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Géopolitique des crabes

Tous les présidentiables socialistes ont perdu lors du vote des adhérents. Mélenchon jette l’éponge. Les autres essaient encore de ramasser les miettes.

Le 6 novembre 2008 entre 17 heures à 22 heures, 128 978 militants socialistes, sur les 233 000 adhérents de 2006, ont participé au vote dans l’une des 3 200 sections issues des 102 fédérations pour l’une des six motions présentées en perspective du 75e congrès du Parti socialiste à Reims le week-end du 14 au 16 novembre 2008.

Soit 55% de participation, ce qui est, à mon sens, un très bon score dans un contexte international d’élection de Barack Obama et de crise financière qui mettait au second plan les tribulations des éléphants socialistes. Lionel Jospin a quand même oublié de voter pour son ami Delanoë (il était en déplacement).


À tous les coups, l’on perd

Aucune motion n’a obtenu la majorité absolue. Cela ne s’était pas produit depuis… le terrible congrès de Rennes en 1990 (où les socialistes étaient divisés principalement entre jospinistes, rocardiens et fabiusiens, voir plus loin).

Les résultats sont ce que n’attendait aucun des protagonistes impliqués dans la course à la succession de François Hollande :

1. Bertrand Delanoë tombe de haut en n’étant qu’en deuxième position (son rêve de devenir candidat à l’élection présidentielle s’envole) ;

2. Ségolène Royal réussit la performance de revenir en tête, mais elle est loin de la majorité absolue et a perdu la moitié de ses soutiens par rapport à la primaire de novembre 2006 ;

3. Martine Aubry ne parvient pas à percer malgré un rassemblement entre fabiusiens et strauss-kahniens ;

4. l’aile gauche du PS menée par un quadragénaire, Benoît Hamon, a su peser en représentant un militant sur cinq, mais elle représentait plus de deux militants sur cinq (44,71%) au congrès du Mans en 2005.


Reims = Rennes 2.0

Après l’après-Mitterrand de Rennes, l’après-Jospin de Reims.

Pour rappel, les performances internes sont les suivantes (elles ne seront confirmées que le week-end prochain) :

Motion E de Ségolène Royal : 29,12%
Motion A de Bertrand Delanoë : 24,91%
Motion D de Martine Aubry : 24,41%
Motion C de Benoît Hamon : 18,66%
Motion B du Pôle écologiste : 1,6%
Motion F d’Utopia : 1,3%

La situation des rapports de force ne pouvait pas être pire : non seulement aucune écurie n’a obtenu la majorité absolue, mais à part Ségolène Royal, aucun leader ne peut l’avoir en ne s’alliant qu’avec une seule autre motion.

Notons que les résultats du congrès de Rennes du 15 au 18 mars 1990 étaient du même acabit :

Motion Jospin-Mauroy-Mermaz : 28,9%
Motion Fabius : 26,4%
Motion Rocard : 24,2%
Motion Chevènement : 8,7%
Motion Poperen-Ayrault : 7,2%
Motion Mélenchon : 1,3%
Motion Lienemann : 1,2%

Étrange d’ailleurs, car cette première motion (soutenue aussi par François Hollande) avait rassemblé des éléphants désormais en pleine rivalité. En effet, en 2008, Lionel Jospin a soutenu la motion de Bertrand Delanoë, Pierre Mauroy celle de Martine Aubry et Louis Mermaz celle de Ségolène Royal.

Le "strauss-kahnisme" est lui aussi éclaté avec les grands élus locaux (Guérini, Collomb… qui s’étaient alliés il y a trois mois avec Moscovici) derrière Royal, Moscovici derrière Delanoë et Cambadélis derrière Aubry.


Royal, candidate rue de Solferino ou pas ?

De nombreux scénarios sont encore possibles avant le congrès. Ils ont été déjà présentés un peu partout dans les médias. Il y a par exemple un rapprochement entre Ségolène Royal et Benoît Hamon (mais ils ne représentent pas 50% des militants). Ou encore un front anti-Royal avec Delanoë-Aubry-Hamon.

