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France : lorsque la loi sert la xénophobie

Il y a quelques jours l’armée américaine s’est retirée d’Irak après 8 années d’occupation. Les médias occidentaux ont relaté ce retrait du point de vue américain, parlant de résultats « aigres-doux » (journal du 18/12/2011 sur la radio « France culture »), avec 4500 soldats américains morts, près de 30 000 blessés et des centaines de milliards de dollars utilisés, en concluant parfois et sans y insister sur les victimes – morts et déplacés – civiles irakiennes, en rappelant qu’il y a eu « 100 000 victimes irakiennes ».

Par exemple, sur le site Slate.fr, le journaliste, Fred Kaplan, fait une rétrospective de ces 8 ans d’occupation. Il parle de « guerre inutile », d’une « attaque contre l’Irak » qui « fut coûteuse en termes de moyens », « d’erreur stratégique », de « changement de cap » positif de George W Bush en envoyant 20 000 soldats supplémentaires en 2006, de « pari réussi » consistant à jouer sur les antagonismes confessionnels pour reprendre la main sur le terrain, et enfin que si la guerre continue en Irak c’est à cause des « Irakiens eux-mêmes » qui n’auraient « pas su tirer parti » d’un « espace de respiration » créé par les Américains (en référence au mot du général américain commandant des troupes us en Irak, David Petraeus, qui avait parlé d’un « espace de respiration » pour les Irakiens ).

Pas un mot pour les victimes irakiennes, sur l’envoi de dizaines de milliers de mercenaires commettant d’innombrables crimes contre les civils, de la torture, des déplacés de force, de la déstructuration de la société irakienne, ni sur les effets sur les enfants irakiens (qui sont l’avenir de l’Irak) confrontés à la violence, à l’insécurité et la mort durant ces années d’occupation, pas un mot sur le matraquage et la propagande des médias américains en faveur de la guerre, le philosophe Jacques Derrida lors d’une interviewaffirmera à ce sujet :

"Mais il y a évidemment – et je suppose que vous allez en parler dans votre commission d’enquête – l’énorme problème des médias, du contrôle des médias, de la puissance médiatique qui a accompagné de façon déterminante toute cette histoire, du 11 septembre à l’invasion de l’Irak, l’invasion de l’Irak étant d’ailleurs à mon avis programmée bien avant le 11 septembre"

ni sur les mensonges, truquages américains pour justifier l’invasion irakienne (1), pas un mot non plus sur les 3 millions de déplacés en raison de cette guerre dont 2 millions en dehors du territoire irakien (accueillis par la Syrie et la Jordanie) vivant dans des conditions plus que difficiles et dans l’indifférence générale de l’Occident pourtant responsable de cette tragédie.

 Sur le nombre de morts irakiens, un article en ligne du journal « Le Monde » parle de 100 000 à 1 200 000 de morts depuis mars 2003 (date de l’invasion de l’Irak) :

  • "Un groupe de recherche britannique indépendant, l'Iraq Body Count (IBC), recense tous les décès rapportés par les médias, ainsi que les statistiques des hôpitaux. Ses extrapolations à l'échelle du pays sont comprises entre 100 000 et plus d'un million de morts. Les enquêtes de l'IBC suggèrent par ailleurs que les Américains ont tué quatre fois plus de civils durant les deux premières années de la guerre que les insurgés, et ce alors que les médias se sont exclusivement intéressés aux attentats-suicides."

500 MORTS PAR JOUR, SELON "THE LANCET"

  • "L'Organisation mondiale de la santé en Irak (OMS) et le ministère irakien de la santé ont également mené leur propre enquête en 2007. Il en ressort que 151 000 civils irakiens seraient morts de façon violente durant les trois premières années de l'occupation américaine (avril 2003 à juin 2006), soit 120 par jour, c'est-à-dire deux fois plus qu'au cours des deux dernières années du règne de Saddam Hussein. L'OMS donne une fourchette comprise entre 104 000 et 230 000, mais même l'estimation la plus basse est deux fois plus élevée que celle de l'IBC, qui est de 47 000 pour les trois premières années. George Bush avait évalué ce nombre à 30 000 morts."
  • "Une autre enquête, publiée en octobre 2006 par la célèbre revue médicale britannique The Lancet, estime pour sa part qu'en juin 2006, plus de 600 000 Irakiens étaient morts de façon violente. Un chiffre faramineux qui équivaut à 2,5 % de la population, soit 500 morts par jour depuis le début de l'opération "Iraqi Freedom"."
  • "La dernière étude en date, menée pendant l'été 2007 par l'institut de sondage britannique Opinion Research Business (ORB), confirme l'ampleur du taux de mortalité en Irak et suggère même que le bilan pourrait être encore plus lourd. Selon l'institut, 16 % des Irakiens interrogés affirment avoir perdu un membre de leur famille de façon violente depuis 2003, 5 % déplorant deux décès. Et plus d'un million de civils, sur une population légèrement supérieure à 26 millions d'habitants, auraient ainsi trouvé la mort en quatre ans."

Ainsi, une faute, une injustice contre l’humanité a eu lieu sous nos yeux et dans l’indifférence. La fin de l’occupation de l’Irak (fin relative car il reste 19 000 personnes travaillant encore à l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad et près de 6 000 membres des forces de sécurité qui sont toujours présentes dans ce pays) ne donnant lieu qu’à des bilans vu du côté des pertes américaines (financièrement et en soldats) ou des effets psychologiques de cette « guerre » sur les soldats américains.

