de Bouygues, Alsthom ou Bolloré.

      Par ailleurs, pourquoi toujours les mêmes noms ? Ne connaissez-vous pas Vinci (numéro 1 devant Bouygues), Eiffage ou SPIE ?

      Ce qui est vrai par contre c’est que la réfection et les transports sans moyens cela va être difficile à mettre en place.

      Pour ce qui est de la discrimination et du repli communautaire c’est un cercle vicieux, car on sait que l’employabilité c’est souvent plus un travail de réseau, que de compétences.


    • foufouille foufouille 23 juin 2008 12:59

      ce plan est juste la pour "eviter" que ca pete trop fort.

      le probleme, c’est pas le boulot, la couleur......mais plutot que ca ete concu comme des quartiers dortoirs pour esclaves. dans les petites villes de 6000 habitant, il y a des tas de petit commerces, des gendarmes, des activites.

      certaines barres de "HLM" avaient autant d’habitants voire plus........


      • ben ben 23 juin 2008 13:19

        Avant, il y avait des commerces, gendarmes, etc... Les commercants sont partis car ils en ont marre de refaire leur vitrine tous les six mois, les gendarmes se font caillasser dès qu’ils se montrent.

        Il faudrait un petit peu recentrer les responsabilités de ce désastre : la minorité de fouteurs de merde, de racaille, qui polluent ces quartiers. Minorité toujours défendue par les bien pensant bobos de gauche (vous savez ceux qui n’ont jamais vu un HLM de leur vie) qui vont nous dire que ce n’est pas de leur faute mais de la faute de la société, de notre faute à tous. Et penda&nt ce temps les gens honnetes qui vivent dans ces cités sont abandonnés de tous.

        J’emmerde la racaille, le rap et les baskets.


      • foufouille foufouille 24 juin 2008 12:40

        c’est pas un ou deux commercant qu’il fallait. ni un ou deux flics

        6000h = 5 bistrot, 3 discount, 2 super, des boutique diverses..........avec le canton ca fait juste 12000. il n’ya jamais eu tout ca ds les banlieues


      • hans lefebvre hans lefebvre 24 juin 2008 18:08

        Pourquoi tant de haine ? Un petit lien vers un groupe particulièrement intelligent :

         

        http://www.la-rumeur.com/index.php

        Comme dans toutes les divers courants musicaux il y a des groupes plus ou moins créateurs, plus ou moins intelligents, plus ou moins élaborés etc....Cela que l’on aime ou pas le genre en question !

        Quant à la minorité des individus en question, justement c’est une MINORITE.


        • hans lefebvre hans lefebvre 24 juin 2008 18:11

          Quelle finesse d’analyse, quelle formation, sociologue, philosophe ou bien CPPN allégé ?


        • foufouille foufouille 24 juin 2008 12:42

          la droite devait etre en vacances quand les immigres de NOS colonies ont ete importes pour eviter d’augmenter les salaries manuel


        • hans lefebvre hans lefebvre 24 juin 2008 18:12

          En zonzon les anciens du GUDMICHE !


        • vinvin 9 juillet 2008 22:25

          Bonjour.

          Quel "plan banlieues" ?.......

          Je ne crois absolument pas au "plan banlieues".

          Ce que je crois, c’ est qu’ il faut adopter une loi autoriasant la justice a DESTITUER de leurs nationalités, et a renvoyer dans leurs pays d’ origine, TOUS les fouteurs de merdes des Banlieues, y compris ceux qui sont nés en france.


          A la une, a la deux, allah trois,...... et hop a ROISSY !


          Cordialement.


          VINVIN.

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