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Accueil du site > Actualités > Politique > Enterré vivant !

Enterré vivant !

La France connait un vaste mouvement social ces dernières semaines et les médias s’en sont fait l’écho. Comme toujours, les réflexes de la profession, les contraintes de ce qu’est devenu le métier (pas de temps, pas d’argent !) et l’œil discret de la hiérarchie ont fourni leur dose de formatage et de rétrécissement.

Les syndicats majoritaires, quand à eux, ont montré par les actes qu’ils servaient le pouvoir en freinant des quatre fers les révoltes aussi spontanées que prudentes d’une majorité de la population.

Et puis, lorsque la loi a été votée, tout ce petit monde a senti que le temps était venu d’enterrer le mouvement... et ils l’ont enterré vivant  !

Que s’est-il passé ? Et où en est-on aujourd’hui ? Eléments de réponse à travers un autre prisme de celui des médias de masse.

Par la petite lucarne médiatique

Vous avez comme moi subi les interminables JT qui se sont étendus en de multiples sujets sur les "difficultés" d’un mouvement qui "s’empire" et provoque des files d’attentes aux stations services. Une situation difficile, il est vrai, pour quelques PME qui risquaient de devoir licencier ou mettre la clé sous la porte, témoignages à l’appui. De nombreuses autres entreprises, une majorité en vérité, ont poursuivi leur commerce sans entrave majeure. Une bonne partie d’entre elles aurait bien voulu faire grève aussi, mais elles ne le pouvaient pas, bloquées par la concurrence exacerbée qui maintient le monde entier sous tension. Pour autant, nombre de ces "sympathisants" ont trouvé un moyen d’intervenir : ils ont soutenu les grévistes. Les salariés de Grandpuits ont ainsi reçu beaucoup de dons en nourriture et en argent, comme ce couple de marionnettistes, qui ont fait le voyage depuis Paris pour leur amener un chèque de 200 euros, ou ce jeune homme venu en transport en commun avec son gros sac à dos et de quoi dormir sur place, ou encore ces virements venus du monde entier : Espagne, Allemagne, Mexique, Brésil, Suisse, Etats-Unis et Italie ou ces messages de soutien en provenance d’Allemagne, de Belgique ou plus récemment d’Iran... Une dynamique traverse le pays, ici et là des individus se parlent et se rencontrent, hors des cadres et des normes habituels. Presque rien dans les médias à ce sujet. La disproportion entre la réalité du terrain et l’image projetée de JT est considérable. Ecoutez ces militantes rencontrées à Grandpuits le 22 octobre dernier.

En fait, à travers le choix de leurs sujets et de leurs angles, et par le temps consacré à tel ou tel aspect, les médias se sont essentiellement contentés de reprocher aux grévistes la mise en péril de l’outil de travail. C’est la plus vieille technique du patronat pour tenter de casser les grèves ! C’est la tarte à la crème de la contre-grève employée à l’échelle nationale ! Ce que démontre cette épisode, c’est que les médias de masse ont pris parti. Ce n’est pas nécessairement un choix conscient, mais davantage le produit d’un système. J’en exposais ici les rouages, par ailleurs brillamment mis à nu par Noam Chomsky.

Mais l’entourloupe ne s’arrête pas là, car un autre trompe l’œil se cache dans les conducteurs des JT. Comme cela se produit habituellement, les rédactions qui passent une partie de leur temps à s’écouter et à se copier mutuellement, se sont focalisées sur les raffineries, sur Grandpuits et sur les manifs étudiantes. Elles ont du même coup oublié la multiplicité des actions dont la France est toujours l’objet. La déchetterie d’Ivry sur Seine est toujours en grève, la déchetterie de Saint Ouen l’a rejoint depuis le 3 novembre, le même jour des barrages filtrants ont eu lieue à Lille, un groupe de 50 personnes a bloqué le péage de Saint-Michel de Maurienne proche de l’Italie, une centaine de personnes a bloqué l’entrée de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse dans le Drôme, le 4 novembre des syndicalistes ont bloqué un magasin carrefour, 500 personnes ont manifesté à Lyon, une centaine de personne a manifesté devant le siège du MEDEF à Besançon. A Paris on a manifesté le 3 novembre à Neuilly, au siège du Medef et à la fac de Nanterre... ce n’est qu’un échantillon.

