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Accueil du site > Actualités > Politique > Fin de campagne en demi-teinte

Fin de campagne en demi-teinte

Après une campagne lancée très tôt, trop tôt peut-être, saura-t-on jamais si c’est la fatigue des animateurs (entendez les candidats et leur staff) et celle des militants, plus que les résultats des sondages moins favorables, qui auront donné au dernier meeting national du MoDem des relents de morosité. En tout cas, loin du triomphe de François Bayrou à Strasbourg avant les présidentielles de 2007.

On était certes dans l’agglomération, dans la salle des fêtes de Schiltigheim dont le maire socialiste tint, en républicain, à faire bon accueil aux centristes….

 Attendues, la litanie traditionnelle déclinant le programme, celle des différences ou des spécificités, l’histoire de la construction européenne dans laquelle les héritiers de Robert Schuman et de Pierre Pflimlin revendiquent leur part légitime, ont été bien sûr exécutées souvent avec brio et pertinence. Le MoDem aussi compte quelques « pointures » dans ses rangs .

Sur le parvis, une conférence de presse impromptue.

Urgence avant la grand’messe programmée : François Bayrou a fait discrètement savoir à la presse qu’il répondrait volontiers aux questions avant de gagner l’estrade.

De toute évidence, il s’agissait pour lui de faire entendre rapidement sa réaction à l’écho donné à sa joute musclée avec Daniel Cohen-Bendit, lors de l’émission quelque peu « foutoir » d’Arlette Chabot, émission propice à ce genre de dérive dans un climat aussi tendu.

Questions et réponses furent claires.

On eut droit à un François Bayrou non seulement pugnace mais obstiné, sûr de son bon droit, nerveux mais déterminé, faisant état de « sa condition de père de famille », choqué par ce qu’il venait de lire. « A la suite de sollicitations sur le net et à la réception, il y a quelques jours, de l’ouvrage de Daniel Cohen-Bendit » il aurait découvert ce qu’il avait sans doute négligé ou oublié, malgré le grand bruit que suscita le livre en 2001. « Raconter, décrire, revendiquer et théoriser des pratiques avec des enfants , pratiques qui ont détruit tant de vies, cela m’est absolument insupportable » et de réfuter tout rôle de moralisateur pour adultes si ce n’est quand il s’agit des rapports aux enfants.Curieusement, jamais le mot de sexe n’a été prononcé.

Une fois pour toute, le président du MoDem considère qu’il a été insulté par des gens qui « se croient autorisés à toutes les attaques en raison de leur notoriété ou de leur gloire » , traité d’ignominieux( l’adjectif le plus infamant de notre langue selon l’agrégé de lettres) et il ne peut l’accepter. Et puis, quand on le cherche, on le trouve le chevaleresque Béarnais. Il n’y a pas lieu d’être ou de feindre d’être surpris par cette attitude de chrétien, certes laïque, mais attaché à des valeurs ou plutôt à une morale que cette appartenance comme celle à d’autres religions ou à l’athéisme de raison, impliquent .

Dans la foulée, vite vers la salle mais encore un sujet enfin européen cette fois :

Strasbourg siège intangible du Parlement Européen.

« Les traités existent, appliquons les, en dépit des revendications de certains eurodéputés, comme Cohn-Bendit par exemple, qui voudraient voir le Parlement Européen siéger uniquement à Bruxelles ». François Bayrou va plus loin que le statu quo, il revendique pour Strasbourg la totalité des sessions et partant, le travail en commission. Quoi qu’il en soit, toute modification des traités nécessite l’unanimité . Alors, pas de péril en la demeure.

Les eurodéputés en représentants du peuple, échapperaient, à Strasbourg, ville symbole de la réconciliation, ville de l’Europe des peuples, haut -lieu de la construction européenne dès sa naissance, au « chaudron bruxellois » des Institutions Européennes politiques et technocratiques. « Cela coûtera beaucoup moins cher d’inverser les transferts. Une navette quotidienne en période de session amènerait rapidement les Commissaires à Strasbourg où ils ne se porteraient pas plus mal ».Le propos réitéré dans le discours « officiel » soulèvera une ovation chaleureuse dans la salle. « A Strasbourg bat le cœur de l’Europe des peuples et ce n’est pas rien et la symbolique n’est pas secondaire au contraire c’est le principal ».

On ne peut suspecter ici le président du MoDem de décocher une flèche supplémentaire au chef de file d’Europe-Ecologie, sa position n’est pas nouvelle et bien antérieure à la brouille d’hier, tout de même un peu surréaliste.

Des discours au contenu attendu et quelques audaces aussi.

