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François Bayrou, le rassembleur de Giens (2)

Le MoDem prend de l’avance sur les autres pour réunir les forces centrales du pays. Une rentrée politique qui a dopé François Bayrou dans une France en état de crise : « Mon premier message, c’est celui d’un rassemblement calme et serein. La famille politique du centre a été éclatée pendant trop longtemps ; un jour prochain, elle se reconstruira. ». Seconde partie.

Après avoir rappelé dans la première partie l’importance des invités extérieurs à la 4e université d’été du MoDem à Giens, je présente très brièvement les idées de la future campagne présidentielle de François Bayrou ainsi que son positionnement dans l’échiquier politique actuel.


Un projet pour la décennie (vers un "agenda 2020")

La crédibilité financière de François Bayrou, c’est Bernard Bosson qui l’a décrite le mieux : « Notre volonté d’assurer la liberté de choix du pays et de garantir son avenir a conduit François [Bayrou], depuis des années, à affirmer avec clairvoyance et courage la nécessité impérieuse de gérer sainement nos finances publiques et d’éponger notre dette dans la justice fiscale. Notre défense du bien commun doit maintenant nous faire mettre le système bancaire qui draine l’épargne et l’effort des Français au service de l’intérêt national. Aujourd’hui, force est de constater que son fonctionnement, les rémunérations et les profits qu’il sert, ne le sont pas. ».

Dans son discours du 18 septembre 2011, François Bayrou a enfoncé le clou avec le besoin de mieux produire pour résorber le déficit du commerce extérieur : « Nous sommes sur le rythme de soixante-quinze milliards d’euros de ressources du pays qui s’en vont tous les ans (…). Nous sommes déficitaires vis-à-vis de tous les pays qui ont les mêmes contraintes, les mêmes règles et le même projet de société que le nôtre. C’est pour cela que je soutiens que les problèmes sont chez nous et que c’est chez nous qu’il faut apporter des réponses. (…) Il faut entamer la bataille sur les terrains où nous avons disparu. Nous avons les atouts, les technologies, la recherche, nous avons les grandes entreprises qui maîtrisent des process de fabrication d’avant-garde [qu’il faut mettre en réseau avec les PME]. ».

Sur l’Europe, Bernard Bosson aussi a insisté sur le besoin de remettre l’humain au cœur du projet européen : « Nous (…) devons refonder le pacte européen. Nous battre pour que l’Europe n’ait qu’un seul président, à la Commission, au Conseil, dans la zone euro, chargé d’appliquer la politique économique, monétaire, étrangère. Une Europe qui avance autour d’un noyau dur à deux cercles, les États de la zone euro avançant vers l’Europe politique, et les autres États de l’Union ayant vocation à rejoindre ce premier cercle. Une Europe qui, pour sortir de la soumission au marché, étale dans le temps les dettes actuelles des États de la zone euro en en laissant peut-être une part de la charge à ceux qui les détiennent. Et pour demain, distinguer entre les emprunts sains intégrés dans les critères européens, coportés par les États et des euro-emprunts, et le surplus porté par les seuls États. Une Europe qui se donne une grande politique de mise en place de ressources énergétiques d’avenir, respectueuses de l’environnement, financées par des euro-emprunts, servant notre avenir et la planète. ».


Attention aux dérives populistes

François Bayrou a profité de la tribune de Giens (comme Ségolène Royal sur France 2) pour faire à plusieurs reprises la promotion de son dernier livre "2012, état d’urgence" (éd. Plon) qui s’est déjà vendu à trente-cinq mille exemplaires en un mois, preuve que si les sondages ne bougent pas (encore), il y a quand même une réelle attente de la part de l’électorat.

François Bayrou n’a pas évité une certaine démagogie anti-système avec quelques tirades lyriques qui surfaient sur l’actualité des affaires politiques. Il a même récidivé le surlendemain à la radio en admettant avoir eu des propositions indécentes.

 

Retour à droite ?

Depuis plus d’un an, beaucoup de rumeurs laissaient entendre que François Bayrou reviendrait vers sa droite, considérant que la pratique présidentielle de Nicolas Sarkozy a évolué dans le bon sens. La réalité est tout autre.

Le 2 juin 2010, François Bayrou avait déjà beaucoup critiqué cette confidence supposée de Pierre Méhaignerie parue dans "Libération" sur ce "recentrage", ne serait-ce qu’en rappelant qu’étant au centre, il n’avait pas besoin de se recentrer.

Robert Rochefort, député européen du MoDem, le disait clairement à Giens le 26 septembre 2010, : « Notre objectif est d’arriver en haut de la montagne, parfois en passant par le flanc droit, d’autres par le flanc gauche. Le rassemblement commence par le centre droit, comme les déçus du Nouveau centre. Morin et Borloo sont des fusées qui vont s’autodétruire toutes seules… ».

Le 22 avril 2010 dans un entretien à l’Élysée, Nicolas Sarkozy aurait dit au président du MoDem : « Tu t’es trompé de stratégie. La gauche ne peut pas faire alliance avec toi, sinon elle perd l’extrême gauche. ».

Et la suite lui donne raison : depuis le début de la campagne de la primaire, les candidats socialistes préfèrent le rassemblement avec la gauche de la gauche qu’avec le centre. La présence de Martine Aubry et de Ségolène Royal aux côtés de Jean-Luc Mélenchon à la Fête de l’Humanité la semaine dernière le démontre.