Que les médias et les politiques occidentaux zappent, ferment les yeux sur cette faute est un parti pris pro-occidentaliste. Or, ce parti pris est en contradiction avec la posture « universelle » de ces mêmes médias et politiques, postures dont ils usent pour, par exemple, condamner d’une manière « indignée » la Turquie pour des faits remontant à 1915 (les massacres et déplacements des Arméniens) alors qu’ils se taisent très largement sur un événement (la « guerre » d’Irak) dont ils sont les contemporains.

Hier, l’Assemblée Nationale française a voté une loi contre la contestation du mot de « génocide » appliqué aux événements dont furent victimes les Arméniens. Au nom des victimes d’hier, de fausses indignations (au vu du silence sur l'Irak) et d'un "universalisme" à géométrie variable, cette loi criminalisent tous les Turcs aujourd’hui (la peine encourue est d'un an de prison et de 45 000€ d'amende).

Cette sanction revient, toute proportion et raison gardées, à l’esprit de l’Inquisition qui visait à faire expier les non croyants d’une « faute » originelle, elle revient également à stigmatiser, à ostraciser toute une population comme l’ont été les Juifs auxquels était fixé un signe distinctif. Ce racisme contre les Turcs se fait aujourd’hui au nom de l’« humanisme » ce qui le rend acceptable et d’autant plus dangereux.

En France, nous célébrons des personnes comme le Général Bigeard qui a commis des crimes de guerre en Algérie, sans que cela ne pose de problème, n’émeuve personne. Le vote du Parlement français cache ainsi derrière l’« universalité », l’« humanisme » des intérêts politiques (électoralistes, le président Nicolas Sarkozy voulant s’attirer les votes des électeurs d’origine arménienne en vue des élections présidentielles en mai prochain (2)), ce vote trouve également source dans une turcophobie en Europe, les Turcs cristallisant les crises identitaire, économique, de société que traversent le continent européen et la France – une étude récente montre que les Français sont les plus pessimistes en Europe quant à leur avenir économique.

On entend et lit dans les médias que ce vote est un geste de « paix », alors qu’il nourrit les extrémismes, que la Turquie « menace » la France, alors que c’est bien la France qui, avec ce vote, agresse, attaque les Turcs et la Turquie et d’une manière abrupte en les criminalisant tous (1 an de prison et 45 000 € d’amende, pour quelle prochaine étape ? 10 ans de prison ? la prison à vie pour toute la population turque ?).

Ce comportement est digne d’un « état voyou » comme l’Iran ou le Venezuela : ne pas répondre aux appels téléphoniques du Président turc, qui a rappelé que même en temps de conflit les Présidents des pays se parlent, refuser l’organisation d’une conférence à Paris dans une salle pourtant louée au MEDEF turc, alimenter la turcophobie en France, créer des tensions entre les peuples et les Etats, criminaliser toute une population, ces comportements ne sont pas ceux d’un grand pays qui préside ou veut présider aux affaires du monde.

Aujourd’hui les réactions turques sont légitimes, durant des années les Turcs ont été stigmatisés en France, les politiques et les médias ont nourri la turcophobie, allant jusqu’à la volonté d’inscrire le refus de l’adhésion de la Turquie à l’UE dans la Constitution, sans que les Turcs ne réagissent comptant sur la « raison » française pour mettre un frein à cet emballement anti-Turc.

Cette nouvelle loi stigmatisant les Turcs ne sortira pas les Français de leur pessimisme mais désignera les Turcs comme cibles sur lesquelles pourront s’abattre toutes les frustrations dues aux crises actuelles. C'est à cette situation, qui n'a donc pas à voir avec la "paix", la "démocratie" ou la "mémoire" que les Turcs réagissent et contre laquelle ils s'élèvent.

Enfin, ceux qui désiraient, comme vitalement, une rupture franco-turque doivent grandement se réjouir, ils ont obtenu gain de cause. Mais pour quel objectif, sachant que leur inimitié voire leur haine ne seront pas rassasiées et qu'elles n'ont pas d'avenir ? Néanmoins, le monde ne s'arrête pas aux ressentiments et il est possible de sortir des crises par le haut.

(1) Le journaliste affirmant : « si nous avions su, en mars 2003, que Saddam Hussein n’avait pas davantage d’armes de destruction massive que de liens avec al-Qaïda, il est évident que jamais le Congrès n’aurait autorisé la guerre. L’administration Bush a provoqué cette guerre sur la base de vagues suspicions », mais on peut se demander si ce Congrès avait quelque volonté d’opposition si de « vagues suspicions » ont suffit à lui faire donner son aval.

(2) Ce qui peut s’avérer être un mauvais calcul, nombre de Français sont contre cette initiative communautariste et liberticide. De plus, la turcophobie que les politiques utilisent à chaque élection pour s’attirer la sympathie (alors malsaine) et les voix des électeurs semblent perdre de la vigueur au profit de la situation économique de plus en plus difficile.


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1 réactions à cet article    


  • fn2009 24 décembre 2011 23:27

    la france est nazie depuis 200 ans.

    plus de 20 genocies, 20 millions morts.

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