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Accueil du site > Actualités > Politique > Enquête : les dessous de l’adhésion politique

Enquête : les dessous de l’adhésion politique

C’est un véritable culte du secret auquel s’adonnent nos formations politiques. N’étant pas, légalement parlant, contraintes de divulguer leur nombre d’adhérents à jour de cotisation, les données de l’adhésion politique en France s’en retrouvent pour la plupart erronnées. J’ai en conséquence entrepris d’interroger 25 sièges nationaux sans préciser dans quel contexte seraient publiées les données qu’ils me fourniraient, afin d’éclaircir, mieux que possible l’opacité du système de l’adhésion politique. Effectivement, lorsque je les ai interrogés quand au nombre d’adhérents qu’ils reçensaient, la plupart des secrétariats nationaux ont rechigné à me fournir une réponse : quatre (Mouvement Démocrate, Parti Socialiste, Les Progressistes et Debout la République) ont refusé d’aboutir à ma requête, deux m’ont fourni un chiffre dont l’exorbitance laissait à deviner quelque supercherie (Parti Fédéraliste, Union pour un Mouvement Populaire) tandis que deux (Lutte Ouvrière, Les Verts) n’étaient pas même au courant du nombre d’adhérents qu’ils revendiquaient, auquels s’ajoutent deux injoignables (Mouvement Républicain et Citoyen et La Gauche Moderne). En dépit de ces apparentes difficultés je suis parvenir à établir un graphique (cf. ci-dessous) dont la justesse, n’est, certes, pas assurée mais semble correspondre à une réalité dont nul ne peut fournir d’estimations avec exactitude. Eclairages.
 
Graphique partis (n°4).jpg

 

L’UMP, première formation militante de France

Forts d’un réseau de 200 000 adhérents, le Mouvement Populaire s’impose très clairement comme la première formation militante de France. Ce statut s’en retrouve d’autant plus renforcé que ce chiffre ne prend pas en compte les autres composantes de la Majorité Présidentielle : le Nouveau Centre (11 000 adhérents), le Parti Radical (10 000 adhérents), le Parti Chrétien-Démocrate (8500 adhérents) et la Gauche Moderne (2000 adhérents). Au final, avec 230 000 adhérents, la Majorité Présidentielle représente plus du tiers des adhérents politiques en France !

Mais derrière cette apparente vigueur des rangs de la majorité, se cache un certain nombre d’éléments troubles. Tout d’abord, lorsque je les ai contacté, le secrétariat national de l’UMP m’avait assuré recenser entre 350 000 et 400 000 adhérents...quand le chiffre officiel est de 277 000 ! Mais même ce chiffre nourrit de nombreux doutes. Il faut effectivement savoir que l’UMP comptabilise l’ensemble des adhérents ayant renouvelé une cotisation durant les deux dernières années. Ainsi, ceux qui, enthousiasmés par le début de mandat dynamique et prolifique de Nicolas Sarkozy, mais aujourd’hui déçus et n’ayant donc pas renouvelé leur cotisation en 2008 sont encore comptabilisés.

En outre, le Mouvement Populaire avait, à l’aube de l’élection de Nicolas Sarkozy lancé une formule d’adhésion quinquennale sur la période 2007-2012. Nombre d’enthousiastes ont souscrit à cette formule, séduisante par son coût et l’originalité de son concept. Or, l’enthousiasme du début de mandat a désormais perdu de sa superbe et cette formule permet aujourd’hui d’enrayer une défection d’adhérents trop importante.

En outre, le canard enchaîne assurait à l’été 2007 avoir piraté l’équivalent du fichier ROSAM du Mouvement Populaire et ne reçensait guère plus de 135 000 adhérents. Qui croire ? La police ou les syndicats ? La moins pire des solutions étant d’établir une moyenne, 200 000 adhérents semble être l’estimation la plus recevable...

