Vous êtes jeune et né après la mort du Général de Gaulle. Et pourtant, vous vous revendiquez du gaullisme. Comment donc êtes-vous devenu gaulliste ?
Je suis né en effet après la mort du Général de Gaulle, et bien après l'apparition du libéralisme (XVIIIème siècle), du socialisme (fin XIXème siècle) et du communisme (début XXème siècle). Je suis devenu gaulliste : en étudiant le parcours et les écrits du général, les prises de positions fortes et les décisions concrètes de Nicolas Dupont-Aignan au niveau national et local, en approfondissant les vraies raisons de fond de la décadence actuelle.
Ce n'est pas une attaque de ma part, mais certains l'affirment. Par méchanceté ou après réflexion, je ne sais pas. Tout dépend de la personne qui le dit, peut-être. En tout cas, il y a de fortes chances pour que les lecteurs d'AgoraVox aient entendu ce genre de propos, je vous pose donc la question : le gaullisme n'appartient-il pas à l'Histoire, au passé ? Le gaullisme n'est-il pas mort avec le Général de Gaulle ?
Le libéralisme, le communisme et le socialisme, incarnés par de grandes figures encore citées et reconnues actuellement (Keynes, Milton Friedman, Hayek, Ford ; Marx, Mao, Lénine, Trotski, Che Guevara ; Jaurès, Léon Blum, Monnet) sont des idéologies et des concepts nés avant et dans les mêmes périodes que le gaullisme.
Ces grandes figures que je cite sont décédées et pourtant, on en parle abondamment dans différents milieux et sur différents sujets. Le gaullisme a fait aussi la France de l'après guerre (compromis avec les communistes, lois sociales). La France est aussi sous le régime politique de la Vème République, initiée par De Gaulle et écrite par Michel Debré.
Qu'est-ce qu'être gaulliste aujourd'hui ?
Être gaulliste, c'est avoir le souci de l'intérêt général contre les oligarchies (qui ont remplacé les élites), la préservation des pouvoirs régaliens et de l'indépendance de la France. C'est être fier de sa nation, de son héritage culturel. C'est montrer et démontrer que la France doit rayonner pacifiquement dans le monde entier.
Il y a des gaullistes dits de Gauche. J'en conclus qu'il y en a de Droite, bien que le gaullisme se soit toujours voulu social. Et vous ? Nicolas Dupont-Aignan a déclaré reconnaître venir de la Droite. Et vous ?
Les gaullistes de Gauche (proches de Chevènement et des associations style Respublica) et les gaullistes de Droite (ex-RPR ayant rompu avec l'UMP) se reconnaissent dans des idées communes. J'ai voté Chevènement en 2002 et ai rejoint Nicolas Dupont-Aignan car je me reconnais dans les idées, le programme et les prises de position du parti. J'ai 30 ans, ancien délégué départemental jeunes 44 et maintenant, à DLR, responsable de ma circonsription à Nantes.
Nicolas Dupont-Aignan vient du RPR, parti de Droite, mais d'une Droite honorable, attachée à l'intérêt général et à la justice sociale.
À DLR, il y a des sans étiquette (la plupart), des anciens RPR et des anciens chevènementistes, PS, Modem et MPF. DLR est un rassemblement de sensibilités différentes qui se reconnaissent, instinctivement ou après réflexion, dans les idées et le programme de DLR.
Le Général de Gaulle a été considéré comme le sauveur de la France parce qu'il a permis de vaincre l'Occupant, ce nazi qui gazait des gens dans des camps. Aujourd'hui, les camps ont disparu, mais des gens sont expulsés dans des Pays qu'ils avaient quittés pour échapper à la mort. La France, patrie des Droits de l'Homme qui, dans ses lois, par deux fois (1981 et 2007), a aboli la peine de mort, est un État qui renvoie des gens se faire tuer. Est-ce un échec dans la victoire sur le III° Reich ? Le rôle d'un gaulliste aujourd'hui n'est-il pas de rappeler que ce n'est pas parce que le nazi est allé très loin dans la barbarie que toute politique peut être menée tant qu'elle n'égale pas le degré d'horreur et d'injustice de ce dernier ?
Faire ce parallèle douteux et ces définitions me semble inapproprié. Le gouvernement français actuel applique des directives européennes (validées au Parlement Européen dont fait partie le Parti Socialiste Européen) et est dans une pure stratégie électorale et de diversion. Il en reste le problème de fond : le traitement des populations Roms et de l'immigration en Europe. Donnez-nous des exemples de Roms assassinés dès qu'ils retournent en Roumanie ou en Bulgarie. Posez-vous la question de la responsabilité des États Roumains et Bulgares qui ne font rien (en encaissant les subventions de l'Union Européenne), discriminent en amont ces populations, sans aucune remontrance ni aucun contrôle sévère de la Cour de Justice ou de Madame Viviane Reding.
