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Gérard Depardieu, l’idiot utile du hollandisme ayraultique ?

L’arbre qui cache la forêt. Un point de cristallisation pour masquer l’absence de politique efficace contre la pauvreté. Fustiger les riches n’a jamais rien fait pour redonner une existence digne aux plus pauvres.

Cela fait quelques jours que la polémique sur le départ vers la Belgique de l’acteur français Gérard Depardieu enfle dans les médias. Il y a une autre information qui rentre étrangement en résonance avec cette effervescence. Le Ministre du Travail l’a annoncé officiellement ce lundi 17 décembre 2012 dans la matinée : il n’y aura aucune hausse du salaire minimum (SMIC) pour le 1er janvier 2013, autrement que la strictement légale. Après la mini-hausse du 1er juillet 2012 (0,6%), le gouvernement socialiste semble plus se focaliser aujourd’hui sur la chasse aux riches plutôt que la lutte réelle contre la pauvreté et la précarité.

Je n’ai jamais vraiment apprécié Gérard Depardieu. Peut-être à cause de ce qui a fait son succès, à savoir son audace, sa brutalité, son extravagance même. Dans ses premiers films, je l’ai toujours trouvé comme le représentant d’une virilité dans laquelle je ne me retrouvais pas. Je l’ai apprécié comme Cyrano, bien sûr, mais moins dans d’autres films, lorsqu’il focalisait sur lui l’attention nombriliste. Sa réussite dans le cinéma français en a fait un monstre sacré, un symbole de la culture française. Alors, dans ces conditions, son départ de France a pu étonner et même mettre en colère.

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Je ne dis pas que c’est louable de partir ainsi. Au contraire, c’est même moralement déplorable. À partir d’un certain nombre de zéros, il semble assez banal finalement d’imaginer la patriotisme personnel comme une religion honteuse où le seul dieu qui serait honoré s’appellerait argent.


Ce n’est pas louable, mais ce n’était pas non plus imprévisible. Au contraire, c’est dans l’ordre des choses, l’humain étant ce qu’il est, d’aller chercher les moyens de payer le moins possible et de gagner le plus possible. Tout le monde n’a pas la valeur argent en priorité mais un gouvernement doit quand même le prendre en considération.

Car finalement, que s’est-il passé ? Que pour se faire plaisir et chercher à faire plaisir à son électorat (celui-ci ne semble cependant pas vraiment dupe), le gouvernement socialiste cherche à stigmatiser les riches et la richesse. Ce n’est pas pour la première fois. François Hollande en 2007 déclarait détester les riches dont il plaçait le seuil à 4 000 euros par mois, seuil que lui même, depuis trente ans, avait largement franchi.

Il sait pourtant que ce n’est pas en appauvrissant les riches qu’on enrichira les pauvres (une simple règle de trois suffit à comprendre cela), mais cela frotte dans le sens du poil. Cela encourage des sentiments pas très sain comme la jalousie ou l’envie.

Revenons à ce que disait Michel Sapin, le Ministre du Travail et très proche ami du Président de la République, le 16 décembre 2012 sur Europe 1. Remarquant que Gérard Depardieu était né dans sa circonscription et regrettant son évolution alors qu’il l’avait beaucoup apprécié et rencontré, Michel Sapin en a profité pour s’autosatisfaire en disant que cette fuite à Varennes était la preuve que le gouvernement avait rendu juste la politique fiscale.

Pourtant, c’est justement le contraire qui se passe.

D’une part, l’absence de coup de pouce pour le SMIC (dont je ne critique d’ailleurs pas le principe) n’est pas vraiment un geste de grande attention pour les moins aisés, mesure que je mets en complément de la faible hausse du RSA (10% en 5 ans) et des autres mesures peu ambitieuses pour combattre la pauvreté. Cela ne montre pas une obsession folle de ce gouvernement à redonner de l’espoir à des personnes qui se sentent exclues de la société.

D’autre part, où se trouve la justice fiscale si tous les "riches" (disons, tous les gros contributeurs) s’en vont ? Le manque à gagner de l’État serait automatiquement refacturé aux moins riches, c’est un effet relativement mécanique (les finances publiques étant ce qu’elles sont et l’objectif de réduction du déficit public étant sans arrêt réaffirmé).


