Rebelote. Cinq ans après, la situation est encore plus dramatique qu’elle ne l’était au lendemain du 21 avril 2002. Cette fois-ci, les candidats qui véhiculent des idées d’extrême droite totalisent deux fois plus de suffrages et les médias ne joueront pas le rôle qui a été le leur en 2002.
Quoi qu’en disent les médias, la situation est bien plus alarmante aujourd’hui
qu’elle ne l’était cinq ans plus tôt à la même période.
Cette année, les candidats qui véhiculent des idées d’extrême droite ont scoré
plus de deux fois plus : De Villiers, Le Pen et Sarkozy totalisent à eux trois
42% des suffrages du premier tour, contre moins de 20% pour Mégret et Le Pen en
2002.
Et parmi ces candidats qui véhiculent des idées d’extrême droite, celui qui
soutient des idées totalement moisies comme la prédisposition génétique à la
pédophilie et au suicide, et qui veut mettre en place des tests de dépistage de
la délinquance dès la classe de maternelle, totalise à lui seul plus de 30% des
voix. Ouch ! Si on refuse le fait qu’il
s’agit bel et bien d’idées d’extrême droite, je crains qu’il n’y ait pas grand-chose qu’on accepte de qualifier "d’extrême droite" par la suite.
Pour moi, la limite est franchie. Pour vous, où se situe cette limite ?
Le report des voix d’extrême droite aura lieu naturellement. D’ailleurs il a
déjà commencé dès le premier tour : c’est ce qui explique la dégringolade de Le
Pen, qui perd un million de voix sur les 4,8 qu’il avait au premier tour il y
a cinq ans, malgré un taux de participation plus élevé cette fois-ci.
Cette élection semble donc pliée, tant il paraît aujourd’hui improbable que les
voix de droite se reportent sur Ségolène Royal pour faire barrage à Nicolas
Sarkozy de la même manière que les voix de gauche s’étaient reportées sur
Jacques Chirac pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen en 2002. Il faudrait pour
cela une prise de conscience massive, que des médias, pour une très large part
trop occupés à s’autocongratuler sur "le formidable élan démocratique que
montre cette élection", ont refusé d’encourager.
On pourra alors s’interroger sur les raisons qui font que lorsque Le Pen et
Sarkozy tiennent rigoureusement les mêmes propos, le premier est à juste titre
dénoncé comme menaçant et dangereux, tandis que le deuxième est présenté comme
"dynamique" et adepte du "parler vrai".
A quelques exceptions près, c’est dans une fois de plus dans les médias indépendants qu’on trouve des analyses et des commentaires originaux et pertinents, loin du ronron habituel des grands médias alignés.
Mais c’est bien en terme de politique internationale que sa contribution pourrait être la plus désastreuse. C’est sans doute Guy Millière, un écrivain français favorable aux néoconservateurs américains qui nous éclaire le mieux sur les enjeux cachés de cette élection, dans son ouvrage : Le futur selon George W. Bush
Je cite :
"Les Européens devront
comprendre ce qui est très précisément en jeu dans la révolution
néoconservatrice américaine, d’une manière ou d’une autre, ou ils disparaîtront,
et l’Europe avec eux. La disparition de l’Europe pourra être brutale ou douce,
rapide ou lente. Elle pourra être une avancée progressive vers la vieillesse et
la décrépitude qu’annoncent les courbes démographique actuelles, une
progression vers l’islamisation qui ne sera islamisation modérée que si, et
seulement si, la doctrine Bush concernant l’islam est couronnée de succès."
"Le néoconservatisme
pourrait-il s’implanter en Europe et, ainsi, sauver l’Europe ?"
"Les Européens ne seront sauvés, s’ils doivent l’être, que par
un sursaut immense", m’a dit David Horowitz à Malibu."
Le néoconservatisme. La guerre
"préventive". "L’inévitable conflit des civilisations". La
légalisation de la torture. Une idéologie qui doit s’implanter en Europe, faute de quoi nous ne serons pas sauvés. Une idéologie sans laquelle nous disparaîtrons, d’une
manière ou d’une autre.
La France, qui est un grand pays, pourrait bien jouer un rôle majeur dans ce
processus de transformation. Au-delà des politicailleries franco-françaises, voilà précisément ce
qui constitue l’un des enjeux majeurs de cette élection.

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