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France, pays désincarné aux territoires emboîtés et mal identifiés

De l’identité nationale en discussion, et de la réforme territoriale française repoussée sine die

La réforme territoriale est essentielle. Elle se fait toujours attendre, alors que commence un débat sur l’identité nationale...

Il y a quelques mois, l’Elysée a annoncé la restructuration de la carte administrative française. En cherchant dans mes archives, je m’aperçois que cet os jeté en pâture date déjà de janvier 2008. Les jours se métamorphosent en semaines, et les semaines en mois. A l’époque de la publication du rapport Attali, Geographedumonde a fait un point critique sur quatre décennies de décentralisation, et pesé l’éventuelle suppression des départements : Mettez vos bottes : province boueuse. Personne ne songeait alors à une remise à plat de la taxe professionnelle, dont l’annonce a déclenché une tempête d’équinoxe. Le surendettement des collectivités territoriales n’échappait en revanche ni aux habitants de Grigny (Ne pas confondre jeu d’orgue et jeu d’écritures), ni à ceux de Pont-Saint-Esprit (Par l’opération du Pont-Saint-Esprit). Le Monde du 5 novembre évalue à ce propos l’augmentation annuelle de la fiscalité locale à + 8 %... La douloureuse porte bien son nom en cette année 2009.

En janvier 2008, je concluais fort pessimiste sur la suppression des départements. On m’excusera cette auto-citation « Un échelon administratif qui passe le plus clair de son temps à justifier son existence n’en court pas moins qu’une autre le risque de disparaître. Mais le martèlement des arguments suscite à la longue l’autopersuasion. Pour le réformateur, un danger s’ajoute alors à la lourdeur de la tâche administrative. Car le jour où la décision tant redoutée finit par tomber, elle suscite une incompréhension qui n’est pas feinte, le fameux comment osez-vous ? Elle peut aussi déclencher une colère source de tous les débordements chez les prébendiers de la veille. Craignons que les conseillers généraux ne revêtent bientôt les habits des privilégiés d’hier, bousculés par Turgot… Ou bien par Calonne ?  » 

Attali a proposé. Un silence a suivi, antichambre de l’inaction. Or pas une semaine ne s’achève sans que l’un ou l’autre claironne un avant-projet de loi, un plan, une mesure, une concertation sur ceci ou une table ronde sur cela. L’Etat souhaite adapter la Poste à la concurrence tout en récusant toute idée de privatisation. L’Etat renfloue les banques, puis ses représentants regrettent publiquement qu’elles renouent avec les bénéfices. L’Etat rabaisse l’idéal collectif au niveau de l’idéal communautaire, mais la puissance publique s’avère faible devant les intérêts corporatistes. L’Etat valorise le droit à la différence et incite chaque citoyen à engager une action en justice s’il se juge victime. En même temps, un ministre lance un grand débat sur l’identité nationale. Comme si on pouvait discuter du contenu sans le contenant, de la population sans son territoire. Au sommet de l’Etat, on prétend dicter une norme universelle, et un calendrier pour une remise à plat de la décentralisation. Le président se targue de dresser contre lui les archaïques, mais abandonne son projet de réforme territoriale en rase campagne, et ménage les élus qu’il prétendait bousculer : Des provinciaux à Paris.

De nouvelles cartes il a quand même été question, pour redéfinir les domaines d’intervention de la police et de la gendarmerie, pour redessiner les juridictions judiciaires ou pour assouplir la carte scolaire [La carte, à la carte] : du plus au moins réussi. Une autre réforme territoriale a abouti, dont la presse s’est emparée cet été. Elle modifie les circonscriptions électorales précédentes. Vingt-sept départements perdent des députés pour quatorze qui en gagnent. Pour vingt-deux autres, les limites de circonscription changent. La nouvelle carte électorale officialise incontestablement le déclin du rural profond  : dans le sud-ouest, en Lozère, dans le Tarn et les Hautes-Pyrénées. En même temps, leurs voisins aussi peu urbanisés (l’Ariège, l’Aveyron ou le Gers) échappent au couperet, par chance... En fin de compte, le nombre de députés à l’Assemblée nationale ne bouge pas. Il ne faut espérer de cette modernisation ni économie particulière, ni gain d’efficacité. Elle donne quelques raisons d’écouter un parti socialiste cacochyme qui crie à la manipulation des votes, à Paris, à Lyon, ou ailleurs... Il existe évidemment des précédents (Café-géo). Cette réforme de la carte électorale entretient, je le regrette, une suspicion des Français vis-à-vis du pouvoir.

L’Eglise catholique en phase de redécoupage territorial donne matière à réflexion. Les paroisses sont des circonscriptions primaires qui regroupées forment des diocèses, circonscriptions secondaires à la tête desquelles siègent les évêques. Elles ont émergé au cours du Moyen-Âge, en parallèle au développement de la féodalité. La paroisse collait bien à un pays majoritairement rural. L’attachement des catholiques au cadre paroissial demeure aujourd’hui intact, en dépit d’un mouvement d’urbanisation entamé dès le XIXème siècle. Seule la diminution du nombre des prêtres a forcé une refonte des structures.

