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Accueil du site > Actualités > Politique > Génocide arménien, la démagogie en action

Génocide arménien, la démagogie en action

Les députés de l’Assemblée nationale ont voté une loi criminalisant la négation du génocide arménien. Bien que cette loi parte d’un bon sentiment, elle est lourde de conséquences. En empêchant le débat contradictoire, on contribue à entretenir le doute sur le génocide, qui devient un dogme plus qu’un fait historique.

Car finalement, il y a deux façons d’enseigner l’histoire. La première, c’est d’asséner une suite de vérités comme on assènerait le dogme d’une religion. C’est très bien pour créer une cohésion commune au sein d’un même pays, mais à part cela, l’intérêt intellectuel est nul.

L’autre façon, c’est d’émettre des hypothèses et d’appliquer une démarche et un raisonnement qui permettent de comprendre le passé. Dans la suite, je prendrai l’exemple de la shoah, car je connais mieux ce génocide que le génocide arménien.

On sait aujourd’hui qu’on a retrouvé des corps issus de la shoah ainsi qu’un certain nombre de preuves qui indiquent qu’il y a eu un génocide. A partir de ces preuves, on a estimé le nombre de morts et reconstitué l’histoire de ce qui s’est passé. Les nombreux témoignages laissent penser que la vérité reconstituée est quasi exacte. Si des différences existent, elles sont mineures, et ne viennent pas remettre en question l’existence du massacre des juifs d’Europe.

Dans certains pays, comme les Etats-Unis, la shoah reste un fait historique. On est libre de le nier à condition :

  • d’en assumer les conséquences : dire n’importe quoi n’améliore en général pas la crédibilité de l’individu. S’il dit que les chambres à gaz n’ont pas existé, un historien risque de perdre toute sa crédibilité.
  • de ne pas avoir recours à la diffamation ou à la manipulation.

Visiblement, les Américains sont convaincus que le génocide a eu lieu. Il faut dire que, vu les preuves existantes, il serait difficile d’établir une quelconque théorie du complot. Bien sûr, certains s’y amusent. On trouve sur Internet nombre de textes infâmes, comme le Rapport Leuchter, qui tentent de faire croire à qui veut bien les lire que les chambres à gaz n’ont pas existé. Heureusement, une simple recherche Google pour trouver ce texte renvoie en premier lien le site de Nizkor.org, un site qui s’occupe à démonter les écrits révisionnistes de façon méthodique. Les gens de Nizkor ont fait un pari : ils ne disent pas : "C’est n’importe quoi, on refuse même de commenter", ils lisent et réfutent point par point le texte révisionniste, comme s’il était digne d’intérêt. Et bien sûr, à l’issue de cette réfutation, le peu de crédibilité qui restait à ces documents révisionnistes est anéanti. La création de ce genre de sites est un travail remarquable contre les révisionnistes.

Au contraire, en France, on adopte la méthode du dogme. Il faut croire que le génocide a existé, et ne pas le remettre en cause. Or, cela crée une grande fragilité pour les individus qui vont se retrouver confrontés à des écrits révisionnistes qui circulent sous le manteau (sur Internet). Ces personnes pourraient en déduire que si le pouvoir leur interdit la lecture de ces documents, c’est qu’il a quelque chose à cacher. Le pire, c’est que ces documents sont suffisamment bien faits pour instiller le doute dans un esprit faible qui n’aurait pas été préparé. D’où l’importance d’insister sur l’esprit critique, et donc de tolérer une remise en cause du génocide. Il sera de toute façon difficile de faire croire à des gens sains d’esprit que celui-ci n’a pas existé.

Un bon cours d’histoire sur les génocides devrait justement couvrir l’étude du fait révisionniste en présentant ces documents et en montrant (comme le fait Nizkor) pourquoi ils sont infondés, et pourquoi des gens ont intérêt à publier ces documents ignobles.

Cela ne nous rendra pas plus antisémites que les Américains (qui abritent et respectent une très importante population juive) et garantira que la mémoire des génocides restera longtemps présente dans nos esprits.

Certes, il restera le problème des gens qui peuvent être blessés par la négation du génocide. Mais, d’une part, c’est un problème limité dans le temps (par la mort de ceux qui ont vécu le génocide soit directement, soit par la mort d’un proche) et d’autre part, il est possible de les aider en leur montrant que leur travail de mémoire est utile. C’est avec l’aide de ceux qui ont vécu le génocide qu’on pourra faire taire un par un ceux qui le nient. Et chaque porte ouverte par les négationistes et fermée par les autres est une brêche colmatée qui ne pourra plus être enfoncée !