Le mouvement social n’est pas mort, il a été enterré vivant

La majorité des salariés qui ont décidé de se mettre en grève refusent la réforme des retraites, tout comme ils refusent l’ordre néolibéral qui nous est imposé. La plupart sont assez conscients des ravages du système actuel, à la fois sur la nature, sur les pays pauvres, sur les libertés individuelles, sur la répartition des richesses à toutes les échelles. Depuis le début, la base a toujours réclamé, dans les AG, un appel à la grève interprofessionnelle, c’est à dire à une grève générale, une vraie, maintenue jusqu’à gagner bataille. Mais les directions nationales des grands syndicats n’ont jamais respecté leur mandat et n’ont jamais relayé la volonté de leurs mandants. Elles n’ont pas organisé la convergence, elles n’ont jamais lancé d’appel interprofessionnel et se sont contentées de "journées d’action", c’est à dire de manifestations assez éparses. Concrètement, elles ont diluées, freinées et canalisées la colère de la population. Ecoutez ce manifestant.

Sur plusieurs sites où les salariés occupent leur lieu de travail, comme à la déchetterie d’Ivry sur Seine, il semble que les syndicats aient choisi de fermer les portes de l’entreprise, ce qui a eu pour effet de couper toute communication éventuelle avec des soutiens extérieurs, et d’empêcher les grévistes d’aller à la rencontre les sociétés voisines pour essayer de les rallier au mouvement. De cette façon les syndicats jouent à Ivry le rôle que tenaient les CRS à Grandpuits, lorsqu’ils formaient un cordon d’une cinquantaine de mètres de rayon autour de l’entrée pour tenter de séparer les grévistes du reste de la population.
Autre exemple, lorsque l’usine de Grandpuits a été réquisitionnée, les centrales syndicales ont protesté contre cet ordre à la télévision, mais elles ont oublié de dire l’essentiel : l’usine ne pouvait pas repartir, même avec vingt salariés réquisitionnés. Six cents camions ont vidés les cuves pendant 48 heures, c’est tout ce qu’il était possible de faire. Si les syndicats avaient rempli leur rôle de contre-pouvoir, ils auraient informé le pays que ce coup d’éclat du gouvernement ne diminuait en rien le mouvement, puisque le blocage pouvait se poursuivre à l’identique. Or le silence total des médias, des syndicats et évidemment du gouvernement à ce sujet offre la preuve sinon d’un arrangement, au moins d’un intérêt commun. Et le coup de comm’ a porté ses fruits puisque c’est à partir de ce moment là que le mouvement a commencé, selon les médias, à perdre de sa force. A chaque JT on a pu entendre que la fin du mouvement approchait, vivement le "retour à la normale".
Jouant la même partition, l’UNEF qui s’est beaucoup exprimé dans les médias au nom des étudiants refuse de relayer sa base, et préfère éviter le rapport de force. La CGT et la CFDT déclarent à l’échelle nationale que le mouvement va se poursuivre "par des voies démocratiques". Traduisez "on arrête le mouvement" et "les grévistes qui essaient de bloquer l’économie sont des hors-la-loi". Avec ce genre de syndicats l’Elysée peut dormir tranquille. Enfin, le sommet de la trahison a sans doute été atteint lorsque François Chérèque a joué en direct sur France 2 un duo langoureux avec Laurence Parisot.

Sur l’échiquier politique, les syndicats jouent leur influence, en même temps que la position de la gauche pour 2012, à laquelle ils servent de rabatteur. C’est pour cette raison qu’ils craignent un retournement de l’opinion, qui leur ferait perdre la sympathie capitalisée depuis trois semaines. Leur rôle de frein canalisant sert les intérêts de la gauche et la droite, qui voient d’un mauvais œil une classe salariée prendre en main son propre destin. Les uns et les autres se positionnent pour 2012. Les premiers joueront l’air éculé du changement en capitalisant sur le mécontentement populaire (qu’il s’agit de conserver en l’état - le peuple ne doit pas obtenir satisfaction) tandis que les second entonneront en cœur le chant du réformateur inflexible et victorieux. Et même pas un petit solo pour la population réelle qui pour l’heure se moque crument de 2012.

