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François Hollande, bouclier social contre une France Haine qui se dégrade

 La plus grande partie du monde est en crise, plus ou moins intense, avec des styles et formes propres aux régimes en place et aux cultures locales. Une chose est certaine, on ne peut pas séparer les secteurs, économie, politique, culture, société, ni généraliser les réalités sociales. La notion de peuple n’est pas pertinente, bien qu’elle soit employée à dessein par quelques habiles politiciens qui au final, ne trompent pas leur monde. Il ne faut pas se leurrer, le peuple et la société sont très loin de former un bloc homogène. Malgré les apparences d’une mondialisation qui aurait homogénéisé la planète et déracinant les individus et dissolvant les cultures et autres identités locales, les sociétés n’ont jamais été aussi hétérogènes. A Rio, la jeunesse dorée s’offre des opérations de chirurgie plastique alors qu’à côté dans les favelas, les gens vivent dans la misère. Rien de commun entre le paysan du Sichuan qui récolte du poivre, le chef d’entreprise pékinois qui roule en Mercedes et l’ingénieur trentenaire de Shanghai qui se précipite dans un magasin pour acheter le dernier smarphone en vogue. En Gironde, on trouvera un bénéficiaire du RSA à Sainte Foy qui vit dans une vieille baraque et passe son temps entre le bar du coin et quelques activités qu’il parvient à trouver. Un notable bordelais passe ses week-ends dans sa résidence secondaire du Cap Ferret, alternant un moment de détente dans sa piscine et un déjeuner à 100 euros avec madame, face aux pinasses chargées d’huîtres. Un cadre bobo trentenaire des Chartrons écume le soir les bars branchés du vieux quartier rénové et va le samedi se prélasser sur les quais en sirotant un cocktail face aux chantiers du nouveau pont. Un instituteur altermondialiste discute avec ses potes autour d’un café en attendant la séance de ciné à l’Utopia qui projette un film de Michaël Moore. Un ouvrier tourneur-fraiseur quitte à 7 heures son modeste pavillon de Mérignac pour rejoindre l’usine et consacre son samedi avec son épouse à écumer les centres commerciaux périphérique en quête de promotions dans les hypers et d’outils domestiques qu’il ira chercher dans cette grande surface vouée au bricolage. Qu’on fasse le tour du monde ou d’une ville, on ne trouvera que diversités et singularités, ce qui est plutôt rassurant, sauf qu’au sein de cette diversité, il existe des disparités économiques insupportables pour un individu doué d’un minimum de sens moral et d’esprit de justice.

 On se demande alors où se loge la sagesse. Des cinq Girondins brièvement croqués, on ne sait pas qui est le plus sage au sens philosophique du terme. Ni celui qui pourrait être investi par une puissance du mal, prêts à commettre des actions à côté de la morale, voire contre. Admettons que l’un des cinq soit un homme de bien et un autre ce qu’on peut désigner comme un sale type ou plus ordinairement comme un salaud. Quel impact ? Les médias ne parlent pas des gens de bien, ni des salauds ordinaires, sauf en cas d’actes criminels ou délictueux. Finalement, les médias donnent une image lissée de la société. Des catastrophes, des accidents, des drames, des meurtres sordides, des tracas divers et du grand spectacle, du fun, des jeux, des célébrités. L’époque des médias de masse offre la vision de sociétés dont les valeurs se dégradent. Mais cette dégradation est propre à toutes les époques dont les champs du religieux, de l’art, de la culture ou de la pensée subissent quelques délitements plus ou moins importants. L’art pompier en est devenu un symbole, tout autant que le kitsch dans la seconde moitié du 19ème siècle. L’art conceptuel de la fin du 20ème siècle peut aussi figurer dans un constat de dégradation culturelle, au même titre que le roman français ou cette pensée qui, selon un bon mot d’Alain Finkielkraut, a cessé d’être conquérante pour subir une défaite et je rajoute, une étrange défaite. Le processus de dégradation des valeurs est aussi associé à la décadence. La situation est en fait contrastée. Les sociétés contemporaines voient se dessiner une superposition de tendances et de caractères, de cultures et de dégradation. On trouvera des individus de haute culture, d’autres doués d’un sens moral aigu, d’une intelligence visionnaire, ou d’une vertu presque aristocratique ; alors que d’autres sont cyniques, pervers, égocentrés. Une bonne masse de la population tend vers la bêtise, comme le pense légitimement Bernard Stiegler, fin observateur des travers contemporains. Je passe sur les innombrables produits culturels de mauvais goût et bas niveau pour ne pas alourdir cet article, ni désigner les uns en oubliant tant d’autres.