L’Eglise catholique réputée déclinante, décalée, voire désespérante jette aux orties ses vieux oripeaux. Les évêques se résolvent à changer... Comme d’autres, ils ont la soixantaine et assument des responsabilités écrasantes. Ils ont à l’inverse un train de vie réduit, peu ou pas de personnels administratifs, la responsabilité de prêtres réputés peu disciplinés, et des ouailles plus souvent prêtes à gémir qu’à rendre service. Les évêques savent s’exprimer en public, et n’attendent pas un micro pour le faire. Ils n’ont pas contracté des emprunts à taux variables pour leur diocèse, tout en protestant de leur bonne foi. Faut-il poursuivre ?

C’est cette Eglise en guenilles qui s’engage dans la voie étroite. Evêques et prêtres prêchent la foi et l’espérance en plus de la charité, mais gardent à l’esprit le principe de réalité qui impose de faire face. Depuis 2002, quinze provinces ecclésiastiques (voir carte) regroupent les diocèses français qui reprennent eux-mêmes les limites départementales depuis la Révolution. Avec l’approbation finale du Vatican, l’Eglise de France n’a retenu qu’en partie la carte des régions administratives, instaurée en 1960. L’Alsace englobe la Moselle - à cause du Concordat -, la Champagne et la Picardie ne forment qu’une province sous l’autorité de Reims, comme les deux Normandie (Rouen), Provence-Alpes-Côte-d’Azur et la Corse (Marseille), Poitou-Charente et Limousin (Poitiers) ou encore Bretagne et Pays-de-Loire (Rennes). Cette dernière particularité donne raison aux partisans du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne (Village gaulois).

Bien sûr, les blocages ne manquent pas. La refonte des limites paroissiales dans nombre de diocèses connaît des exceptions (Toulon-Fréjus), mais elle rencontre partout la réticence des fidèles. Dans les zones rurales à faible densité, l’opportunité du maintien de célébrations religieuses inquiète jusqu’aux bouffeurs de curé. Ceux-là se révèlent intraitables quand survient la destruction du clocher de leur village (Les cloches ne se sont pas toutes envolées). Mgr Lebrun, évêque de Saint-Etienne compte parmi les plus novateurs, qui juge prioritaires la transmission de la foi et l’ouverture sur le monde. A cette aune, la carte des paroisses semble insignifiante. Ailleurs, les discussions tournent autour de la mise à contribution des laïcs, quand le manque de prêtres se fait sentir. Pour les obsèques religieuses, croyants pratiquants ou épisodiques voient d’un très mauvais œil le remplacement du prêtre par un laïc. Tous s’y résoudront. Ils regretteront sans doute le prêtre homme - orchestre, un peu animateur social, un peu psychologue - écoutant, homme à tout faire. Il a cédé la place au prêtre spécialiste de Dieu, à la fois intercesseur et dispensateur de sacrements. En fin de compte, les fidèles sentiront mieux les liens qui les unissent, par le biais d’une chaîne hiérarchique facilement identifiable, dont les chaînons proches sont le prêtre et l’évêque : un territoire et des hommes.

En relisant le dossier de La Croix, je regrette évidemment l’oubli de la périurbanisation. Environ la moitié de la population française - aux Etats-Unis, les deux tiers - réside dans une banlieue ou une périphérie immédiate (rurbaine). La remise en cause des paroisses rurales datant de la France des paysans ne suffit évidemment pas. Les églises (bâtiments) se situent dans les centres villes historiques. Elles correspondent à l’espace connu et non à l’espace vécu par la majorité des citadins, qui habitent en périphérie des agglomérations. Il reste donc du pain sur la planche. Mais les faits sont têtus. Même dans la douleur, l’Eglise évolue. Mon sentiment est qu’elle prépare des jours meilleurs. Ceux qui s’exaspèrent de sa survie continueront à ronger leur frein. Je ne les convaincrai pas. Peut-être admettront-ils cet exemple de réforme sans tambours ni trompettes, et dans un contexte financier tendu ?

Pendant ce temps, on palabrera sur l’identité nationale, au sujet d’un pays désincarné, de territoires emboîtés et mal identifiés : régions, départements, agglomérations, zones rurales & zones urbaines.

PS./ Geographedumonde sur la réforme des collectivités territoriales : Des provinciaux à ParisMettez vos bottes : province boueuse, La commune espace administratif, l’agglomération espace vécu.


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6 réactions à cet article    


  • jps jps 6 novembre 2009 13:31

    La réforme territoriale est essentielle.

    ce libellé heurte car ceci signifierait n’importe quelle réforme. C’est par des phrases de ce type que les politiciens surfent pour faire passer n’importe quel projet.
    Si cela ne fonctionne pas , ils disent que les français sont contre les réformes.
    Non les français sont contre certaines réformes.