Et il bouge encore

C’est en réaction à cette mascarade, et en soutien aux grévistes et à tous ceux qui agissent, qu’un autre phénomène a éclot en France depuis environ un mois. Un peu partout sur le territoire, on voit se multiplier des "AG interpro". Il s’agit en général d’individus qui tentent d’organiser la convergence du mouvement social en marge des organisations syndicales. Ces "Assemblées Générales Interprofessionnelles" sont ouvertes à tous, sans distinction de classe, de branche, de statut ou d’opinion, et elles diffèrent toutes les unes des autres. Il ne semble pas qu’une structure tienne les rennes de ces forums citoyens, qui se sont organisés spontanément après que les directions syndicales aient trahi leur base. On trouve souvent, d’ailleurs, des syndicalistes de la base à l’origine du mouvement. J’ai assisté à la dernière AG intrepro Ile-de-France à la Bourse du travail, lancée notamment sur l’initiative d’enseignants et de cheminots de la gare de l’Est. Deux mouvements s’opposent en surface bien qu’ils soient au fond complémentaires. Une partie des participants réclame avant tout de l’action pour soutenir le mouvement en cours, tandis qu’une autre partie insiste sur l’importance de poser les bases d’un mouvement populaire appelé à se construire et à se structurer sur le moyen terme. Il y a un côté foutoir plutôt rassurant, on sent que l’initiative n’est pas pilotée et que ceux qui mènent le mouvement sont sincères. Une jeune femme co-organisatrice me confiait la situation du mouvement.

Quelle est notre identité ? On ne sait pas, ce n’est pas défini ! Comment nous présenter, comment communiquer ? Pour l’instant tout est à construire.

Une AG des AG a été proposée par l’AG de Tours. Elle a eu lieu le samedi 6 novembre. Il s’agit d’un début de coordination à l’échelle nationale. Voici son communiqué. La prochaine AG des AG est prévue pour le samedi 27 novembre à nantes.

Quelque chose se passe dans notre pays actuellement. Le silence des médias est un indicateur assez fiable que ce mouvement se développe hors des calculs politiques.

Lisez le Manifeste de l’AG interpro de Rennes

Raphaël


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14 réactions à cet article    


  • Ariane Walter Ariane Walter 9 novembre 2010 14:12

    @ l’auteur
    Excellent article.

    Lorsque j’avais vu dans les rues tant de monde, je m’étais dit : "mais pourquoi n’en profite,t-ils pas pour donner les coordonnées d’un site qui serait le TF1 des révoltés !
    Un site où se renseigner et où apprendre, par exemple, tout ce que vous dites, bref un radio-Londres, même sans de Gaulle. C’est ce qu’il faudrait faire.


    • Raphaël 9 novembre 2010 16:40

      C’est vrai... Mais ils ne le feront jamais ! On ne peut pas demander à Radio Paris de diffuser un bulletin de Radio Londres. Il n’y a rien à espérer de TF1.

      La majorité des journalistes sont convaincus du bien fondé de leur objectivité. Ils n’ont pas le recul qui pourrait leur permettre de comprendre par quel mécanisme leurs contenus sont partisans. Car la propagande en démocratie ne fonctionne pas de la même manière qu’en dictature. Les journalistes sont effectivement libres, ils subissent rarement de pression. Mais tout un ensemble de contraintes s’exercent sur eux de façon très subtile.

      • Il faut vendre, et être accrocheur, les écoles forment à privilégier l’émotion sur le fond
      • On a peu de temps, question de rentabilité, il est rare de pouvoir approfondir
      • Une partie importante des sujets choisis dépend de ce que sélectionnent les agences (images ou dépêches), ce qui filtre déjà fortement la réalité
      • La sélection des journalistes suit certains critères jugés « raisonnables » mais au fond totalement partisans. Détails ci-dessous.

      Avec un discours tel que le mien dans cet article il est impossible de réussir un concours à une école de journalisme, quelque soit le niveau de preuve et de documentation. Même en étant le plus factuel possible. Parler des AG interpro sera considéré, en soi, comme partisan et donc refusé, au moins tant que le mouvement ne gagne pas en ampleur. En revanche on pourra traiter un sujet de bien moindre importance quand à ses implications et au nombre de personnes mobilisées, sans se voir taxé de prendre parti, pour peu que l’on reste dans le cadre de la pensée dominante.