C’est pour ces raisons que je pense que l’Assemblée nationale a commis une énorme bêtise en interdisant la négation du génocide arménien. Non que je souhaite le nier, mais, au contraire, parce que qu’il existe réellement dans le débat historique, il est nécessaire de pouvoir le contredire.


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140 réactions à cet article    


  • Voltaire Voltaire 16 octobre 2006 11:29

    La pénalisation de la négation du génocide juif de la seconde guerre mondiale est largement liée à l’antisémitisme sous-jacent au négationnisme. Dans ce sens, cette pénalisation pouvait s’expliquer.

    En revanche, la négation du génocide arménien n’est pas liée à un racisme anti-arménien. Dans ce sens, et une fois ce génocide arménien reconnu par le parlement français, la pénalisation ne se justifiait pas. Comme vous l’indiquez, les éléments historiques sont suffisamment probants. Alors qu’une commission d’historiens turcs et arméniens s’est mise en place pour re-examiner ces éléments, qui aurait pu servir de base à un changement de politique en Turquie et à une reconnaissance de ce génocide, ce vote apparaît en effet un peu comme jeter de l’huile sur le feu. Je ne suis pas certain que cela sera bénéfique à la cause arménienne.


    • Christophe (---.---.20.103) 16 octobre 2006 12:09

      La pénalisation de la négation du génocide juif de la seconde guerre mondiale est largement liée à l’antisémitisme sous-jacent au négationnisme. Dans ce sens, cette pénalisation pouvait s’expliquer.

      Que l’on condamne toute les formes de discrimination qui sont à l’inverse des valeurs de notre république ne me choque pas.

      La plupart des négationnistes dénoncent l’existence des camps de la mort. Associer cela à de l’antisémitisme pose, à mon sens, un problème. Les camps de la mort ont anéanti une grande partie de la population juive d’Europe, mais aussi une grande part des Tziganes et Roms (non seulement considérés comme race inférieure mais aussi antisociaux par le régime nazi) et bon nombre de communistes. On ne peut focaliser sur telle ou telle communauté ayant énormément souffert de cette politique de la torture et de la mort ; l’acte est inhumain !

      Afin d’éviter tout raccourci, il est donc préférable de condamner toute discrimination plutôt que tout acte inhumain à l’encontre d’une communauté en oubliant, au passage, d’autres communautés qui en ont, elles aussi, souffert.


    • fredeti (---.---.49.62) 19 octobre 2006 13:33

      C rigolo de parler d’antisémtisme sous le nom de Voltaire...(cf Vichy et sa propagande)

      C rigolo de parler de liberté et de crimes de l’humanité sous le nom de Voltaire qui a fait fortune dans le commerce de la traite négrière.

      Et en fait pas rigolo...

      Pourquoi sortir en permanence la philosophie d’humanistes n’ayant pas été confrontés au phénomène « génocide » et sa négation...

      D’ailleurs si ils y avaient réfléchis, peut-être que les massaccres de Vendée auraient été plus doux ou mieux niés.

      Voltaire au pilori.  smiley


    • test (---.---.161.31) 20 octobre 2006 19:21

      test test test


    • tushuss (---.---.161.31) 20 octobre 2006 19:26

      comment pouvez vous dire que la négation du génocide arménien n’est pas liée à un racisme anti-arménien ?? Le racisme est le fondement de l’état turc. Toute la politique d’extermination turque est basée sur la suprématie de la race turque. Si ils ne devaient pas mentir et se modérer vis à vis des instances internationales, ils feraient le génocide des Kurdes.

      Voici un discours concurent des discours facistes en Europe des années 30 : « Le Turc est le seul seigneur, le seul maître de ce pays. Ceux qui ne sont pas de pure origine turque n’ont qu’un seul droit dans ce pays : le droit d’être serviteur, le droit d’être esclave ».

      Propos du ministre turc de la Justice, Mahmoud Esat Bozkurt, publiés par le journal turc Milliyet du 19 septembre 1930.

      La faute de l’Europe n’est pas son passé mais est de ne pas avoir perpétué son mode d’évolution comme l’a fait la Turquie. Elle a ainsi préservé jusqu’à nos jours l’imposture vis à vis de la question arménienne dans les fondements de l’état


    • La Taverne des Poètes 16 octobre 2006 11:33

      Décidément, c’est une grande offensive des rédacteurs d’AgoraVox contre les parlementaires !

      Il serait temps d’entendre des avis différents...


