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Accueil du site > Actualités > Politique > François Mitterrand, le modèle du président Lagos au Chili

François Mitterrand, le modèle du président Lagos au Chili

Intéressante discussion sur le blog de l’analyste politique Patricio Navia  : Cet analyste politique chilien tente une comparaison entre François Mitterrand et Ricardo Lagos et conclut : “Si en France Mitterrand a réussi à se hisser à la hauteur de de Gaulle, malgré tous ses efforts, Lagos n’arrivera pas à se convertir en président le plus “transformateur” des cinquante dernières années”.

Une analyse qui n’est pas partagée par Enrique Cardenas pour qui :"Il est vrai que le président Lagos n’est pas encore devenu le président le plus “transformateur” de l’histoire, cependant il semble que nous devrions attendre pour faire cette analyse la fin de la période 2010 à 2014 où le président Lagos reviendra sûrement” . Il faut savoir que la constitution chilienne ne permet pas deux mandats successifs d’un même président). Pour Karin, une autre "blogueuse" : "Il est aujourd’hui impossible d’être un “transformateur”, l’important est d’avoir des références et le président Lagos a donné un cours précis, avec ou sans erreurs, au final nous sommes tous humains, dans la direction correcte, avec sa vision d’homme d’Etat"... "En relation à Mitterrand, il n’y a rien de nouveau, il suffit de se rappeler l’”émotive” cérémonie d’intronisation, avec la réouverture de la porte Morandé 80 du palais de la Monéda (fermée durant la dictature NdT) pour voir le modèle, mais indépendament de cela, on se souviendra de lui comme de l’un des meilleurs présidents du Chili.


Je tente ici une traduction (et un condensé) de l’article de Patricio Navia :
"De tous les présidents récents du premier monde, François Mitterrand a été le modèle favori du président chilien sortant Ricardo Lagos. Mais à la différence de Mitterrand, Lagos n’a jamais réussi à s’isoler suffisament de la conjoncture pour se transformer en un leader national froid et impersonnel. Bien que les présidents expriment rarement leur admiration pour d’autres chefs d’Etat, il y a suffisamment d’évidences qui indiquent que Lagos a vu dans Mitterrand (1916-1996) un modèle à suivre. Bien qu’idéologiquement il se sentît beaucoup plus proche de Felipe Gonzalez en Espagne ou de Tony Blair en Grande-Bretagne, Lagos ( ... ) savait que l’image du chef de l’Etat était portée pour chacun d’eux par leur monarque respectif. Ni Blair ni Gonzales n’ont cherché à se construire une image plus transcendante que celle de chef de gouvernement. Au Chili, comme en France ou aux Etats-Unis, les rôles de chef de gouvernement et de chef d’Etat retombent sur la même personne. Mais les hommes qui occupent la Maison blanche ont aussi beaucoup plus d’influence dans le quotidien du gouvernement que les dirigeants français. Bien que ce soit un système fédéral, le président des Etats-Unis est chef du gouvernement et chef d’Etat à la fois, tandis que les présidents français de la Ve république sont fondamentalement des chefs d’Etat.


Comme il a été élu pour la première fois à 65 ans (et réélu à 72), Mitterrand savait qu’après avoir complété ses 14 ans à la magistrature suprême, sa vie publique arriverait à sa fin (...) Durant son mandat, Mitterrand a occupé la plus grande partie de son temps à essayer d’atteindre une situation similaire à celle de de Gaulle dans l’histoire politique de son pays. Son ambitieux projet d’infrastructure qui inclut l’arche de la Défense, la Très grande bibliothèque nationale, la pyramide du Louvre et l’Opéra bastille cherchait à donner un contenu architectural à ce qu’il voulait être, un souvenir beaucoup plus divers et complexe. Son intention de convertir la France en un pays leader de la fin du siècle l’a amené à appuyer avec enthousiasme et énergie le processus de réunification de l’Europe. Dans une non moindre mesure , l’UE lui doit une bonne part de sa surprenante réussite et sa consolidation indubitable.


