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Gauche dite antilibérale : vers un buffet royal pour tous ?

Pour les présidentielles de 2007, José Bové appelle donc à "tout faire pour battre Nicolas Sarkozy", lequel serait "très libéral et dangereux", alors que Ségolène Royal se serait montrée "réellement intéressée" par les questions qui motivent la gauche dite "antilibérale". C’est, en somme, le message qui semble ressortir des déclarations de Bové publiées par Sud-Ouest le 26 décembre. Comme Marie-George Buffet, Dominique Voynet et Jean-Pierre Chevènement avant lui, l’ancien porte-parole de la Confédération paysanne semble ainsi rejoindre la logique de la "gauche unique". Mais dans ce cas, quel bilan faut-il tirer de la gauche dite "antilibérale", que représente-t-elle, a-t-elle jamais eu un réel programme ?

"Pour un(e) ancien(ne) ministre tu voteras". Tel semble être le premier commandement des présidentielles de 2007. Et, pour le confirmer, L’Humanité du 23 décembre publiait un article intitulé : "La campagne commence pour Marie-George Buffet". Une candidature clairement orientée vers l’alliance avec Ségolène Royal au deuxième tour, et qui avait déjà suscité il y a un mois l’expression buffet royal dans un article d’Indymédia. La course au partage, en cas de bon résultat ? Dans son entretien paru le 25 décembre, José Bové jetait définitivement l’éponge et, comme "tout le monde", ralliait tacitement le cortège Royal. Certes, avec la circonspection qui sied à une célébrité de l’altermondialisme radical. Mais le geste est là.

José Bové en profite pour enfoncer le clou à Dominique Voynet et à ses copains, leur reprochant d’être restés dans "un gouvernement qui autorisait les premiers essais OGM et la création d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires..." Il oublie d’ajouter que, sous le gouvernement Jospin, il avait été lui-même condamné à de lourdes peines de prison à la suite de plaintes émanant du ministère public et d’un organisme de recherche. Un gouvernement dont, manque de chance, faisait également partie Ségolène Royal. Laquelle avait été auparavant chargée de mission de François Mitterrand au moment de l’attentat contre le Rainbow Warrior... Peut-on vraiment arriver à se répérer dans cette nébuleuse de compromis et de rapprochements politiques ? Si ce n’est pour conclure que le verrouillage de la politique française évoqué dans mon article du 28 novembre paraît, hélas, bien réel.

Mais au juste, quel était le programme de cette "gauche antilibérale" qui, à en juger par l’attitude de José Bové, semble avoir si vite décampé ? Nicolas Sarkozy serait "très libéral", mais on avait cru comprendre que la "gauche altermondialiste" parlait aussi de "social-libéralisme", assimilant à ce courant politique les gouvernements à majorité PS formés depuis 1984. Ou aurait-on mal lu, mal entendu... ? Et qu’est-ce que le "libéralisme", pour ceux qui comme José Bové déclarent refuser de vivre "sous le joug des multinationales" ? La montée en force des géants financiers et la concentration industrielle accélérée à l’échelle internationale, qui ont caractérisé la gestion de la France depuis les années 1970, ont-elles relevé du "libéralisme" ?

On aurait pu croire, naïvement, que les multinationales et la grande finance étaient génératrices de monopoles à l’échelle mondiale, d’oligopoles commerciaux... En aucun cas d’un quelconque phénomène que l’on puisse relier à la liberté d’entreprendre, à celle du marché et à l’ensemble des valeurs propres au libéralisme à l’époque où il a vraiment existé et connu sa période de gloire, à savoir le XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe.

Et le mot "impérialisme", serait-il passé dans les oubliettes ? Depuis la fin du XIXe siècle, des économistes de toutes tendances politiques ont employé ce terme pour désigner le passage de l’industrie, atteignant un degré de concentration croissant, sous le contrôle de grands holdings financiers dont la puissance dépasse celle des Etats et qui dictent la politique de ces derniers. On a également utilisé très souvent l’expression "impérialisme protectionniste" pour désigner la politique de la canonnière, verrouillant l’accès à de vastes zones de la planète et générant ainsi des tensions qui ont conduit, notamment, à la Première Guerre mondiale. La politique africaine de la France a été classée dans cette catégorie. Et le président Bush ne pratiquerait-il pas, à ce jour, un véritable impérialisme protectionniste ?

