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Accueil du site > Actualités > Politique > Fractures parlementaires (II) : intérêts particuliers contre intérêt (...)

Fractures parlementaires (II) : intérêts particuliers contre intérêt général

La première partie de ce billet s’appuyait sur un tableau qui comparaît l’origine socioprofessionnelle des députés avec les données de l’Insee sur la répartition des actifs selon leur CSP. Nous avons constaté une crise de la représentativité. Dans ce second volet, nous verrons en quoi les intérêts particuliers ont triomphé de l’intérêt général.

  1. Conséquences de la sur-représentation des catégories socioprofessionnelles

Très clairement, le déséquilibre introduit par la sur-représentation de certaines catégories socioprofessionnelles conduit les formations politiques à défendre le clientélisme et le corporatisme au détriment de l’intérêt général. Lorsque la gauche est au pouvoir, elle mène une action en faveur des fonctionnaires, en multipliant leur nombre afin d’accroître le potentiel d’électeurs et de représentants, sans se soucier des équilibres économiques. Lorsque la droite est au pouvoir, elle favorise les professions libérales et les entrepreneurs pour les mêmes raisons. Par exemple, si l’on nous vend le droit opposable comme une mesure progressiste, on oublie de signaler qu’elle multipliera le recours à la justice, donc augmentera les revenus des avocats. Ceux-ci ont déjà progressé de 16,7 % en euros constants sur la période 1995-2005, alors que leur nombre a cru de 33,4 % entre 1997 et 2005 (source : ministère de la Justice). Dans le même ordre d’idée, la ministre Rachida Dati a promis aux avoués un régime spécial de retraite en échange de la suppression de quelques tribunaux d’instance, à l’heure où l’on abolit d’autres régimes spéciaux ! Le ministère de la Santé, quant à lui, a reculé sur l’obligation faite aux médecins de s’installer dans des zones sous-médicalisées. Il a proposé des primes à l’installation et autres avantages. Pourquoi ne pas jouer sur le numerus clausus et augmenter ainsi considérablement le nombre de médecins pour faire jouer la concurrence ? Ces exemples, comme ceux que pourraient apporter les lecteurs, prouvent qu’il y a un lien direct entre la représentation des couches sociales - et certaines sont invariablement oubliées - à l’Assemblée nationale et la politique de la nation ; que cette dernière ne se réclame pas de l’intérêt général, mais des petits cadeaux entre amis.

L’idée d’améliorer la représentation des Français au-delà de leur couleur politique progresse dans les élections locales, mais selon deux critères : sexuel et ethnique. On promeut en effet les femmes et ce que l’on appelle pudiquement « les candidats de la diversité », le terme de « minorité visible » ayant été abandonné. Or ces critères ne modifieront pas radicalement le débat d’idées et la politique de la nation. On dit les femmes plus douces, pourtant Margaret Thatcher fut surnommée « la Dame de fer ». On soupçonne les Noirs d’Occident attachés à leurs lointaines racines africaines, pourtant Condoleeza Rice agit uniquement pour les intérêts de son pays, pas pour le continent africain. Un ingénieur, qu’il soit homme ou femme, Noir, Blanc ou Arabe, votera avant tout comme un ingénieur, sauf exceptions. Aux parités sexuelles et ethniques - qui sont déjà admises comme facteurs modifiant le jeu des suffrages - il conviendrait d’ajouter la parité sociale, bien plus déterminante.

  1. Les partis politiques sont-ils légitimes ?

Si en théorie tout citoyen peut, sous certaines conditions, se soumettre au suffrage populaire, en réalité, il faut être investi par un parti politique pour avoir une chance d’être élu. Le parti politique, cela n’est pas nouveau, joue un rôle central dans la vie de la cité. Seulement, est-il légitime ?

Cette question est tout aussi centrale car un élu ne saurait tirer sa légitimité du suffrage populaire que si l’appareil qui l’a investi fonctionne selon des règles démocratiques. Sans cette condition, on ne saurait parler de démocratie, même représentative.

