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Hommes politiques : la révolution de l’image

Les femmes politiques y verront-elles un juste retour des choses ? Le costume gris et l’éloquence ne suffisent plus pour séduire l’électeur : le look est devenu une composante essentielle du pouvoir masculin.

L’homme d’aujourd’hui date des années 80. Avec lui, la bedaine, le marcel et le slip kangourou sont remisés au placard. La pression que la publicité fait peser sur les femmes s’étend au genre masculin. Les annonces pour la marque Dim commencent à donner des complexes. Conséquence logique, le jogging, les cosmétiques et les magasins de fringues pour homme se développent.

Reflet de ce changement : les magasines masculins. Jusque dans les années 80, la ligne éditoriale dominante de ces journaux est relativement simple : du sport, des filles plus ou moins dénudées et des bagnoles pour toutes les bourses (ok, c’est pas très fin…) « Play boy » constitue la référence internationale. »Lui » incarne la revue bien de chez nous. Tout change au milieu des années 90. Concurrencés par le net et privés du marché des bidasses avec la disparition du service militaire obligatoire, « Lui » met la clé sous la porte tandis que les ventes de « Newlook » s’effondrent. Même si « Entrevue » ou « Max » font de la résistance, d’autres magasines, comme « FHM », « L’Optimum », « Vogue Hommes International », « Monsieur » ou plus récemment « GQ », reflètent les nouvelles préoccupations des hommes. Des hommes toujours attachés à leur virilité mais désormais très soucieux de cultiver leur capital santé et leur look.

Les politiques sont priés de faire un effort. On ne leur demande pas de ressembler à des rock stars mais d’être, quand même, un minimum présentable. L’élection de John Kennedy en 1961 et la candidature de Jean Lecanuet (surnommé « dents blanches ») au présidentielles de 1964 constituent les signes annonciateurs du primat des apparences. Mais le changement n’intervient vraiment qu’au début des années 80. L’heure du look a sonné. Pas celle du jeunisme. En 1981, les américains se choisissent un ancien acteur de 70 ans au sourire impeccable, Ronald Reagan, tandis que les Français élisent un socialiste, François Mitterrand, qui, à 65 ans, s’est enfin résolu à un petit limage des dents. Jack Lang fait sensation en costume Thierry Mugler, sans cravate mais avec col Mao. Pas vraiment à l’aise avec son image, Jacques Chirac fait de la résistance mais cède, à son tour, à l’air du temps en abandonnant ses lunettes à grosses montures noires.

Barre, Balladur ou Jospin, incapables de s’adapter à la nouvelle donne (ou d’en tirer les conséquences) passent à la trappe. La nouvelle ère du look ne se limite pas aux Etats-Unis et à la France. Tony Blair joue à fond la carte de la séduction et veille sur ses cheveux. Berlusconi, lui, teint les siens. Vladimir Poutine, une photo le démarque de Boris Eltsine (plus porté sur la bouteille que sur l’entretien de son corps) en le montrant torse nu et musclé, habillé simplement d’un treillis et de rangers, sur fond de forêt russe. Le regard est déterminé et le message sans ambiguïté : la Russie est (elle aussi) de retour et le premier qui rit s’en prend une. Porté au pouvoir par les élections législatives de 2004, le premier ministre espagnol Zapatero inuagure un style chic et décontracté. En France, les présidentielles de 2007 ne donnent pas l’occasion à Strauss-Kahn d’amortir son opération de la paupière tombante, ni à Villepin de capitaliser sur son apparition – pourtant très remarquée – en maillot de bain. Sarkozy affronte finalement une femme, Ségolène Royale, qui s’est totalement métamorphosée en quelques années. Elu, il doit corriger un style jugé « bling bling » et combat sa tendance à l’embonpoint en faisant du jogging. Même si on le voit moins courir ces temps-ci, le mot d’ordre est plus que que jamais d’actualité : ce n’est pas parce qu’on est au pouvoir qu’il faut se laisser aller.