 

meeting-front-de-gauche-1.jpgLes formations radicales dans l’ombre du Parti Communiste Français

Si la gauche radicale représente le quart du militantisme politique, 130 000 des 156 000 adhérents recensés par le NPA, le POI, le PCF et LO sont issus du Parti Communiste Français. Fort de cet important vivier militant, le PCF s’impose comme le deuxième parti de France en nombre d’adhérents, un statut qui fait mouche au vu de la modestie des scores obtenus par le parti de Marie George Buffet (1,94% aux présidentielles, 4,29% aux législatives, 2,62% aux municipales et 6,05% aux européennes).

Loin derrière, le Nouveau Parti Anticapitaliste peine à tirer profit de la crise sociale et ne revendique que 10 000 adhérents. Les deux formations trotskistes que sont Lutte Ouvrière (8200 adhérents) et le Parti Ouvrier Indépendant (8000 adhérents) présentent un réseau non négligeable mais très loin de celui du Parti Communiste.

Malgré son inexorable déclin, dont les prémices sont à mettre sur le dos de l’Union de la Gauche de 1974, le PCF conserve son âme militante, que, certes, bon nombre de mouvements politiques envient mais qui ne sont guère plus compatibles aux 700 000 adhérents revendiqués après la Libération.

Cet important vivier militant, en discordances avec les performances électorates du PCF, se justifie certainement par le militantisme historique qui a marqué le Parti Communiste Français, et quelques résidus de la grande époque sont toujours présents. Ce dernier reste également une plateforme d’échanges et débats internes au sein de la gauche radicale, ce qui séduit nombre de partisans de la mouvance radicale à adhérer au PCF plutôt qu’à d’autres formations tels que le NPA.

 

Le Parti Socialiste, ou la loi des fédérations

photo_1227026763803-1-0_zoom.jpgDifficile d’établir l’estimation d’une donnée dont nul ne connaît la valeur exacte... Le nombre d’adhérents recensés par le Parti Socialiste s’élève officiellement à 203 000 mais officieusement, il ne dépasse pas 120 000... La décentralisation des pouvoirs internes au profit des fédérations (une fédération correspond à un département, ce sont elles qui enregistrent les adhésions transmettant ensuite leurs données locales au Bureau des Adhésions qui établit le chiffre national) assure, certes, l’implantation locale du PS mais entrave la transparence du fichier ROSAM qui recense l’ensemble des adhérents.

Ainsi, sachant que leur poids au sein de l’appareil socialiste est subordonné à la vigueur des rangs de leur fédération, certains barons locaux n’hésitent pas à communiquer à Solférino des données anormalement élevées. Des enquêtes du Point et du Canard Enchaîné ont ainsi émis des doutes sur la véracité du listing de la fédération du Pas de Calais, vraisemblablement jonché de militants fantômes et autres doubles noms. Au sein même de l’appareil socialiste un élu assurait au Point, sous couvert d’anonymat, que "la fédé du Pas de Calais édite ses propres cartes ou les commande par paquets entiers à Solférino sans aucune justification" les attribuant par la suite à adhérents fantômes dont seul Jean Tibéri avait le secret.

Un autre responsable socialiste émettait quant à lui de sérieux doutes quant aux 50 000 nouvelles adhésions qui avaient précédé le Congrès de Reims, les mettant sur le dos des fédérations, soucieuses de conserver leur position au sein de l’appareil socialiste.

En outre, le PS, à l’instar de l’UMP, continue de considérer comme militant un adhérent ayant renouvelé une cotisation durant les deux dernières années écoulées : ainsi, sur 203 000 adhérents officiels il faut en soustraire 65 000 qui ne ne sont pas à jour de cotisation ! Si l’on soustrait à cette différence une quantité non négligeable de tripatouillages locaux, 120 000 adhérents s’apparente à une estimation proche de la réalité. Encore faudrait-il que Martine Aubry elle-même soit tenue au courant de cette réalité...

 

Le socle solide et constant de la droite nationalecb.jpg

Si le Front National (60 000 adhérents) et le Mouvement pour la France (15 000 adhérents) se classent respectivement 4ème et 6ème du classement, c’est que leur socle militant se distingue par sa fiabilité et sa constance. Effectivement, tandis que les performances électorales du Front ne cessent de chuter (0,94% aux municipales, 10% aux présidentielles contre 16 en 2002, 4% aux législatives contre 7 de plus en 2002), moins de 15 000 des 75 000 adhérents recensés en Avril 2007 ont quitté le Paquebot. Le Mouvement pour la France, lui aussi, en dépit du revers des européennes et des présidentielles est parvenu à conserver son rang, n’enregistrant que 7000 défections sur les 22 000 recensés sur la période précédant les échéances présidentielles.

