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Accueil du site > Actualités > Politique > ET SI ON VOTAIT NON ? ?

ET SI ON VOTAIT NON ? ?

ET SI ON VOTAIT NON... ?

Quitte à se répéter, autant le faire. Encore et encore. Quelque chose cloche en Europe. En France, plus particulièrement. Cette volonté généralisée de ranger les gens et les idées dans des cases. A tout niveau. Parfois cela peut-être amusant quand un militant de droite est persuadé que je me situe à gauche de l’échiquier politique. Que dans le même temps, un élu de gauche n’imagine pas une seconde que je puisse ne pas être de droite... Parfois moins, quand ces petits tiroirs ont vocation à résumer l’essence d’un débat. Stigmatiser les partisans du non, au motif qu’ils voteraient avec Le Pen est réducteur. Contre-productif même. Ok, ils votent comme l’attaché de presse de Jeanne d’Arc. Mais est-ce bien pour les mêmes raisons ? en voir les différents commentaires postés sur Europeus, j’en doute fortement. En fait, je n’y crois tout simplement pas. Et c’est peut-être là toute la difficulté qu’il y aurait à dire non : je n’aime pas l’argument qui vise à dire « Mais bon sang, qu’avez vous en commun entre alter, fachos, souverainistes, eurodéçus, etc.. !  ». Mais, en même temps, la question mérite, je crois, vraiment d’être posée. Celle que je me tiraille depuis quelques temps est somme toute assez simple. Si l’on s’accorde, au moins ici, à dire que le texte n’est pas celui dont beaucoup ont rêvé et qu’il ne faudra pas lâcher la pression en cas de victoire du oui afin que l’on obtienne dans les années à venir un système véritablement cohérent sur le plan politique, qu’en sera-t-il en cas de victoire du non ?

Je l’ai déjà écrit, les approches catastrophistes ne tiennent pas même si elles circulent... au-delà du raisonnable. Il est d’ailleurs assez effrayant de voir à quel point. Pas plus tard qu’hier soir, je dînais avec une amie. De ce qu’elle avait compris du débat, en cas de victoire du non, Strasbourg perdrait le Parlement européen (certes, il finira par fuir vers Bruxelles mais il ne le fera qu’en raison de notre propre incompétence sur le plan local et non en raison de la constitution), la France serait amenée à quitter l’Union et l’euro serait remis en cause  ! Bref, pour sauver Strasbourg, la France, l’euro, il importait de dire oui... Rumeur, quand tu nous tient...

Souriant de cette vision altérée des choses, sa fille posait, elle, une vraie question. Simple, directe, comme le sont les plus pertinentes : «  Mais pourquoi les gens veulent-ils dire non au texte ?! On dit que l’Europe piétine, n’avance pas et dès que l’on propose quelque chose, une fois de plus on assiste à une levée de boucliers. » J’ai alors repris les arguments entendus sur Europeus. Réponse : « Ok, bien sûr on peut toujours pinailler mais, sur le fond, est-ce que l’on avance ou non. Est-ce que l’on y gagne ou on y perd quelque chose ? Et puis, que proposent concrètement les partisans du non ? Pas seulement en France mais en Europe, parce que si je ne me trompe pas, nous sommes tout de même vingt-cinq... » A 18 ans, cette étudiante en art posait là une question abrupte mais essentielle. Longtemps entendue, certes, mais à laquelle aucun politique défendant le non n’a jusqu’à présent apporté de réponse concrète.