      • armand armand 16 octobre 2006 11:43

        De toute façon, les parlementaires ont déjà perdu toute crédibilité en raison de leur absentéisme chronique : le quart des effectifs présents pour ce vote. Aucun gouvernement n’a pu, ou voulu juguler ces mauvaises habitudes. En GB si un parlementaire ne se rend pas à la convocation de son « whip » il est destitué de l’investiture de son parti pour les prochaines élections.


      • t-h (---.---.4.95) 16 octobre 2006 13:56

        L’absentéisme des parlementaires me semble plus une conséquence de notre régime présidentiel/anti-parlementaire que de leur mauvaise volonté. S’ils avaient vraiment du pouvoir il se bougeraient certainement les fesses (ou dans l’autre sens : à quoi bon se bouger le cul, d’accord ou pas d’accord, c’est le gouvernement qui décide). Mais ce n’est que mon avis.


      • armand armand 17 octobre 2006 10:06

        L’absentéisme des parlementaires tient à plusieurs facteurs : d’abord on les laisse faire (j’ai rappelé qu’en GB un parlementaire absentéiste risquait de ne plus être investi par son parti) ; puis ils pratiquement allègrement le cumul : on ne peut pas être au four et au moulin ; pour finir, la plupart se voient plutôt en notables locaux, soucieux de soigner leurs administrés, qu’en membres de l’hémicycle. Ils auraient plus de pouvoir s’ils étaient plus vifs, plus percutants, et plus présents surtout. Sinon, quoi de surprenant à ce que Villepin les ait qualifiés d’une grossièreté.


      • fredeti (---.---.233.32) 18 octobre 2006 21:14

        Armand, T cultivé sur le monde arabe mais tu ne connais rien à comment fonctionne un groupe parlementaire.

        Fais toi expliquer par une attachée parlementaire son fonctionnement et son rapport avec la discipline de parti.

        Ou continue de discuter d’anti parlementarisme devant un ballon rouge dans un bar à la sortie du RER.


      • agacé (---.---.211.158) 16 octobre 2006 11:40

        à voltaire : (arrêtr de lire lemonde.fr) Si c’est de l’antisémitisme, il y a une loi contre le racisme, bien suffisante pour pénaliser. C’est pourtant bien du racisme anti arménien de la part de Turcs en France : manifestation des loups gris, profanation de monuments. C’est pour les Arméniens de France, qui veulent pouvoir punir pénalement ces agissements que la loi est faite. La commission en question dont vous parlez est un piege : soit les arméniens la refuse (car partiale, et ils passent pour les mechants), soit ils l’acceptent (acceptant de remettre en doute ce génocide). ça n’a rien à voir avec l’histoire, le génocide a bien eu lieu, 1,5 millions de personnes sont mortes, mais loin de chez nous, forcément, il n’y a pas de lieux comme les chambres à gaz pour témoigner de ça, quelques photos, mais c’etait pendant 14-18, le monde avait autre chose à faire... Bref, ne pas tout mélanger svp (droits de l’homme, liberté d’expression, historiens, Etat Turc...), c’est une loi franco française sur un territoire souverain, pour empecher les débordements...


        • Voltaire Voltaire 16 octobre 2006 11:55

          Je ne partage pas tout à fait cette vision des choses. La négation du génocide arménien ne me semble pas être liée à un racisme anti-arménien, mais plutôt au refus des conséquences que pourrait avoir cette reconnaissance côté turc (au niveau territorial notamment), et à un nationalisme très présent.

          En ce qui concerne les agissements de certains extrémistes, il me semble que la loi actuelle est suffisante pour punir les actions citées.

          Je ne partage pas non plus votre avis sur cette commission, même si je n’en connaît pas toutes les subtilités (il faudrait sans doute y inclure quelques expert internationaux neutre, garants de l’indépendance des travaux). Contrairement à votre affirmation, les preuves historiques me semblent largement suffisantes pour démontrer le génocide. Mais d’un point de vue « diplomatique », l’avis de cette commission est sans doute nécessaire au gouvernement turc pour faire avancer les mentalités et la loi sur ce sujet (appelons cela sauver la face ?). En durcissant les positions, on provoque sans doute une exacerbation du sentiment nationaliste qui n’est pas propice à faire avancer sa résolution.


        • fredeti (---.---.233.32) 18 octobre 2006 21:16

          On ne fait pas une loi pour de points de vue diplomatique !!!

