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Accueil du site > Actualités > Politique > Hollande, Macron, Montebourg, Juppé… des personnages de fiction (...)

Hollande, Macron, Montebourg, Juppé… des personnages de fiction ?

En cette fin d’après-midi au Cap Ferret, face à la plage, j’écoutais attentivement un exposé consacré à la communication politique, ce qui m’a incité à écrire quelques lignes sur ce phénomène médiatique diversement analysé alors qu’il conditionne puissamment le fonctionnement des démocraties. Les grilles de lecture ne manquent pas. Le sociologue Luhmann a livré une interprétation systémique originale qui a le mérite de déniaiser le lecteur trop près des écrans médiatiques. En fait, les médias trient dans les événements. Non pas pour transmettre une représentation fidèle ou pertinente des choses qui se passent mais pour fabriquer de l’information. En vue d’un ensemble de récepteur qui vont consommer ces informations. Telle est la règle générale régissant le système médiatique. Un mort sur un téléski fera une information pour JT mais pas vingt noyés sur un navire indonésien. Cinq morts dans un bus chez nous et c’est la une des journaux. Un train déraille en Inde avec cinquante morts et c’est un fait divers dans les médias. A force de professionnalisme, les responsables des rédactions connaissent parfaitement ce qui doit être considéré comme une information.

Dans les sociétés techniquement avancées comme la notre, les systèmes sont autonomes tout en étant articulés pour former un système composite. Considérons d’un côté les médias de masse avec leurs communautés de journalistes, rédacteurs, canaux de communication et de l’autre côté le monde des politique qui lui aussi est complexe, avec des appareils, des partis, des think tanks, des agents de communication, des célébrités et surtout, des élus car ce sont ces derniers qui font les lois et les appliquent. Mettons ensemble le politique et les médias et nous avons un système complexe qui finit lui aussi par produire quelque chose mais pas forcément une vision de la société ou de son avenir. Ce que produit cet ensemble, la plupart le devinent sans en avoir forcément conscience. L’alliance entre la politique et les médias produit entre autres choses des séries de fiction politique. A l’époque des séries TV, le politique débat et raisonne de moins en moins alors que le côté fictionnel prend le pas et le citoyen finit par appréhender les prétendants à l’élection comme des personnages de fiction que les médias façonnent en les présentant en de nombreux épisodes.

C’est avec ces séries d’informations que se construisent les potentiels candidats à l’Elysée avec plusieurs épisodes et le concours des médias de masse, les grands quotidiens et hebdo complétant parfaitement les séquences diffusées dans les JT, les reportages et maintenant les chaînes d’info en continu. Avec cette combinaison associant les diffuseurs et les spectateurs se crée une convergence qui finit par se traduit en élections puis en élus. François Hollande a été le produit final sorti de ces fictions télévisées, comme en 2007 Madame Royal alors que Sarkozy était bien implanté dans les esprits, ayant imprimé les cerveau autant que JR de Dallas. Une fois élus, Hollande a gouverné avec les rouages de l’Etat mais a poursuivi sa course dans la fiction télévisée intitulée, « les actions et déclarations du moi président ». Hollande s’est révélé un bon comédien, déjà quatre années et 52 épisodes, un par semaine. Même s’il n’y a pas eu la fameuse scène de la piscine comme dans Loft Story, les spectateurs ont pu vibrer lorsqu’ils ont eu connaissance d’un troubadour allant retrouver sa belle en se déplaçant à scooter.

Actuellement, la série qui se joue met en scène de nombreux comédiens et comédiennes. Le plus en vue n’est autre qu’Emmanuel Macron dont on retient quelques épisodes comme les scènes avec sa femme diffusées dans un célèbre journal ou son passage à Londres avant d’êtres sermonné par le premier ministre lors d’une séance de questions à l’assemblée. Si les spectateurs de séries TV en pincent pour quelques vedettes célèbres, les spectateurs des séries de réalité politique ont eux aussi des préférences. Macron, Juppé, Hulot ont une bonne cote, comme du reste Madame Le Pen, Mélenchon et maintenant Montebourg qui s’est mis en scène pour une ascension, au moins dans les médias.

Dans le monde des séries télévisions, il n’y a pas de contrats ni de casting, tout se joue de connivence. Une fois un comédien placé sur orbite, chaque média s’en empare pour le mettre en scène. On vient de le constater à l’occasion du discours de Montebourg. Faussement rangé des affaires comme Sarko, il revient, l’économie l’ennuie, sans doute. C’est plus valorisant de se mettre en scène. Pas de contrat signé, le média fait de l’audimat et le candidat accumule sa valeur en terme d’image. Le capital ne se résume pas à des dollars. Il y a un capital image. Une transaction entre les médias et le comédien de la politique. Vaste sujet.


