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Histoire de l’élection présidentielle acte 2 : le retour de la vengeance

Si vengeance il y eut, ce fut bien celle de la gauche emmenée par François Mitterrand. La semaine dernière l’épisode se terminait sur la victoire de justesse d’un Giscard triomphant, à la rencontre de son d’Estaing. Mais la crise de 1973 va tout changer avec l’arrivée du chômage de masse, de l’inflation et de la désindustrialisation. Sous la présidence du soi-disant champion du libéralisme, le poids de l’Etat dans l’économie va faire un bond spectaculaire alors que la France dit adieu aux budgets en équilibre et fait le choix du déficit systématique pour permettre à l’Etat de multiplier ses interventions plus ou moins heureuses.

La politique étrangère de la France ne manque pas d’attirer les critiques : l’interventionnisme en Afrique et l’attitude ambigüe vis-à-vis de l’URSS sont les principaux angles d’attaque de la droite gaulliste. Car le challenger Jacques Chirac fait des siennes : Premier ministre démissionnaire en 1976 avant de fonder le RPR, il accuse VGE d’exercer une présidence hégémonique. Sarkozy n’a rien inventé en la matière ! Il en va de même pour l’affaire des « diamants de Bokassa » qui rappelle étrangement la boule puante lancée par Mediapart sur Nicolas Sarkozy, il y a quelques jours. Vengeance d’un dictateur trahi par la France, tout comme Kadhafi ? Peut-être bien, mais l’affaire fait mauvais effet, à peu près autant que lorsque la Pravda (organe officiel de propagande en URSS) dresse un bilan positif de la présidence Giscard, qui se serait bien passé de ce « soutien » encombrant. Le Canard Enchaîné révèle enfin le passé de collaborateur sous Vichy d’un certain Maurice Papon, alors Ministre du Budget. Pour l’anecdote, le journaliste du Canard avouera plus tard que le scandale, connu depuis des mois, fut révélé à quatre jours du premier tour précisément pour faire trébucher le Président sortant.

A l’aube des années 1980, la gauche sent bien que son heure est proche. Les luttes d’influence entre socialistes et communistes finissent par faire exploser l’Union de la Gauche. Mais les socialistes, emmenés par un homme fort et rassembleur, savent qu’ils peuvent gagner sans l’appui des communistes. Ironie du sort, c’est un comique qui les menacera de tout perdre : Coluche culmine à 16% dans les intentions de vote en décembre 80 avant de se retirer sous la pression de la gauche qui fulmine à l’idée de se faire voler sa victoire par cet énergumène. Le 10 mai 1981, c’est bien le visage de François Mitterrand qui apparaît sur les écrans à 20 heures, il est élu Président de la République. C’est historique, toutes les grandes villes de France dont Marseille voient des rassemblements dans les rues pour célébrer la victoire. A droite, certains redoutent sérieusement de voir arriver les chars soviétiques sur les Champs-Elysées et la guillotine place de la Concorde, celle-là même où fut exécuté Louis XVI ! Cependant en 1983, la gueule de bois est à la hauteur des espérances de 81 : les caisses sont archi-vides et le gouvernement Fabius doit recourir à l’austérité.

Et Marseille dans tout ça ? Et notre ami Gaston ? Et bien voilà Defferre, Ministre de l’Intérieur en 1981, et qui va mener une vaste réforme de décentralisation. En habile politicien il usera pleinement de son influence pour écarter ses rivaux marseillais de potentielles fonctions ministérielles, d’où une curieuse sous-représentation de la seconde ville de France au plan national. A bien y regarder Marseille est un cas particulier dans son vote. Saviez-vous qu’en 1981, c’est Georges Marchais (PCF) qui remporta le premier tour à Marseille avec 25,8% des suffrages ? Dans une ville encore imprégnée de culture ouvrière le truculent Premier Secrétaire du Parti Communiste réunit 50 000 partisans au Stade Vélodrome en avril 81 pour un meeting dont Mélenchon nous a offert un remarquable remake au Prado. Ce succès s’explique également par le discours violemment anti-immigrés du PCF qui s’oppose à l’accueil des travailleurs étrangers par des actions musclées dans différentes municipalités communistes. Fortement concernée par l’immigration Marseille est réceptive à ce discours, d’autant plus en l’absence du Front National qui n’a pas eu le droit de se présenter à l’élection faute de 500 signatures.

Retour à Paris. La droite profite de l’impopularité de Mitterrand pour remporter les législatives de 1986. Chirac retrouve son poste de Premier Ministre pour une première cohabitation, une aubaine pour Mitterrand qui prend de la hauteur et laisse Chirac s’embourber dans la gestion du pays si bien qu’en 1988 le Président sortant est réélu. Mais ce n’est certainement pas grâce à Marseille ! Dans la cité phocéenne c’est Chirac qui l’emporte de justesse au second tour. Pourtant le phénomène de 1988 s’appelle Jean-Marie Le Pen : avec 28,3% des voix au premier tour à Marseille il humilie la droite parlementaire qui est devancée de quatorze points. On commence même à parler de lui pour la mairie de Marseille… Une chose est sûre : depuis cette époque notre ville est invariablement de droite. En additionnant les voix des différents partis de droite en 1988 celle-ci aurait remporté l’élection dès le premier tour avec 51%. Toutefois c’est bien Mitterrand qui conserve l’Elysée, permettant au passage à l’Arlésien Michel Vauzelle d’être nommé Ministre de la Justice sous le gouvernement Bérégovoy.