      Si l’on sort de cette pensée on va vous demander d’apporter tellement de preuves et de justifications, qu’il sera extrêmement compliqué de parvenir à boucler votre sujet. Une telle exigence n’existera pas du tout sur un sujet qui fera consensus dans la rédaction, quelque soit son niveau de documentation. C’est sur ce point qu’apparaît la fausse objectivité. L’opinion dominante pourra être répétée cent fois même si elle est peu étayée, tandis qu’un avis inverse, même appuyé de façon bien plus solide se heurtera à une solide défiance.

      Et dans le lot des croyances qui font consensus au sein des rédactions, il y a cette croyance en l’objectivité, qui aide à maintenir ce mécanisme inconscient. Si vous tentez d’exposer cela, il y a de fortes chances pour que vous rencontriez la colère ou le rejet condescendant. Des réactions émotionnelles. On refusera un examen pragmatique de ce que vous avancez.

      Cette structure se maintient parce qu’une majorité de journalistes demeurent inconscients du phénomène et persuadés de l’importance de leur fonction. Cela est possible par la sélection à l’entrée, sélection opérée par les journalistes eux-mêmes. Ils vont coopter ceux qui répondent à leurs critères. Comme ils sont persuadés que ces critères sont objectifs tout leur paraît normal. Le système s’auto-entretient.

      Et personne n’a besoin de les forcer, ils font cela en toute liberté. C’est le côté génial du système. Ils vont tous déclarer : moi je suis complètement libre, personne ne me dit quel sujet traiter. Et c’est vrai ! Ce qu’ils ne voient pas, c’est que s’ils avaient été portés à traiter d’autres sujets, ils ne seraient pas là.

      Il y a évidemment des exceptions et certains journalistes sont conscients du système dans lequel ils sont. En général ils sont bien obligés de se plier aux exigences de leur rédaction en chef qui peut refuser leur travail. Ils font passer de petites choses dès que c’est possible. C’est pareil au niveau des directions. Si l’un d’eux arrive en haut de l’échelle c’est le propriétaire du média, dont les intérêts sont en général du côté de l’argent et du pouvoir, qui fera taire ou qui licenciera la personne. Donc tout en haut il y a une vigie qui peut intervenir, mais elle n’a pas besoin de le faire souvent, car la majorité est correctement formatée et une minorité sait se gérer pour faire passer le maximum d’infos alternatives sans dépasser la ligne qui leur créerait des problèmes. Efin une toute petite minorité moins conciliante se fait éjecter.

      Ce mécanisme est celui de la propagande en démocratie. Noam Chomsky le détaille de façon brillante dans ses ouvrages. Je ne peux que relayer cet avis. J’observe au quotidien ce fonctionnement dans mon environnement professionnel.

      Il existe cependant des sources d’informations sur ce qui se passe actuellement, hors de ces grands médias. Tout d’abord l’agenda démosphère qui répertorie les événements alternatifs en région parisienne.

      http://www.demosphere.eu/

      Ce type d’agenda participatif est distribué gratuitement par l’équipe. Vous pouvez en monter un dans votre région. Cela a déjà été fait en Grèce, en Gironde, à Angers.

      D’autres liens.

      http://www.hns-info.net/
      http://www.7septembre2010.fr/
      http://www.magmaweb.fr/spip/
      http://www.cip-idf.org/
      http://engreve.wordpress.com/

      http://www.parisseveille.info/
      http://rebellyon.info/
      http://juralibertaire.over-blog.com/
      http://rennes-info.org/

      AInsi que mon propre blog : http://www.ramassi.net/

      Chaleureusement,

      Raphaël


    • nexus 9 novembre 2010 22:18

      @ Raphaël,
      C’est un plaisir de vous lire ici ! smiley

      @ Ariane,
      Tout est à ré-inventer en terme de reprise des média par le peuple. Il ne faut plus qu’il y ait de TF1, ni de fausse presse d’opinion telle que Le Figaro ou Libération. C’est fini ça. Il faut faire le deuil de ce système. Le fait de croire qu’on va avoir un média centralisé qui nous prémache tout, on voit bien ou cela nous mène. Non, apprendre l’esprit critique. Ne pas gober tout ce qui passe. Agoravox est un excellent endroit pour apprendre les ficelles car il y a de tout en terme d’article, de l’intellectuel pur à l’abject sans nom comme la vidéo du jour sur Florent Pagny.

      Mais comme dit Chomsky, la liberté d’expression, c’est avant tout de laisser même notre plus grand opposant exprimer son opinion.