En étant en première position, il revient à Ségolène Royal de prendre l’initiative de procéder aux tractations pour dégager une majorité (ce qu’elle a fait ce 10 novembre 2008). Au grand dam de son ancien compagnon François Hollande. Un petit parfum de IVe République qu’a toujours été cette formation socialiste sauf sous un homme providentiel comme Mitterrand.

La vraie question reste : Ségolène Royal va-t-elle briguer le poste de premier secrétaire ou le laissera-t-elle à un second couteau ? Si c’était la deuxième hypothèse, il se pourrait que ce soit Vincent Peillon, François Rebsamen ou Julien Dray (ce dernier avait confirmé d’ailleurs sa candidature à l’issue des votes, mais Pierre Moscovici l’avait aussi confirmé il y a bien longtemps et on l’a oublié).

Ce 12 novembre 2008, Ségolène Royal pourrait prendre (selon ses proches) sa décision d’être candidate elle-même. Ce qui, pour elle comme pour le Parti socialiste, devrait être une évidence.

Car ne pas conquérir la direction du PS, cela aurait été surtout répéter la même erreur qu’entre 2002 et 2007.

La règle de la vie politique actuelle rend nécessaire pour un candidat de maîtriser parfaitement son appareil partisan. En le laissant à d’autres, il prend le risque de susciter des convoitises en plus, un rival en plus, et des finances en moins.

Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Jacques Chirac, François Mitterrand l’ont tous compris (Bayrou cependant n’a pas pris la tête d’un des deux grands partis). Et ceux qui l’ont ignoré, Raymond Barre, Édouard Balladur, Lionel Jospin (mais François Hollande était assez transparent pour ne pas lui faire ombrage) et Ségolène Royal, ont tous échoué.


Cartographie des éléphants socialistes

Je présente ici la cartographie actuelle du Parti socialiste en faisant le point sur l’état des bataillons pour chacune des motions, sachant que les deux dernières étaient de "témoignage" et n’ambitionnaient pas de diriger le parti.

On constatera que pour les trois premiers continents, il n’y a pas de liants réellement idéologiques mais plutôt des combinaisons relationnelles. De plus, Bertrand Delanoë a réussi à convaincre de nombreux nouveaux maires de grandes villes conquise à l’UMP (comme Toulouse, Metz, etc.) et il est de loin celui qui a bénéficié le plus de l’appui de l’appareil militant.

1. Continent royaliste

Ont soutenu Ségolène Royal : Gérard Collomb, Vincent Peillon, Jean-Noël Guérini, Manuel Valls, Jean-Jack Queyranne, Louis Mermaz, David Assouline, Julien Dray, Yvette Roudy, Jean-Louis Bianco, François Rebsamen, Malek Boutih, Édith Cresson, Charles Fiterman, Gaétan Gorce, Louis Le Pensec, Delphine Batho, Aurélie Filipetti, Jean-Pierre Mignard, Pierre Maille, Jean-Pierre Masseret, Patrick Menucci, Jean-Louis Touraine.

2. Continent delanoïste

Ont soutenu Bertrand Delanoë : François Hollande, Michel Rocard, Lionel Jospin, Pierre Moscovici, Jean-Marc Ayrault, Jean-Pierre Bel, Jean-Yves Le Drian, Alain Rousset, Alain Bergounioux, Michel Delebarre, Harlem Désir, Michel Sapin, Jean Glavany, Élisabeth Guigou, Edmond Hervé, Stéphane Le Foll, Alain Richard, Catherine Tasca, Catherine Trautmann, Daniel Vaillant, René Teulade, George Pau-Langevin, Jean Germain, Yves Ackermann, Pierre Aidenbaum, Francis Adolphe, Michèle André, Gilbert Annette, Didier Arnal, Jean-Claude Antonini, Joël Batteux, Patrick Bloche, André Billardon, Michèle Blumenthal, Jean-Claude Boulard, Daniel Boulaud, Jacques Bravo, Jean-Paul Bret, Robert Cadalbert, Jérôme Cahuzac, Pierre Cohen, Bernard Combes, François Cuillandre, Jean-Yves Caullet, Frédéric Cuvillier, Jean-François Debat, Daniel Delaveau, Guy Delcourt, Michel Destot, Tony Dreyfus, Vincent Éblé, Nicole Feidt, Guy Ferez, Jean-Louis Fousseret, Jean-François Fountaine, Geneviève Fioraso, Bernard Frimat, Dominique Gros, Serge Godard, Anne Hidalgo, Charles Josselin, Jean-Yves Le Déaut, Jérôme Lambert, Annick Lepetit, Bruno Le Roux, Claudy Lebreton, Roger Madec, Philippe Le Breton, Norbert Métairie, Michel Moyrand, Philippe Madrelle, Hakim Chalane, Alain Rodet, Bernard Poignant, François Patriat, Alain Maurice, Joaquim Puyeo, Bernard Roman, Roland Ries, André Vallini, Bernard Soulage, Maurice Vincent.