Tout simplement, peut-être et au risque d’en braquer certains, parce que le non rassemble des tendances - et je ne parle que de la France - assez hétérogènes : Jean-Marie Le Pen, bien sûr, dont l’approche est, qu’on le veuille ou non, cohérente par rapport à son rêve d’un monde plus bleu que bleu ; Philippe de Villiers, ensuite, dont on ne sait vraiment ce qu’il veut si ce n’est justifier sa propre existence politique au travers de sa croisade contre les mécréants bruxellois et, plus récemment, turcs ; Marie-Georges Buffet, heureuse de sortir - un peu par hasard mais tout de même - des oubliettes de l’histoire médiatico-politique qui, à bien y réfléchir, ne lui donne généralement l’occasion de se faire entendre qu’au moment de l’annonce de la programmation musicale de la fête de l’Humanité ; Jean-Luc Mélanchon, qui nous ferait presque oublier Fabius et dont l’argumentaire - notamment sur le droit à la vie des personnes (quelque peu différent de celui d’un embryon...) - relève en grande partie du calcul politique (en même temps, on peut comprendre qu’il ait eu l’envie de goûter aux caméras et de rêver d’un avenir ministériel) ; Jean-Pierre Chevènement, probablement le seul à avoir aujourd’hui une démarche cohérente dans le camp du non, tout du moins en accord avec une certaine vision de la France républicaine et de la démocratie (ce dernier attachement le différenciant très nettement de l’extrême droite dont les idées sont tout autres) ; ou, à la limite du parti politique, Attac, qui au moins par la voix de son président strasbourgeois explique que dire non est un premier pas vers le refus d’une Europe ultralibérale et plus généralement vers la création d’un nouvel ordre international plus juste et rejetant le profit en tant que philosophie. Une belle idée, certes mais qui n’a d’égal que le projet woodyallenien de faire jouer Woyzeck par une troupe de castors au Metropolitan Opera : « Belle idée, mais comment la développer ? ». Là, Attac sèche encore sur le plan pratique, ceux-ci avouant d’eux même ne pas savoir exactement quoi proposer pour y parvenir. Maintenant, toujours à Strasbourg, ils promettent de commencer à y réfléchir une fois le non sorti des urnes...

Ma question est donc toute simple (et je ne parle pas des citoyens qui
- ne nous leurrons pas - ne seront de toute façon pas invités par ces différentes écoles de pensée à prendre réellement part au débat - les militants n’aiment généralement pas trop les nouvelles têtes... On ne sait jamais, elles pourraient leur piquer la place qu’ils convoitent au sein d’une cellule locale, du bureau du mouvement, etc... - le pire est que cela fonctionne comme cela !) : Comment concilier, au sein d’un même texte, une approche ultranationaliste que de nombreux partisans du non rejettent, avec une approche ultrasociale et inflexible (dont on sait qu’elle ne peut - et même si cela est navrant - survivre dans un monde ouvert à la concurrence globale), internationale socialiste (charmante mais un peu dépassée), européenne et humaniste ? Je veux bien essayer de l’imaginer mais, honnêtement, je sèche. Bien sûr, on peut y répondre que le oui rassemble aussi des courants plutôt antagonistes (Berlusconi, Heider, Schröder, etc..) mais, au moins, le projet existe. La différence peut faire sourire mais elle est tout de même de taille.

Quant à la question de savoir si l’on a vraiment quelque chose à gagner à dire oui à ce texte, j’aurais tendance à répondre par l’affirmative. Non pas par dogmatisme - si on me l’avait demandé, j’aurais voté non à Nice, simplement parce qu’à mon sens il était absurde d’élargir l’Union avant de la consolider politiquement - mais simplement parce que renforcer les pouvoirs du Parlement (la seule institution directement élue par les citoyens), garantir un certain nombre de droits fondamentaux, interdire le principe de la clause d’origine prôné par la directive Bolkestein, mettre en place un début de défense européenne crédible (certes non opposée à l’Otan mais où est le mal ? On n’est pas en guerre avec cette organisation que je sache, sans compter que sans elle l’Union n’aurait peut-être pas été faite à l’ouest mais bien à l’est du rideau de fer) à même - souhaitons-le - de gérer nos conflits continentaux sans faire constamment appel à l’Oncle Sam, rendre les institutions et le processus politique plus transparents, etc.. ne me paraît pas aller dans le sens inverse de nos intérêts.

