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Faut-il un ministère des affaires africaines en France comme aux Etats-Unis et en Grande Bretagne ?

Le 5 octobre, le Sénat a débattu en séance plénière, en réponse à une question orale du sénateur André Dulait (UMP, Deux-Sèvres), du rôle de la France dans la gestion des crises africaines, en présence du ministre des Affaires étrangères, de la ministre de la Défense et de la ministre déléguée à la Coopération et à la Francophonie[1]. De tels débats sont suffisamment rares pour qu’on les mentionne et qu’on les prolonge en revenant sur la politique africaine de la France, à la veille des prochaines élections présidentielles.

Jusqu’à une période récente, le rôle militaire de la France en Afrique relevait exclusivement de l’Elysée, où a été installée une cellule africaine. Avec la recrudescence des conflits internes en Afrique dans les années 1990 (Rwanda 1994, Comores 1995, Centrafrique 1996, Congo Brazaville 1997...), il s’est avéré nécessaire de faire le bilan des différentes implications militaires françaises dans ces conflits.

Il faut rappeler le cadre définitionnel de la coopération militaire française avec l’Afrique et surtout de ces interventions : accord de défense, accord d’assistance militaire technique, accord de maintien de l’ordre, déploiement des forces françaises.

Les accords d’assistance militaire conclus avec vingt-sept pays africains permettent à la France d’intervenir dans trois domaines : l’assistance militaire technique, la formation des cadres militaires africains en Afrique et en France et l’aide en matériel.

Quant aux accords de défense secrets, signés avec sept Etats, ils prévoient : aide et assistance de la France en cas de troubles intérieurs, stationnement de plusieurs milliers de militaires français sur des bases, et interventions militaires.

Les principaux objectifs de cette coopération militaire sont essentiellement le maintien de la stabilité et la protection des intérêts politiques et diplomatiques (bénéfice d’un apport de voix du continent africain à l’ONU pour conforter la place de la France au sein de cette institution) ; économiques et commerciaux (plusieurs entreprises françaises sont installées en Afrique) et culturels (promouvoir la langue française), et la protection des ressortissants français[2].

D’où sa grande ambiguïté, car elle n’a jamais été dans le sens de la démocratisation des pays africains, et n’a servi que les intérêts d’un certain nombre de « protégés », chefs d’Etat africains soutenus en dépit de leur politique antidémocratique et répressive et de la personnalisation du pouvoir avec la captation de toutes les ressources économiques.

Ces conflits qui secouent les pays africains résultent en grande partie de la contestation de cette personnalisation du pouvoir sur le continent. Les germes de conflictualité (bâillonnement de l’opposition, répressions sanglantes, fraudes électorales ad hoc et institutionnelles, administrations électorales partisanes, tripatouillages de constitution...) subsistant dans bon nombre de pays francophones d’Afrique (Togo, Gabon, Guinée, Cameroun, Tchad...), il est impératif pour la France de clarifier ses relations avec ces pays en œuvrant pour la promotion de l’organisation d élections libres et transparentes et l’alternance démocratique.

Après avoir été « le gendarme des dirigeants africains corrompus », elle a admis aujourd’hui de construire un partenariat sécuritaire à la fois légitime et efficace, avec l’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne et les organisations sous-régionales africaines pour gérer les crises africaines.

Sauf qu’on ne peut pas discuter du rôle de la France dans la gestion des crises africaines sans poser le problème de la réforme de sa politique africaine, car ces crises résultent aussi de l’échec de cette politique menée depuis le lendemain des indépendances.

S’il semble que l’Afrique demeure une priorité pour la France, car « son histoire, sa présence diplomatique et militaire [...] en font une puissance incontournable », selon Yves Pozzo di Borgo[3] ; pourquoi ne pas faire comme les autres puissances, en se dotant d’un ministère aux Affaires africaines, à l’instar du secrétaire d’Etat adjoint américain chargé des Affaires africaines, du secrétaire d’ Etat britannique pour l’Afrique...

Une telle clarification aura pour mérite de rendre plus visible et plus compréhensible cette politique.

