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France - Turquie, Entre Histoire et Mémoire

En déplacement à Istanbul entre les fêtes, je décide ici de retranscrire mes quelques impressions, un voyage passionnant pour un étudiant en sciences politiques en ces périodes de tensions diplomatiques Franco -Turques.

Située de part et d’autre du Bosphore, à cheval sur deux continents (l’Europe et l’Asie ) la métropole Turque vit et s’enrichit de contrastes, les femmes voilées côtoient les jolies stambouliotes en jupes, les hommes d’affaires croisent les vendeurs de vêtements contrefaits, de marrons chauds ou de simit.( pain au sésame turc)

Mais ce mélange des genres semble tenir, autour de symboles forts et d’une certaine identité turque. En Turquie les symboles patriotiques sont forts, l’enracinement est puissant, tant l’histoire du pays est riche, celle de Soliman le magnifique, de Fatih Sultan Mehmet et d’Atatürk

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Istanbul est une ville vivante, dynamique, tout est ouvert, et presque tous les jours, dans les restaurants, les serveurs travaillent dur et vous accueillent de mezzes et de leur sympathie.

La gastronomie est un art en Turquie, les repas sont très variés, le thé se boit tout le temps et à toute heure,
Certains restaurants dominent le bosphore , dont le restaurant Hamdi, Les bazars regorgent de trésors et d’objets orientaux. Une société civile en mouvement donc, qui montre bien l’essor du pays.

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Malgré la chute de l’empire ottoman l’histoire reste omniprésente en Turquie, on est tout de suite saisi par la grandeur du défunt empire ottoman.

Sultanhamet, quartier historique regroupant Aya sophia ( Sainte sophie), la mosquée bleue, et sa citerne basilique sont des vestiges inestimables faisant d’Istanbul une ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

La population est hétéroclite, les femmes turques ont une beauté simple et taciturne qu’évoquait l’écrivain Pierre Loti dans ses romans. (Notamment dans le romain Aziyadé écrit en 1879). Istanbul recense entre 13 et 17 millions d’habitants selon les sources, une société composite d’hommes et de femmes, dotés d’un certain ordre moral, d’amour de la gastronomie et d’attrait pour le sport. (Le football en majorité)

Les turcs aiment le football, tout turc a un club de référence. Ce sport est très important en Turquie, Besiktas, Fenerbace, et Galatasarai sont les 3 principaux clubs correspondants à des quartiers de la ville.

D’ailleurs Pascal Nouma, footballeur Français à la retraite est une star en Turquie. Un Français qui a choisi de vivre en Turquie. Loin des turpitudes politicardes de la diplomatie.

La Turquie est un pays intéressant politiquement, mêlant différents aspects, le pays est en quelque sorte dans un retour à la tradition religieuse depuis l’élection d’un gouvernement à tendance musulmane, et est en même temps membre de l’OTAN.

Sa stratégie de défense est complexe, les principales menaces avouées sont la Grèce et la Syrie, mais également à l’intérieure du territoire où les Kurdes constituent un danger

Cela a conduit la Turquie, à opérer une alliance avec Israël pour prendre à revers la menace syrienne, cette alliance est toutefois quelque peu déclinante depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 de l’AKP (Parti pour la justice et le développement ).

Erdogan et son Parti, l’AKP ont pris le pouvoir et n’ont pas la bienveillance de la jeune génération branchée à Facebook et aux clubs huppés, où se côtoient mannequins, élite turque et richissimes personnes de la péninsule arabique.

La société traditionnelle, semble plus partagée sur le parti au pouvoir, certains admirent les réformes réalisées, mais sur place, un amateur de raki, l’alcool national au gout d’anis, nous confiera qu’il voit toutefois ce parti comme restrictif en terme de libertés publiques, notamment concernant les artistes et journalistes menacés ou mis en examens.

Erdogan est dans une relation complexe avec le sacro-saint principe de laïcité, se réclamant des principes laïcs édictés par Mustapha Kemal Ataturk. Erdogan a pourtant donné le droit en 2008 aux jeunes filles musulmanes de porter le voile dans les universités, et a montré sa volonté de donner une plus grande place à la religion dans la société. Fait religieux omniprésent dans une ville ou se côtoient Eglises, Synagogues et Mosquées, faisant ainsi d’Istanbul une destination prisée par les touristes du monde entier.

