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Accueil du site > Actualités > Politique > Et m... aux salariés !

Et m... aux salariés !

Le 14 novembre 2010, en pleine crise financière et économique, à l'aube de crises sanitaires sans précédent, Xavier Bertrand prenait ses fonctions dans le poste le plus dangereux qui soit pour un homme politique : ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé. 

Ce poste sera l'épreuve du feu pour cet ancien agent d'assurance. C'est pour lui l'occasion de préparer son tremplin pour la présidentielle de 2017 ou à l'inverse de creuser une tombe politique dont il ne se relèvera pas.

Xavier Bertrand le sait, pour réussir en politique, peu importe les mesures qu'il prendra, tout n'est qu'une question de communication. Dans 5 ans, tout le monde aura oublié telle ou telle statistique mais une intervention médiatique bien placée pourra toujours être réutilisée pour marquer les esprits.

Le challenge du poste consiste donc à tenir jusqu'aux élections et à conserver la maîtrise de son image. Toute mesure de fond pour régler un problème est résolument inutile puisque les fruits n'en seront pas visibles au moment de son départ en mai 2012.

Le Titanic peut sombrer avec ses passagers, l'Histoire ne retiendra que la belle histoire de l'orchestre qui joua jusqu'à la fin.

Pour l'aider, il prendra à ses côtés Gwladys Huré et Florence Depret, deux talentueuses collaboratrices de son agence de communication historique Euro RSCG.

La double casquette

Le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Santé a 2 fonctions distinctes :
- la fonction "santé", dangereuse et imprévisible, qui peut tuer un ministre en 15 jours comme le faire briller ;
- la fonction "emploi", plus prévisible, tout aussi dangereuse bien que sur un plus long terme, mais qui ne peut que tuer un ministre, au mieux le faire oublier.

Je suis le ministre de la santé

Pendant son mandat, côté crises sanitaires, Xavier Bertrand sera servi : Mediator, Génopharm et les prothèses mammaires.

Lors de ces crises, le ministre s'est battu contre un "ennemi" bien identifié : Servier, Genopharm, PIP. Tout l'enjeu de son mandat repose sur ces combats. Xavier Bertrand doit mettre en place une scène manichéenne et faire figure de super-héros.

Toutes les techniques de communication seront utilisées : il doit apparaître à chaque rebondissement de l'affaire, marquer son indignation et montrer que des mesures vont être prises. Les interventions médiatiques, notamment à la télévision et sur internet doivent être systématiques. La rémanence que leur offre internet permettra de graver dans le marbre l'image d'un ministre qui se dévoue pour ses concitoyens. Les solutions qu'il apportera n'ont aucune importance sous réserve qu'elles paraissent crédibles.

Qui pourrait critiquer une intervention dans laquelle il considère l'attitude de PIP "ignoble" ? C'est imparable !

Tout se joue sur la qualité de sa prestation de communication.


Je suis le ministre de l'emploi

Le thème de l'emploi est un sujet majeur dans un contexte électoral, notamment présidentiel. Aucun homme politique français n'a jamais pu se présenter en démontrant que par ses actions passées il a pu par exemple réduire de moitié le nombre de demandeurs d'emploi.

Contrairement à son étiquette santé, il n'a pas face à lui un ennemi médiatique, à l'exception peut-être de certaines structures comme les établissements financiers qui peuvent éventuellement servir de bouc-émissaire. Les drames sociaux résultent de l'incapacité des élus à effectuer leur travail et gérer une conjoncture potentiellement défavorable. Le ministre du travail est obligatoirement dans le "mauvais camp".

Mais un ministre du travail ne peut pas diaboliser un groupe d'ouvriers qui risquent de perdre leur emploi. Il ne peut pas lutter face à des familles qui vont perdre leur logement en même temps que leur travail et leur dignité. Il ne peut pas non plus se positionner de leur côté, vu qu'il est en partie responsable de leur situation.

Devant une caméra, on ne combat pas un drame social.

La seule option reste la fuite.

Dans le cas de Xavier Bertrand, jamais son nom ou son visage ne doit apparaître. Contrairement à la face "santé" de sa fonction, pour préserver son avenir politique, il ne doit pas communiquer. Et du fait des échéances à court terme (l'élection), toute action de fond pour améliorer la situation est inutile. (cf le débat stérile sur la TVA sociale autrefois huée et maintenant acclamée et réclamée par Bertrand)

L'année 2012 sera une année dramatique sur le plan social :
A la Société Générale 880 emplois vont partir en fumée. S'y ajoutent 850 emplois au Crédit Agricole, 2000 emplois pour Air France, 373 pour la BNP, 1900 pour PSA, 350 au Crédit Foncier, etc. Depuis 2009, près de 900 usines ont été fermées en France, ce qui a entraîné la suppression de 100 000 emplois en France.

