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Harragas, allez le voir

Harragas, ou le devoir de présence au monde.
Le devoir de mémoire nous fait aimer des histoires compassionnelles parlant de temps anciens. Un devoir de « présence au monde » pourrait être aussi envisagé, qui nous ferait aussi engager cette compassion envers nos contemporains.

Les Harragas sont les Algériens qui brûlent leur papier pour venir en France (Harragas veut dire ceux qui brûlent ; ils brûlent leurs papiers, les frontières…). Ils laissent tout derrière eux et prennent le risque de mourir. Harragas, c’est aussi un film de Merzak Allouache. On y voit un moment de la vie de quelques Algériens prêts à partir sur une embarcation précaire. On sait peu de choses de leur vie. Il n’y a pas de discours généralisant : il n’y a rien à faire en Algérie, c’est le sentiment écrasant de toute cette jeunesse… « rester, c’est mourir, partir, c’est peut-être mourir… » dit l’un d’eux, en substance. On les voit être obligés de faire confiance à un roublard qui exploite la misère morale en organisant des traversées à haut risque. On les voit accomplir la traversée, mourir en mer pour certains, mourir de leurs disputes… Aucun ne réussira. Ceux qui toucheront la Terre d’Europe, en Espagne, seront pris par la police des frontières, les gardes-côtes à terre.
Leur bagage culturel pour l’intégration en Europe est très variable. Aucun ne semble en position suffisamment forte. Ils ne s’en rendent pas compte.
Ce film relève autant de la fiction que du documentaire. Certains critiques le lui reprochent : un tel film n’est pas intéressant du point de vue filmique. Peut-être. Je suis allé le voir à Lyon où il passait deux fois par jour dans une seule salle (une seule fois le samedi). Nous étions au maximum quinze. Cette semaine, il est projeté deux fois, en tout ! Le fait qu’Harragas ne sera pas vu par tous les militants de RSF me rappelle un autre film : Après l’Océan d’Eliane Latour… sur l’immigration du Sénégal.
Pourtant, les problèmes de l’immigration nous obsèdent, en principe. Le concept « d’immigration choisie » lancé par Nicolas Sarkozy nous indigne ; surtout quand il est opposé à « l’immigration subie ». Mais nous sommes intéressés par notre engagement, notre sentiment de justice, notre volonté bienveillante d’accueil. Nous sommes intéressés par la lutte contre le « délit de solidarité », entre autres centres d’intérêt : un des critiques conçoit Harragas comme un pendant au film Welcome. Welcome montre, face à l’énergie folle et mortelle d’un migrant, la générosité d’un Français, joué par un acteur en vue. La générosité de ce français se bâtit peu à peu devant l’évidence, on pourrait dire, de l’injustice faite au jeune migrant, un peu comme dans Monsieur Batignole. Il nous faut un peu d’héroïsme de nos concitoyens. Nous voulons voir des Européens « justes » qui sauvent des immigrés. Cela permet l’identification. Les conditions du départ du pays d’origine sont nettement moins porteuses.
L’énergie migratoire qui naît de la misère morale et politique sont loin et peuvent rester derrière, pour nous comme pour ces migrants. Cette énergie est pourtant une pulsion de vie tout-à-fait admirable. En 2006, Ariane Mnouchkine et Hélène Cixous avaient fait un spectacle Le dernier caravansérail sur cette impérieuse nécessité, spectacle éclaté qui se revendiquait ainsi (il était sous-titré : Odyssées) : « Ils voyagent (…) animés (…) par une foi naïve en l’existence d’un pays où vivent des déités dont on leur a parlé, la liberté, le respect. (…) Et nous, assis dans nos pays modérés, qui sommes-nous ? » nous disait Hélène Cixous. Ce parti pris de la compassion semblait celui qui allait interdire toute politique restrictive de l’accueil.
Nous insistons beaucoup sur notre « devoir de mémoire » qui nous fait accueillir favorablement des histoires compassionnelles anciennes.
Nous avons aussi un devoir de présence au monde, qui devrait nous rendre insupportable la condition insupportable de certains de nos contemporains.
 
 

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4 réactions à cet article    


  • mokhtar h 5 mars 2010 20:03

    A l’auteur
    Bonjour, et merci de votre devoir de compassion et de compréhension..

    cependant, le peu de réactions qu’a suscité cet article jusqu’à maintenant, vu le peu d’empressement à le commenter, démontre combien vous parlez dans le vide. Et confirme mon impression que les Harragas ont tort de quitter leur pays.... du moins ont bien tort de le quitter pour le continent de Désespérance appelé Europe.
    Pardon, mais je vois bien ce que la plupart des réactions exhalent comme haine et racisme à l’occasion de nombreux articles centrés sur des sujets connexes à celui-ci, immigration, Islam, identité.


    • Orélien Péréol Aurélien Péréol 6 mars 2010 00:48

      A mokhtar h
      Tout à fait d’accord avec vous. Il y a beaucoup de haine et il ne faut pas tenter de combattre la haine par une contre haine (la haine envers les haineux).
      Quant à parler dans le vide, sans doute (tout comme le film Harragas).

      J’avais vu aussi : Barcelone ou la mort par Idrissa Guiro sur l’immigration du Sénégal, 2 récits croisés un prof qui dit qu’il faut rester eu pays et le récit d’un Sénégalais qui a failli mourir en mer dans son deuxième voyage et qui veut repartir tout de même.
      C’est sûr qu’il faut développer ces pays et, pour cela il faut y rester... Mais je ne sais pas ce que je ferai à la place de ces jeunes hommes (en général, ce sont des hommes)


      • mokhtar h 6 mars 2010 10:03

        Mis à part l’action néfaste des marchands de rêve et autres passeurs, ce qui inquiète surtout, si des hommes vont ainsi en toute lucidité à un suicide quasi-certain, c’est qu’il y a quelque chose de cassé en eux, chez eux, chez leur société, chez leurs dirigeants. ET il y a quelque chose de cassé également en Europe pour leur réserver de tels accueils
        L’une des solutions, c’est une vraie aide au Développement aux pays pourvoyeurs d’immigration, (sauf l’Algérie qui a beaucoup d’argent actuellement) et une obligation aux pays receveurs d’aide à affecter cette aide là à ceux qui en ont le plus besoin : les pauvres, et parmi ceux ci, les plus pauvres.
        Tout cela n’est pas difficile à concevoir et à mettre en place pour un maximum d’efficacité : il faut simplement vérifier que cette aide là parvienne aux plus pauvres.
        Les ambassades Européennes et les organismes d’aide connaissent le terrain là bas pour ce genre de tâches. Mais apparemment, les gouvernements européens considèrent que les murs, les postes de guet, et les rapatriements sont plus payants électoralement parlant.


      • Orélien Péréol Aurélien Péréol 8 mars 2010 22:37

        Encore une fois, je ne peux que souscrire à votre message.
        Il faut réduire les écarts de développement. Ce ne peut être qu’un co-développement, mais bien des pays ont ruiné l’aide que les pays riches leur ont apporté, ou n’ont pas profité des richesses naturelles. Ce co-développement n’est pas difficile à concevoir, mais il est très difficile à mettre en place.
        Dans les pays européens, les politiques répressives bien visibles sont préférées par les peuples (payant électoralement comme vous dites).

        Pour revenir à Harragas, peut être nous faut-il des films plus explicatifs des phénomènes en action dans la désespérance de ces jeunes gens ? La dimension compassionnelle ne fonctionnant vraiment que lorsque les européens sont représentés généreux et engagés..
        C’est un des sens de mon article.

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