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Accueil du site > Actualités > Politique > Grand Emprunt : ça passe ou ça casse ?

Grand Emprunt : ça passe ou ça casse ?

Conceptualisée par Henri Guaino, conseiller spécial du Président Sarkozy, l’idée a fait son chemin. Initialement, cela a eu le mérite de mettre en avant l’idée qu’il fallait cesser de financer nos dépenses courantes par des emprunts qui nous empêchent d’investir pour l’avenir. M. Guaino a alors eu l’idée d’un emprunt uniquement dédié à des investissements d’avenir. Le problème, c’est de lancer l’idée dans un contexte de dérapage des finances publiques. D’ailleurs, si l’on considère que le montant total des emprunts émis cette année sera d’environ 240 milliards d’euros, on peut se demander à combien cet emprunt devrait se chiffrer pour mériter le qualificatif de "grand"...
 
Par ailleurs, une telle initiative aurait eu plus de poids dans le cadre d’un emprunt commun à tout les États membres - mais l’avons-nous seulement proposé ? - lequel aurait pu être pris en charge par la Banque européenne d’investissement (BEI) ou par la création d’une "Agence Européenne de la Dette" par exemple. Non seulement une telle option aurait permis une mutualisation des investissements des Etats membres dans le cadre de leur plan de relance respectif, mais elle aurait également envoyé un signal fort aux européens qui y auraient vu une vraie continuité de l’action économique de l’UE.
 
A présent, trois possibilités s’offrent à nous : soit nous n’investissons pas et nous attendons des jours meilleurs, soit nous pratiquons le saupoudrage budgétaire, soit nous investissons mais pas à moitié.
 
La dépense à tout prix.
 
Dans l’esprit d’Henri Guaino, l’objectif du Grand Emprunt est d’envoyer un signal aux investisseurs. l’Etat pense ainsi créer un dispositif jouant un rôle de levier convaincant les investisseurs privés de mettre à leur tour la main au porte-monnaie pour de grands projets. Pour Henri Guaino, si l’Etat n’investit pas, il n’encouragera pas les grandes entreprises privées à investir à ses côtés. C’est là une stratégie dangereuse en période de dérapage budgétaire. Dans les années 1780, Calonne, Surintendant des Finances, avait conseillé à Louis XVI d’investir dans tous les domaines pour masquer la dette courante de l’Etat et donner confiance aux investisseurs. Or non seulement cette stratégie avait échouée, mais l’accroissement de la dette courante de l’Etat s’était accéléré au point de mettre l’Etat quasiment en banqueroute en 1788. On voit donc bien la limite de l’idée en période d’endettement chronique de l’Etat.
 
Éviter le saupoudrage budgétaire
 
Associant des fonds de l’Union européenne, des fonds privés ou des collectivités locales, l’enveloppe a finalement été réduite à 35 milliards et financerait 7 priorités élaborées par la Commission Juppé-Rocard. Les priorités se focalisent sur la recherche et la croissance verte. Soit 10 milliards d’euros pour l’enseignement supérieur public en vue de créer des fondations universitaires qui soient de vrais pôles de recherche, à l’image des universités américaines. Or satisfaire à cet objectif relève du rêve : non seulement 10 milliards d’euros n’y suffiront pas, mais dans un contexte de crise - en particulier pour l’industrie et les services, qui perdent beaucoup d’emplois - on peut s’interroger sur la nécessité de dépenser 10 milliards d’euros pour des fondations universitaires qui ne créeront pas d’emplois à court et moyen terme.
 
Le soutien aux PME innovantes par des prêts participatifs n’arrive qu’ensuite, alors que c’est LA vraie priorité. Quant aux investissements dédiés aux projets industriels lourds tels que le développement des énergies renouvelables, l’avion de demain, l’économie numérique, le nucléaire de 4e génération ou la voiture électrique, générateurs d’emplois, cela relève davantage du saupoudrage budgétaire mais c’est mieux que rien...
 
Une bonne nouvelle tout-de-même !
 
En se focalisant sur la Recherche et Développement (R&D), la France rejoint les objectifs de la stratégie de Lisbonne, que l’UE a défini en mars 2000, en vue de créer "l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010". L’UE avait fixé pour objectif une dépense de R&D égale à 3% du produit intérieur brut (PIB) européen. Or dix ans ont passé et l’objectif est loin d’être atteint (1,85% en 2007 contre 1,7% en 2000). le Grand Emprunt va peut-être permettre d’améliorer ce taux !
 
Guillaume Poirier
http://chronique-deurope.blogspot.com/
 
 

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8 réactions à cet article    


  • JL JL 8 décembre 2009 11:21

    Sauf erreur, ce matin il se disait que, il y a seulement quelques décennies, la dette française était détenue par 30% d’étrangers ; avant la crise, par 60 et depuis, par 66%.