Précisément, le libéralisme s’était opposé à la montée de l’impérialisme et a été tué par lui dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Lorsque les lobbies financiers qui préparaient la "grande expansion coloniale" française des années 1880 ont dû choisir des porte-parole politiques, ils ne sont adressé ni à des libéraux, ni à des conservateurs. Les premiers, parce qu’ils étaient contre leur politique. Les conservateurs, parce qu’ils comptaient dans leurs rangs nombre de propriétaires agricoles hostiles à la politique de rupture avec l’Allemagne qu’allait inévitablement impliquer la fermeture économique des frontières coloniales. Ce fut donc une opportunité unique pour ceux que les historiens ont appelés les "républicains opportunistes" : le "centre gauche" de Léon Gambetta, Jules Ferry... Un peu de rappel historique ne ferait pas de mal à nos altermondialistes.

On peut sans doute améliorer cette analyse rapide. Mais en tout cas, quel rapport entre le discours sur le "libéralisme" et la réalité géopolitique mondiale ?

Et en quoi consiste cette "autre mondialisation" que sont censés réclamer les altermondialistes ? Malheureusement, un mois après mon article du 28 novembre, je n’ai vu passer aucune réponse aux questions de fond qu’il tentait de soulever. Etaient-elles mal formulées ? Ou ce qu’on appelle l’altermondialisme serait-il fait de plates-formes creuses destinées à ramener à terme dans le bercail de la "gauche unique" ceux qui tentent de lui échapper ?

A la lumière de l’expérience des trois dernières décennies, existe-t-il une réelle différence entre la droite et la gauche, centre compris, ou s’agit-il d’apparences légèrement différentes d’une même gestion du capitalisme ? Les résultats électotaux récents suggèrent plutôt que les Français croient de moins en moins à l’existence de réelles différences. Mais, à la fin des courses, quelle alternative apportent José Bové et les altermondialistes ? Apparemment, aucune, et on revient à la case départ.

par De ço qui calt ? (son site) jeudi 28 décembre 2006 - 187 réactions
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  • Par FredSud37 (xxx.xxx.xxx.247) 28 décembre 2006 11:53

    Sincèrement de Gauche, je ne voterai ni pour un "Thatcher" en pantalon, ni pour une "Blair" en jupon, car la seule et unique différence entre ces deux candidats à la Présidentielle ne porte pas tant sur le fond (idées politiques) que sur la forme (méthode de gouvernance).

  • Par Antoine (xxx.xxx.xxx.194) 28 décembre 2006 11:48

    Ce qu’on peut se demander, c’est ce que cherche exactement José Bové. Sachant, précisément, comme le rappelle l’article, qui est Ségolène Royal et quel a été son curriculum depuis plus de ving-cinq ans.

  • Par FredSud37 (xxx.xxx.xxx.247) 28 décembre 2006 12:08

    (.....) Avec Delors, la "Deuxième Gauche" est à l’origine du "tournant de la rigueur" de 1983, de l’Acte Unique Européen de 1986, du Traité de Maastricht négocié en même temps que la création de l’OMC. Les flexibilités, les dérégulations, les libéralisations décidées alors ont créé les inégalités, la précarité et la pauvreté d’ujourd’hui. Cette victoire de la "Deuxième Gauche" au sein du PS rend possible l’émergence d’une Ségolène Royal conseillée par un Pascal Lamy formé par Delors. Aujourd’hui, elle espère faire franchir à la société française une nouvelle mutation : celle qui effacera définitivement l’approche par la lutte des classes et mettra en place un bipartisme à l’américaine. A moins que le peuple français n’en décide autrement. Comme un certain 29 mai. (.....)

    Extraits de "Pourquoi les Partis Socialistes ont-ils failli ?" Raoul Marc Jennar, le 15 novembre 2006.

  • Par Antoine (xxx.xxx.xxx.194) 28 décembre 2006 11:46

    L’auteur pose entre autres une excellente question : si à la fin des courses, il s’agit d’appeler à voter Royal au second tour, voire même au premier, à quoi sert cette "gauche antilibérale", et quel est son programme ?

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