3. Continent aubryiste

Ont soutenu Martine Aubry : Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Pierre Mauroy, Sandrine Mazetier, Guillaume Bachelay, Jack Lang, Claude Bartolone, Jean-Christophe Cambadélis, Alain Claeys, Adeline Hazan, François Lamy, André Laignel, Marylise Lebranchu, Jean Legarrec, Arnaud Montebourg, Daniel Percheron, Alain Vidalies, Henry Weber, Jean-Paul Huchon, Alain Le Vern, Martin Malvy, René Souchon, Michel Dinet, Jean-Pierre Balligand, Jean-Michel Boucheron, Serge Blisko, Jean-Yves Mano, André Anziani, François Brottes, Laurent Cathala, Jean-Luc Dumont, Hervé Féron, Didier Migaud, Jean-Pierre Michel, Christian Paul, Jean-Pierre Sueur.

4. Continent hamoniste

Ont soutenu Benoît Hamon : Paul Quilès, Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Darriulat, Marc Dolez, Gérard Filoche, Bruno Julliard, Pierre Larrouturou, Marie-Noëlle Lienemann, Isabelle Thomas.

5. Île écologiste

S’y retrouvent : Christophe Caresche, Nicole Bricq,

6. Île Utopia

La représente : Franck Pupunat. Rescapés altermondialistes et écologistes du Parti socialiste.


Précis de tectonique quantique

À l’origine de la division des continents, il y avait dans la préhistoire le continent jospiniste, le continent fabiusien et le continent rocardien. Les deux premiers continents provenaient du protocontinent mitterrandien. Et le continent chevènementiste s’était définitivement détaché des autres.

Dans un premier temps, le continent jospiniste s’est scindé en continent jospiniste pur et en continent emmanuelliste. Ce dernier s’est rattaché au continent hamoniste de constitution géologique très récente après avoir navigué vers le continent fabiusien.

Le continent jospiniste s’est divisé dans un second temps en deux sous-continents, le sous-continent strauss-kahnien et le sous-continent aubryiste.

Curieusement, dans les derniers bouleversements, les sous-continents strauss_kahnien et aurbyiste se sont finalement recollés avec le continent fabiusien, mais avec quelques pertes d’origine jospiniste.

En effet, issu du continent jospiniste principal, un sous-continent delanoïste s’est formé et a su rapatrier quelques îlots d’origine strauss-kahnienne, comme l’île moscoviciste mais aussi le protocontinent rocardien pourtant plus apte à se coller au courant strauss-kahnien principal.

De son côté, s’étant détaché du protocontinent mitterrandien, l’île royaliste a vite su conquérir des territoires et s’agrandir au point de devenir un véritable continent.

D’origine également mitterrandienne, l’île hollandaise s’est agglutinée directement au continent delanoïste.

À noter qu’à un moment de l’histoire, les deux îles royaliste et hollandaise ne formaient qu’une seule grand île nommée transcourantitude qui avait une origine deloriste. Le sous-continent deloriste avait aussi été à l’origine de la formation de continent aubryiste.

Cette mythologie continentale semble aussi compliquée que les mythologies gréco-latines classiques avec beaucoup d’imbrications parallèles s’auto-générant.

Aujourd’hui, le continent royaliste semble le plus costaud et tente d’agréger autour de lui les autres continents.