Or, qu’observons-nous ? Aucun parti n’investit ses candidats selon des règles démocratiques, et le récent MoDem a été aussi pris en défaut. Tout est affaire de copinage, cooptation, népotisme et autres obscures tractations. Il y a des places réservées, des noyautages, au détriment de la volonté des militants. Les commissions de réflexion ne sont que des paravents inutiles qui laissent croire au débat démocratique, quand tout est déjà décidé par les dirigeants. C’est ce que nous avons pu personnellement constater il y a plus de quinze ans, lorsque nous avions été introduits par un ami influent dans les cercles du RPR, de Madelin et de Villiers. Mais la situation est la même dans les partis de gauche. Il semble donc que les militants comme les électeurs ne soient que des Tartuffes. Le lecteur-militant est cependant en droit d’attendre plus qu’un témoignage ; des faits qui prouvent que le débat démocratique au sein des partis n’est pas respecté. Si nous ne produirons aucun document sensationnel - il n’est pas dans notre nature de trahir la confiance de nos relations -, nous laissons chacun considérer l’origine professionnelle des députés dans les départements suivants (parmi des dizaines d’autres), et en tirer les conclusions qui s’imposent.

Finistère : 2 députés socialistes commerçants, sur 2 à l’échelle nationale.

Meurthe-et-Moselle : 2 juristes d’entreprises UMP, sur trois.

Somme : 2 consultants (UMP et Nouveau Centre) sur moins d’une dizaine.

Vosges : 2 pharmaciens UMP (sur 5 à droite et 1 à gauche), 1 opticien UMP, 1 médecin UMP, soit uniquement des professions de santé !

Comment ne pas déduire de ces exemples que lesdits députés ont fait jouer les liens de solidarité (cooptation) avant de se soumettre au débat démocratique ? Une argumentation plus ou moins habile suffit à valider ces pratiques par quelques militants.

Le fonctionnement des partis politiques ne saurait donc représenter un gage suffisant pour la démocratie, et la République serait alors une affaire privée dont est privée la majorité des citoyens. Cela est d’autant plus vrai que des députés qui s’opposent dans deux camps (gauche et droite) militent dans les mêmes associations (Franc-Maçonnerie, Trilatérale...) et poursuivent donc des objectifs communs. Leur fidélité va-t-elle en priorité à leurs appartenances ou à la République ? Le clivage gauche-droite ne serait alors, comme l’alternance et l’opposition, qu’une illusion à laquelle a mis fin notre actuel président en ouvrant largement les portes de ses ministères aux membres d’autres camps. Des masques tombent et là où certains croiraient à une modernisation de la vie publique, les plus avertis verraient l’officialisation du cynisme. Il suffirait pour cela, de s’attacher aux appartenances de chacun.

Rappelons enfin que les partis politiques sont financés par des fonds publics, à l’instar de certaines associations. Or, on exige de ces dernières un fonctionnement démocratique et transparent - des représentants de l’Etat et des collectivités locales y siègent de droit - quand les partis peuvent, comme les syndicats, fonctionner dans une relative opacité.

3. Expertises et communication

Mettre en évidence le clientélisme et le corporatisme ne suffit pas à éveiller l’attention des électeurs car ceux-ci sont endormis par deux armes de destruction massive : l’expertise et la communication.

Sur les sujets déterminants, les expertises qui parviennent à l’attention des parlementaires et citoyens auraient pour fonction principale de susciter une majorité prête à accepter certaines orientations politiques quand des expertises contradictoires et aussi rigoureuses ne connaissent pas de succès public. On ne peut ainsi déterminer de façon certaine si la part de l’activité humaine est prépondérante dans le réchauffement climatique ni, si cela était avéré, hiérarchiser les types (transport, production animale...). Outre la pertinence des expertises se pose le problème de leur sincérité. Les experts sont également prisonniers d’appartenances et peuvent être tentés de diffuser un message idéologique et partial sous couvert d’autorité scientifique. Il en va ainsi des pro ou anti OGM, des pro ou anti DADVSI, sans que ces exemples soient limitatifs. Les expertises, dont nous avons souligné la faiblesse potentielle obtiennent alors un écho fortement lié à la majorité du moment et à leur médiatisation. Elles relaient la pensée pragmatique de certains groupes de pression quand la politique devrait être avant tout l’objet de débats philosophiques.