          Argument bien écrit mais ridicule


        • scampine 21 avril 2007 17:52

          alors demandons un monument en mémoire des centaines de milliers de turcs massacrés par les milices arméniennes durant la première guerre mondiale. Salutations smiley


        • agacé (---.---.211.158) 16 octobre 2006 12:13

          Justement, si ce n’est pas du racisme, alors on ne peut pas le punir. la loi actuelle n’est pas suffisante. Par ex, pour le site Wanadoo qui a mis en ligne certaines positions concernant le genocide arménien, il n’est pas possible de les punir (report de la juge à l’apres vote de l’assemblée d’ailleurs). Pour la commission, comment un gouvernement qui vote l’article 301 punissant de prison toute personne qui emet un avis sur l’existence d’un « genocide » peut en meme temps déclarer « accepter les conséquences de cette enquete » ? Faut pas se leurrer, c’est avant tout un piege pour se donner un dehors démocratique. On n’impose rien à la Turquie, mais on empeche des gens d’être insultants et méprisants envers une réalité démontrée. et prouvée (et reconnue par l’Etat Français depuis 2001).


          • Zéro pour cent de matière grise 16 octobre 2006 12:59

            @l’auteur :

            Je partage entièrement votre analyse. Cette loi, comme les lois Gayssot et Taubira, illustre le progrès de l’obscurantisme en France. Cet obscurantisme, qui avance à grands pas, est propagé dans tous les domaines par une élite politique et intellectuelle qui a perdu toute éthique, tout sens de la mesure, toute culture historique et même toute capacité de réflexion.

            D’autre part, il me semble que le débat ne peut exister qu’entre partisans et adversaires des lois mémorielles, prises sans exception. Ceux qui font une distinction entre la loi qui protège la qualification juridique de la Shoah et les autres -la première serait légitime mais pas les autres- font preuve de malhonnêteté intellectuelle.


            • Offset (---.---.73.17) 16 octobre 2006 13:41

              Bravo pour votre article. Vous démontrez point par point la supériorité de la liberté d’expression et que tout peut être et doit être dit. Cela n’arrange rien, bien au contraire, de museler les gens : vous arrêtez tout débat. Sans parlez du fait que l’on se sente de plus en plus dans un état totalitaire (contrôle de l’opinion).

              Cela me fait penser aux gens qui pensent que Le Pen n’est pas si raciste que ca quand on l’entend : c’est normal puisqu’il ne peut pas dire ce qu’il veut et qu’il finirait vite en prison. Il se cache alors derrière des petites phrases : le vrai danger pour la démocratie, c’est la suppression de la liberté d’expression.


              • (---.---.96.171) 16 octobre 2006 15:33

                je partage votre appréciation.

                Quant à savoir si je me sens dans un « état totalitaire ( contrôle de l’opinion ) », je dirais également que la France est devenue une grande maternelle.

                Fait pas ci, fait pas ça ...( Dutronc/Lanzmann )

                cdt


              • TEO (---.---.76.217) 16 octobre 2006 13:44

                Cher monsieur, l’intelligence et le courage de votre argumentation montrent votre sérieux et la sincérité de vos craintes d’effets contre-productifs. Mais c’est là le cadet des soucis de nos députés, vous le savez. Ils n’ont donc pas commis une « énorme bêtise » comme vous dites : ils se sont abandonnés, comme d’habitude, à cet égoïsme irresponsable qui les caractérise et qui détruit notre pays. Leur vote n’avait qu’un seul but, draguer les voix de la « communauté arménienne » ; comme, le vote de la loi sur les « aspects positifs de la colonisation » visait à draguer ceux de la « communauté Pieds-noirs » etc., etc... Ainsi les mêmes qui fustigent continuellement le communautarisme, inexistant, des boucs-émissaires que sont devenus les « Jeunes de banlieue », sont perpétuellement en train d’exploiter, si ce n’est créer, des veines communautaristes pour ce faire réélire. Le principal problème de ce pays, c’est celui-là : un personnel politique qui le détruirait de part en part, s’il était assuré de se maintenir au pouvoir ce faisant.


                • mouais (---.---.211.158) 16 octobre 2006 13:57

                  => TEo : je vois pas en quoi ça drague la communauté arménienne, alors que tous les partis ont voté ou étaient divisés sur le sujet, même le PS, celui qui a proposé. => Offset : il ne s’agit pas de museler « les gens », mais bien de pouvoir punir les débordements de haine qui se manifestent de plus en plus SUR NOTRE TERRITOIRE. => zero : c’est bien le problème ici : cette nouvelle loi nous fait nous interroger sur le mot genocide. ce n’est pas que la shoah, mais ça ne veut pas dire que tout massacre est un génocide...


