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Guadeloupe, le conflit social oublié

Il aura fallu un déplacement du secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer en Guadeloupe pour que la presse métropolitaine s’intéresse vraiment à un conflit social hors-normes. Si près de 30 000 personnes (65 000 selon les organisateurs) ont manifesté, vendredi 30 janvier, à Pointe-à-Pitre pour soutenir les revendications contre la vie chère et le pouvoir d’achat, la grève générale associée à une pénurie de carburants engendrée par la fermeture des stations-service, a abouti à faire cesser toute activité économique dans l’île.

La perle française des caraïbes fait le gros dos. Loin d’une simple saute d’humeur, l’actuel mouvement social est le fruit d’un profond mécontentement. C’est d’abord un véritable mouvement populaire, venu d’en bas. Une quarantaine d’organisations syndicales, associations culturelles et quelques partis politiques regroupés dans le collectif “Liyannaj kont pwofitasyon” (LKP), une dénomination au titre évocateur : “Debout contre les profiteurs”.

Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la question des produits pétroliers. La population n’a pas supporté de voir s’envoler les prix lors de la hausse mondiale des cours mais pas le prix à la pompe baisser lorsque la tendance s’est inversée. Conscients du malaise grandissant les pouvoirs publics ont alors décidé en décembre de financer eux-mêmes la baisse du prix des carburants, sans que la raffinerie locale ne voie ses marges diminuer. Une “astuce” peu appréciée, symptomatique d’un système généralisé à de nombreuses matières premières avec au final, un coût de la vie beaucoup plus élevé qu’en métropole alors qu’une grande partie de la population est en situation précaire.

Comme l’explique Patrice Ganot de la Confédération des Travailleurs Unis, membre du collectif, dans les colonnes du JDD la situation en Guadeloupe est très particulière, du fait de son éloignement, d’un taux de chômage plus élevé qu’en métropole, du coût exorbitant des produits de consommation courante, beaucoup plus chers qu’en France, etc. D’ailleurs les fonctionnaires français en poste en Guadeloupe bénéficient d’une prime pour compenser ce coût de la vie, tandis que les travailleurs guadeloupéens doivent se débrouiller avec des salaires très bas“.

Le LKP recense pas moins de 120 revendications notamment, une baisse du prix des produits de première nécessité, une baisse des impôts, des taxes et du prix des carburants, le gel des loyers ainsi qu’une augmentation des salaires et des minimas sociaux de 200 euros.

Là encore, il s’agit d’une grève qui se voit. De nombreuses administrations sont perturbées, pratiquement toutes les écoles de la Guadeloupe sont fermées, et surtout les stations services ne servent plus d’essence, les gérants de ces stations étant partie prenante du mouvement.

L’essence, nerf de la guerre sans laquelle rien n’est possible. La circulation sur l’île est devenue problématique. Les insulaires sont les premiers touchés mais les touristes également, contraints à ne pouvoir s’éloigner de leurs hôtels.

Face à un mouvement de telle ampleur, on pourrait craindre que sous le soleil les esprits ne s’échauffent. Et pourtant rien, ou presque. Seulement quelques débordements en marge du mouvement. Mais ce calme est trompeur. Le slogan créole omniprésent est suffisamment parlant. “La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo, yo péké fè sa yo vlé an péyi an nou” (”La Guadeloupe nous appartient, elle ne leur appartient pas, ils ne feront pas ce qu’ils veulent dans notre pays”). Pointés du doigt les descendants de colons qui contrôlent l’essentiel du commerce et se font des marges astronomiques, mais aussi les métropolitains qui occupent les postes à responsabilité, les mieux payés, suspectés de laisser les emplois subalternes aux personnes de couleur.

A l’initiative du Préfet, des négociations ont débuté le 26 janvier réunissant les services de l’Etat, les exécutifs et représentants locaux, les chambres consulaires, les organisations patronales, et le LKP. Les discussions ont été ressenties comme constructives mais, il est apparu que l’extrême dépendance de la manne publique nécessitait un accord au niveau du gouvernement.

Le 28 janvier, le Préfet rendait public une déclaration du Secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer, jugée comme non satisfaisante en terme de réponse aux attentes de la population. Signe que l’Etat n’entendait pas aller plus en avant, le Préfet dans la foulée, annonçait son retrait de la table des négociations. Une décision pas vraiment du goût des élus locaux qui à la quasi unanimité ont apporté leur soutien au vaste mouvement social et annoncé la fermeture de leurs administrations publiques le 29 janvier, jour de grève générale nationale.

