Bravo Monsieur Hollande ! La confirmation de la reconnaissance de la responsabilité française de la rafle du Vel d’Hiv était une nécessité autant politique qu’historique. Il faut connaître les leçons du passé pour préparer l’avenir, « ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire ». Cité à cette occasion, Primo Levi rappelait amèrement : « Sauf exceptions, ils n’étaient pas des monstres ; ils avaient notre visage. ».
En lisant les réactions parfois très hostiles du discours du Président François Hollande à l’occasion du 70e anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, j’ai eu l’impression que l’antisémitisme est encore loin d’être mort et rangé dans les fonds obscurs de l’Histoire humaine. Rien que poser cette question : François Hollande se serait-il couché devant le CRIF ? Ridicule !
Car il s’agit ici de l’un des épisodes les plus noirs de l’Histoire de France. Un événement horrible, qui a duré plusieurs jours, du 16 et 17 juillet 1942. Ce n’est pas si loin que cela. C’était hier. Cela pourrait être encore demain. Il faut se le rappeler.
« Quand souffle l’esprit de haine, avivé ici par les intégrismes, alimenté là par la peur et l’exclusion. Quand à nos portes, ici même, certains groupuscules, certaines publications, certains enseignements, certains partis politiques se révèlent porteurs, de manière plus ou moins ouverte, d’une idéologie raciste et antisémite, alors cet esprit de vigilance (…) qui nous anime doit se manifester avec plus de force que jamais. En la matière, rien n’est insignifiant, rien n’est banal, rien n’est indissociable. Les crimes racistes, la défense de thèses révisionnistes, les provocations en tout genre, les petites phrases, les bons mots, puisent aux mêmes sources. » (Jacques Chirac, 16 juillet 1995).
Alors que l’Allemagne nazie ne l’avait pas demandé, les autorités françaises ont commis l’inadmissible. La cible était les Juifs, mais l’abomination aurait été tout autant la même si cela avait été les musulmans, les chrétiens, les sikhs, les homosexuels, les communistes, ou que sais-je encore ? bref, une ou plusieurs catégories de la population nationale, de la communauté nationale (des Français !) pour ce qu’ils étaient et pas pour ce qu’ils auraient fait.
Alors, oui, bravo Monsieur Hollande ! Je ne vous soutiens pas dans votre politique de surfiscalisation de la classe moyenne et de refus des réformes pour permettre à l’industrie française de repartir sur de bonnes bases, ni dans certains sujets essentiels de société, mais j’applaudis des deux mains votre discours du 22 juillet 2012 sur la responsabilité française.
« La vérité, c'est que la police française, sur la base des listes qu'elle avait elle-même établies, s'est chargée d'arrêter les milliers d'innocents pris au piège le 16 juillet 1942. C'est que la gendarmerie française les a escortés jusqu'aux camps d'internement. La vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de l'opération. La vérité, c'est que ce crime fut commis en France, par la France. » (François Hollande, 22 juillet 2012).
Ce que vous avez esquissé, ce n’est pas une rupture avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy, comme cela a pu être dit. C’est une rupture totale avec votre mentor, François Mitterrand, celui que vous avez su si bien imiter pendant votre campagne présidentielle mais qui a nourri des amitiés douteuses (René Bousquet etc.), qui a alimenté un lien incertain avec Philippe Pétain (francisque, gerbe de fleurs sur sa tombe etc.) et qui a finalement trompé les Français sur sa jeunesse personnelle (voir le livre de Pierre Péan à ce sujet). Vous imitez maintenant Jacques Chirac.
Le Général De Gaulle n’avait pas trompé ses concitoyens. À la Libération, il avait besoin d’une légitimité historique et devait forcément créer ce mythe que seule, sa France était la France légale. C’était aussi une nécessité immédiate pendant la guerre, notamment vis-à-vis des Alliés américains (le risque était que la France passât sous administration américaine et britannique comme une partie de l’Allemagne), un impératif du futur pour considérer la France dans le camp des vainqueurs et pas des vaincus (ce qui a permis d’avoir le droit de veto au Conseil de sécurité à l’ONU).
Mais ce mythe fondateur allait contre la réalité historique. Il a fallu le premier homme qui n’a pas pu combattre sous la Seconde guerre mondiale (car trop jeune) et qui a accédé à l’Élysée pour la reconnaître, cette réalité historique.
Dès le début de son premier mandat, le Président Jacques Chirac a en effet prononcé le 16 juillet 1995 probablement le plus beau discours de sa longue carrière politique pour donner des mots à l’infamie qu’a représenté la trahison de certains Français de livrer d’autres Français aux exterminateurs nazis (étrangers).
Il affirmait notamment, en évoquant les dizaines de milliers de victimes françaises : « Nous conservons à leur égard une dette imprescriptible. ».
Il était nécessaire qu’après un Président gaulliste, un Président socialiste confirmât cette reconnaissance et cette responsabilité de l’État français afin que l’ensemble de nation se sentît durablement concerné.
Vous êtes allé loin en parlant de la France. Mais pas plus loin que Jacques Chirac lui-même il y a dix-sept ans : « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux. ».
Oui, Monsieur Hollande, vos propos sont sûrement discutables. Oui, il y a eu, heureusement, des Français qui ont combattu les nazis, qui ont résisté, tous n’ont pas collaboré, très loin de ça, même. Certains ont lutté dans la Résistance, y ont perdu leur vie pour nous libérer.
Mais vous l’avez rappelé aussi : « La vérité, c’est aussi que le crime du Vel d’Hiv fut commis contre la France, contre ses valeurs, contre ses principes, contre son idéal. L’honneur fut sauvé par les Justes (…). Par tous ces Français qui ont permis que survivent les trois quarts des Juifs de France. ».
Cette guerre était aussi une guerre civile, Français contre Français. Ce sont bien des miliciens français associés aux soldats de la Wehrmacht qui ont tué les jeunes maquisards français du Plateau des Glières. Ce sont des policiers français qui ont arrêté et déporté jusqu’aux enfants, quatre mille cent quinze enfants le 17 juillet 1942 (les nazis n’en demandaient pas autant !), avec parfois un empressement insupportable qui soulignait une véritable opportunité pour l’antisémitisme.
Car entre le 18 juin 1940 et le 25 août 1944, il y a eu deux France, c’est pour cela que seul est discutable d’en parler d’une sans parler de l’autre : la France occupée et la France libre, la France de Vichy et la France de Londres, la France de Pétain et la France de De Gaulle.


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