La taxe de 75% sur les gros revenus, l’imposition renforcée pour les plus-values d’entreprises (ce qui risque à terme de réduire la capacité d’innovation du pays), et surtout (car heureusement, ce gouvernement reste "modéré"), tous ces éléments de langage très irresponsables sur les "riches" sont des facteurs qui peuvent inciter des personnes très aisées à quitter la France alors que le pays devrait au contraire tout faire pour les attirer.

Gérard Depardieu cristallise ainsi cette haine totalement factice et les ministres en ont même rajouté dans le lynchage médiatique, ce qui est assez malsain. Je n’ai aucune envie de défendre l’acteur, car il est assez grand pour le faire et je ne suis pas vraiment de son monde, ni n’ai les mêmes valeurs, assurément, mais cette focalisation sur sa seule personnalité fait sens. Sur le patriotisme par exemple, les mêmes n’étaient pas trop gênés quand Yannick Noah envisageait de quitter la France en cas d’élection de Nicolas Sarkozy.

Par ailleurs, il est impossible de ne pas mettre en parallèle cette stigmatisation des riches et la stigmatisation contre les immigrés, contre les gens du voyage voire des étrangers ou des musulmans encouragée par certains élus de la majorité du quinquennat précédent. L’idée est toujours la même : caresser dans le sens de son électorat radicalisé en pointant du doigt des boucs émissaires comme supposées causes des problèmes économiques et sociaux de la France.

Le parallélisme est allé si loin qu’un député de l’actuelle majorité a même suggéré la déchéance de nationalité aux exilés fiscaux, proposition aussi stupide (et inapplicable) que la déchéance de la nationalité aux "nationaux immigrés" récidivistes proposée en été 2010.

Certains pourraient objecter que les choses sont différentes car d’un côté, il y a des personnes qui sont capables de s’en sortir (par leur richesse) et d’un autre côté, il y a des étrangers précaires qui, expulsés, ont encore tout à faire pour se construire (ou reconstruire) une existence digne. Sauf que les propos de stigmatisation et d’exclusion sont des facilités politiques qui sont toujours très dangereuses à manier et qui ont toujours mené dans des impasses parfois très noires.

Il faut bien admettre que la réaction de Gérard Depardieu était du même niveau que ses détracteurs, à savoir qu’il les aidait à mieux l’enfoncer, puisqu’en fin de compte, en voulant renier sa nationalité française (il parle de passeport alors qu’il faudrait plutôt parler de nationalité), il a donné raison à ce député ultra.

C’est vrai qu’il n’a jamais été dit qu’un acteur à succès devait produire une réflexion dense et intelligente. Son métier est d’interpréter des rôles et il semble que depuis "Les Valseuses", Gérard Depardieu a rempli sa mission. Ou plutôt, ses spectateurs, car finalement, s’il y a autant de monde qui est allé le voir au cinéma (l’acteur français le plus regardé après Louis de Funès, semble-t-il), c’est qu’il y a bien une raison.

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J’imagine que les mots les plus assassins proviennent de ceux qui l’ont adoré dans les années 1970, 1980 et 1990, à une époque où son jeu était exceptionnel. Ceux qui ont adoré Alain Delon jeune ne lui reprochent maintenant plus son évolution, ses tendances politiques, son intérêt pour la Suisse. La colère est à la hauteur de la déception.

Ce qui me trouble, c’est que même si cela semble manifestement transparent pour Gérard Depardieu, c’est son droit le plus absolu de vouloir habiter en Belgique. Ce n’est pas du tout illégal, et sur ce sujet, Gérard Depardieu a fait un petit pied de nez aux socialistes, il en profite pour se déclarer citoyen européen et citoyen du monde, et il a raison. Quoi de plus exaltant que savoir qu’on peut vivre n’importe où en Europe, sans contrainte à cette liberté fondamentale de circulation ? Ce n’était pas si évident que cela dans les troubles du siècle passé.