                  • TEO (---.---.76.217) 16 octobre 2006 15:09

                    Je ne sache pas qu’il y ait un racisme anti-arménien à ce point déchaîné en France qu’il faudrait en punir les débordements (quand il était déchaîné naguère, ce n’était pas le fait d’immigrés turcs)... Je ne sache pas qu’il y ait une comparaison possible entre le poids de la « communauté arménienne en France » et celle de la « communauté turque »... Vous semblez concerné de près par le problème, que vous en ayez une vision proche de vos intérêts ne me choque pas : c’est humain..., trop humain. Mais que de façon humaine trop humaine, des députés profitent de votre sensibilité à la question pour ne pas se facher avec vous et si possible avoir votre voix... pour se maintenir au pouvoir, voilà qui me choque davantage. Qu’il soit préférable et hautement profitable d’amener de bourreaux à reconnaitre leur crimes, c’est entendu ; et je le souhaite y compris de la part des Turcs. Seulement le propos est qu’en l’occurrence tel ne nous semble pas être le souci des députés ; nous pensons plutôt que, trop préoccupés de leurs intérêts personnels, ils ont fait une loi qui risque d’avoir les effets contraires... celui notamment d’amener à penser qu’on en fait trop... et à chercher qu’on leur foute la paix avec toutes ces histoires.


                  • Profeseur Couillon (---.---.173.234) 16 octobre 2006 15:17

                    Je partage votre conclusion, pas tant sur la nécessité de pouvoir contredire le génocide, que sur le fait que l’Assemblée Nationale vient de voter là une loi que je qualifie d’ânerie. Outre les arguments que vous avez cité, qui se déclarent en faveur de l’argumentation plutôt que du dogme, vous auriez pu pointer également l’effet contreproductif de ce texte. Devedjian justifiait son vote en affirmant que cette loi était favorable à la paix civile. Je crois plutôt qu’elle satisfait une communauté (arménienne, en l’occurrence) en en désignant une autre (turque)comme « coupable ». Cela sert surtout le communautarisme, qui n’est pas franchement le meilleur garant de la paix civile. Mais au-delà de la situation en France, il y a les répercussions en Turquie. Passons sur les inconvénients diplomatiques, stratégiques et économiques qu’il y a à se fâcher avec la Turquie pour en rester au débat sur le génocide arménien. En Turquie, une loi aussi bête que celle que viennent de prendre nos députés interdit la qualification des massacres de 1915-1917 en génocide. Ces derniers temps, le gouvernement et la justice turcs étaient moins pressés de faire appliquer cette loi (les poursuites engagées à ce titre contre Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature, ont été abandonnées en début d’années). Mieux : la Turquie avait proposé à l’Arménie la formation d’une commission bi-nationale d’historiens chargés d’étudier cette question. Or, en favorisant les crispations en Turquie, (effet visible dans les manifestations dans ce pays), la loi française risque de faire reculer le gouvernement d’Ankara sur ces sujets. CE qui est contraire à ce qu’ l’on recherche par ailleurs, à savoir obtenir la reconnaissance du génocide par la Turquie.


                    • fredeti (---.---.233.32) 18 octobre 2006 21:24

                      Personnellement, en ce qui concerne une loi française, je me contre balance de ce que peut penser l’étranger, à fortiori une pseudo dictature turque de la pensée. On fait des lois pour chez nous et c’est tout. Les pb diplomatiques court terme, c’est au gouvernement et donc au ministère des affaires étrangères à les gérer.

                      Rien à foutre que cette loi crée des pbs en Turquie : ils n’ont qu’à être moins cons !


                    • Olivier (---.---.176.131) 16 octobre 2006 15:33

                      Le vrai débat sur ce sujet semble être « jusqu’ou peut aller la liberté d’expression ? ».

                      L’auteur, ainsi que Théo, 0% et OffSet semble ne pas mettre de restrictions à cette liberté. Ils pensent que l’erreur est corrigés avec le temps et le menteur devient incrédible. Ils croient en la raison. (Comme moi)

                      A l’opposé, Agacé et Mouais sont plus pragmatiques. L’interdiction permet des résultats immédiats. Il y a des choses qu’il vaut mieux ne pas dire.

                      Sous cette aspect des choses, je trouve que l’article ne fait que defendre la premiere vision, sans apporter de réel arguments au débat de fond.


                      • Marc Bruxman 16 octobre 2006 17:26

                        Peut être parce que je juge que les restrictions à la liberté d’expression sont indéfendables moralement.