Ces constats effectués, la place des séries politiques traduit le type de démocratie dans lequel nous fonctionnons. Une vue synthétique permet d’opposer aux séries actuelles de fiction politique ce qui fut désigné comme le récit national. Jusque dans les années 1970, le récit national avait un effet agrégateur, permettant de réunir les Français autour d’une longue histoire tout en les plaçant face à un horizon décliné en deux versions, celle de la droite et celle de la gauche. Une fois Mitterrand élu, le récit national s’est effrité, usé ou plutôt devenu obsolète dans un monde médiatisé. Le Mitterrand de 1981 était un personnage de récit national, celui de 1988 a été façonné comme un personnage de fiction. Ce fut un sacré changement d’époque. Par la suite, les candidats et les gouvernants se sont éloignés du caractère de héros national pour devenir comédiens de série télévisée. Surtout à partir de 2007, avec les figurations de Sarkozy.

La politique jouée en fiction télévisée a fini par lasser les citoyens devenus spectateurs et façonner une crise plurielle où finalement, on s’aperçoit que beaucoup d’électeurs se sentent déconnectés des élites et gouvernants. L’explication est simple. La médiatisation crée un ensemble de fictions sociales et politiques dans lesquelles nombre d’individus ne se sentent plus insérés voire enracinés. C’est le paradoxe. La fiction politique veut agréger car elle se prétend républicaine mais le résultat est la désagrégation. Les citoyens spectateurs se sentent face à une superproduction qui ne les fait pas participer, au moins comme figurants. Alors que d’autres sont dans une situation qui leur permet de regarder avec détachement le spectacle médiatique, se comportant comme des consommateurs de séries politiques plutôt que comme des électeurs rationnels dont le choix est façonné par un débat démocratique. Il reste les dissidences qu’on voit émerger à l’occasion des nuits debout. Ces gens veulent se mettre en scène dans la politique mais ils n’ont pas de scénario et refusent les castings car échaudés par les fictions politiciennes.

Le tableau n’est pas forcément sombre. Il reste un noyau qui agit et réfléchi mais la massification des citoyens induit la « fictionnisation » de la vie politicienne. Le drame de la démocratie, c’est qu’il n’y a pas assez de citoyens acteurs mais des consommateurs et des spectateurs. La politique ne crée plus de république, elle met en scène un scénario général dans lequel les clans et les réseaux s’activent et se réalisent. Il y aurait un livre à écrire sur ce sujet. Le seul salut du monde est la révolution. Et la révolution vous salue !


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8 réactions à cet article    


  • Alex Alex 17 mai 09:13
    Hollande, Macron, Montebourg, Juppé, et les autres, ne sont pas de la fiction, mais des exemples concrets de types cherchant le moyen de s’engraisser toujours plus sans jamais rien faire d’utile.
    Remplaçons-les par des détachés sri-lankais ou roumains payés au 1/4 du smic : je suis sûr que les résultats seront identiques, mais moins coûteux.

    • fred.foyn Le p’tit Charles 17 mai 09:23

      (au Cap « Ferret » de la Reine)...d’Artagnangnan à la recherche de son « cardinal-cantique » avance une thé-au riz sur la caste politique du pays des bisounours... !


      • JL JL 17 mai 11:41


        Dans cet article, Bernard Dugué nous explique l’eau chaude qu’il vient de découvrir. Ensuite, hé bien il nous explique tout à travers le prisme de sa trouvaille.
         


        • Norbert 17 mai 17:14

          Cet article pointe juste et même si l’on y voit pas de trouvaille révolutionnaire, le mécanisme présenté et expliqué vaut mieux, selon moi, que la simple redécouverte de l’eau chaude.


          • sampiero sampiero 17 mai 19:01
            Hollande, Macron, Montebourg, Juppé… des personnages de fiction ?

            Non , des personnages d’affliction. 

            Encore que le mot « personnages » semble surfait.

            • Jo.Di Jo.Di 17 mai 20:59

               
               
              « La réalité humaine se choisit ses héros » Heidegger
               
               
              Autour du plug anal géant vert (écolo) gesticulent les Héros bobo, préfigures comiques du projet même de leur déréliction.
               
              Le monde Auge des mimes.


              • L'enfoiré L’enfoiré 18 mai 18:37

                Si vous avez vu le dernier « Secret d’histoire » sur De Gaulle, vous avez pu constater qu’il y avait deux De Gaulle.

                Un fictif et un réel..
                Je pense que quand on arrive au sommet, on devient d’office un comédien de théâtre qui utilise les gens qui applaudissent et qui font taire ceux qui ne sont pas d’accord.
                .
                 

                • zygzornifle zygzornifle 18 mai 20:48

                  Juppé n’est pas de la fiction mais des emplois fictifs a la mairie de Paris pour les 6,5 millions de chômeurs dans le cas de son élection .....

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