 La dégradation, nous pouvons l’observer dans les discours politiques et notamment ceux issus des droites agressives que sont le FN et l’UMP. L’obsession du président, c’est l’assistanat, thème récupéré pour célébrer un premier mai du travail vrai, signe puissant d’une idéologie nauséabonde. Quelqu’un se noie, va-t-on lui demander de venir faire dix heures de travail à domicile pour le sauver ? Parmi les Français, beaucoup ont besoin non pas d’être assistés mais aidés. La distinction sémantique est importante. Sarkozy veut faire croire que les gens vivant des « aides sociales » sont des assistés. Il joue sur les bas instincts populaires. Comme si le fait d’obliger les gens à trouver une formation, accepter de force un emploi ou quelques heures de travail d’intérêt général allait changer objectivement la situation de celui qui se lève tôt, prend sa voiture et va travailler pour gagner le Smic ou guère plus. Le procédé utilisé par Sarkozy est carrément abject. Cette manière de désigner des millions de Français comme les responsables du mal vivre d’autres millions de concitoyens. La plupart des individus aidés doivent être considérés comme des victimes du système et non pas des profiteurs. Les désigner comme des coupables ou des fainéants, c’est diviser la France, c’est monter les uns contre les autres. Sarkozy n’a rien d’un innocent, il connaît le poids des mots et en l’occurrence, ce sont des mots qui détruisent la cohésion sociale. La désignation de l’immigré comme cause du mal vivre des Français n’est guère plus reluisante. Une manière de détruire un ordre universel des valeurs. Et de propager un climat malsain dans le pays. Un fait à noter, Marine le Pen ne fait que 3 points chez les Français de l’étranger qui ont participé au vote du premier tour. Ailleurs l’herbe n’est pas plus verte mais le ciel est moins nuageux.

 A noter, quelques signaux plutôt préoccupants révélés par le scrutin et les analyses effectuées par les sondeurs. Les plus de 65 ans ont voté Sarkozy, ce qui semble logique, le vieux à l’ère individualiste n’ayant plus rien de la sagesse mais pas mal de l’égoïsme. Attention, je parle en général et dieu merci, il y a encore des vieux bons, tout autant que des vieux beaufs et ces vieux beaux pleins de thune et donc, on priera le bon vieux d’aller voter Hollande. Cliché mis à part, le vote des femmes, qui furent un moment chantées comme l’avenir de l’homme, surprend car il n’est pas habituel. La gente féminine a cette fois préféré Sarkozy à Hollande. Cela dit, la comparaison est faussée car en 2007, le socialisme était défendu par une femme. N’empêche, le fait que les femmes préfèrent le candidat agité et haineux est un fait intriguant. Autre catégorie censée représenter l’avenir, celle des jeunes. Les 18-24 ont donné 25 points au FN et ont placé Sarkozy devant Hollande. Il y a de quoi s’inquiéter sur la génération qui a été fabriquée lors du quinquennat qui s’achève. Enfin, à noter un effet Kerry pour le vote Hollande et un effet Bush de l’autre bord. Les zones urbaines, notamment Paris, Marseille, ont placé Hollande en tête, alors que les zones rurales ont propulsé le vote FN, ce qui offre quelques ressemblances avec la physionomie électorale du scrutin de 2004 aux Etats-Unis. Une étude montrerait sans doute que le vote Hollande est le fait de catégories sociales moyennes et douées d’un bon niveau d’instruction et de culture, alors que Marine le Pen séduit les classes moins instruites. Sarkozy aurait eu la faveur des CPS+, sigle désignant les catégories professionnelles supérieures. Logique, puisque Sarkozy défend les plus aisés.

 Au final, le tableau sociopolitique livre un portait très hétérogène de la France. Il n’y a pas de majorité silencieuse ni de peuple français mais un pays tout aussi éclaté et divisé que les Etats-Unis, pays dont la division est apparue lors de la réélection de GW Bush en 2004 et qui est tout aussi fragmenté sinon plus en 2012, avec aux extrémités les alternatifs gauchisants d’OWS et les proto-fascistes du Tea Party. Les premiers sont plus urbains et instruits, les seconds ruraux et culturellement frustes, pour ne pas dire rustres. En revenant vers nos cinq girondins on saura qui a voté Mélenchon, le Pen, Sarkozy ou Hollande. Méfions-nous cependant des clichés. Le diable est logé dans les détails, le bon n’est pas toujours celui que l’on pense et les gens cachent bien souvent leur jeu. Les médias ne font pas apparaître cette dégradation de la société. Par contre, on peut penser qu’en offrant des tribunes aux politiciens, célébrité et autres marchands culturels, ils instillent ces poisons faisant qu’une société décline, se décompose peu à peu, se livre aux consommations vulgaires tout en propageant ces paroles de bas étage visant à façonner des haines sourdes mais tenaces. La peste idéologique se propage et si rien n’est fait pour la contrer, elle entraînera le pays vers le déclin, avec la dégradation culturelle dans l’empire de la marchandise.