S'il veut sauver son avenir politique et éviter de les rejoindre, Xavier Bertrand ne doit en aucun cas associer son image à ces salariés.

Prenons le cas de SeaFrance. La ministre de l'Ecologie et des Transports Nathalie Kosciusko-Morizet et le ministre des transports Thierry Mariani essayent tant bien que mal d'éteindre l'incendie. Les salariés s'organisent avec ou sans les syndicats pour survivre. Même la SNCF tente de leur venir en aide.

A aucun moment Xavier Bertrand ne s'est affiché dans ce contexte. Ses opposants politiques ne manqueraient pas de rebondir sur ses interventions et pourquoi pas de l'affubler de sobriquets comme "le ministre des 10%" (de chômeurs).

L'objectif de Bertrand est de ne surtout pas allumer la mèche de la bombe sur laquelle il sied. C'est une règle élémentaire de communication : faisons comme si de rien n'était.

Et la leçon s'applique à tous les niveaux, y compris au niveau local. La commune de Saint-Quentin n'a jamais réussi à accueillir de grands groupes industriels alors que son maire n'est autre que le ministre du travail et de l'emploi, lui-même. L'absence de communication sur le sujet est la seule manière pour Xavier Bertrand de préserver son avenir politique, à défaut d'améliorer la vie de ses administrés.


La morale de l'histoire

En politique, il faut savoir quand (et comment) communiquer mais également quand ne pas communiquer. Xavier Bertrand est très probablement le meilleur communiquant de nos hommes politiques, surpassant même Nicolas Sarkozy par sa maîtrise de soi. La gestion de son ministère nous offre un véritable cas d'école en communication :

- une communication exceptionnellement abondante lors des drames sanitaires,
- la fuite et un silence total lors des drames sociaux.

Le travail du ministre Xavier Bertrand ne consiste pas à préparer l'avenir des français, mais le sien en 2017 en tant que Président de la République.

Et m... aux salariés !


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5 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 9 janvier 2012 10:37

    Bertrand fait parti de cette clique de pourris de l’ump qui ne pense qu’a leur carrière et peu importe leur mauvais résultats seul compte leur parcours à leur service uniquement.


    Vous avez tout a fait raison

    Philippe 

    • Gabriel Gabriel 9 janvier 2012 11:18

      Je trouve que comme ministre du chômage il a d« excellents résultats ! Et puis il a toutes les qualités requises pour ce gouvernement : » Menteur, fayot, individualiste et sans conviction." Finalement on ne peut pas trouver mieux... 


      • chacaldu06 chacaldu06 9 janvier 2012 13:37

        Salut Gabriel - et à tous,

        Ce gros tas est à sa place, effectivement...

        Juste le temps d’avoir été ministre pour la retraite de ministre, comme l’autre benêt d’Estrosi.

        Marre de tous ces parasites...Il faut épouiller la France - ça sera fait au printemps...

        @+


      • raymond 9 janvier 2012 17:51

        Oui mais vous parlez du monde 1.0, ils sont tous grillés....


        • Senatus populusque (Courouve) Senatus populusque (Courouve) 15 janvier 2012 23:32

          En juin dernier, au micro de RMC, Xavier Bertrand promettait d’avancer la date du versement des retraites du 10 au 1er du mois suivant, ceci avant la fin de l’année.


          Cette promesse n’a pas été tenue. Les retraites dues au titre du mois N continuent d’être versées le 10 du mois N + 1 (sauf en Alsace-Moselle où elles sont versées le 10 du mois N).

          Xavier Bertrand fait état de l’opposition du directeur de la C.N.A.V. depuis juillet 2009, Pierre Mayeur, à ce changement. À un député de la Creuse, il a dit : « Je ne capitulerai pas. » Mais il semble bien qu’il capitule devant un directeur nommé en conseil des ministres. Bertrand promet d’abord, rencontre des obstacles ensuite, et enfin se montre totalement incapable de les surmonter. Il devrait démissionner rapidement. Il est évident que cet ancien agent d’assurance n’a pas la carrure d’un présidentiable, pour ne rien dire de celle d’un président.

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