 Le 31 janvier, les présidents du Conseil régional et du Conseil général annonçaient au cours d’une conférence de presse, en quatorze points, les propositions formulées par ces deux collectivités (plan d’investissement, baisse ciblée  de la taxe sur les produits importés et les produits locaux, réduction des tarifs des cantines scolaires, hausse des bourses régionales pour les étudiants, taux zéro sur la taxe régionale sur le gazole, baisse significative des taxes sur les produits de première nécessité…). Pour autant, ce plan des deux collectivités était conditionné à un geste fort de l’Etat pour répondre aux revendications des grévistes. Même sentiment du côté du LKP où si l’on se félicitait du plan des deux collectivités, on estimait que la situation ne pouvait être débloquée que si l’Etat revenait à la table des négociations et mettait la main à la poche.

Attendu comme le messie,Yves Jégo, est finalement arrivé en Guadeloupe le dimanche 1er février “pour une durée indéterminée”. Dés lundi, le déblocage des stations essence a été entériné. En revanche, malgré l’annonce du versement d’une prime de 200 euros pour soixante mille foyers à bas revenus à partir d’avril, le gel des loyers, ou la mise en oeuvre du RSA dès 2009, au lieu de 2010, le LKP a fait part de la poursuite du mouvement qui entre aujourd’hui dans sa troisième semaine. L’incendie pourrait s’étendre à la Martinique où plusieurs organisations syndicales appellent à leur tour à une grève générale à partir de jeudi. On est donc loin des déclarations rassurantes d’Yves Jego qui assure une fin du mouvement dans les 48 heures.
 


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10 réactions à cet article    


  • John Lloyds John Lloyds 4 février 2009 11:08

    prix relevé en Guadeloupe : kilo de tomates a 5.45 euros, l’essence a 1.70 euro en novembre 2008

    Encore bien gentils, les Guadeloupeens, de ne pas avoir bougé avant

    Et Yves Jégo qui tombe des nues : "Le secrétaire d’Etat veut aussi "vérifier s’il y a transparence sur les prix". Encore un responsable qui découvre la quadrature du cercle seulement quand il y a des émeutes. Y a vraiment plus que ça pour se faire entendre, les émeutes.


    • Martin D 4 février 2009 11:13

      la presse n’en parle pas assez, n’insiste pas sur la grogne des guadeloupéens car ce sont des noirs, donc, des citoyens français de seconde zone en somme...soupir !


      • Nathan Nathan 4 février 2009 11:36

        La Guadeloupe est un empire.


        • nemo3637 nemo3637 4 février 2009 12:31

          Ce sont des gérants de pompes qui ont réouvert. Les employés pompistes sont la plupart à l’UGTG et ce syndicat est toujours décidé à continuer le combat en s’alignant sur les décisions du collectif. Journalistes et gouvernants, ne prenez pas vos rêves pour des réalités...
          Et en Martinique, compte tenu des avancées obtenues par les Guadeloupéens, ça va pêter aussi.
          Au passage, un petit exemple de "pompage" de l’Etat et de l’Administration : sur un billet d’avion AR pour la métropole de 416 euros (Corsair) les taxes représentent 279 euros !


          • Yena-Marre Yena-Marre 4 février 2009 16:32

            Bonjour,
            Les médias aux ordres commencent à parler de la Guadeloupe pour donner un coup de main à Y. Jego pour tenter de désamorcer le conflit , il était pas arrivé qu’ils parlaient déjà d’apaisement , de reprise etc...Je ne crois pas que ça va s’arrêter avant que les guadeloupéens obtiennent gain de cause . Ici ils sont soutenus et je crois qu’ils nous montre l’exemple.


            • dezanneau 4 février 2009 16:50

               

              Dans une perspective plus vaste, je propose la création d’un Ministère d’Etat en charge de la politique maritime auquel serait rattaché le secrétariat à l’Outremer, avec un conseil de représentants, au moins un pour chaque espace maritime. Vous pouvez relever que je ne parle pas de discrimination positive mais pourtant, exit la tutelle du Ministère de l’Intérieur !...


               

              Il me semble que la situation de l’Outremer n’est qu’un révélateur supplémentaire de l’incurie qui règne au sein de la classe politique : les potentialités en France sont énormes, mais ruinées par cette culture de rente qui gangrène tout ! (cf mon blog)


              • ZJP ZJP 4 février 2009 19:15

                1% de la population "pesant" 80% des richesses et controlant la quasi totalité de l’importation, c’est sur qu’il tombe des nues le secrétaire d’Etat. Mort de rire ( bientot de faim ? ). Certains traitent les antillais d’enfants gatés par la République sans JAMAIS se poser les bonnes questions.

                JP de Martinique.


                • deovox 5 février 2009 02:06

                  grande nouvelle, suite à trois jours d’intenses négociations, un accord a été trouvé pour réduire de 10% les prix de cent produits, jusqu’à la fin de l’année. Cool, ça ramène la tomate a 5 euros. profitez-en ça durera pas. j’ai l’impression qu’on prend les antillais pour des débiles, en "haut lieu". 