Cela ne crée cependant pas une condition suffisante pour susciter l’adhésion des citoyens - jusque-là nécessaire en démocratie -, et c’est alors qu’intervient la communication. Celle-ci est une arme redoutable qui nous conditionne au quotidien. Pour nous conduire à accepter des mesures répressives en matière de circulation routière, les « informations » télévisées enchaîneront des reportages sur les accidents et diffuseront des témoignages dont la vocation est d’émouvoir. Ce plan de communication durera quelques semaines et sera complété par des fictions et des débats qui font appel à des intervenants soigneusement sélectionnés par des sociétés spécialisées. La loi répressive adoptée, le téléspectateur n’aura plus droit ni aux reportages, ni aux témoignages émouvants. Pourtant, les accidents interviennent tout au long de l’année et produisent autant d’émoi. C’est ainsi que des événements qui surviennent régulièrement paraissent suivre une loi des séries lorsqu’ils sont sous le projecteur des médias. A ceux qui demeureraient encore sceptiques quant à un possible « plan de communication », nous les invitons à observer les publicités télévisées. D’après l’excellent Communication des entreprises, stratégies et pratiques (édition Armand Colin), « les campagnes télévision demandent de trois à six mois pour leur mise en œuvre ». Or, dans bien des cas, ces publicités épousent parfaitement le message politique avant le délai cité. L’un des effets majeurs de cette collusion entre pouvoir politique, médiatique et les lobbies est de fausser l’économie de marché en avantageant certaines entreprises par rapport à d’autres, notamment parce qu’elles auront eu le temps de se préparer aux réformes.

  1. Le poids des lobbies

Le rôle du lobbying a été institutionnalisé par une formation dispensée à Paris III, en master « Lobbying et affaires publiques en Europe » ainsi que dans certaines Business Schools. C’est dire l’importance qu’a pris ce mode d’action dans le paysage politique et économique.

Avant de poursuivre la réflexion, dépassionnons le mot « lobby » associé au secret comme au complot. Un lobby est un groupe de pression qui poursuit un objectif qu’il estime honorable. Et la plupart de leurs membres sont honorables et croient en la légitimité de leur mission. Ils pensent faire le Bien. Il existe différents lobbys, et on peut considérer qu’une association de parents d’élèves en est un. Il est ainsi normal que des gens qui partagent une vision de la société - dans ses parties comme dans son tout - souhaitent agir. On est donc très loin du complot et des mythes qui entourent ces organisations non gouvernementales.

Les lobbies les plus puissants sont internationaux : la Franc-Maçonnerie, la Trilatérale, Bielderberg et le CFR. La Franc-Maçonnerie, par exemple, fut à l’origine de nombreuses lois sociales progressistes, et le conseiller du président chargé des relations avec le Parlement était jusque-là invariablement un « frangin », puisque de 20 à 30 % des députés étaient maçons. Cela facilitait donc les relations entre l’exécutif et le législatif. Les trois autres lobbies, inspirés par les Rockefeller, n’ont pas créé la mondialisation - elle a commencé avec la colonisation -, mais ont accéléré son processus. Ils oeuvrent pour établir des autorités supranationales dont les membres sont cooptés.

Si la diversité des objectifs poursuivis par les lobbies - et certains se livrent à une lutte - peut être légitime de leur point de vue et de celui de certains citoyens ; si leur poids dans les lois et les orientations politiques est prouvée, il n’en demeure pas moins que leur existence met en péril les concepts mêmes de démocratie, d’intérêt général et de citoyenneté. On s’acheminerait alors vers une privatisation (au sens d’appropriation) de la vie publique dont l’issue ne serait rien d’autre que la mise en place d’un système totalitaire. Le processus est déjà engagé.

La fracture sociale n’est pas une conséquence de la crise économique dont l’ampleur est bien moindre qu’on le laisserait croire, mais une conséquence d’orientations politiques qui trahissent l’expression d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. On crée sciemment des conditions instables pour inciter les citoyens à accepter l’inacceptable et très bientôt il ne sera plus qu’un accessoire ornemental.