                      • La Taverne des Poètes 16 octobre 2006 20:03

                        Vous dites : « Peut être parce que je juge que les restrictions à la liberté d’expression sont indéfendables moralement. »

                        Sauf que la répression des abus est prévue par notre Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 (articles 10 et 11) ou du moins devraient l’être car ce n’est pas souvent effectif. (cf affaire Redecker. S’il avait été admonesté par la loi française une première fois -car il n’en est pas à son premier coup-, il ne serait pas aujourd’hui sous le coup d’une fatwa)

                        Je suis pour l’application des Droits de l’homme et du citoyen.


                      • Marc Bruxman 16 octobre 2006 23:22

                        Je ne vois pas en quoi exprimer une opinion est un abus de la liberté d’expression. Si la communauté des islamistes se comportait bien, les gens seraient outragés par les propos de Mr Redeker. Or, il semble qu’une bonne majorité des gens est d’accord avec lui car il y a des abus islamistes qu’il faut dénoncer à juste titre. Les ordures ne doivent pas se cacher derriére une loi qui les protége pour ne pas être traitées comme telles.

                        L’abus de liberté d’expression ne devrait concerner que la diffamation.


                      • Senatus populusque (Courouve) Courouve 16 octobre 2006 23:24

                        L’abus, c’était classiquement la diffamation et l’incitation à commettre des crimes ou des délits.

                        Il y a eu dérive à partir de 1972 quand on a réprimé les propos racistes (ce que les USA ne font toujours pas, et ce que déplorait le quotidien Libération), puis la contestation des chambres à gaz en 1990, puis les propos dits homophobes en 2004, et maintenant la contestation du génocide arménien.

                        Si la grande majorité des historiens est opposée à ces lois, c’est parce qu’ils considèrent qu’en l’occurrence il n’y a pas abus de la liberté d’expression.

                        Salman Rushdie a insisté il y a deux ou trois ans sur la nécessité de distinguer entre « discrimination » et « contradiction ».

                        Ceux qui veulent faire condamner certains propos les assimilent à une discrimination, alors qu’il s’agit d’une contradiction, de l’exercice du pluralisme. Même problème pour le futur délit d’islamophobie, qui assimilera, de façon erronée, la critique d’une religion au racisme.


                      • La Taverne des Poètes 16 octobre 2006 23:39

                        à l’auteur :

                        Vous voulez réécrire la Déclaration des Droits ? L’avez-vous relue ? Article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

                        C’est tout. Il n’y a rien à ajouter.


                      • Marc Bruxman 17 octobre 2006 01:28

                        Réecrire ou amender la déclaration ? Pourquoi pas, elle n’est pas sacrée. Cela dit il n’y a pas besoin de modifier la premiére déclaration des droits de l’homme. La seconde est par contre parfaitement inutile et rajoute des articles dangereux. (Pas étonnant que cela vienne de l’ONU organisation étatiste par excellence).

                        Le trouble à l’ordre public ou l’abus sont des notions bien vagues. Et je ne vois pas en quoi nier un génocide ou caricaturer un prophéte crée un trouble à l’ordre public. Ceux qui réagissent en bouzillant des ambassades la ou il suffirait de demander un droit de réponse créent par contre un trouble de l’ordre public sérieux.

                        Si quelqu’un écrit un tissu de bétise, on répond et/ou on cesse d’acheter son journal.

                        Les seuls cas valables de limitation de la liberté d’expression sont la diffamation (sur à 100%) et les appels à la violence et au meurtre. Encore que ce dernier point peut faire débat vu que la loi reste en vigeure et opposable à celui qui désire la violer même à l’appel de quelqu’un. Cela dit vu l’expérience RTLM au Rwanda je suis plutot favorable à l’interdiction des appels à la violence et au meurtre.


                      • fredeti (---.---.233.32) 18 octobre 2006 21:28

                        Les publications d’articles acclamant : « mort aux juifs ces rats puants, j’appelle tous les vrais hommes à casser les vitres de ces sous-hommes le 14 juillet 1944 » « Jean Jaurès est une ordure puante qu’il faut crever car... » « les nègres n’ont pas le droit de circuler dans les bus car ce sont des singes » sont à ma connaissance interdites en France.

                        Quelle intolérable limitation de la liberté d’expression !!! surtout moralement, hein !!!


                      • Marc Bruxman 19 octobre 2006 00:48

                        « Je combattrais toujours vos idées, M. ; mais je me ferai tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer. »

                        Cette phrase pleine de bon sens et de courage nous vient de ... Voltaire.