    Sarkozy ne fait pas des réformes c’est une entreprise de destruction.
    Philippe Laurent CG des Hautes seines dit lui même au sujet de la réforme de la taxe professionnelle aucune simulation n’a encore été fournie par Bercy sur les conséquences à moyen termes des propositions faites.
    Sarkozy décide mais il ne sait pas pour quoi, ni comment. C’est aux autres de trouver les solutions. Comme un caprice . Aucune vision de l’avenir aucune cohérence.
    il veut supprimer le juge d’instruction mais il ne sait quel pouvoir donner au juge de l’enquete et des libertés qui est chargé de le remplacer.
    il veut faire un emprunt mais il charge juppé et Rocard de définir pour quoi faire et au gouvernement d’en fixer le montant.
    les exemples sont si nombreux qu’il est impossible de tout citer.

    En ce qui concerne la reforme territoriale. Force est de constater que Sarkozy ne suprime aucune strate du mille feuilles (Etat, région, département, communauté territoriale et commune) si ce n’est de manière trés localisée. Comment pourrait-il en être autrement car les députés sont juges et parties, en ce sens qu’ils sont présidents de communautés ou Maire ou au sein de l’exécutif régional ou départemental. Voilà un des problèmes du cumul des mandats.


    • Mohammed MADJOUR Mohammed 6 novembre 2009 16:59

      « La réforme territoriale est essentielle. Elle se fait toujours attendre, alors que commence un débat sur l’identité nationale... »

      Je crois que vous voulez dévier intelligemment la question... « L’Identité nationale » se définie par rapport à « l’extérieur », aux autres identités nationales !

      L’administration locale des populations et des biens n’a rien à voir avec ce qui se passe au delà des frontières !

      « France, pays désincarné aux territoires emboîtés et mal identifiés » 

      Pays désincarné oui, mais aux territoires dispersés et illégitimement occupés ! Voila le titre exact ! 

      Je pense que le problème se situe exactement dans ce rapport Territoire/Population parce que lorsque le peuple n’est pas homogène et n’existe aucun semblant d’harmonie nationale, il y’ a nécessairement des étirements au plus profond des consciences ce qui défait inévitablement les raisons d’une Nation ! 

      Ne me dites pas que les habitants des Iles océaniques encore colonisées entendent quelque chose à « la culture française », ne me dites pas que les « 60 millions de consommateurs français » apprécient tous au même degré le beaujolais !

      C’est toujours une Population donnée dans un territoire donné qui construit une Nation qui évolue et ...meurt !

      Mohammed.


      • Radix Radix 6 novembre 2009 20:40

        Bonsoir Mohammed

        "Je pense que le problème se situe exactement dans ce rapport Territoire/Population parce que lorsque le peuple n’est pas homogène et n’existe aucun semblant d’harmonie nationale, il y’ a nécessairement des étirements au plus profond des consciences ce qui défait inévitablement les raisons d’une Nation !« 

        Cela va être dur de le démontrer dans un pays qui vit ensemble depuis plusieurs siècles malgré des divergences d’opinion qui loin de le faire régresser ont plutôt fait avancer les choses !
        Tu ajoutes : »Ne me dites pas que les habitants des Iles océaniques encore colonisées entendent quelque chose à "la culture française« , ne me dites pas que les »60 millions de consommateurs français« apprécient tous au même degré le beaujolais ! »

        Si la culture française se résume au Beaujolais, tu as raison : on est mal barré !

        Surtout que je n’aime pas le Beaujolais, ni le fromage corse et encore moins le far breton !

        Mais mon père est basque et ma mère bretonne !

        Ethnologiquement parlant basque c’est pire que maghrébin, ceux là on ne sait même pas d’où ils viennent !

        Mais tu as raison dans ta conclusion : « C’est toujours une Population donnée dans un territoire donné qui construit une Nation qui évolue et ...meurt ! »

        Surtout quand tu dis « évolue » il faut se frotter les uns aux autres, se polir pour gommer les aspérités qui gênes et ... le temps qui fait mourir les antagonismes, mais pas ce qu’ils ont construit !

        Radix


        • moebius 6 novembre 2009 21:48

          Finissons au plus vite ce débat sur l’identité nationale dont tout le monde au demeurant s’en fout comme....comme d’un chat pelé ...qui ?, qui !...
           "Ou de l’avenir politique d’un transfuge qui veut par la légitimer sa carrière de félin ébouillanté, ou de la politique comme identification à l’ étron, dans toute sa pureté conceptuelle. Il n’y a pas plus veule que ce chat qui se lèche le cul, le sien et celui des autres, et qui ronronne ici sans le moindre discernement.
           Entrer dans ce débat est absolument incompatible avec l’idée que je me fait de ma ou de notre identité.
           N’y entrez pas vous, allez vous souiller le cul


          • l’arbre 6 novembre 2009 22:18

            toutes ces gesticulations ,ne seraient pas l’arbre qui cache la fôret des mauvaises chosesà voter en ’douce’ ? l’identité Française disons que celà commence et se résume aux droits de l’homme , sans oublier les droits des femmes et des enfants !


            • elec 42 elec 42 7 novembre 2009 11:57

              il faut supprimer des échelons,départements,régions cantons pour les villes pas pour les campagnes ;

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