Au lieu de la laisser aux mains des apprentis sorciers arpentant les couloirs de l’Elysée, un tel ministère pourra s’appuyer sur les réflexions et la prospective du Centre d’analyse et de prévision (CAP) du quai d’Orsay, ainsi que sur des travaux commandés aux think tanks de qualité comme l’IRIS, IFRI, la CERI... pour analyser les relations de la France avec l’Afrique, comme cela se fait sur d’autres questions.

En Afrique, ce sont les pays francophones qui sont le plus mal gouvernés, et les plus appauvris. Il faut sortir la politique africaine actuelle de la France des cabinets noirs élyséens constitués des conseillers « foccartiens » au bon vouloir des nos dictateurs. Il faut lui substituer une politique africaine rénovée et transparente, avec un véritable ministre chargé des affaires africaines, soumise au contrôle parlementaire.

Pour paraphraser le ministre d’Etat Sarkozy, qui, dans une interview à la revue Le meilleur du monde, le 5 octobre dernier, a déclaré : "A mes yeux, il n’y a pas de domaine réservé [...] Je demande que les tabous soient levés en matière de politique étrangère, je demande que le Parlement puisse en débattre et je conteste l’idée qu’un homme, quelle que soit sa fonction, demeure propriétaire de cette question", la politique africaine ne doit plus relever exclusivement du « domaine réservé » de l’Elysée.

Komi TSAKADI



[1]Compte rendu analytique officiel de la séance : http://www.senat.fr/cra/s20061005/s20061005H1.html#toc1.

[2] André Dumoulin, La France militaire et l’Afrique : coopération et interventions : états de lieux, coédition GRIP-Editions Complexe, 1997.

[3] Yves Pozzo di Borgo est sénateur de Paris et co-auteur du rapport n° 450 pour la commission des affaires étrangères du Sénat « La France et la gestion des crises africaines : quels changements possibles », 3 juillet 2006.


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12 réactions à cet article    


  • monteno (---.---.179.94) 10 octobre 2006 16:15

    Si on pousse ton idée jusqu’au bout, peut-être serait-il sage ou sera-t-il nécéssaire de « re-coloniser » sous une forme intelligente certains pays africains, que nous désignent leurs habitants en « votant avec leurs pieds » !

    Quand je dis « re-coloniser », je ne me réfèrre pas au passé, bien sûr, mais à une phase temporaire, où l’ONU ou certains pays viendraient prendre le pouvoir pour les mettre sur une trajectoire viable pour eux...

    Ce serait sans doute une version moderne du 13-ième travail d’Hercule !


    • pifo (---.---.235.92) 10 octobre 2006 18:09

      Pas bonne, l’idée de recoloniser.

      Que la France clarifie sa position et sa politique africaine serait déjà un pas de géant. Je crains que les voeux de l’auteur ne restent pieux en ce sens.

      Il ne perd rien a essayer cependant.

      Il a eu le mérite d’aborder la question sans tomber dans les polémiques habituelles, en restant sur une ligne de réflexion rigoureuse.

      Bon travail.


    • monteno (---.---.179.94) 10 octobre 2006 19:10

      @pifo

      « Pas bonne, l’idée de recoloniser » as tu écrit.

      Ne te contente pas d’affirmer, dis pourquoi, ce sera plus interessant !


    • Forest Ent Forest Ent 11 octobre 2006 02:12

      Ben il y a toujours eu un ministre des affaires africaines. Ca a d’abord été Jacques Foccard, puis Jean-Christophe Mitterrand. Et puis Charles Pasqua. Et puis ...


      • sam (---.---.44.167) 11 octobre 2006 08:39

        en tt cas faudra prevoir les gels douches...


        • usaf (---.---.115.196) 11 octobre 2006 09:11

          Votre proposition de créer un ministère propre dans tous les honneurs. J’ai trouvé son accent militaire particulièrement joli. J’ai souri d’un air entendu.L’aspect économique se laissera arranger pleinement tout à fait sous ca. Sur invitation des autorités à Dakar les investisseurs Awasthi[Inde-Maroc] négocient avec l’entreprise chimique de mon ami Oswald.