Mais la chose n’est pas aisée, puisque l’île mélenchoniste, d’origine emmanuello-hamoniste, s’est définitvement détachée de la planète socialiste et le protocontinent rocardien menace d’en faire de même en cas de stabilisation ségo-hamoniste forcée.

Sur la planète socialiste, les territoires sont très mouvants. La solidification se fera dans quelques jours.


Pax segolena

Quoi qu’on en dise, quelle que soit les opinions portées sur Ségolène Royal (les miennes sont peu élogieuses), étant donné l’état des rapports de force, la seule petite chance pour que le Parti socialiste puisse participer avec un peu de sérieux à l’élection présidentielle de 2012 serait que les socialistes placent Ségolène Royal à leur tête.

Toute autre solution (un second couteau non présidentiable comme premier secrétaire ou un présidentiable désavoué par les adhérents car pas placé en tête) serait pour Nicolas Sarkozy voire pour François Bayrou une véritable aubaine.

À moins que, phénomène amorcé par Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez, le Parti socialiste, très beau et très efficace syndic des élus locaux, ne subisse à Reims une explosion irréparable. À la grande joie d’Olivier Besancenot et de François Bayrou.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 novembre 2008)


Pour aller plus loin :

Analyses sur le PS.

Le congrès de Reims et ses motions en pratique.

Royal peut-être candidate à la tête du PS.

Tous les socialistes attendent la décision de Royal.

Royalement en tête.

Selon Bayrou, le vote du PS est allé contre les dogmatiques.

Mélenchon prend son baluchon.

Cacophonie au PS.

Les militants votent.

La préparation du congrès de Rennes (janvier 1990).

Le Congrès de Renne (journal de 20 heures sur Antenne 2 du 18 mars 1990).





Documents joints à cet article

Géopolitique des crabes

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5 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 12 novembre 2008 13:18

    Royal, c’est "Yes : chicane !"


    • LE CHAT LE CHAT 12 novembre 2008 13:45

      y’a pas une météorite qui pourrait exploser sur le Gondwana socialiste , pour éradiquer les éléphants et qu’un espoir d’évolution subsiste ?

      La différence entre le cancer et le PS ?

      le cancer , lui au moins il évolue ........


      • mikadian 13 novembre 2008 00:21

        Cette gauche MAL A DROITE nous donne des haut-le-coeur . . . On ferait mieux de l’oublier et de ne plus en parler (pour dire quoi ?).

        Cette gauche, si... Socialésitante que fait-elle encore sur la scène politique ?!


        Cette gauche mal-aisée se doit de passer la main . Personne, mais vraiment personne ne se préoccupe de leurs  préoccupations .


        Les morts ont ils consciences d’être morts ? Là est la question .

        A quand, la naissance d’un mouvement social digne de ses objectifs ? On attend toujours, depuis la Commune et le Front Populaire .


        Méditons, méditons ensemble...
         





        • Voltaire Voltaire 13 novembre 2008 12:47

          Un éléphant y perdrait ses petits... Ah bon, c’est déjà le cas ?


          • wesson wesson 17 novembre 2008 10:00

            Bonjour l’auteur,

            "la seule petite chance pour que le Parti socialiste puisse participer avec un peu de sérieux à l’élection présidentielle de 2012 serait que les socialistes placent Ségolène Royal à leur tête"

            ça effectivement, c’est ce que les gens de droite comme vous espèrent. Mais les gens réalistes savent déjà que Madame Royal est la candidate choisie par les médias et par la droite, parce que avec elle, c’est la garantie que la gauche perdra toute élection importante (sauf à avoir une situation inrattrapable genre Bush en fin de mandat).

            Avec ségolène royal comme candidate à la présidence, vous pouvez mettre une chèvre en face, elle se fera élire - la preuve : Sarko.

            Personnellement, je voit plus hamon comme bon élément pour le PS. D’une part, on reparlera avec des mots de gauche, et d’autre part, ça mettra définitivement hors du PS tout ces ralliés à la droite et au libéralisme pour la bonne soupe !

            Mais bon, c’est un homme de gauche qui vous le dit, et mon avis je crois que vous vous en foutez !

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