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Les touristes Français sont nombreux à avoir choisi la Turquie, en partie par effet d’évitement des révolutions des pays du bassin méditerranéen. L’accueil des touristes est agréable, en tant que Français, certains Turcs tiquent sur notre passage, certains font des remarques au sujet de la proposition de loi votée au parlement concernant le génocide Arménien.

Mais cette loi ne concerne pas juridiquement le seul cas Arménien, puisqu’elle vise à réprimer la contestation de l’existence de l’ensemble des génocides reconnus par la loi.

Celle-ci vient pourtant encourager un contexte politique complexe, en effet, les affiches appelant au boycott de la France sont présentes et la population turque est par nature une population fière qui n’aime pas se voir dicter une conduite par un pays tiers.

Certains habitants sont donc un peu énervés face à l’attitude française, le gouvernement turc dans la même idée rétorque en évoquant les massacres en Algérie.

Une dégradation de notre image en Turquie sur laquelle il faut réfléchir, tant l’amitié Franco Turque est une richesse du passé, en effet ici les élites turques viennent apprendre le Français dans les lycées et Universités Françaises ( Lycée Saint joseph, Université de Galatasarai ).
Des relations remontant à François 1er, qui avait entrepris un accord avec Soliman le Magnifique contre Charles Quint, ces relations perdureront et permettront en 1536, à la France de devenir la première puissance européenne à obtenir des privilèges commerciaux avec la Turquie, des accords donc, vieux de 5 siècles, qu’on a du mal a voir ternis par la droite de Patrick Devedjian, qui semble en ce moment regarder plus vers l’Arménie que vers l’ industrie Française.

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Même en France ce projet de loi suscite la controverse, certains y voient une loi mémorielle, comme Pierre Nora qui y voit une ingérence du pouvoir législatif dans la recherche académique. “Elles sont évidement liberticides et antidémocratiques”

Pascal Boniface chercheur à l’Iris pose la question suivante : ” imaginez que le parlement turc vote une loi sur le génocide vendéen ?”

Pour d’autres, elle est simplement une loi réprimant un négationnisme outrancier. Ainsi le ministre arménien des Affaires étrangères, Edouard Nalbandian a d’ailleurs tenu à exprimer la gratitude de son pays par ces mots : « Je veux, une fois de plus, exprimer ma gratitude aux plus hautes autorités de la France, à l’Assemblée nationale et au peuple français ».

Une situation complexe donc, ou le débat se focalise sur la situation arménienne, mais le problème de la reconnaissance historique des massacres est un problème bien plus large.

On ne peut à ce sujet que prêcher un système éducatif évoquant une vision cohérente et égalitaire de l’ensemble du processus historique Français. (Notamment des faits moins mis en avant dans le programme scolaire, par exemple les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, évocateurs de notre passif colonial en Algérie ou la défaite Française de Dien Bien Phu en Indochine.)

Construire des individus éduqués et responsables devant leur histoire donc, en évitant de construire notre mémoire en passant par les tribunaux, sans quoi les communautés vivant en France ne se gêneront pas, pour demander part égale des reconnaissances par la logique jurisprudentielle.

Une société qui multiplie les lois mémorielles ne peut aller vers une liberté académique dans la recherche ou le débat.

Il serait donc intéressant que le corps politique Français permette la confrontation des idées en passant de la mémoire des communautés à l’histoire du pays avant de se permettre de donner des leçons à la souveraine Turquie.

Simon Berliere

Ehed – Groupe IGS / Sciences Po Aix




par siberlie (son site) vendredi 6 janvier 2012 - 56 réactions
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  • Par easy (---.---.---.174) 6 janvier 2012 17:10
    easy

    «  »«  Et quand même : que vient faire Dien Bien Phu dans cette histoire ?  »«  »

    En effet.
    Même si le contexte de la colonisation indochinoise ou algérienne avaient eu dans leurs premières heures (1830 1870) quelques allures de génocide, surtout dans les campagnes algériennes « Eliminez ces populations qui ne cultivent pas ou que peu la terre » L’esprit global était à la domination, à l’abus, à l’exploitation, pas à l’extermination.

    Et là dedans, les batailles en général (gens armés contre gens armés), celle de Dien Bien Phu en particulier, n’ont rien à voir avec des rafles ou des génocides

    Ce que les livres d’Histoire de France disent de Dien Bien Phu ?
    C’est assez correct et équilibré mais ça manque d’éléments de réflexion, ça ne pousse pas à réfléchir. « Ya eu une bataille, on a perdu » ça ne pousse pas à gamberger.

