Fermer

  • AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Politique > Et ils finirent par parler pour ne plus rien dire

Et ils finirent par parler pour ne plus rien dire

La communication…nous sommes entrés dans l’ère de la communication numérique, mais aussi de la communication politique. Il suffit de voir la multiplication des officines en tout genre, des conseillers politiques, des stratégies de communication des collectivités territoriales qui prolifèrent en envahissant la sphère publique. Il y a le bon côté, l’adaptation aux nouveaux modes de communication, que sont les réseaux sociaux, mais il y a aussi la partie la plus sombre.

Force est de constater que la forme du message l’emporte aujourd’hui sur le fond. L’apparence, la bonne formule, l’élaboration de la stratégie se font bien souvent au détriment du fond. Du général de Gaulle et ses conférences de presse, bien désuètes , aux premiers pas de François Mitterrand face à Giscard d’Estaing, on ne peut que regrette la dilution du fond des messages dans la forme, pour ne garder au final que « l’idée » du slogan.

Le célèbre « Croit-on, qu’à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ? » du Général de Gaulle (Conférence de presse du 18 mai 1958) s’est inscrit dans l’histoire en raison de la formule, mais aussi du fond. Cette phrase était faite pour résonner dans l’opinion publique en se référant implicitement à la résistance menée par De Gaulle pendant l’occupation allemande. Le message politique était fort et l’expression tout aussi heureuse.

Un peu plus tard, Georges Pompidou, interrogé lors d’une de ses conférences de presse, le 22 septembre 1969, évoque le drame de Gabrielle Russier (professeur de français qui s’est suicidée suite à une histoire d’amour avec l’un de ses élèves) en ces termes : « comprenne qui voudra ! – moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés ». C’était du Paul Eluard (Au rendez-vous allemand, Paris, Editions de Minuit, 1944), bien à propos. La leçon, ainsi lancée aux tenants de l’ordre moral, était fort bien ajustée et presque sans appel.

Le 10 mai 1974, au cours du débat télévisé de l’entre-deux tours, François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing jouent leur avenir politique, face aux assauts du candidat socialiste, VGE lance la formule « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». Il fait mouche, on dit, sans en avoir la preuve formelle, que c’est cette phrase-là qui fit la différence.

Sept ans plus tard, Mitterrand a bien appris la leçon, à l’interpellation de Giscard : « Vous êtes l’homme du passé », il répond du tac au tac : « Vous êtes l’homme du passif ».

La forme, alliée au fond était toute à la fois efficace et pédagogique.

Aujourd’hui, les campagnes électorales coûtent de plus en plus cher, en frais de communication en particulier, et les équipes de tout bord s’échinent plus à la communication qu’à la réflexion. La technique l’emporte sur le fond et surtout finit par occulter celles et ceux auxquels elle s’adresse. « Dans la communication, le plus compliqué n’est ni le message, ni la technique, mais le récepteur » (Dominique Wolton). Nous sommes les récepteurs…

Roland Barthes a mis en exergue les dangers du discourir  : « Parler, et à plus forte raison discourir, ce n’est pas communiquer … c’est assujettir » (leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France, prononcée le 7 janvier 1977).

C’est bien à ce point de sujétion que la politique a conduit le citoyen dans l’avalanche des formalismes et nécessité de décorum.


Moyenne des avis sur cet article :  4.56/5   (9 votes)




Réagissez à l'article

7 réactions à cet article    


  • zygzornifle zygzornifle 14 mars 2014 14:29

    Les politiques tout comme les couches des enfants doivent être changés régulièrement et cela pour les mêmes raisons.....


    • cathy30 cathy30 14 mars 2014 16:34

      Tiens, ça me fait penser à Paul Villach !


      • Antoine Diederick 14 mars 2014 20:47

        la campagne pré-électorale a déjà commencé en Belgique, c’est l’occasion de ne pas écouter et surtout de s’amuser du bêtisier politique, après les élections, constater les limites du marketing politique....


        c’est tellement bête que je me dis que nous sommes bêtes...

        « Mes chers concitoyens, je ne me ferai pas élire par de fausses promesses. Je me sens libre de cette imposture. Si je suis élu, je divulguerai mon programme après le vote et surtout, écrivez-moi afin que je puisse réaliser tous vos désirs. Je serai votre intermédiaire pour plier les institutions à votre bon plaisir. »

        • ahtupic ahtupic 15 mars 2014 00:56

          Faux. Il faut faire comme le sketche de Fernand Reynaud : Dites-moi tous vos souhaits, je vous dirais comment vous en passer.


        • Roubachoff 15 mars 2014 05:41

          Mon bon Pelletier,

          Méfiez-vous, à force de vous répandre, ça va finir par vous arriver...


          • Pelletier Jean Pelletier Jean 15 mars 2014 09:10

            arriver quoi ? 


          • diogène diogène 15 mars 2014 10:54

            Un élu est avant tout un pervers narcissique dont le seul but dans la vie est d’être réélu.

            Çà flatte son EGO hypertrophié.

            Pour être réélu, pense-t-il, il faut dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre et non pas ce qui est, et encore moins ce qu’il a l’intention de faire et qu’il ne sait peut-être pas lui-même.

            Alors il paie des « communicants » pour faire ce travail de production de guimauve à la crème chantilly.
            Et des fois, ça marche : il est réélu.

            Mais il ne se souvient pas de ce qu’il a dit, puisque c’était autre chose que ce qu’il pense lui.

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON






Les thématiques de l'article


Palmarès