    • Triodus Triodus 9 novembre 2010 14:55

      Bonjour : « Le conducteur du JT..  »

      Ne suivant que des rails, c’est plutot un wattman (conducteur de tramway) ou encore mécanicien de locomotive !


      • Raphaël 9 novembre 2010 15:00

        Salut !

        En fait dans le jargon le « conducteur » est le programme sur papier d’une émission, qui précise toutes les infos, minute par minute, les éléments à préparer pour l’antenne (une carte, le nom d’une personne à incruster quand elle parle, le sujet lui-même, les temps prévus etc etc...).


      • Triodus Triodus 9 novembre 2010 15:07

        Merci, mais le | | était trop tentant ! 

        Cdt


      • TSS 9 novembre 2010 15:07

        Seul J C Mailly le patron de F.O etait contre l’avis des autres centrales pour une greve dure et

        longue !! il s’est d’ailleurs desolidarisé pour la prochaine « manif »... !!


        • xray 9 novembre 2010 15:29


          Lorsque vous cesserez de croire que ce sont les élus qui ont le pouvoir, on pourra peut-être avancer. 
          La politique n’est que de la diversion.  Le pouvoir est ailleurs.

          Vos chers élus se moquent de vous. Ils ont bien raison. 
          Ils ne sont que des marionnettes d’un grand guignol. 
          Le pouvoir est dans les mains de ceux qui contrôlent le capital de la Dette publique. (Pour la France, cinq fois le budget net de l’État.) 

          Le « capital de la Dette publique » gagne à pourrir la vie du plus grand nombre. C’est de cette façon qu’il s’est construit. (Misères et maladies) 

          Le capital de la Dette publique est entre les mains de ceux qui bénéficient de la loi 1905. La loi 1905 défiscalise les immenses revenus des « curés ». 


          Se sortir de l’Europe ! Et, vite ! 
          http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/archive/2010/06/30/se-sortir-de-l-europe-et-vite.html 

          Le Grand Guignol politique 
          http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/ 



          • Bodhi 9 novembre 2010 20:56
            • Deux mouvements s’opposent en surface bien qu’ils soient au fond complémentaires. Une partie des participants réclame avant tout de l’action pour soutenir le mouvement en cours, tandis qu’une autre partie insiste sur l’importance de poser les bases d’un mouvement populaire appelé à se construire et à se structurer sur le moyen terme.

            Amusant. Nous avons les mêmes discussions dans l’AG de notre université. Il y a vraiment une volonté de certains de reconstruire des lieux de démocratie et d’entamer une phase de politisation des étudiants. Mais bon bien sûr, à chaque fois que c’est évoqué en AG, les syndicats font mine d’ignorer. L’Uneficace sévit toujours.

            • Raphaël 9 novembre 2010 22:14

              On peut s’organiser sans eux !


            • pilhaouer 10 novembre 2010 11:02

              "Les syndicats majoritaires, quand à eux, ont montré par les actes qu’ils servaient le pouvoir en freinant des quatre fers les révoltes aussi spontanées que prudentes d’une majorité de la population."

              Il est cependant nécessaire de bien distinguer les bureaucraties syndicales et la base souvent très remontée contre les permanents.
              Lorsqu’on travaille dans une entreprise et surtout dans une petite entreprise, on adhère au syndicat en place, même si c’est la CFDT, même si on se rend compte que ce syndicat collabore manifestement.
              La base est donc en permanence tiraillée entre la nécessité de conserver l’outil syndical sans quoi il ne lui reste plus rien, et la nécessité de le transformer, ce qui est extrêmement difficile et peut-être improbable, sauf dans une situation paroxystique comme celle du mouvement actuel, étouffé certes, mais ...
              D’où, naturellement la relance des coordinations, à l’évidence seul moyen de sortir des contradictions.