                        Alors oui les gens qui traite les juifs de rats, les tutsis de cafards et autres choses sont à gerber ! Et il faut combattre leurs idées sur tous les fronts. Je n’ai jamais dit dans cet article que je protestais car j’avais l’intention de nier le génocide arménien. (Que je ne connais que trés peu et j’éviterai donc d’avoir un avis sur la question).

                        Mais je ne vois pas au nom de quoi l’état déciderai ce qui est vrai de ce qui est faux. Si vous otez à l’homme sa raison et son libre arbitre (idée socialocommuniste courante) vous otez ce qui fait de lui un être humain et non une machine.

                        Et la liberté d’expression marche dans les deux sens, vous pouvez donc tout à fait répondre à ceux qui écrivent des horreurs.

                        Alors laissez donc les racistes s’exprimer et utilisez votre liberté pour les combattres ! Se baser sur la loi est une solution de fainéant.


                      • Don JakchiraK (---.---.228.76) 16 octobre 2006 15:50

                        Laissons l’histoire aux historiens et aux consciences humaines. La reconnaissance du génocide était suffisante, pourquoi faire une loi supplémentaire qui met le feu aux poudres ? Alors , si on veut continuer dans le « débile », je vous propose une loi sur le génocide d’une partie de la population française de 1789 à l’empire.......Ben voyons... Ahhh, quand nos élus sont utiles....


                        • Thucydide (---.---.101.8) 16 octobre 2006 17:14

                          Il fallait qu’un article comme celui-ci soit écrit. Notre assemblée s’est distinguée par son clientélisme pour les uns (encore) et sa couardise pour les autres. Presque tous sont pourtant pleinement conscients que ce n’est pas à l’assemblée d’écrire l’histoire.

                          Parce que, comme déjà dit dans plusieurs commentaires, ce type de loi favorise la désinformation plutôt qu’il ne la combat. De plus, il musèle toute recherche honnête de la vérité, et qui ne veut pas dire forcément qu’on est révisionniste. A partir de là, pourquoi les Arméniens se priveraient de dire que leur génocide a été aussi ignoble et organisé que celui de la Shoah ? Et bientôt, les candidats à la « génocidation » en demanderont de même : les Algériens de Bouteflika, que nous sommes censés avoir « génocidés » culturellement, par exemple. D’ailleurs, les Turcs ont de très fortes démangeaisons de faire voter des lois analogues au sujet de l’occupation française en Algérie. Mais ce n’est pas grave. Ce sont les mêmes qui ont eu l’idée de génie de faire voter cette loi qui adorent patauger dans la boue de la repentance et de l’autoflagellation expiatoires, ils seront comblés.


                          • hobbit (---.---.173.162) 16 octobre 2006 18:40

                            Dans une tribune du Figaro du 16 octobre 2006, un partisan de cette loi, Armen Seropyan, Représentant de la nouvelle Génération arménienne, écrit :

                            [...] La liberté d’expression est un droit fondamental qui n’est pas menacé par cette action. En effet, celle-ci doit être encadrée, car des conclusions négationnistes instillées dans l’esprit d’une opinion mal informée ne peuvent qu’attiser la haine entre les peuples. Ce texte prévoyant la pénalisation du négationnisme du génocide des Arméniens sera le rempart de la justice et de la vérité contre le déni et le mensonge.[...]

                            Avec de tels arguments qui relèvent plus de l’affirmation dogmatique que du raisonnement historique, la discussion est donc close. Il ne reste plus qu’à imprimer LE livre d’histoire qui nous dispensera la vérité absolue sur tous les sujets.


                            • Marc Bruxman 16 octobre 2006 19:06

                              D’autant qu’avec ce genre de lois cela veut dire concrétement que l’on peut difficilement nier un nouveau papier concernant le génocide si il va dans le sens de l’horreur.

                              Ainsi si une personne A écrit que les turcs ont employés tel ou tel moyen dans leur tache pour exterminer les gens, alors B ne peut pas contredire ce point sous peine d’être attaqué pour négation du génocide.

                              On peut donc se servir de la loi pour raconter n’importe quoi. Heureusement les Etats Unis ne sont pas prêts de voter une telle loi donc on continuera de savoir la vérité. Mais si le monde entier appliquait des lois anti-révisionnisme, on ne tarderait pas à avoir des affabulations sur les génocides.