Même si aucun candidat à la primaire (à l’exception d’Arnaud Montebourg) ne rejette d’office une alliance avec le MoDem (Martine Aubry a même fait alliance avec lui dans sa municipalité à Lille), ce n’est que langue de bois puisque le PS ne voudrait qu’une reddition sans condition des centristes pour le second tour.

Leurs rapports avec les écologistes sont bien différents et plus loyaux puisque François Hollande voudrait leur proposer carrément un accord de gouvernement avant le premier tour de l’élection présidentielle et le PS a même investi pour dimanche prochain en tête de liste PS des sénatoriales dans l’Essonne le numéro deux du parti écologiste, Jean-Vincent Placé.

À l’instar de Pierre Méhaignerie et même du Ministre de la Défense Gérard Longuet, l’aile modérée de l’UMP voit dans cette situation une occasion de remettre le MoDem sur les rails d’une alliance avec l’UMP pour faire contrepoids à l’aile la plus dure de la droite.

Une alliance que proposait l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin dès le 5 mai 2010 : « François Bayrou doit mesurer aujourd’hui que sa stratégie avec la gauche est dans une impasse. Il doit réfléchir à un retour au sein d’une majorité présidentielle élargie. ». En réponse, François Bayrou lui avait répondu le 30 mai 2010 sur RTL : « J’ai choisi le chemin le plus difficile. J’ai dit non quand tout le monde applaudissait. Je maintiens ce non sur la totalité des réserves que j’ai exprimées. J’ai aussi la liberté de dire oui et je l’exerce. ».

Cette évolution des rapports entre le MoDem et l'UMP est palpable également lors des élections sénatoriales du 25 septembre 2011. Par exemple, dans le Pas de Calais, pour faire face à un département majoritairement de gauche, l'UMP a décidé de soutenir la liste d'union menée par le sénateur-maire d'Arras, Jean-Marie Vanlerenberghe (vice-président du MoDem), qui a comme colistière la (nouvelle) maire de Calais, Natacha Bouchart (UMP).

Alors que dans les précédentes universités d’été, des leaders de la gauche (PS et écologistes) avaient été invités, cette année, ce ne fut pas le cas. François Bayrou, qui a confié une petite préférence pour Manuel Valls parmi les candidats de la primaire socialiste, l’a ainsi expliqué : « Ceux du PS sont pris dans la primaire interne et nous n’avons pas voulu les mettre en défaut. ».

Dans son discours de clôture le 18 septembre 2011, constatant que son diagnostic de 2007 a été conforté par les événements (« Nous n’allons pas laisser notre pays continuer à s’affaiblir jusqu’à s’effondrer ! »), François Bayrou a réaffirmé avec force son refus de ralliement et sa volonté de créer une majorité centrale : « [Les deux majorités classiques] coupent le pays en deux et sont coupées en deux en leur sein. Au sein de la gauche et de la droite, il y a deux thèses qui s’affrontent. Sur leurs ailes, il y a deux forces qui prétendent que les problèmes viennent de l’extérieur, soit des immigrés soit du capitalisme international. Notre conviction à nous, c’est que les problèmes viennent pour l’essentiel de chez nous. ».

Les thèmes de sa future campagne présidentielle sont déjà tout trouvés : « produire, instruire et construire une démocratie digne de ce nom ». Trois verbes qu’il décline sans cesse dans les médias en ce moment.

Selon ses proches, il ne pourrait pas y avoir sérieusement d’accord entre les deux tours de l’élection présidentielle avec l’UMP sans introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives.


L’après 2012

À sept mois du premier tour de l’élection présidentielle (22 avril 2012), François Bayrou et ses troupes sont donc prêtes à en découdre en toute indépendance. Le futur candidat du MoDem refusera avant le premier tour tout ralliement, dans la même stratégie qu’en 2007 et avec le même objectif, être présent au second tour et dans la foulée, être élu à la Présidence de la République. Troisième tentative, comme pour François Mitterrand et Jacques Chirac, a rappelé Bernard Bosson en clin d’œil.

Et même en cas d’échec au premier tour, des analystes pensent que le MoDem serait incontournable et imposerait un contrat de gouvernement à l’un de deux candidats restants.

L’enjeu n’est pas seulement l’Élysée : il est aussi la recomposition du centre après l’élection présidentielle de 2012, et c’est pour cela que la rivalité entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo n’est pas qu’un problème d’ego. Elle va fonder la légitimité du plus grand rassembleur au centre.

En ce mois de septembre 2011, François Bayrou a pris un peu d’avance sur Jean-Louis Borloo… et a su démontrer qu’il n’était pas seul, autour des presque deux milliers de participants à la dernière manifestation nationale de son mouvement avant la campagne.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 septembre 2011)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La famille centriste.
Jean-Louis Borloo est-il vraiment déterminé ?
François Bayrou a-t-il encore un avenir présidentiel ?
Vidéo du discours de François Bayrou le 18 septembre 2011 à Giens.

Vidéo des discours de Bernard Bosson et de Jean Arthuis le 17 septembre 2011 à Giens.



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1 réactions à cet article    


  • Kalki Kalki 24 septembre 2011 12:55

    Votez pirates, et vous aurez enfin une intelligence, meme artificielle qui vous dirige

    ca nous changera !

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