          • Komi (---.---.37.164) 11 octobre 2006 12:04

            L’objectif de mon article est de demander que la France clarifie sa politique africaine. Je ne sais pas à quoi cela sert de créer des titres pompeux pour des personnes sans qu’on sache ce qu’il faut comme Michel Candessus, ancien directeur de la FMI devenu aujourd’hui représentant personnel de Chirac pour l’Afrique.


            • monteno (---.---.179.94) 11 octobre 2006 18:58

              Tu pourrais appeler ton super ministère ds affairse africaines le ministère du financement des partis de la majorité !

              En effet, tu sais bien que la principale raison des affaires africaines était, avant les lois sur le financement public des partis, de financer les partis politiques des majorités en place ( Ainsi que le commerce international des armements)... Je peux te faire un dessin si tu veux...


              • seb (---.---.180.194) 13 octobre 2006 12:06

                Et si on arretait de s’embeter avec l’afrique et qu’on laissait les africains la liberté de gerer eux meme leur avenir ?

                Ils ne sont pas (plus) nos colonies, alors pourquoi cette envie de s’occuper d’eux comme une mere s’occupe de ses enfants ?


                • the shadow (---.---.106.252) 17 octobre 2006 19:43

                  il faut se dire une chose l’idée en elle meme n’est pas bonne car elle infentilise l’Afrique les africains doivent etre capables de decider par eux meme et je pense que nous avons fait des etudes primaires secondaires et superieurs pour cela alors affranchissons nous de ce type de tutelle ok il y va de notre souveraineté je pense que le ghana et le liberia sont des exemples de ce type de relation qui ne nous apporte rien il fut un temps où le ghana etait premier producteur mondial de cacao qu’en est il maintenant même avec koffi anan comme sg de l’onu laisons aux africains le choix de decider de leursavenir je ne crois pas que en Cote d’Ivoire il y ait une cellule qui s’occupe des relations france cote d’ivoire alors pourquoi en serait il autrement ?


                  • the shadow (---.---.106.252) 17 octobre 2006 19:48

                    je crois que je vais chaque jour participer au debat car je voudrais apporter ma contribution au rayonnement de l’homme en tant qu’etre humain et non en tant que africain europeen ou americain soyons des etres humains dotés d’intelligence et non des etres guidés par des interêts merci pour cette opportunité


                  • justego (---.---.182.121) 30 décembre 2006 03:01

                    Cet article est bon mais vous carassez trop la politique médiocre de la France en Afrique, surtout en Afrique francophone. La France ne fait qu’exploiter l’Afrique en l’appauvrissant.
                    - A quoi sert la présence d’armée française en Afrique ? A soutenir leurs amis présidents dictateurs africains appelés communement FranceAfricains (Bongo, Idriss Déby, Bozizé, Blaise Compaoré, Sassou N’Guesso etc. ) et à Mater les présidents récalcitrant tels que Gbagbo (président ivoirien d’où cette guerre montée de toute pièce et financée par la France en Côte d’Ivoire) qui oseraient demander la réforme de la politique africaine ;
                    - Etes-vous une fois poser la question sur le but principal de la fusion d’ELF et de TOTAL pour devenir TOTALFINA ?
                    - Savez-vous que les pays d’Afrique francophones versent une certaine somme au trésor français et que cette somme est encore prêtée aux pays africains ?
                    - Savez-vous que les pays d’Afrique francophones ne savent même pas de fois le tonnage et le prix de leurs matières premières que certaines sociétés françaises exploitent et exportent ? Donc, si vous chercher pourquoi il n’existe pas un ministère officiel s’occupant de la politique française en Afrique, la simple raison est que la France considère les pays d’Afrique francophone comme sa chasse gardée. Bref, la cellule Elyséenne des affaires africaines est une mafia qui explote et appauvrit l’Afrique francophone depuis la nuit des temps. Je vous donne une vidéo et un site engagée de la nouvelle pensée de la jeunesse africaine qui vous fera comprendre la politique africaine française. . L’exemple du défunt président Bokassa. Cet être a été naïf. vidéo inédite du président Bokassa (politique africaine) : http://video.google.de/videoplay?docid=-7197359614651441449&q=bokassa . Un blog sur la pensée africaine future : http://saoti.over-blog.com/

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