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François Hollande cultive sa normalité

Il y a ceux qui cherchent à crier le plus fort et il y a ceux qui préfèrent écouter. Il y a ceux qui cultivent la peur de l’autre et ceux qui relativisent. Le duel Hollande-Sarkozy c’est avant tout deux approches stratégiques radicalement différentes. L’art de l’esquive pour le premier, la recherche du choc frontal pour le second. Un peu comme une sorte de corrida dans laquelle le taureau, concentré de force brute, gratte, fulmine et fait parfois frémir le public. Mais au final, c’est toujours le toréador qui gagne.

Il serait bien hasardeux de promettre au candidat socialiste les oreilles et la queue du président sortant. Le député de Corrèze rechigne à enfiler ses habits de lumière et à entrer dans l’arène. Non par peur mais par choix. Il faut laisser l’adversaire courir à droite et à gauche, se vider lentement mais assurément de son énergie. Une fois cette phase terminée, l’affrontement pourra alors commencer.

En attendant, contre mauvaise fortune François Hollande est condamné à faire bon cœur. La faute à un parti socialiste muée de nouveau en machine à perdre, incapable de se mettre au service de son candidat pour le faire gagner. Ou pire, partagé sur l’intérêt d’une arrivée au pouvoir en période crise avec le risque de sortir du mandat complétement essoré.

L’emprise sur les collectivités territoriales est un poison doux et lent qui a perverti Solferino. L’addiction au confort des exécutifs locaux, contrepartie d’une décentralisation pensée sans règle salutaire de limitation des cumuls de mandat dans le temps, mine un PS qui a renoué avec les vieux fantômes de la SFIO.

François Hollande ne pourra vraiment compter que sur lui-même et son équipe de campagne. A la théorie de l’homme d’exception qui surgit de la nuit au plus fort de la crise, le corrézien oppose le visage d’un radical-socialiste bon teint, les deux pieds ancrés dans le terroir qui promet de gérer la France en bon père de famille. En bon président de conseil Général proche des gens, garant des institutions et de l'équité à défaut de l'égalité.

Au nom de ce bon sens rural, François Hollande rejette la solution "Merkozyste" à la crise européenne qui consiste en l’adoption d’un nouveau traité. Cet accord n’est pas la bonne réponse estime-t-il. Ni à l’urgence ni à l’avenir de l’Europe. Instaurer l’austérité, imposer une ceinture de chasteté budgétaire, ne constitue pas à ses yeux un projet. Car sans croissance, les objectifs de réduction des déficits sont inatteignables.

Paradoxe de la situation Sarkozy fait mine de croire en son étoile malgré des sondages désespérément bas alors que François Hollande et son camp dégagent un sentiment de doute en totale contradiction avec des intentions de vote très élevées. La bataille des présidentielles est aussi une guerre psychologique. Un poker où le bluff et la méthode Coué comptent. A cet égard, le candidat Hollande doit faire main basse sur le mot d’Henri IV cher au béarnais Bayrou : "Ce qui doit arriver ne peut pas nous manquer".

Sur le papier, la présidentielle de 2012 est imperdable pour la gauche. C’est désormais une envie de gagner qui doit voir le jour. Avec la fin dès les premiers jours de 2012 de la procrastination programmatique du candidat Hollande. Car si les Français aspirent aujourd’hui à retrouver un président qui rassemble, ils attendent du candidat à la magistrature suprême que son bras ne tremble pas au moment fatidique. Que sous le masque souriant existe une volonté et une autorité. Une main de fer sous un gant de velours susceptible de protéger le pays contre ses vieux démons et de terrasser dans quelques mois le dragon sarkozyste. Un héros ordinaire somme toute.

par Henry Moreigne (son site) mercredi 14 décembre 2011 - 50 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Laulau (xxx.xxx.xxx.78) 14 décembre 2011 14:18
    Laulau
    Hollande ou le vote inutile

    Dans tous les discours, toutes les conversations, tous les débats, dès que l’on évoque la pauvreté et le flou du programme de F. Hollande la seule réponse audible relève de la notion de "vote utile". On me répond le plus souvent : "Nous sommes d’accord avec Mélenchon, mais voter pour lui risque de provoquer la réélection de Sarkozy". Non seulement cela reste à prouver mais quand bien même !
    Le vote Hollande serait un vote utile  ? Utile à quoi ? Voir la tronche de Sarkozy Battu, d’accord ! Mais ça ne mène pas bien loin.
    Le vote social démocrate ne mène plus à rien depuis le virage libéral du PS en 1983. Les gouvernements Papandréou et Zappatero ont-ils été utiles aux grecs et aux espagnols ? Cela va-t-il beaucoup plus mal depuis la victoire de la droite en Espagne ? Cela va-t-il beaucoup mieux depuis la chute de Berlusconi en Italie ?
    L’alternance de gouvernement libéraux de droites avec des libéraux de gauche ne sert qu’a masquer la permanence du pouvoir des banquiers.
    Voter aujourd’hui pour avoir un social-libéral au gouvernement, c’est inutile, cela ne mène qu’à une illusion de changement et non à une alternative au pouvoir des financiers.

  • Par Peachy Carnehan (xxx.xxx.xxx.202) 14 décembre 2011 12:34
    Peachy Carnehan

    Il faut éviter de répéter les éléments de langage des filous de l’Elysée.

    Hollande a hérité de la Corrèze en 2008 après trente ans de gestion RPR-UMP et a réduit son déficit d’un tiers en moins de trois ans.

  • Par Attilax (xxx.xxx.xxx.146) 14 décembre 2011 09:20
    Attilax

    C’est fabuleux de voir qu’il y en a encore pour croire que voter rose au lieu de bleu changera quoi que ce soit. Hollande, un héros ? Vous rigolez ? Vous parlez bien de celui qui a transformé le PS en ce gros machin centriste qui n’a plus rien de socialiste que le nom ? Vous parlez bien des socialistes qui nous ont concocté pendant 15 ans l’Europe qu’on a aujourd’hui ? Ceux qui ont privatisé encore plus que la droite ? La gauche n’existe plus, mon pauvre vieux, tout le monde s’est couché il y a déjà 20 ans...
    Que vous votiez rose ou bleu, vous votez de toute façon pour la world company.
    Election=piège à cons !
    La vraie démocratie, c’est le tirage au sort, et surtout pas l’élection qui donne toujours le pouvoir aux riches. Les riches l’ont parfaitement compris. Il serait temps que les pauvres le réalisent.
    http://etienne.chouard.free.fr/Europe/
     

  • Par JL1 (xxx.xxx.xxx.183) 14 décembre 2011 10:08
    JL1

    "Il faudra surtout que François Hollande prouve qu’il est capable de gérer la France" (Imhotep)

    Parce que vous croyez que c’est le président qui "gère la France" ?

    C’est quoi, selon vous "’gérer la France’ ?

    Vraiment, il y a des fois où l’on se demande ...

    Pour votre information, les présidents les plus appréciés de l’establishment - celui qui fait les princes - sont ceux qui ne font rien, par définition : l’establishment - le système si vous préférez -, n’aime pas être bousculé.

    Sauf si c’est pour se renforcer : mais tout le monde n’est pas Sarkozy le hussard.

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