Le look des hommes politiques est désormais devenu un sujet de presse. Dans son numéro du 19 septembre 2009, Libération analyse une photo de Frédéric Mitterrand à l’Assemblée nationale. Le journaliste, Gérard Lefort, n’y va pas avec le dos de la cuillère en commentant le look du nouveau ministre de la culture : « A part un léger début d’embonpoint (Frédo, reprendre 12 fois des Ferrero Rocher, même quand on s’ennuie à une réception chez l’ambassadeur, ça n’est pas raisonnable), on s’arrête sur le pull en V. Au charme déroutant. Entre chic Old England et soucis de vieux garçon précocement frileux. Car, de mémoire, il ne faisait pas à Paris ce mardi-là une froidure telle qui justifia qu’on enfilât un pull sous sa veste. Cela dit peut-être sans manche. Pour comprendre, on peut s’hystériser en maman : Fred, si tu vas du côté de chez Palais Bourbon, n’oublie pas de mettre ta laine ! Injonction pas si bête, les couloirs du pouvoir étant infestés de vents mauvais plus porteurs de peste que de grippe A ». Fermez les guillemets ! De son côté, le sportif Dominique Fernandes délivre quelques conseils aux présidents français, américains et russe pour entretenir leur corps dans un article de Technikart intitulé « Les politiques sont-ils bien gaulés ? » (septembre 2009)

Plus complet encore : le dernier dossier de « L’Optimum » consacré aux hommes politiques les plus stylés (octobre 2009). Pour Emmanuel Rubin, qui anticipe les critiques sur « le périlleux diktat des apparences » et « l’enterrement du débat d’idées », la question mérite d’être traitée dans la mesure où il n’existe « pas de statut sans stature ». Selon un sondage de l’institut Isama commandé par le magazine, six hommes politiques se détachent du lot : Dominique de Villepin, Jack Lang, Bernard Kouchner, François Fillon, Bertrand Delanoë et Dominique Strauss-Kahn. A l’exception de Villepin, ces hommes ont la particularité de figurer également parmi les personnalités préférées des Français. On trouve ainsi la confirmation que si la séduction est une forme de pouvoir, le pouvoir confère inévitablement un surcroit de séduction. C’est si vrai que les quadras du PS, pourtant plutôt « beaux gosses », sont jugés beaucoup moins « stylés » que leurs aînés.

Femmes et hommes n’ont pas toujours la même conception du « style ». Jack Lang (placé en 3ème position) est la personnalité qui suscite la plus grande unanimité chez les premières comme chez les seconds. Mais les hommes préfèrent le style de Strauss-Kahn et Villepin quand les femmes sont plus sensibles à celui de Kouchner et de Fillon. Autre différence : les femmes ont tendance à être plus indulgentes que les hommes sur la question des apparences. La personnalité la mieux notée par les femmes remporte un 6,06 tandis que celle qui arrive en tête chez les hommes n’emporte qu’un 5,78. Et cette tendance se vérifie sur l’ensemble du classement. Seule exception (mais elle est de taille) : Strauss-Kahn. Alors que le directeur du FMI est plébiscité par les hommes, les femmes se montrent beaucoup plus réservées. « Un phénomène troublant qu’on ne peut s’empêcher de relier aux frasques sexuelles du leader socialiste » selon Yves Derai.

Bref, jamais le charisme, ce mixte de personnalité et de style, n’a jamais été aussi important. Et ce n’est pas l’élection d’Obama qui va mettre moins de pressions sur nos hommes politiques…


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1 réactions à cet article    


  • vivien françoise 2 mars 2010 13:42

    Après nous avoir bassinées avec leur machisme ambiant, vla t-y pas qu’ils vont faire comme les femmes ? Et ça reluque les froufrous, et ça se parfume. On ne dira plus qu’un homme politique impose par ses idées mais par son loock ! On ne disait pas d’une femme politique qu’elle a des compétences mais qu’elle s’habille chez un tel.
    Je n’ai pas été sollicitée pour un sondage d’opinion concernant le sex appeal des hommes qui feraient la France, dommage.
    Les hommes d’aujourd’hui en auraient-ils assez d’être des brutes épaisses ? voudraient-ils eux aussi être chouchoutés ?
    Je rêve de voir une publicité pour un déodorant masculin, voir un homme s’effeuiller devant la caméra en se trémoussant, dévoilant la chair tendre de ses hanches pour finir par l’ultime,
    notre héros tenant devant son sexe pour le cacher ou le protéger l’objet de toutes les convoitises masculines, le nouveau déodorant que les hommes doivent mettre pour ne pas sentir mauvais à 17h, heure de sortie du bureau pour aller chercher les gosses.
    Le pouvoir masculin ? dans un nouveau look ?
    Monsieur, je vous adore, ce qui fait l’homme aujourd’hui c’est son look. les magazines féminins ont du souci à se faire.
    Les hommes commentant leurs petits problèmes ???
    Le pouvoir féminin c’est de vous avoir mis la tête dedans. Pour ma part, je ne vote pas pour un look mais pour des idées.
    Bonne journée
    VF

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