Associer la définition de la France uniquement à la notion de patrie des droits de l'homme est faire preuve d'ignorance historique. La France (étudiez l'étymologie et l'histoire du mot France et donc du royaume des Francs) a existé avant 1789. Quant aux droits de l'homme ET du citoyen, cela me paraît une notion universelle et pas propre à la France.
Une des preuves est qu'il y a tous les ans une journée MONDIALE (le 10 décembre) des droits de l'homme. Pour finir, la pensée révolutionnaire assimilant la France uniquement aux droits de l'homme n'est pas partagée par tout le monde.
Le Général de Gaulle était marié à une femme très catholique. Yvonne était très conservatrice. Et vous ? Votre gaullisme est-il débarrassé de toutes ces pensées qui sont qualifiées par certains d'arriérées ?
Si conserver des traditions et des particularités propres à l'histoire d'une nation veut dire préserver un modèle des dérives actuelles (mondialisation néo-libérale, nivellement par le bas de l'Éducation Nationale, égoïsme, non respect des aînés...) alors oui je suis conservateur. Je suis catholique (mais pas lefebvriste) et citoyen français, les deux font partie de mon identité, mais je fais l'effort de ne pas exposer ma foi de façon ostentatoire ni de faire de l'évangélisation agressive.
Je ne peux pas ne pas vous parler de Mai 68. Quelles revendications de ce mouvement-là reprenez-vous à votre compte ?
Les revendications qualitatives des grévistes (et pas celles des étudiants principalement des classes aisées) qui mettent surtout en cause les rapports de travail et les structures de pouvoir dans l'entreprise, en réclamant plus d'équité dans les rapports de travail.
Vous vous réclamez du Général de Gaulle. Un homme qui a dû fuir son pays pour échapper à une condamnation à mort avant d'échapper à un attentat lorsqu'il était le chef de l'État. Faire de la politique, c'est dangereux. Vous y pensez souvent ? Vous avez eu le malheur de le vérifier par vous-même ?
Je n'y pense pas car le Général de Gaulle n'a pas l'odeur du souffre auprès de la population française en général (sauf cas particuliers comme les Harkis). Pas subi de menaces mais plutôt des railleries teintées d'ignorance et d'intolérance.
Vous êtes un militant de Debout la République et non de l'UMP. Ce dernier parti n'a rien de gaulliste ? Vraiment ? Quand ses adhérents se réclament du Général de Gaulle, ce sont des menteurs ? Quelle est votre différence avec l'UMP ?
Jamais De Gaulle n'aurait fait ce coup d'État simplifié (le traité de Lisbonne), jamais il n'aurait abandonné les pouvoirs monétaires français à la BCE ou à des banques prédatrices, souvent il aurait fait appel directement au peuple pour valider ses choix et poser des questions franches. Il avait à cœur l'indépendance vis à vis des oligarchies, la souveraineté populaire et le rayonnement réel (et non l'agitation médiatique de l'UMP et de Sarkozy). L'UMP a trahi la gaullisme par ses actes et ses comportements (rapport avec les oligarchies/oligarques, népotisme, diversions....).
Pourquoi avez-vous choisi Debout la République ?
Parce que leurs analyses rejoignent les miennes (sur l'Europe et la souveraineté du peuple), parce que leurs prises de position rejoignent les miennes (Union Européenne, Hadopi, ordre républicain + méritocratie). Parce que Nicolas Dupont-Aignan aborde des thèmes qui m'intéressent avec conviction et diplomatie, parce qu'il a fait ses preuves à Yerres, parce qu'il a quitté l'UMP en janvier 2007 avant le « sacre » de Nicolas Sarkozy.
Et vos proches, que pensent-ils du gaullisme ? Comment vivent-ils votre engagement ?
Ils étaient gaullistes dans le respect de la valeur travail et du mérite, ils n'ont pas manifesté en mai 68, mais je n'ai pas énormément abordé le sujet du gaullisme en particulier avec eux. Ils sont heureux que je m'épanouisse dans mon engagement mais ne veulent pas que cela prenne une place envahissante au détriment de mon équilibre vie privée/vie professionnelle.
Propos recueillis par Richard Patrosso
Les six autres articles de notre dossier « Être Jeune et Gaulliste en 2010 » :