                              Le fait de pouvoir nier est justement ce qui garantit que l’on a la vérité. D’ailleurs les nombreux écrits négationistes étasuniens n’ont pas réussi à faire sortir la shoah des mémoires. Par contre, il semblerait que les négationistes du 11 Septembre aient un peu plus de succés.

                              M’enfin en ce moment nos politiques sont contents c’est une occasion de se fritter avec la turquie pour qu’ils ne rentrent pas dans l’europe. Si seulement ils avaient des couilles, ils le diraient autrement.


                            • Marc Bruxman 16 octobre 2006 19:14

                              Imaginez !

                              Imaginez que demain pour avoir la paix, on pourrait interdire la négation du 11 Septembre. Plus de loose change, plus de débats. Seule la vérité « vraie » : Des tours qui s’effondrent à la vitesse de la gravité et bien droite, un gazon du pentagone sur lequel on peut jouer au golf aprés un crash d’avion.

                              Si il est un débat ou la liberté d’expression nous fait progresser en ce moment c’est bien l’enquéte du 11 Septembre. Non pas que je crois à tout ce que raconte Loose Change (bien au contraire), mais il y a suffisamment de matiére dans des films comme « 911 Mysteries » (bien mieux que Loose Change) pour justifier des clarifications sur la version officielle. Si ces clarifications ne viennent pas, la version officielle perdra toute crédibilité. Et les clarifications finiront par venir de toute façon. Car si Bush perd sa crédibilité sur ce dossier, il tombera et l’enquéte de clarification viendra.

                              De toute façon, il faut voir le bon coté des choses. Les étatistes ne controlent plus l’information. Cette loi votée n’empéchera pas l’information de circuler sur internet. Cela donne un peu la même impression qu’un cafard sur le dos qui remue les pattes pour avancer. Messieurs les grabataires ! L’ancien monde est mort... Enlevez le donc de son lit et mettez le dans son cercueil !


                            • caturia (---.---.12.234) 16 octobre 2006 21:57

                              Vahakn Dadrian Histoire du génocide arménien ed Stock 1999 Préface d’ Alfred Grosser 693 pages.

                              D’abord il faudrait comprendre que

                              1/ la notion juridique de « génocide » est née après la seconde guerre mondiale.

                              2/ on ne peut aborder cette question sans connaître la fin de l’empire ottoman et connaître les mouvements arméniens et turcs au moins à partir de 1890.

                              3/ Les massacres de 1915 sont la suite de massacres divers à partir de 1894.

                              4/ Les reponsabilités allemandes, autrichienne, et aussi française et anglaise sont historique. Les exécutants les plus nombreux et odieux des massacres dans l’est de la Turquie ont été les Kurdes qui ont pris le pays des Arméniens.

                              Maintenant une réconciliations passe par une reconnaissance mutuelle des deux états Arménie et Turquie tous les deux membres du Conseil de l’Europe. Et puis une étude entre historiens arméniens et turcs serait pourrait commencer.

                              L’intervention de l"arrogance française qui n’a plus aucune puissance est superfétaoire et ridicule.


                              • noialbinoi (---.---.135.27) 16 octobre 2006 22:35

                                Avec la LOLF (Loi Organique sur la Loi de Finances) il me semble que les parlementaires ont suffisamment gagné un moyen d’actions et en compétence sans avoir à mettre le nez dans le domaine de l’histoire. L’histoire c’est un métier qui demande un savoir et la maîtrise d’outils, c’est une affaire de spécialistes. L’histoire ce n’est pas le dogme. La judiciarisation de l’histoire et l’appropriation de la lecture de l’histoire par les politiques et très dangereuse car elle ouvre la porte à la condamnation de toutes idées autres que la version officielle. Cela consiste à décreter une Histoire Officielle et à considérer que la vérité historique doit faire l’objet de lois pour protéger les victimes. Les hommes politiques ne sont pas des spécialistes en histoire. Ainsi on permet aux particuliers et aux associations de se pourvoir en justice et d’attaquer à tout va. Cela ne peut que nuire à la recherche et à la liberté de pensée. L’affaire Petré-Grenouilleau est en cela emblématique. Après un silence de plomb sur l’Arménie de la part des politiques tout d’un coup on interdit de ne pas parler de génocide pour les massacres commis par les turcs. Tout cela est électoraliste. A quand une loi pour reconnaître le génocide des indiens d’Amérique et les massacres de la Saint-Barthélémy ?


                                • (---.---.7.224) 16 octobre 2006 22:37

                                  je suis etonné de voir que tout le monde semble d’accord. Elle est ou la liberté d’expression ? dans le belement ? bravo à la taverne des poetes.

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