                • worf worf 5 février 2009 15:00

                  de ma petite Belgique, j’essaye de suivre les événements qui secoue la Guadeloupe.
                  Que les médias et la télé françaises ne parlent quasi pas de cette revendication, cela ne m’étonne guère mais que sur ce site, cela laisse la plupart indifférent, qu’il y ait si peu d’articles consacrés à ces manisfestation, cela m’interpelle ?
                  N’y a t il pas de solidarité envers les territoires d’outremer ?


                  • mansan mansan 8 février 2009 23:07

                    URGENCE AVANT MASSACRE GUADELOUPE
                    dimanche 8 février 2009 (15h44)

                    infos de Guadeloupe :

                    4000 militaires/gendarmes/CRS sont arrivés samedi 07 février 2009 - 22:29 par soutien


                    Chers compatriotes,

                    C’est un appel de soutien que je lance depuis la Guadeloupe.

                    Un collectif de 52 organisations comprenant tous les syndicats, des groupements de mutuelle, des fédérations d’associations, les plus grosses associations de la Guadeloupe, le syndicat des transporteurs, les syndicats des stations de service, syndicat de pêcheurs, etc a lancé un mouvement de grève depuis le 20 janvier 2009.

                    Des négociations on été engagées au World Trade Center, avec autour de la table de négociation, une représentation de l’ensemble des décideurs de la Guadeloupe :

                    Le collectif : *Lyanag kont profitasyon* - Rassemblement contre les profiteurs

                    Les élus : Conseil Régional - Conseil Général - Les maires - les Députés - Les Sénateurs

                    Les socio professionnels : MEDEF - CGPME - CTPME - CCI - CES - etc

                    L’Etat : Préfet de Région - Les Directeurs d’administration centrale

                    Suite à la lecture d’une note émise par le Secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Yves JEGO, le Préfet de Région a décidé d’abandonner la table de négociations pour soi-disant se mettre à travailler.

                    Aujourd’hui, vendredi 30 janvier 2009, près de 60.000 personnes ont défilé dans les rues de Pointe à Pitre, afin de démontrer leur soutien au "kolectif", or les médias métropolitains, confisqués par SARKOZY, ne font guère écho de ce mouvement dont la substance est unique dans l’histoire de France ; car, c’est la première fois qu’un telle manifestation arrive a créer un consensus de toutes les forces vives d’une Région et sans exclusive.

                    La Guadeloupe réclame la venue du Premier Ministre pour gérer une fin de cette crise. Or, le ministre de tutelle, en l’occurrence Monsieur JEGO, refusant de jouer son rôle légal, refuse de se rendre en Guadeloupe par peur de...

                    L’Etat Français s’est défaussé devant le peuple guadeloupéen qui a assisté en direct à la démission du gouvernement.

                    Les négociations étaient retransmises par 3 chaines de télévision locale, les téléspectateurs ont assisté au départ du Préfet qui a refusé de continuer les négociations, promettant de sévir en cas de dérapage.



                    17 Airbus ont débarqué depuis début janvier, avec près de 4000 militaires/gendarmes/CRS, armés jusqu’aux dents. Des chars d’assauts, des minutions, des cercueils en plastique, des vivres ont également été acheminés en même temps que ces forces de répression.


                    Ce tel dispositif de guerre coûte 3 millions d’euros par jour au contribuable français.

                    Les guadeloupéens auraient préféré que cet argent serve à résoudre quelques uns des 146 points de la plateforme de revendications.

                    L’Etat français a tiré sur la foule à plusieurs reprises en Guadeloupe : 1910 - 1925 - 1952 - 1967

                    En 1967, suite à un fort mouvement de grève, messieurs MESSMER, MARCELIN et DE GAULLE ont fait tirer sur la foule et tuer plus de 170 personnes - officiellement seuls 31 morts ont été déclarés par l’Etat.

                    Pendant que je rédige ce document, le gouvernement vient de décider de transférer les rédactions de RFO à Paris, les émissions locales ne seront plus produites localement.


                    Sarkosy se fabrique sa dictature par ses exactions, voilà que l’Outre-Mer revient 30 ans en arrière avec les pratiques coloniales.


                    Chers compatriotes, je vous demande de diffuser ce document par vos relais, il faut que toute la France sache que l’on se bat pour l’ordre juste et contre les profiteurs de toute nature. *"La gwadloup cé tan nou - la gwadloup cé pa ta yo - yo bisyon fé sa yo vlé - a dan péyi en nou"

                    * /*"La Guadeloupe est à nous - la Guadeloupe n’est pas à eux - ils veulent faire ce qu’ils veulent - dans notre pays"

                    dimanche 8 février 2009

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