Le rapprochement opéré avec l’UMP risque cependant d’enrayer cette relative constance. Il y a fort à parier que la branche orthodoxe de l’électorat viliériste se repliera sur Debout la République ou le Front National tandis qu’au sein de l’UMP, le MPF n’est pas encore assuré de ratisser les conservateurs ! Il doit effectivement affronter la concurrence du Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin.

 

La longue marche vers la transparence

Au-delà des données que cette enquête tente, le mieux possible, de hiérarchiser et d’estimer , elle lève le voile, et elle est loin d’être pionnière dans le domaine, sur l’absence de transparence des formations politiques quant aux adhérents qu’ils revendiquent. A quoi bon surévaluer ces données ? A quand l’établissement d’une autorité chargée d’établir la transparence dans le domaine ? Le nombre d’adhérents revendiqués par les formations politiques ne devrait-il pas être une donnée informative accessible à tous ? Sinon, comment donner du crédit aux élections internes, où la fraude s’est généralisée ? La route vers la transparence sera longue...et semée d’embûches.

Retrouvez cette enquête sur Le Nouvel Hebdo.com 


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11 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 15 septembre 2009 10:25

    C’est kifkif au niveau syndical , il y bien plus de syndiqués dans les chiffres de dirigeants que de cartes sur le terrain , la France est bien le pays des grenouilles ( qui veulent se faire plus grosse que le boeuf ) .

    Les gens n’ont plus aucune confiance dans leurs politiques , ni dans les syndicats , ça explique en grande partie la désafection .


    • Ian 15 septembre 2009 11:06

      La plupart de ces chiffres sont très largement gonflés.

      Notamment celui du PCF (au passage depuis quand est-il dans la gauche radicale ?), qui était autour de 70 000 adhérents à jour de cotisation lors de son dernier congrès (et environ 40 000 votants), ceux de LO et du POI (s’ils sont à la moitié du chiffre revendiqué ici, c’est déjà bien), sans parler de l’UMP ou du Modem dont les chiffres sont très largement gonflés également...


      • Ian 15 septembre 2009 11:08

        Je rajoute qu’un moyen d’avoir une idée plus précise du nombre de militants et de son évolution, c’est de regarder les comptes officiels des partis publiés par la CNCCFP


      • Vincent Perrier-Trudov Vincent Perrier-Trudov 15 septembre 2009 11:09

        Bonjour,

        Je souhaite apporter quelques précisions à votre article, qui soulève un débat très pertinent, la sincérité du fonctionnement interne des partis politiques.

        Il y a une grande différence entre le Nouveau Centre et le Parti Radical ou ceux du Parti Chrétien-démocrate, c’est que les adhérents du Nouveau Centre n’ont pas d’autre carte de parti.

        Quand on adhère au Parti Radical ou au PCD, on adhère en même temps à l’UMP. Dans votre décompte, les 10.000 qu’annoncent chacun de ces partis doivent donc être déjà inclus dans votre estimation de 200.000 adhérents UMP.

        Le Nouveau Centre comptabilisant 11.500 adhérents (aux derniers chiffres que l’on a pu me communiquer), la majorité présidentielle serait, selon votre mode de calcul, de l’ordre de 211.500 adhérents.

        En ce qui concerne la question de la transparence du fonctionnement des partis politiques français, nombreux sont ceux au Nouveau Centre à souhaiter une certification type ISO des partis politiques.

        Le fait que nous soyions un parti neuf nous a permis de nous tenir éloignés des vieilles pratiques de gonflage de chiffres, mais il serait bon que nous allions plus loin, afin de montrer l’exemple aux autres.