Maintenant, tout est peut-être question d’angle. En même temps, ma génération (même si je déteste ce terme) mange de l’Europe depuis le berceau. Au point que l’on a quelque difficulté à voir pourquoi elle peine tant à avancer, à l’exception du domaine économique. Mais peut-être serait-il bon ici de se demander pourquoi elle ne progresse que sur ce terrain. Si le fait de repousser toutes les tentatives de construction politique n’y est pas pour quelque chose... Vouloir que le politique reprenne progressivement ses droits sur l’économique ne se fera pas tout seul. Du moins pas en s’enfermant dans le système de Nice. Alors oui, le traité n’est peut-être pas parfait mais il ouvre une véritable brèche en ce sens. Selon ce que l’on veut - une Europe purement économique ou une Union plus politique, sociale et citoyenne - il nous appartiendra de faire notre choix. De faire de cette brèche un véritable passage ou la reboucher une fois encore. C’est là, très probablement que se situe l’enjeu réel du référendum du 29 mai. Dans cette toute petite question : Au regard des réalités sociales, économiques, géopolitiques, environnementales, éducatives... du moment, que voulons-nous vraiment ? Nous doter d’instrument à même de franchir une étape qui permettrait de sortir l’Union d’une pure logique économique ou rester dans le système actuel que tout le monde dénonce, partisans du oui et du non confondus, en espérant qu’un jour, un nouveau texte émerge, plus satisfaisant même si le risque est réel qu’il ne soit au final guère plus convaincant et bien plus tributaire qu’aujourd’hui d’une pensée ultralibéraliste qui aura, grâce au non, eu tout le temps de déployer un peu plus encore ses ailes.

Christophe Nonnenmacher est journaliste à l’Européenne de Bruxelles


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2 réactions à cet article    


  • (---.---.212.13) 23 mai 2005 13:45

    Et si l’on voulait simplement une constitution qui ne soit qu’un texte régissant les rapports des Etats membres entre eux et avec les autres pays du monde, sans définir des politiques qui n’appartiennent pas au domaine constitutionnel ?

    Cela serait-il impossible ? Pourquoi la construction d’une Europe politique (pouvoir du Parlement, ministre des Affaires étrangères, etc...) ne pourrait-elle pas être dissociée aujourd’hui du contenu des politiques ?

    Serait-ce parce que les promoteurs de ce traité ne veulent, au fond, d’une Europe politique que si elle sert des intérêts économiques... Dans ce cas, les européens convaincus ne seraient pas ceux qu’on pense...

    Ne nous leurrons pas : une fois que le TCE aura été voté (s’il l’est) il sera vraiment trop tard pour venir dire qu’on ne le voulait pas tout à fait comme ça. On aura beau jeu de nous répondre qu’on l’a voté, comme on nous dit aujourd’hui que le TCE tel qu’il est n’est que la compilation de textes antérieurs et qu’on doit donc les accepter.

    C’est maintenant qu’on nous demande si on l’accepte ou si on le refuse, dans un seul paquet, le meilleur et le pire. Est-on prêt à acheter le meilleur au prix du pire ?


    • Grégoire Miret (---.---.182.223) 26 mai 2005 11:59

      Et si on cessait de se prendre pour le nombril du monde ?

      Et si on essayait de comprendre que, pour faire changer les choses, il faut avoir la possibilité de se faire entendre ?

      Et si on n’oubliait pas, au moment de voter, que seul le TCE permet à tout citoyen europeen de saisir la Commission, et par là, le Parlement, pour peu qu’il réunisse un million de signatures ?

      Et si on voulait bien se rendre compte que malgré les divergences d’opinions et de cultures ce texte constitue (sans jeu de mots) le premier consensus historique entre 25 pays naguère déchirés par d’innombrables guerres ?

      Et si on avait honte de se satisfaire de slogans ineptes comme celui qu’on peut lire sur les affiches du PC : « NON à la constitution de la droite et du Medef », argument de base franco-français qui n’a rien à voir avec l’Europe et suscite l’incompréhension totale de nos partenaires ?

      Et si on lisait le texte initial la constitution de la 5éme République, n’y trouverions-nous pas matière à discussion, voire à rejet ? - pourtant…

      Et si, au lieu proclamer la justesse de notre combat pour un texte qui colle à NOS revendications, on acceptait de voir, d’écouter et d’entendre nos voisins, on comprendrait peut-être qu’on est pas tout seul et que c’est l’occasion rêvée de commencer à avancer ensemble ?

      Et si on n’avait pas envie d’attendre que nos enfants ou nos petits enfants se mettent enfin d’accord pour nettoyer le bourbier que nous nous apprêtons à leur léguer ?

      Si on faisait taire nos rancœurs et si on surmontait nos justes réticences, on voterait OUI et on retrousserait immédiatement nos manches parce qu’enfin, on pourrait exercer notre droit a la parole à l’échelle internationale.

      Il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même.

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