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11 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 21 décembre 2007 09:43

    Ce qui me choque c’est de voir Mr HUCHON encore Président du Conseil Régional alors qu’il a été condamné par la justice lui http://www.liberation.fr/actualite/societe/236263.FR.php

    http://www.liberation.fr/actualite/societe/202626.FR.php

    Ce qui me choque c’est que la ville de Paris ne semble pas connaitre son patrimoine immobilier et vient de découvrir que des personnalités bénéficiaient de logements avantageux.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20071220.OBS1169/le_bra s_droit_de_boutin_a_remis_sa_demission.html?idfx=RSS_notr

    Il est bon de rappeler sans rentrer dans des querelles partisanes que Mr DELANOE actuel Maire de Paris et ses amis donneurs de leçons de morales sont les gestionnaires de la « Régie Immobilière de la ville de Paris »

    Cette régie est-elle gérée normalement ????????


    • Daniel Roux Daniel R 21 décembre 2007 12:29

      La loi devrait définir le fonctionnement des Partis politiques dans le mesure où ils sont financés par des fonds publics et qu’ils sont, ou devrait être, d’intérêt public.

      Le hic c’est que les partis sont à la fois juges et parties dans cette affaire et que les dirigeants n’accepteront jamais de voir leurs pouvoirs totalitaires écornés. Quant à compter sur le courage des députés, nous savons trop hélas, ce qu’il en est.

      La réalité du pouvoir est de toute façon ailleurs. Les parlements nationaux sont marginalisés par un gouvernement occulte d’expert plus ou moins, mais plutôt plus que moins, liés aux grandes multi-nationales.

      Cette tendance lourde est organisée à travers les différents organismes internationaux que sont l’OMC, la Banque Mondiale, l’OCDE, la Commission Européenne, etc.. tous complices pour établir le Marché comme seul cadre et l’individualisme comme seule valeur.

      90% des lois votées à l’Assemblée sont des retranscriptions des décisions prises dans ces enceintes hors de tout contrôle démocratique.

      Et c’est bien là qu’est le problème : Comment se défaire de ce carcan construit par plusieurs générations politiques tous bords confondus pour retrouver le chemin de la démocratie et de l’intérêt public, tout en évitant l’isolement et la dictature ?

      Le concours de proposition est ouvert.


      • bernard29 candidat 007 21 décembre 2007 12:39

        Vous savez , les citoyens en sont conscients ; ils ne se déplacent plus hormis pour la présidentielle et peut être pour les municipales , encore que !!

        Pour le remplacement de DSK, lors de l’élection du député dans le Val d’Oise la participation a été de 25,06 % pour le premier tour et de 30,69% au deuxième tour. ( bon c’était une élection partielle comme on dit, mais quand même !!)

        Sur les partis politiques vous auriez pu faire un paragraphe sur la création des nouveaux partis qui lorsqu’ils se lancent affichent pompeusement leur volonté de faire de la « politique autrement ». ( Les Verts, Génération Ecologie, le Modem, etc etc..). En général, ça dure jusqu’au premier congrès ensuite tout le monde se coule dans le moule.

        Peut être que dans votre partie III, après avoir délivré vos analyses intéressantes et toujours utiles à rappeler, vous indiquerez les pistes sur lesquelles vous travaillez pour essayer de revaloriser la citoyenneté et la démocratie.

        Dans cette attente.


        • bernard29 candidat 007 21 décembre 2007 14:48

          Voici je crois la meilleure piste de travail ...

          C’est une parole forte et si juste d’ALAIN.

          "La démocratie n’est pas dans l’origine populaire du pouvoir, elle est dans son contrôle. La démocratie, c’est l’exercice du contrôle des gouvernés sur les gouvernants.

          Non pas une fois tous les cinq ans, ni tous les ans, mais tous les jours."


        • ZEN ZEN 22 décembre 2007 07:45

          Je souscrit aux propos d’Alain cités opportunément par mon prédécesseur. Vaste programme !

          A propos, Chritian, un détail : celui que vous appelez encore étienne celmar est devenu ZEN..Les fiches ne sont plus à jour/ Amicalement


          • ZEN ZEN 22 décembre 2007 11:40

            Tristan, bien sûr..


