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Accueil du site > Actualités > Politique > Et la culture, dans tout ça ?

Et la culture, dans tout ça ?

Les thèmes abordés pendant la campagne ont-ils été les bons ? L'économie, thème le plus souvent cité, est-il un réel moyen de juger et de décider pour quel candidat voter ?

 Alors que la campagne présidentielle s’achève par l’élection du sixième président de la Ve République, François Hollande, on peut se poser des questions quant aux thèmes abordées lors de cette campagne électorale.

Le thème le plus abordé a bien évidemment été celui de l’économie : chômage, pouvoir d’achat, retraite, dette, croissance, fiscalité, etc. Avec une avalanche de chiffres, très peu vérifiables, car issus pour la plupart de sources différentes. Une avalanche d’experts économiques qui nous ont expliqué, dans deux tribunes au journal Le Monde, pourquoi il fallait soutenir le programme économique de François Hollande pour certains, celui de Nicolas Sarkozy pour d'autres. Et même celui de Jean-Luc Mélenchon. Avec en point d’orgue le débat d’entre-deux tours, qui a été consacré pendant une heure aux questions économiques, et où l’on a pu voir la volonté des deux candidats de ne pas céder sur leurs chiffres et leurs analyses. A tel point que finalement, les thèmes sociétaux (logement, santé, droit de la famille, culture…), ou les thèmes pourtant cruciaux de l’avenir de l’énergie (à part pour ce qui est du nucléaire) n’ont même pas été abordés au cours de ce débat.

Le score important du Front National, représenté par sa candidate Marine Le Pen au premier tour (avec 17,90% des voix exprimées), a également fait basculer la campagne sur des thèmes tels que l’immigration, l’Europe, en restant extrêmement liés à des questions économiques. Et finalement, à part d’économie et d’immigration, et d’une petite dose de nucléaire, de quoi a-t ’on parlé dans cette campagne ?

Malheureusement, de pas grand-chose. Coups bas, batailles de chiffres, batailles de mots, batailles sur nos frontières. Et puis d’un coup, François Hollande est élu. C’est aussi simple que ça. Et on passe à autre chose.

Pourquoi malheureusement ? Parce que finalement, sommes-nous, nous Français moyens, en mesure d’évaluer le programme économique de tel ou tel candidat ? Les « élites » économiques sont incapables elles-mêmes de se mettre d’accord. Paul Krugman, prix Nobel d’économie, affirmait au soir du 6 mai dans un éditorial au New York Times que la victoire de Hollande en France était une bonne chose, puisqu’elle allait permettre d’oublier les politiques d’austérité, stériles selon lui, et de passer à une politique de croissance en Europe. Marc Fiorentino, invité le 8 mai de la Nouvelle Edition sur Canal+, ne cachait pas son manque d’enthousiasme devant le programme de François Hollande, estimant que le salut européen ne passait que par l’austérité. Et nous, pauvres ignares du monde de la finance et de l’économie mondiale, nous serions capables de décider quel sera notre prochain Président de la République sur de simples considérations économiques ?

Le nombre de messages, sur les réseaux sociaux, au lendemain de l’élection du candidat de gauche, ou certains se mettent à expliquer qu’il faut désormais quitter la France parce que la gauche est au pouvoir, ou que la crise va s’accentuer, ou que la France va perdre tout espoir de sursaut, était assez affligeant. Personne ne peut juger ce que va être l’état de la France dans cinq ans, la « science » économique se traduisant le plus souvent par un simple phénomène de « wait and see ». Qui, parmi les économistes les plus renommés, avait prédit la crise ? Ou les conséquences de celles-ci ?

Ce qui est regrettable dans cette campagne, c’est que l’on n’ait pas parlé de thèmes qui touchent beaucoup plus les Français, ou chacun peut avoir une opinion bien définie sans toutefois être un expert dans le domaine. Le droit de la famille, la santé, la culture, l’éducation, le logement : combien d’électeurs savent qu’ils ont, en votant pour Marine Le Pen, voté pour le rétablissement de la peine de mort, inscrite au programme du Front National ? Combien savent que le droit à l’euthanasie, que le mariage homosexuel, que l’adoption d’enfants par des homosexuels sont des questions inscrites sur le programme socialiste ? Combien savent quelles sont les propositions des différents candidats en terme de culture, en particulier quelle est leur position sur HADOPI, quelles sont les solutions qu’ils préconisent pour la protection des droits d’auteur sur Internet ? Quelles sont leurs propositions en terme d’éducation, quelle réforme appliquer au primaire, au secondaire ? Et pour ce qui est du logement, problème qui touche tous les Français, et surtout les plus jeunes, quelles mesures pour faciliter l’accès au logement, quelle position sur un plafonnement du prix des loyers par exemple ?

Même si ces questions peuvent paraître moins importantes que la place de la France dans le monde, elles nous touchent dans notre quotidien, dans notre définition de la société et du respect aux autres. Elles auraient mérité leur place dans la campagne. Alors qu’une nouvelle campagne, celles des législatives, s’ouvre en France, on espère que les thèmes seront redéfinis, et qu’on ne va pas assister pendant encore un mois à une indigestion de chiffres ou de dérives sécuritaires et communautaires. Même si le risque de triangulaires avec le FN pour l’UMP risque de rendre le thème de l’immigration encore central. Hélas.


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Auteur de l'article

Thomas Cattiaux


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