En 1995 les Français choisissent Jacques Chirac comme nouveau Président à l’issue d’une campagne qui l’oppose au boute-en-train Lionel Jospin. Après quatorze ans de Mitterrandisme ternis par des scandales politiques (écoutes de l’Elysée, Mazarine, etc.,) c’est Chirac qui incarne le changement écartant d’un souffle au passage la candidature UDF d’Edouard Balladur. Pourtant à Marseille c’est à nouveau Jean-Marie le Pen qui domine le premier tour avec 22,3% des voix, loin devant les 16,7% de Chirac. Toutefois la campagne présidentielle est émaillée d’un grave incident : le 21 février 1995 des colleurs d’affiches du Front National se battent avec des jeunes du quartier des Aygalades. Des coups de feu sont tirés par les partisans de Le Pen et le jeune Ibrahim Ali est mortellement atteint. Un certain Bruno Mégret déclarera dans le Méridional : « c’est la faute de l’immigration massive et incontrôlée…si nos colleurs n’avaient pas été armés, ils seraient probablement morts. »

La dynamique Front National atteint son apogée en 2002 lorsque Le Pen bat Jospin et accède au second tour de la présidentielle. La France est sous le choc et d’immenses manifestations ont lieu partout dans le pays pour protester contre le résultat de l’élection. A Marseille comme ailleurs les lycéens sont en pointe de ces manifestations, aidés il est vrai par des professeurs qui souvent les autorisent à quitter les cours pour aller manifester, en dépit de leur théorique devoir de réserve. Le Pen a fait 23,3% chez nous, huit points au dessus du candidat socialiste. Au second tour il atteint 27% des voix.

Après douze ans de Chiraquisme la droite paraît mal en point en vue de 2007. C’est alors que Nicolas Sarkozy – qui pense à l’élection présidentielle en dehors de son rasage quotidien – va entamer une conquête historique des voix de la « droite de la droite » en s’attaquant frontalement aux sujets sensibles de l’immigration et de l’insécurité. Sa ligne de droite décomplexée séduit les électeurs du FN, et au premier tour le patriarche Le Pen a beau s’énerver contre la copie de ses idées, c’est un véritable siphonage des voix frontistes que Sarkozy réussit : il ramène le score du FN à 13,4% à Marseille, soit en quatrième position et avec dix points perdus par rapport à 2002 ! La montée du FN, par un effet de vases communicants, a également provoqué un effondrement des communistes tant au niveau national que régional, achevant un déclin historique du parti mais non de certaines de ses idées.

Forte de cette domination écrasante à Marseille et dans toute la région on aurait pu imaginer la droite marseillaise en position de force pour négocier ses portefeuilles ministériels, mais il n’en sera rien,même si Gaudin sera un éphémère ministre de l’aménagement du territoire. Le même Jean-Claude Gaudin, Maire de Marseille depuis 1995 est solidement ancré à l’UMP et comme par enchantement ses rivaux directs n’obtiennent pas les postes visés. Renaud Muselier quant à lui occupe un poste au gouvernement en tant que « Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, auprès du Ministre des affaires étrangères ». Questionné sur son rôle dans la gestion des dossiers il déclare « Dominique de Villepin fait tout et moi le reste », ce qui lui vaut malgré lui le Prix de l’Humour Politique décerné en 2003 par le Press Club. Guy Teissier, député-maire des 9ème et 10ème arrondissements obtient un poste non moins stratégique en devenant Président de la Commission de la défense nationale et des forces armées à l’Assemblée Nationale.

En 2012 nous ne sommes plus dans l’Histoire, mais il est probable que cette année soit synonyme de traversée du désert pour la majorité actuelle qui a fort à craindre des élections législatives toutes proches. Dans l’hypothèse probable de l’élection de François Hollande, le nouveau Président demandera aux Français une majorité claire pour gouverner.

Pierre SCHWEITZER

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4 réactions à cet article    


  • Valeska 8 mai 2012 14:12

    >> Le Pen a fait 23,3% chez nous, (...). Au second tour il atteint 27% des voix.

    Bonjour l’intox : 17% au premier tour et 18% au second tour.


    • Valeska 8 mai 2012 14:42

      Autant pour moi, je pensais que c’était à l’échelle nationale.


    • Valeska 8 mai 2012 21:34

      >> A bientot.

      On s’appelle et on se fait une bouffe ? ^^


    • Scual 8 mai 2012 15:03

      Comparer les diamants de Bokasa à l’affaire Kadhafi, c’est comme comparer un vélo à un Rafale.

      Vous savez les éléments de langage transmis aux journalistes aux ordres par l’Élysée c’est bientot fini. Ça y est la parole est de nouveau libre. L’affaire Kadhafi est une bombe atomique, pas une « boule puante », une bombe atomique. Une montagne entière de diamants de Bokasa à laquelle on peut ajouter une guerre illégitime et des crimes contre l’humanité, le tout contre les intérets de la nation.

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