N’étaient les tee-shirts ou les casquettes orange et la notoriété de certaines personnalités agglutinées sur l’estrade, un observateur étranger aurait sans doute souvent eu du mal à démêler dans les contenus des programmes, les points partagés avec d’autres partis et les spécificités du MoDem.

Yann Wehrling, régional de l’étape, transfuge des « Verts » dont il fut porte–parole et secrétaire national en 2005, justifie avec emphase son adhésion pourtant tardive au Mouvement Démocrate par le souci de n’être plus « satellite de quelque grand parti ». Un applaudimètre aurait montré une certaine réserve de l’auditoire et, au contraire, une adhésion beaucoup plus franche à Nathalie Griesbeck, eurodéputé sortante dont le charisme souriant et la disponibilité vaillante font une vedette, dans l’Est en tout cas.

Sur la tribune, les têtes de listes des huit grandes régions électorales restent discrètes à l’image d’une Corinne Lepage que d’aucuns auraient aimé voir prendre plus de poids au plan national notamment, évidemment dans le volet écologique où Wehrling ne ferait pas l’affaire et où Benhamias serait un peu loin. La présidente de CAP 21, pourtant composante du MoDem n’a visiblement pas eu la place qu’elle méritait, n’ayant pas obtenu que de ses adhérents figurent en place convenable sur les listes . Etrange, car elle est là depuis la création du parti……
L’absence de Sylvie Goulard, l’incontestée experte de la « chose européenne » est regrettable mais elle était, m’a-t-on affirmé, retenue à un autre meeting de campagne en Bretagne, dommage…

Bien sûr c’est Bayrou qui soulève la foule : son discours joliment ficelé, un peu comme son livre, restitue à son public un tribun talentueux ,calme et serein, efficace mais, pressé, il cède la conclusion à J-F Kahn.

Le journaliste rompu aux joutes des plateaux de TV, découvre la griserie des discours devant un vaste auditoire, charnel cette fois. Il savoure goulûment, en gamin septuagénaire, sa nouvelle condition et c’est un festival d’idées glanées ici ou là chez des économistes ou des sociologues et parfois des politiques puis librement mises à la sauce Kahn : emprunt européen à taux de rémunération variables selon le niveau de fortune ( obligatoire à faible taux pour les très riches), refonte complète du système financier mondial, taxation des flux financiers et boursiers là encore à taux variables selon la durée de détention ( très élevés dans le très court terme jusqu’à l’exonération dans le très long terme) et bien d’autres suggestions de la même eau .

Son enthousiasme attendrissant, son audace nourrie parfois de belles utopies a transporté l’auditoire malgré quelques sourires amusés ou sceptiques. Une couleur vive dans un tableau un peu sombre. La suite dimanche soir !
 
Antoine Spohr
 

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3 réactions à cet article    


  • xray 5 juin 2009 18:22

     

    Votez d’abord ! On vous expliquera ensuite ! 

    Le Grand Guignol politique 
    http://n-importelequelqu-onenfinisse.hautetfort.com/ 

    Le piège européen :
    Le piège est fermé définitivement. Il ne s’ouvrira plus. Vous pouvez voter pour ce qu’il vous plaira. Cela n’a plus aucune importance.  

    Par sa disparité d’intérêts nationaux, l’Europe est ingérable. 
    On peut même affirmer inconstructible. 
    Les hauts fonctionnaires le savent très bien mais ils gagnent à se taire. 
    Pour ceux qui détiennent le pouvoir, la seule échappatoire est de pourrir la vie du plus grand nombre
    On peut compter sur les élus européens pour s’y employer. 

    Votez d’abord ! On vous expliquera ensuite ! 

    La misère est le fondement de la société de l’argent. 

    (Le malade,  l’industrie première.) 


    • Pyrathome pyralene 6 juin 2009 14:02

      Le fait marquant dans le sondage d’Agoravox sur les européennes est que la droite ne représente à peine 20 % des voix (y compris le modem !!).....4,9 % pour l’ump !!!!! un corpuscule terroriste !!...lol....


      • A. Spohr Spohr 6 juin 2009 14:22

        Pyralene : étonnant , je crois qu’il y a méprise. Vous régissez à mon papierdans lequel manque « MoDem » dans le titre . J’ai essayé de rendre compte et ne me suis pas intéressé aux sondages .
        Ceci dit, votre pessimisme me consterne . Il reste peu d’anti-européens ( pour les uns c’est trop d’Europe pour d’autres pas assez, pour d’autres encore tout est confus mais ils ont moins « peur » de l’Europe. Posez vous la question : Et sans l’Europe ? Quid de nous et de nos descendants ?
        Même la Suisse se fait imposer des règles et doit renoncer à sa souveraineté pleine.
        A votre disposition . A.S

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