              • Raphaël 10 novembre 2010 13:32

                Oui tu as entièrement raison. La seule solution que je vois, de mon coté, c’est de jouer sur les deux tableaux. Utiliser les syndicats existants pour ce qu’ils peuvent encore nous apporter sur le terrain et participer à construire une force qui pourrait les compléter (ou les remplacer s’ils refusent la coexistence) demain. C’est en ce sens que la dynamique impulsée par les AG interpro me semble intéressante. Aujourd’hui ce sont des espaces de parole et de coordination. Mais si nous parvenons à garder le contact, à maintenir des rendez-vous réguliers, il se peut qu’un contre-pouvoir ne finisse par sortir de là. Ca demandera peut-être des années et ça ne sera possible que si une mobilisation citoyenne minimale ne se dément pas au fil du temps. Cela peut aussi tirer les syndicats vers leur base, car ils auront peur d’être dépassés, ce sera déjà un bénéfice pour toute la société. Mais il serait réellement préférable d’aboutir (en plus) à la constitution d’un nouveau contre-pouvoir aux mains de la base. Nous avons un besoin urgent de cela car la force et la fréquence des attaques sur nos droits sociaux risque de continuer à s’accélérer.

                La spécificité de ce nouvel outil de lutte pourrait être le décloisonnement. Par définition ce qui est neuf dans les AG interpro c’est de permettre la rencontre de tout type de citoyen, qu’il soit salarié ou chômeur, jeune ou vieux de telle ou telle branche. Ce qui nous unit est bien plus important que les détails qui nous séparent. Nous subissons les mêmes coups de bélier aux mêmes endroits, quel que soit notre secteur d’activité ou notre statut.

                Si l’on parvient à forger un outil qui sache rester un lieu de rencontre pour les citoyens, et où tout avis a le droit d’être exprimé ; si nous parvenons à nous coordonner, sur une base décentralisée, pour être capable de déclencher des mouvements de grève ; et si nous gardons l’esprit alerte pour faire face à toutes les tentatives de récupération et d’instrumentalisation, c’est à dire si nous demeurons rétifs à toute forme de prise de pouvoir ; et finalement si nous réussissons à essaimer à l’étranger et à créer - dans le même esprit - une coordination à l’échelle de la planète ; alors nous aurons réussi ce que le peuple n’a pas pu faire depuis trente ans : s’opposer enfin au néolibéralisme.

                Quoiqu’il arrive la séquence actuelle est riche. Nous avons le droit à plusieurs essais. Si cette tentative ne réussit pas immédiatement, elle constituera immédiatement un terreau à de futures expériences. Quoiqu’il arrive, nous devons rester mobilisé pour continuer à avancer, y compris dans les moments où l’on aura perdu la direction.

                Ces moments sont d’ailleurs souvent les plus riches. Gardons-nous de viser un objectif trop précis, ce serait préparer l’émergence d’un nouveau dogme et de nouvelles limitations. Un socle de valeurs positives, et l’horizon grand ouvert sur toutes les formes d’organisations possibles, y compris celles que nous n’imaginons pas encore, devraient nous suffire à conserver ce qui fait notre essence, la seule chose en somme que nous ne devons pas perdre. Tout le reste peut bien se transformer.

                Quand aux valeurs, voici celles que j’entrevois :

                • liberté d’expression et d’opinion, ouverture à tout citoyen
                • refus d’une quelconque prise de pouvoir, qui doit rester dans les mains du peuple
                • coordination du bas vers le haut

                Quelques idées concrètes à réfléchir :
                • Aucun mandat permanent, nécessité de faire tourner les rôles dans les AG. Les mandataires ne sont jamais les mêmes personnes trop longtemps. Pas de petits arrangements, pas de négociations en catimini, que ce soit en interne ou à l’extérieur (avec le gouvernement, les entreprises ou les syndicats)
                • Un cadre réglementaire le plus léger possible, et pourquoi pas nul, l’assemblée sera libre, y compris libre de se tromper et de se faire mal, mais toujours libre de changer de direction

                Voilà pour aujourd’hui.

                Merci pour vos interventions :)

                Raphaël


              • pens4sy pensesy 10 novembre 2010 12:15

                Entièrement d’accord avec l’auteur.

                Dur de lutter contre tous ces médias qui lavent les cerveaux des classes moyennes.

                Classes qui sont « moutonisées », de l’école à la tombe.

                Merci pour les liens


                • personne44 personne44 10 novembre 2010 12:53

                  @ l’auteur, excellent article et superbe interprétation de « radio Paris »

                  Et oui !!! Nous avons les moyens de nous organiser sans eux, les systèmes d’échange comme le « sel » ont de plus en plus d’adhérents...
                  Nous n’avons rien à attendre de qui que ce soit chez les gouvernementeurs, nous avons tout à gagner avec nos propres valeurs...
                  Bien à vous.

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