          • Martin sur AgoraVox Martin sur AgoraVox 22 décembre 2007 14:48

            Avant de développer mon commentaire, je signale que concernant nos interventions, en tant qu’auteurs ou commentateurs, sur AgoraVox ou sur d’autres forums, je pose deux questions, que j’ai placées en fin de mon commentaire.

            Comme le rappelle un commentaire qui précède : la démocratie est dans le contrôle du pouvoir par les citoyens, puisqu’en démocratie le pouvoir doit en permanence, dans ses actions, refléter la volonté de la majorité des citoyens.

            Il ne faut pas, comme c’est très souvent le cas, confondre la démocratie avec le fait de pouvoir élire les représentants. Être représentés par des députés élus selon les règles de la majorité des citoyens s’exprimant dans le secret ne signifie pas qu’on est en démocratie.

            Examinons cette question centrale du pouvoir politique d’un coté et de la volonté de la majorité des citoyens de l’autre coté.

            Tout d’abord revenons aux fondations de la démocratie. Les deux conditions de la démocratie véritable sont :

            1- tout citoyen a le droit d’exprimer et de propager des opinions ou des idées quelles qu’elles soient, sans censure, sans interdit ;

            2- toute décision politique doit être prise en conformité avec l’opinion de la majorité des citoyens qui se sentent concernés par la décision.

            On voit que la représentativité des députés n’a aucune importance dans la définition de la démocratie. Ce qui est important c’est que les lois mises en place soient toutes conformes avec l’opinion de la majorité des citoyens qui se sentent concernés par la décision. Ceux qui écrivent les lois et les mettent en application doivent uniquement veiller à respecter cette règle de la démocratie de la conformité avec « la majorité des citoyens qui se sentent concernés par la décision ». On pourrait très bien imaginer un système politique où il n’y aurait pas de représentants élus et où les citoyens suggéreraient directement aux législateurs (fonctionnaires) quelles lois ils veulent et où les citoyens voteraient directement pour ces lois. La définition de la démocratie ne contient pas la description des mécanismes mis en place pour que la démocratie soit respectée.

            Le système reposant sur les décisions prises souverainement « au plus haut niveau politique » est archaïque. Il date d’une époque très lointaine (des siècles et des millénaires) quand les citoyens n’avaient pas la possibilité de communiquer instantanément avec les centres de décisions. Il fallait alors introduire la délégation. Les déléguées (les politiques) ont actuellement trop tendance sur des questions précises à ne pas tenir compte des volontés majoritaires de la population. Aujourd’hui, il est techniquement possible que beaucoup de décisions politiques soient prises au moyen de procédés de démocratie directe.

            En démocratie les politiques devraient agir selon les exigences des citoyens d’après la règle de la majorité de ceux qui s’expriment. La solution pour que la France et l’UE deviennent réellement démocratiques, et pas seulement dans le vocabulaire des discours politiques, est notamment dans l’introduction des référendums, y compris des référendums sur l’initiative du peuple.

            Cela signifie que lorsqu’il y a un doute toute décision politique doit pouvoir être soumise à la validation par la majorité des voix des citoyens qui désirent s’exprimer, donc le référendum d’initiative populaire doit être garanti sans restriction.

            Si les décisions doivent être réservées à une élite, alors la démocratie n’existe pas. Rappel : en démocratie toutes les décisions doivent être conformes aux désirs de la majorité des citoyens, de tous les citoyens qui souhaitent exprimer leur volonté. Si la règle est que les décisions politiques doivent être seulement conformes aux désirs d’une certaine « élite » alors on ne se situe pas dans un système démocratique.