Gérard Depardieu a annoncé qu’il avait payé 145 millions d’euros d’impôts en 45 ans de carrière (j’imagine qu’il n’a pas compté la TVA !) et qu’il a donné du travail à 80 personnes. Il n’y a aucune raison de le mettre en victime mais non plus aucune de le lyncher sur la place publique. Il n’a commis aucun crime ni délit (pour ce qu’on lui reproche ici en tout cas, sa violence ayant déjà fait l’objet de plainte par ailleurs) et son "importance fiscale" montre à l’évidence que même en le taxant à 100%, il ne va pas résoudre à lui seul le problème de la pauvreté ni celui du déficit budgétaire.

Laissons donc tranquille Gérard Depardieu ! Un jour, c’est Gérard Depardieu, et puis, un autre jour, le boomerang reviendra sur Jérôme Cahuzac.

Cet acteur fait ce qu’il veut selon ce que la loi lui permet. Cela peut être regrettable mais cela reste respectable. Après tout, il n’a jamais été un modèle et le star system ne devrait pas hisser de simples acteurs, malgré leurs succès, dans les cimes de l’exemplarité. Ils ne sont pas élus Présidents de la République, ils n’ont jamais prétendu améliorer le monde, ils ont juste souhaité endosser des rôles qu’un réalisateur leur assignait. Ce n’est pas Gérard Depardieu la cause de la pauvreté, ce n’est pas par lui que passera une solution quelle qu’elle soit, mais par un gouvernement démocratique élu, comme celui d’aujourd’hui en panne d’imagination.


En définitive, ce que les détracteurs reprochent à Gérard Depardieu, c’est le trop peu d’Europe. Le trop peu de politique commune au sein de l’Union Européenne. La seule chose qui pourrait sortir de positif de toute cette polémique, ce serait justement de renforcer non pas une harmonisation fiscale entre la France et la Belgique (comme le gouvernement vient de le proposer) mais au sein même de la zone euro. Cela n’empêchera pas des exils fiscaux vers la Suisse mais cela rendra un peu plus logique la construction européenne. Le TSCG, à cet égard, a été une étape historique dans cette évolution. Critiquer l’exil fiscal et en même temps le TSCG (qui renforce l’union budgétaire) ne paraît donc pas vraiment cohérent.

En d’autres termes, je souhaite que ce gouvernement, au lieu de se faire plaisir sans efficacité en fustigeant un acteur au comportement certes déplorable, fasse des propositions concrètes et novatrices pour aller dans le sens d’une harmonisation européenne des fiscalités nationales.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 décembre 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Un sex symbol pourtant bien français.
Justice fiscale ?
La hyène et la limace.
Morale molle et ambitions dures.
François Hollande.

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LE W.E. du 04 au 05 octobre, actualité politique à surveiller…


Les réactions les plus appréciées

  • Par Pyrathome (---.---.---.244) 17 décembre 2012 15:29
    Pyrathome

    Sacré Sylvain, vous nous en faites une belle, de valseuse...... smiley
    Dans votre modèle de merde, donc il faut quelques très riches pour qu’il ait beaucoup de très pauvres ou plutôt inversons la donne :
    Il faut beaucoup de pauvres pour qu’il y ait quelques riches, et en plus il ne faut pas froisser ces privilégiés, surtout pas !! j’ai bon là ??
    Ben oui j’ai bon, puisque c’est notamment le principe de fonctionnement et le modus operandi du capitalisme.....
    Une oligarchie mondialiste hyper riche qui dicte sa loi à 99% de la population, la féodalité quoi...
    Votre « syndrome du larbin » s’aggrave de jour en jour semble t-il, mon « pauvre »....

  • Par olfe (---.---.---.244) 17 décembre 2012 22:30
    olfe

    N’importe quoi ! Personne n’est imposé plus que ses revenus, ni en France, ni ailleurs.
    Si je devais payer 85% de mes revenus et qu’il me reste 150 000 Euros , je serais content car çà voudrait dire que je gagne 5 fois plus qu’aujourd’hui, alors il n’a pas à se plaindre.
    Et s’il n’y avait pas de fonctionnaires, la France serait bien dans la merde. Des fonctionnaires, il y en a dans tous les pays du monde, ils sont nécessaires pour faire vivre un état ne t’en déplaise. Si tu ne veux plus d’état, alors se sera l’anarchie et je ne suis pas sûr que cela te plaise vraiment.

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