 Même si la candidature socialiste ne suscite pas l’enthousiasme, on comprend aisément que François Hollande puisse représenter un recours contre la division et la rupture du pacte social qu’on voit se dessiner avec le président sortant. De Martin Hirsch à l’entourage de Jacques Chirac, en passant par Corinne Lepage et quelques soutiens de Bayrou, les soutiens à François Hollande traduisent clairement ce sentiment de responsabilité et ce souci de préserver autant quelques valeurs républicaine qu’une cohésion sociale fragilisée par le contexte économique mais aussi idéologique et culturel. Le climat actuel est en effet plutôt malsain et donc, Hollande semble être le mieux placé en terme d’image, d’intentions et de caractère, pour être un président apaisant, chose dont serait bien incapable son adversaire.

 De mon balcon, j’observe le ciel. Souvent, des pies viennent fureter dans le coin. Elles volent d’une manière désordonnée en apparence, en bande d’une dizaine. En ce moment, je ne les vois guère. Elles ont laissé l’espace aux pigeons de ville. Souvent par deux. C’est la saison. Chaque jour depuis des années, je peux assister au vol ténébreux d’un couple de corneilles venus nicher dans le platane en face. Et puis aujourd’hui, mon attention fut attiré par des oiseaux au vol rapide, sûr, avec des planés et autres arabesques. Ils étaient trop hauts pour être identifiés mais la fine découpe des ailes et leur manière de voler ensemble mais en solo ne laissait guère de doute. Des martinets ou bien des hirondelles. Demain, j’essaierai de les reconnaître s’ils volent plus bas. A moins qu’ils ne soient que de passage, vu que ce sont des migrateurs. Quoi qu’il en soit, dès le mois de mai, j’aurai le spectacle des martinets venant séjourner à Talence pendant les beaux jours. La nature est magnifique. Et je crois que l’élection de Sarkozy viendrait gâcher ce beau spectacle. Il n’y a pas d’harmonie chez Sarkozy. Juste un politicien double, coléreux et autoritaire en fonction mais doux et petit garçon lorsqu’il parle aux médias en essayant d’amadouer la France silencieux. C’est un drôle d’oiseau de Sarkozy. Impossible à cerner. Je préfère de loin l’hirondelle. Qui ne fera pas le printemps, pas plus que François Hollande qui lui, apaisera le climat on l’espère.

 Que trouve-t-on derrière le masque des Français ? De la bonté ou de la saleté ? Des belles âmes ou des esprits ténébreux. Les Français cachent leur jeu la plupart mais on peut déceler quelques sombres humeurs alors que lorsqu’ils se lâchent, les masques tombent et les discours deviennent haineux. Parmi nos cinq Girondins, on trouvera un sale type ou une belle âme mais où ? Les médias n’incitent pas à la paix, se délectant de quelques débats menés sur un ring de box. Hollande a raison de ne pas jouer ce jeu de cirque. Il sera un président tampon, permettant de colmater les brèches du temps afin qu’elles ne se fissurent pas. L’avenir restera ouvert en cas de gouvernance socialiste, même si l’ambiance sera morose. L’important est de tenir la barre et laisser à l’avenir une chance. Seul un éveil spirituel peut redonner à la civilisation ses couleurs en enrayant la dégradation de la société. Le tout repose sur les volontés, les vertus et la raison. Le reste sera accompli grâce aux mystères de la gnose, la kabbale, l’esprit-saint et les hypostases néoplatoniciennes. L’avenir sera divin et créatif comme un vol d’hirondelles, ou tragique, sombre, morne, ennuyeux comme un président qui nous Barbelivien. Il y a en effet pas mal de saleté en ce monde et l’homme aux rats saura jouer sur les pauvres types qui croient bestialement que leur labeur est sacrée, que leur travail est la quintessence de l’homme et qu’il faut s’attaquer aux présumés assistés profiteurs et fainéants. Ne regardez pas en bas, laissez les rats dans leur monde et levez la tête, écoutez cette voix céleste si chère à Rousseau. 

 Que la sagesse advienne ! On ne demande pas aux politiques de changer le monde mais de gérer l’espace public pour que nous puissions changer le monde. Et aussi le contempler, tel un vol d’hirondelle planant sur le spectre des temps. Le sacre du printemps sera la révolution du peuple de l’universel. Le peuple n’appartient à aucun président et ne sert aucune cause partisane. Tu as besoin de nous Sarkozy, pour un médiocre dessein de surcroît, eh bien casse-toi ! Le peuple ne sert que l’universel, tel un vol d’hirondelle incarnant le verbe. Telle est la clé. S’affranchir ou pas des matérialités. Si l’homme veut rester prisonnier des matérialités, qu’il élise un président pour les gérer et les guider. Si l’homme veut accéder aux libertés, qu’il se tourne vers l’universel dont les portes peuvent s’ouvrir. 




par Bernard Dugué (son site) mercredi 25 avril 2012 - 14 réactions
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