        • Céline Ertalif Céline Ertalif 15 septembre 2009 13:13

          C’est vrai qu’un peu de transparence sur le nombre ne ferait pas de mal. La communication de la CNCCFP est d’une pédagogie assez limitée. Mais on peut y découvrir quand même qu’en 2006 il y a un produit de cotisations militantes plus important à la LCR qu’au front national ( http://www.cnccfp.fr/docs/partis/comptes/cnccfp_comptes_2006.pdf - page 6).

          On peut mesurer la quantité, mais pas la qualité. Ou alors c’est plus compliqué. Pourtant, il est clair qu’être militant à Lutte Ouvrière avec le journal affiché dans les mains le samedi à la sortie du marché ce n’est pas du tout la même chose que de prendre sa carte à l’UMP qui vaut ticket gratuit de voyage en bus de temps en temps pour aller faire la claque.


          • monpetitavis 15 septembre 2009 14:30

            Article intéressant.
            Il est vrai que le gonflement du nombre d’adhérent est une vieille pratique généralisée à tout type d’association que ce soient des partis politiques et des syndicats.
            Même si vous dites que Debout-la-République n’a pas répondu à votre interview, il aurait été souhaitable pour l’exhaustivité de fournir une approximation comme pour les autres partis qui n’ont pas répondu (en me renseignant, la fourchette basse est à 3000 et la fourchette haute est à 10000).


            • chmoll chmoll 15 septembre 2009 17:50

              si tu veux ètre pris en photo dans un super marché avec un sbire,t obligé d’avoir ta carte UMP

              pareil si tu veux assisté a un won man show du p’tit


              • imarek imarek 15 septembre 2009 18:14

                Ce qui serait encore plus intéressant ce serait de connaître la répartition, en pourcentage pour chaque parti, de la catégorie socioprofessionnelle des militants.
                On pourrait ainsi en déduire quels sont les partis qui sont plutôt représentatifs de la population et ceux qui ne le sont pas. Bien sur ces informations ne seront jamais données.


                • furio furio 15 septembre 2009 20:41

                  Il ne faut pas se tromper sur cette guignolerie des élections internes au PS. La droite a depuis logntemps anticipé et nombre de militants umpistes ont « adhéré » au PS !! ben pardi il faudrait con pour ne pas y avoir pensé ! Au PS les militants ump ont tout loisir de faire élire le meilleur « candidat » pour affronter la droite. Ils ont tout loisir pour « traficoter » les différentes élections. Certains comme la pute de besson arrivent même à gravir les échelons.


                  • xray 15 septembre 2009 21:52


                    Lorsque vous cesserez de croire que ce sont les élus qui ont le pouvoir, on pourra peut-être avancer. 
                    La politique n’est que de la diversion.  Le pouvoir est ailleurs.

                    Vos chers élus se moquent de vous. Ils ont bien raison. 
                    Ils ne sont que des marionnettes d’un grand guignol. 
                    Le pouvoir est dans les mains de ceux qui contrôlent le capital de la Dette publique. (Pour la France, cinq fois le budget net de l’État.) 

                    Le « capital de la Dette publique » gagne à pourrir la vie du plus grand nombre. C’est de cette façon qu’il s’est construit. (Misères et maladies) 

                    Le capital de la Dette publique est entre les mains de ceux qui bénéficient de la loi 1905. La loi 1905 défiscalise les immenses revenus des « curés ». 

                    Le Grand Guignol politique 
                    http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/ 

                    Le bourbier européen 
                    http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2009/05/09/le-bourbier-europeen.html 

                    Il fallait voter NON !
                     
                    http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2007/02/14/il-fallait-voter-non.html 

                    Google antisémite 
                    http://mondehypocrite.midiblogs.com/archive/2009/06/17/google-antisemite.html 


                    Les
                    Français sont revenus à la situation du début des « années 40 ». 
                    Ils sont soumis à : 

                    - Une monnaie d’occupation ; 

                    - Des journalistes d’occupation ; 

                    - Des mœurs judiciaires dignes du nazisme ; 

                    - Des collabos financés et au service de qui ? 



                    • zelectron zelectron 15 septembre 2009 23:29

                      Sans oublier l’obéissance aveugle aux « consignes » et l’abandon de son propre libre-arbitre.

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Auteur de l'article

AJ


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