            La démocratie véritable, la démocratie directe, cela ne signifie pas une société qui est gérée par uniquement par référendums. Le droit aux référendums d’initiative populaire est le droit donné aux citoyens d’intervenir lorsqu’ils estiment que la règle fondamentale de la démocratie n’est pas respectée, la règle qui est la suivante : « pour toutes les questions qui touchent la communauté c’est la volonté de la majorité des citoyens qui décide ». Lorsqu’il y a un doute toute décision politique doit POUVOIR être soumise à la validation. Mais cela NE signifie PAS que toutes les lois sont OBLIGATOIREMENT rédigées d’après les référendums. Il suffit d’observer le système politique suisse pour comprendre les mécanismes de prise de décision : les politiques professionnels et leurs décisions (exécutif/législatif, gouvernement/ parlement) y ont leur place et les référendums d’initiative populaire n’interviennent que lorsque les citoyens veulent vérifier concernant certaines décisions politiques quelle est la volonté démocratique de la majorité des citoyens.

            La démocratie directe n’élimine pas les éléments de « démocratie représentative » ni les éléments de « démocratie participative ». La démocratie directe laisse aux uns et aux autres la possibilité de faire des propositions et laisse aux politiques la responsabilité de gérer les affaires de la communauté au quotidien. Mais elle exerce sur les politiques et sur les lobbies le contrôle du respect de la règle démocratique : « pour toutes les questions qui touchent la communauté c’est la volonté de la majorité des citoyens qui décide ».

            Cela signifie qu’en démocratie véritable toutes les loi, les traité, les orientation du gouvernement ne sont pas systématiquement soumis au référendum.

            Cela signifie que si quelqu’un doute sur n’importe quelle loi, sur n’importe quel traité, sur n’importe quelle orientation du gouvernement, ce citoyen quelconque doit avoir la possibilité de déclencher un référendum. À ce moment-la il doit réunir certaines conditions, notamment il doit par exemple recueillir un certain nombre de signatures qui supportent son initiative. S’il parvient à réunir ces conditions alors la question est soumise au référendum.

            J’insiste sur le fait qu’en démocratie ce qui compte, la règle d’après laquelle devrait être prise chaque décision qui engage la société à tout niveau - municipalité, région, pays, union de pays - c’est l’opinion de la majorité des citoyens.

            En démocratie, le devoir des individus qui représentent le pouvoir - politique, éducation publique, médias officiels - est de respecter la liberté d’opinion et d’appliquer systématiquement et scrupuleusement les décisions qui viennent de la volonté de la majorité des citoyens. Aucune décision politique, aucune loi, aucun traité international ne doivent être contraires à ce que veut la majorité des citoyens.

            Pour certaines questions décidées actuellement par les politiques seuls les référendums devraient être obligatoires. Il conviendrait donc de disposer de référendums de deux types, d’une part obligatoires (pour les questions fondamentales : constitution, adhésions des États à l’Union européenne, politique d’immigration depuis d’autres continents, etc.) et d’autre part sur l’initiative des citoyens.

            Puisque la France fait partie de l’Union européenne, ce système devrait être mis en place au niveau paneuropéen concernant les question de l’Union européenne, ainsi qu’au niveau de chaque État membre de l’Union européenne !

            Le référendum d’initiative populaire n’est pas un fantasme, ce n’est pas une utopie, ce serait au contraire le fondement même de la démocratie qui actuellement manque à l’Union européenne et dans tous les États Membres de l’Union européenne.

            Ce système existe dans plusieurs pays. Le système politique qui fait appel aux référendums de façon généralisée peut être mis en place quelle que soit la taille ou le poids économique ou démographique du pays.

            Les États Unis d’Amérique sont un exemple de grand pays qui pour certains types de décisions met en œuvre les référendums.

            Là où la véritable démocratie est déjà en place, avec les référendums garantis aux citoyens, comme c’est le cas depuis longtemps en Suisse, existent la stabilité politique et la paix civile. En Suisse existent historiquement deux religions chrétiennes et quatre langues officielles. Les cantons suisses appliquent certaines lois ou règlements locaux, mais la plupart des lois et les orientations de politique générale sont décidées et appliquées au niveau fédéral. Le dispositif politique suisse doit sa stabilité et sa légitimité, et le peuple suisse doit sa bonne entente, à la garantie offerte aux citoyens de disposer de référendums d’initiative populaire au niveau des cantons comme au niveau fédéral. Quel autre État avec plusieurs religions et plusieurs langues se permettrait-il de demander à tous les citoyens conscrits et réservistes de conserver chacun chez soi son arme de guerre avec munitions de combat ? La Suisse se le permet, elle ne craint pas les émeutes, parce que son système politique a depuis longtemps éliminé les tensions sociales par la voie de la démocratie directe, par les référendums.