    N’est-ce pas un peu comme un patriarche qui, en vieillissant et pour continuer à mener grand train, vendrait en viager ses biens immobiliers sans rien en dire à ses héritiers ?


    • Png persona-nongrata 8 décembre 2009 14:52

      « Et pour une poignée de milliards en plus » ....

      Avec un trou de 1500 milliards d’euros vous éspérez encore quelques chose ???

      Hé ho les gars va falloir rembourser à un moment !!!

      Mais à qui au fait ? 

      A ces mêmes qui décideront dans pas trés longtemps de « couper le robinet » .

      • Peretz Peretz 8 décembre 2009 16:57

        Tu y crois toi à ces investissements ? Rien ni personne n’obligent les députés qui vont voter comme d’habitude un budget reconduit obligatoirement à 90% à mettre les 10% disponibles dans des investissements à long terme. Du pipeau cher ami, de l’enfumage. Et pourquoi, si c’est aussi intelligent, les autres pays ne parlent pas d’emprunt, gros ou petit. Pas fous eux !


        • BA 8 décembre 2009 17:36

          Quel est le mot de l’année 2009 ?

          Le mot de l’année 2009 est : « surendettement ».

           

          1- Le surendettement des ménages.

          http://www.leparisien.fr/economie/les-francais-de-plus-en-plus-surendettes-07-12-2009-736126.php

           

          2- Le surendettement des Etats.

          D’après le Fonds Monétaire International, en 2014, quelle sera la dette publique par rapport au PIB  ?

          La dette publique de l’Allemagne sera de 91,4 % du PIB.

          La dette publique de la France sera de 95,5 % du PIB.

          La dette publique du Royaume-Uni sera de 99,7 % du PIB.

          La dette publique de la Belgique sera de 111,1 % du PIB.

          La dette publique des Etats-Unis sera de 112 % du PIB.

          La dette publique de l’Italie sera de 132,2 % du PIB.

          La dette publique de la Grèce sera de 133,7 % du PIB.

          La dette publique de l’Islande sera de 134,1 % du PIB.

          La dette publique du Japon sera de 239,2 % du PIB.

          C’est à la page 30  :

          http://www.imf.org/external/pubs/ft/spn/2009/spn0921.pdf

          La solution pour résoudre le problème du surendettement est donc très simple : il faut lancer un grand emprunt.


          • Dominique TONIN dume 8 décembre 2009 17:51

            Le problème c’est que personne ne peut être certain que l’emprunt que va faire l’état sera bénéfique en therme de rentabilité générée par les emplois créés ou aidés par cet emprunt.
            Cela peut marcher, comme échouer et venir gonfler la dette actuelle pourtant déja abysalle ! Cette histoire de dette pourrait s’inviter lors des débats au moment des présidentielles ! l’emprunt aussi, à fortiori s’il est déja un échec car à cette époque il aurait déja deux ans.
            Le pire serait que SARKO endette encore plus l’état et qu’en 2012 il laisse cette patate chaude à son succeseur ! Ouais !


            • Bardamu 9 décembre 2009 02:07

              Parler de libéralisme est bel et bien se méprendre quand jamais comme aujourd’hui l’Etat n’est intervenu en tous les domaines !
              Non, il est bien plus question d’une oligarchie, financière, banquière, qui pèse de tout son poids sur les finances publiques.

              Ainsi, pire que le libéralisme, avons-nous présentement des structures libérales pesant sur l’Etat, l’incitant à intervenir pour les renflouer aux dépens du peuple.

              Oui, ce même peuple que l’on a précipité dans la crise et, par cet emprunt, auquel on demande de remettre à flot le navire que des élites prostituées soutenues par un Etat maquereau ont plus qu’endommagé !

              Et les mêmes veaux disciplinés si prompts à être manipulé en allant de ce pas se faire vacciner seront sûrement encore d’accord pour marcher dans la combine !
              Pays de loups largués au milieu des moutons que le nôtre !... tous ces cons m’écoeurent !


              • Blé 9 décembre 2009 04:07

                Le bouclier fiscal = 15 milliards X 5 ans = 75 milliards à la louche

                L’état veut emprunter 35 milliards.

                Ces chiffres parlent d’eux mêmes.


                • jkw 9 décembre 2009 09:53

                  non, pour réduire le désendettement on peut AUSSI dépenser moins !!!

                  demandez aux familles surendettées si elles auraient ce réflexe dans leur situation de se mettre à dépenser plus !!

                  bie^sur c’est plus facile de lancer un emprunt et de faire croire qu’avec une croissance retrouvée tout ira mieux ! (mais cela n’est qu’une hypothèse !!)

                  l’autre hypothèse c’est qu’il n’y aura pas d’amélioration de la croissance et qu’il faudra apprende à vivre avec !!

                  mais c’est dur à faire comprendre !
                  si gouverner c’est prévoir il faudrait aussi regarder les effets de cetet seconde hypothèse  !

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Guillaume Poirier

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