    Il y aurait mille enseignements enrichissants à tirer d’un examen de cette bataille, des raisons de son existence, des raisons de sa défaite et de ce qui s’en est suivi.

    Dans le cas de Waterloo, il s’en était fallu de peu que le sort doit favorable à Napoléon. Et il y a eu tant de batailles du même accabit qu’on ne peut tirer d’enseignement extraordinaire de cet ultime combat.
    Dans le cas de Dien Bien Phu, même en modifiant cent détails, même en y larguant 10 000 parachutistes de plus, à partir du moment où les Français se sont placés dans cette cuvette en étant sûrs d’eux, ils étaient cuits.
    Il y aurait donc de très riches enseignements à tirer dès l’école de l’examen de cette arrogance de trop.
    Mais hélas, même au sujet d’une bataille, nous refusons de reconnaître avoir été aveuglés par notre supériorité intellectuelle et technologique.

    Nous sommes très diligents à analyser les détails de la bataille des Thermopyles dont nous n’avons aucune trace sûre et nous passons très vite sur celle de Dien Bien Phu alors que nous disposons de toutes les preuves.

    Ici, nous avons le lieutemant-colonel Emile Mourey, qui aurait appris l’art de la guerre à Saint Cyr et qui se lance depuis un lustre dans une bataille pour protéger son château de l’urbanisation en essayant de faire valoir que Bibracte ceci cela.
    Je vois que sa stratégie est exactement celle des Chefs français de Dien Bien Phu. Il n’a rien appris de la stratégie de Nguyen Vo Giap
    Il croit dur comme fer à ses arguments, il se place seul en pleine plaine découverte et se fait canarder de tous côtés par des gens bien planqués dont il n’a la mesure ni du nombre ni des alliances et qui peuvent changer de modus operandi à tout instant sans qu’il n’en sache rien.





  • Par Aldous (---.---.---.209) 6 janvier 2012 16:17
    Aldous

    C’est le darwinisme social dont les chefs jeunes-turcs étaient imprégnés qui les a convaincus que la construction d’une nation turque passait par l’élimination des Arméniens

    La thèse de la révolte est une justification postérieure.

    D’ailleurs, le Comité central jeune-turc a aussi envisagé de laisser en vie certaines catégories d’Arméniens pour mieux les intégrer dans son programme de turcisation de l’Asie Mineure.

    Enfants en bas âge, de préférence les fillettes, et jeunes filles ou femmes étaient destinés, dans leur esprit, à renforcer la « nation turque », après un rituel d’intégration au groupe dominant emprunté à la religion musulmane.

    Selon la formule d’un officier jeune-turc, les jeunes filles arméniennes ayant un certain niveau d’instruction étaient prédestinées à accélérer la modernisation de la famille et de la société turques.

    De ce fait, de nombreuses familles turques comptent aujourd’hui une grand-mère arménienne comme l’a relaté l’auteure turque Fethiye Çetin dans « Le Livre de ma grand-mère ».

  • Par Pie 3,14 (---.---.---.228) 6 janvier 2012 19:16

    A titre personnel, je suis complètement opposé aux lois mémorielles qui sont une spécificité française.

    Ce n’est pas à l’Etat de dire l’Histoire, encore moins d’en faire des lois. Tous les pays démocratiques reconnaissent la réalité de la Shoah ou du génocide arménien, de même que l’UE. Quelle nécessité y-a-t-il à légiférer là-dessus ?

    Cela permet aux négationnistes de passer pour des martyrs de la liberté de pensée et cela empêche les historiens de travailler ( je pense à la plainte déposée puis retirée contre le professeur Pétré-Grenouilleau spécialiste de l’esclavage au nom de la loi Taubira).

    Sarkozy a imposé cette loi pour se concilier l’électorat arménien à 3 mois des élections. c’est une démarche totalement opportuniste qualifiée de « belle connerie » par Juppé lui-même...



  • Par Deneb (---.---.---.73) 6 janvier 2012 16:48
    Deneb

    Turquie : dictature islamiste - internet bridé et censuré, prisonniers d’opinion, gouvernement moraliste, oppression des minorités ... Personnellement j’aurai du mal à faire du tourisme dans une telle ambiance, malgré la beauté des paysages et la richesse des vestiges. Mais vous avez raison, l’auteur, vaut mieux être d’accord avec eux, ils sont en effet puissamment armés.

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