Où va donc Hervé Morin en pensant autant à son destin national ?
Président du Nouveau centre, Hervé Morin est ce parlementaire peu connu qui a réussi à s'épanouir du tragique destin du centre.
On aura du mal à enlever de l’esprit que le Nouveau centre n’est qu’une confrérie d’élus voulant rester élus.
Sa naissance très trouble, les multiples candidatures de l’entourage des députés UDF sortants aux législatives de juin 2007, et même son association, astucieuse certes mais franchement limite, avec un parti d’outremer (le polynésien Fetia Api) pour bénéficier des exceptions de la loi sur le financement des partis politiques… tout peut faire dire que loin d’être le digne représentant d’un courant de pensée peut-être minoritaire mais essentiel de la vie politique, ce parti n’a qu’un seul but pour ses membres, rester élus.
Cela a d’ailleurs bien fonctionné en 2007. Il a même préservé l’ancien groupe UDF. Il a également obtenu des portefeuilles ministériels, et pas des moindres. Il a bien négocié avec l’UMP pour les élections européennes du 7 juin 2009.
Principal artisan de ce parti, Hervé Morin. Voici un homme qui revient de loin. Ambitieux, il n’en est pas moins touchant lorsque, sur Public Sénat le 4 octobre 2011, il a évoqué avec beaucoup de franchise son oral du concours d’administrateur de l’Assemblée Nationale où son jury était satisfait de lui bien qu’il fallût le "dégrossir".
Député depuis novembre 1998 (élu à la suite de la démission de Ladislas Poniatowski élu sénateur), il fut chargé du projet UDF en 2000 et fut l’un des plus ardents soutiens de la candidature de François Bayrou en 2002 et en 2007.
Il a eu beaucoup de chance en fait. Gagnant une "primaire" face à Maurice Leroy pour diriger le groupe UDF à l’Assemblée Nationale en juin 2002, il est devenu un peu naturellement le syndic des intérêts des députés UDF sortants le 29 avril 2007, au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle où François Bayrou a refusé toute alliance avec l’UMP : « L’UDF penche à gauche et va finir à gauche. ».
Le 9 mai 2007, avec vingt et un autres députés UDF sortants (sur vingt-neuf), il annonça dans "Le Monde" son soutien au futur Président de la République. Deux jours après, dans "Paris Normandie", il se confia sur son "divorce" : « Je l’ai très mal vécu pendant dix jours et après, j’ai eu deux solutions, soit d’arrêter la politique, soit de voir mon chemin et celui de François Bayrou se séparer. ».

Chargé par Nicolas Sarkozy de reconstituer l’UDF sans François Bayrou (à l’époque, cela s’appelait PSLE, parti social libéral européen et ça a failli prendre le nom de "Solide"), Hervé Morin fut propulsé à la tête du prestigieux Ministère de la Défense le 18 mai 2007. Il connaissait déjà ce ministère pour y avoir déjà travaillé comme conseiller technique de l’influent Ministre d’État François Léotard dans le gouvernement d’Édouard Balladur et en rêvait au point de siéger à la Commission de la Défense à l’Assemblée Nationale.
Dans "Le Parisien" du 9 octobre 2011, Hervé Morin a souligné son origine modeste : « J’ai vécu chaque étape de ma vie politique comme une construction. Je ne suis pas né sous les ors de la République ; mon père n’a que le certificat d’études et ma mère n’a pas dû aller au-delà de l’école primaire. Jeune, je ne déjeunais pas avec des banquiers, des patrons de grands groupes, des parlementaires ou des juges. Toutes les étapes de mon parcours, maire, conseiller général, député, ministre, sont autant de marches gravies. ».
Sur les conditions d’accouchement du Nouveau centre et les "candidatures familiales" aux législatives, Hervé Morin s’est distingué par une certaine franchise : « Il n’y a aucune combine. Il faut bien savoir que ce sont les législatives qui permettent aux partis politiques de subsister puisque l’État alloue 50 000 euros par député et par an à chaque parti. Et chaque suffrage rapporte 1,63 euro par candidat. ».
L’objectif du Nouveau centre, c’est de rester l’UDF d’avant-2002, c’est-à-dire un partenaire docile vis-à-vis de l’UMP, à tel point qu’il voulait même récupérer les droits juridiques sur la marque UDF.
Dans un premier temps, cette stratégie a eu quelques effets positifs, en particulier sur la composition du gouvernement (depuis mai 2007, il y aura eu six ministres NC : Hervé Morin, Valérie Létard, qui s’est présentée à la Présidence du Sénat, André Santini, Christian Blanc, et ceux encore ministres, Maurice Leroy et François Sauvadet), mais très rapidement, elle a montré ses limites, notamment sur sa capacité à infléchir la politique gouvernementale (que ce soit sur la réduction des déficits, sur la construction européenne ou sur la politique sécuritaire).
Depuis l’échec de la majorité aux élections régionales de mars 2010, Hervé Morin a sérieusement l’intention de se présenter à l’élection présidentielle. Au conseil national du Nouveau centre du 10 avril 2010, il avait cependant insisté sur le besoin de rassembler les centristes : « Quel que soit l’homme ou la femme qui portera nos couleurs, notre ambition, ce n’est pas l’ambition d’un homme mais d’une famille politique. ». Chose vaguement faite avec l’Alliance républicaine, écologique et sociale (ARES), à ceci près que le MoDem a refusé toute réunification qui se ferait dans le cadre de la majorité présidentielle actuelle.
La détermination d’Hervé Morin est montée de deux crans après son éviction du gouvernement (le 13 novembre 2010) et plus encore après la défection de Jean-Louis Borloo (le 2 octobre 2011).
Il a d’ailleurs raison quand il explique qu’un parti ne peut vraiment exister sous la Ve République sans avoir de candidat à l’élection présidentielle : « Quel est le sens d’un parti politique s’il décide de renoncer ? Moi, je dis : il faut un candidat pour le centre. ». C’est ce qui avait fait le déclin de l’UDF en 1995. L’élection présidentielle est le lieu par excellence du débat politique où les grandes options politiques sont discutées. Le débat de la primaire socialiste l’a d’ailleurs confirmé.



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