            Lorsque dans les articles il est question de démocratie directe, quelques commentateurs sur AgoraVox se disent convaincus qu’il faudrait améliorer la compétences des électeurs avant de leur confier plus de responsabilités dans un système politique utilisant des procédés de démocratie directe.

            Les commentateurs écrivent qu’il faudrait répondre à un questionnaire, donc à un test de connaissance, avant de pouvoir voter. Cette idée est récurrente, elle vient à l’esprit de chacun qui réfléchit à la problématique du pouvoir politique. Cependant constatons que les élus, qui votent les lois, ne remplissent pas non plus les conditions de connaissances, de diplômes, de qualifications particulières. Pour être éligible les seules conditions sont la nationalité et l’age. Les députés et sénateurs ne sont pas des experts formés dans les domaines dans lesquels ils votent. Pourtant on leur accorde le droit de voter sur tous les sujets. Mais on peut éventuellement effectivement examiner cette idée de « permis de voter » lequel devrait alors être appliqué aux citoyens électeurs et aux candidats aux élections.

            Le problème est que celui qui composerait le contenu du test à passer, serait en position d’y imposer ses convictions idéologiques ...

            En passant remarquons encore une fois que sans « permis de voter » les électeurs suisses se débrouillent tout à fait bien et depuis plus d’un siècle.

            Enfin je me permet de conclure par des interrogations sur l’utilité, sur la portée des articles que les citoyens peuvent écrire ou commenter hors des circuits des grands médias qui imposent les opinions. Quelqu’un saura éventuellement suggérer des réponses aux questions suivantes :

            Concernant les sujets qui relèvent des décisions politiques en France ou dans l’Union européenne (puisque la France est pour les deux tiers de ses lois sous la souveraineté de l’UE), les articles que l’on peut écrire, sur AgoraVox ou ailleurs, peuvent-ils amener les politiques qui sont au pouvoir à respecter les règles fondamentales de la démocratie véritable ?

            Quelles actions faut-il entreprendre pour obliger enfin les politiques au pouvoir à mettre en application la démocratie véritable, la démocratie dans laquelle chaque décision politique répond aux souhaits de la majorité des citoyens qui se sentent concernés par la décision ?


            • Marsupilami Marsupilami 22 décembre 2007 15:05

              @ Tristan

              Très bons articles... mais comment réussir à sortir de cette situation. Il est très difficile de lutter contre le népotisme et le corporatisme, car on touche alors au cœur du fonctionnement humain qui privilégie quasi systématiquement ses liens de proximité à la solidarité collective ? Il faudrait une sacrée révolution spirituelle pour en finir avec ce genre de pratique et à l’heure de l’individualisme-roi, on ne la voit guère se profiler à l’horizon...


              • trou noir trou noir 22 décembre 2007 15:57

                merci de cet article qui permet d’esperer passer de la ’’démocrassie’’ vers la démocratie.


                • Jocrisse Jacques 22 décembre 2007 22:08

                  T.Valmour

                  Je souscris entièrement à votre article.

                  Le dernier § de conclusion m’a un peu surpris car je n’avais jamais envisagé la cause de la fracture sociale sous cet angle.

                  Encore BRAVO !


                  • fredleborgne fredleborgne 23 décembre 2007 21:02

                    Trés bon article, suscitant en plus des commentaires intéressants. Néanmoins, si les causes sont connues, il n’y a aucun espoir de changement avec les équipes en place. La solution ne peut se faire que sous la pression de la rue, qui, d’aprés certains, n’a pas à gouverner. Je doute en plus que la population actuelle ait le cran de se défendre quand chacun ne songe qu’à sa propre réussite dans un système ou celle-ci se rapprochera de plus en plus d’une simple survie. Il faudra donc que la solution pourrisse encore quelques années pour que la réaction renaisse des ruines laissées par la pseudo-gauche socialiste, et encore... si les esprits savent encore ce que valent dire les mots employés dans l’article.

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Tristan Valmour


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