Ricardo Lagos, lui, est arrivé au pouvoir quelques jours après ses 62 ans, sachant qu’il ne pourrait pas chercher une réélection et que ses 6 ans à la Moneda ne seraient pas sa dernière étape... Parce qu’il a toujours pensé à ce qui viendrait après, Lagos a tenté de mettre dans l’agenda national la discussion sur le bicentenaire. Bien que beaucoup aient pensé qu’il était en train de préparer son retour à la Moneda en 2010, Lagos cherchait à construire un souvenir qui l’associerait inévitablement avec le bicentenaire. (en combinant des symboles architecturaux de modernité (nouvelles lignes de métro, super autoroutes urbaines et d’innombrables édifices publics) avec des infrastructures culturelles (qui, bien sûr, incluent la création d’un ministère de la Culture et d’un musée en face de la Moneda), Lagos s’est assuré de construire un héritage indéniable (...)


Bien que ce soit une pratique commune des chefs d’Etats, la préoccupation excessive de Mitterrand et de Lagos pour développer des infrastructures les rendent très différents des dirigeants américains ou d’autres gouvernants européens. Par exemple, Kennedy a invité au rêve avec la conquête de la lune, en partie parce que le président des Etats Unis ne peut pas agir sur la construction d’infrastructures, activité qui revient aux gouverneurs d’Etats. Felipe Gonzales, privilégiant le symbolique sur l’infrastructure, s’est orienté sur les Jeux olympiques de Barcelone et l’Expo universelle de Séville.


Mais comme Mitterrand a tenté d’égaler de Gaulle, Lagos a cherché à dépasser les Frei, Aylwin, Pinochet et Allende. Depuis les deux “informes Rettig” sur la "table de dialogue" et la torture jusqu’à sa déclaration sur la fin de la transition, Lagos a toujours voulu devenir le "vrai" président de la transition....


Bien que ne possédant plus de pouvoir colonial depuis longtemps, la France a réussi, sous la présidence de Mitterrand, à se transformer en un acteur international dynamique. Parce que Mitterrand avait compris que le leadership monndial nécessite autant de force militaire que de respect des autres nations, la France a été leader dans la réussite de l’unification de l’Europe.


Avec un poids international bien plus limité, le Chili a aussi obtenu une importante reconnaissance internationale durant les six années de Lagos. Il est sûr que le respect pour Lagos s’est renforcé avec sa défense de la légalité internationale (sa décision de s’opposer, au Conseil de sécurité de l’ONU, à l’invasion américaine de l’Irak) qui a fait augmenter substantiellement son niveau d’approbation dans le monde.


Mais si Mitterand a pu devenir un pilier de la construction européenne, Lagos a été incapable de devenir un leader en Amérique du Sud. Il est certain que ce défi était bien plus grand que celui qu’affrontait Mitterrand. De fait, les nations européennes avaient beaucoup plus d’affinités macroéconomiques, et une plus grande détermination que les pays latino-américains à atteindre l’unité.

L’Etat, c’est moi


Comme chef d’Etat, Mitterrand a voulu incarner, en dirigeant froid, distant et impersonnel, l’impartialité et la légalité de l’Etat. Bien qu’il ait été questionné au sujet de supposés favoritismes, le chef d’Etat français s’est préoccupé de montrer clairement qu’il ne protégeait pas ses familiers, et qu’il n’aurait pas de dauphin. Après lui le déluge, pour le socialisme.


Bien que, à l’image de Mitterrand qui a abandonné la direction du Parti socialiste, Lagos ait renoncé à être le leader de la concertation, il a cherché de différentes façons à se transformer en leader moral de la patrie (des cérémonies du trentenaire du coup d’Etat jusqu’au rapport sur la torture), mais son rôle de chef du gouvernement l’a obligé à s’occuper des campagnes électorales de 2001 et 2004, à intervenir dans les négociations parlementaires pour protéger des amis, et à préserver les équilibres à l’intérieur de la concertation.


C’est dans son incapacité à garder ses distances avec ses amis et avec les familiers de son épouse que Lagos a montré sa principale différence avec le style impersonnel et froid de Mitterrand. Lagos a commis ses pires erreurs quand il a tenté de défendre sa famille et ses alliés politiques. D’un autre côté, c’est précisément la nécessité d’exercer son rôle de chef de gouvernement qui lui a permis, par son intense présence médiatiquen et par moments, par son excès de participation dans les problèmes quotidiens, de gagner le respect, l’admiration et la sympathie qu’il a aujourd’hui acquis au Chili."

Sur le même sujet :
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1 réactions à cet article    


  • Sergent Garcia (---.---.161.144) 12 mars 2006 08:12

    Une question :

    Lagos consultait-il une astrologue ? Dans ce cas, espérons que ce n’était pas Elisabeth Teissier comme Mitterrand qui s’intéressait à l’astrologie.

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LYonenFrance


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