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Il est parti le socialiste

1988, réélection de François Mitterrand, humain ou extraterrestre couramment considéré comme le dernier grand représentant du parti socialiste. Cela fait vingt ans. Et depuis vingt ans, son ombre plane démesurée, belle et terrible, comme un rappel à l’ordre persistant du superviseur, visionnaire visant à ne jamais être perdu de vue. Cette ombre rappelle les hauteurs de l’aventure socialiste, sa grandiose Histoire, son Espérance, cette bleue déesse * à laquelle les plus grandes âmes de la pensée socialiste se sont converties, mais cette ombre ternit également l’éclat du quotidien qui peine tant depuis à voir le soleil. Depuis toutes ces années, l’ombre passe, repasse, et sœur Anne ne voit rien venir.

Vingt ans.

Le parti, lui, est beaucoup plus âgé. Son intention politique s’est fixée en 1905 sous la forme d’une union socialiste, il y a donc plus de cent ans, et n’a , à l’aube du XXIème siècle, plus grand chose de l’union. Pour les désœuvrés, il y a moyen de s’occuper extraordinairement en suivant au fil de l’eau les remous et autres mous léchant par vagues répétées et inlassables les pieds de l’identité socialiste depuis quelques décennies, et tout particulièrement depuis quelques semaines.

 Le thème socialiste inspire et échauffe les esprits, cela part dans tous les sens, comme les cheveux au réveil. À croire que le parti socialiste ne veuille radicalement pas se discipliner, et que sa tête s’avoue impuissante à rester bien coiffée. Remarquez, la tête semble être le nœud du problème. Et quand on parle de nœud, les fameuses leçons d’Alexandre le Grand reviennent à l’esprit. Mais enfin, des nœuds, il y en assez comme cela. Les têtes du PS sont tout à fait conscientes des problèmes qui gangrènent le parti ; elles savent, tentent, proposent, mais elles ne s’entendent pas, ne s’attendent pas, prises par l’urgence de réformes internes et la volonté de se démarquer. Tout le monde est d’accord, tout le monde fait preuve de bonne volonté, tous les ingrédients sont là, alors pourquoi le PS ne parvient-il pas à s’accorder ?

« Il y a la foi et il y a la volonté et il y a, au bout du compte, la liberté victorieuse dans la patrie réconciliée. »

François Mitterrand, contre l’investiture de De Gaulle, le 1er juin 1958.

Pour De Gaulle, Mitterrand, de tempérament droitiste coupant les cheveux en deux, était « le candidat des partis ». Entre les deux tours des présidentielles 1965, être le « candidat des partis » face à un monument humain, cela ne « manquait pas de sel » (paraphrase de l’homme apolitique parmi les hommes apolitiques, et parmi les gastronomes, Jacques Chirac). Le propos fut réitéré par Alain Poher, homme centriste s’il en est, et l’expression « candidat des partis » menace depuis de remonter sur le pont dès que le bateau tangue et voit apparaître une nouvelle figure de proue. Avec les années, à la lecture, à l’analyse, à l’écoute, à dieu va, nous en arrivons à l’assurance que les partis ne sont rien sans leurs visages de candidats charismatiques, et que ces visages n’ont besoin des partis que pour leur élection, ce qui n’en font que des partis pris, dixit notre président Mr Sarkozy. Le PS ne fait pas exception, il a besoin, envie d’une individualité qui rassemble mais ne trouve personne capable de s’imposer sans ambiguïté. Les mots “nouveau”, “élan” résonnent, les moyens ne suivent pas ; les esprits, tous les esprits semblent vouloir le changement sans avoir à rien toucher.

« Le Parti socialiste (PS) est un parti politique français de gauche

dont l’actuel Premier secrétaire est le maire de Lille, Martine Aubry. »

Première ligne de la page WIKIPEDIA du PS, ligne sujette à une guéguerre d’usure ces derniers jours (pour ceux qui ont le temps, l’historique est fort divertissant).

Ainsi même un parti comme le PS, si fort de son esprit clanique, historiquement servi par sa pensée collective, fracassera sa coque sur les récifs s’il n’y trouve pas rapidement une perle rare.

En réfléchissant à la stérilité actuelle du PS, imaginons l’avenir, une ère ca-rrrré-ment sans parti politique, dirigée d’humains forts en gueule, de toutes couleurs. Un Gandhi, même si l’exemple est excessif et difficile à sortir de son contexte, est un nom fort évocateur de cette ère supposée. Oui imaginons une France des futurs où les partis politiques, communément considérés en France comme la base du système démocratique**, disparaîtraient au bénéfice d’un soutien collectif décomplexé et organisé autour d’une entreprise individuelle, un soutien volontaire et choisi d’une forte personnalité capable et déterminée, dans le style d’un Mitterrand, le même qui a rassemblé le PS autour de lui en 1969, officiel âge de la majorité de la pensé socialiste. Dans cet avenir, peut-être imminent on l’ignore, la réussite politique serait une question de tempérance, l’une des quatre vertus cardinales avec la justice, la prudence et la force selon Aristote. En revenant à nos jours, le même Aristote, penseur de son état, s’amuserait certainement de notre début de siècle qui veut qu’en politique le ralliement à un parti soit une étape obligatoire, dont il est insensé de faire l’économie, à l’exemple de la guerre qu’a dû livrer Barack Obama contre Hillary Clinton pour pouvoir déclarer la même guerre contre McCain. Le grand Aristote s’égayerait autant à observer le si saisissant besoin des militants des puissances occidentales de se regrouper dans des limites marquées, besoin moderne (!) qui veut qu’avant de faire de la politique, il faille faire parti d’un parti politique. Même si ce même parti est sur le départ. Et même si tel est pris qui croyait prendre.

Enfin… Les mœurs évoluent, les crises au sein du PS en sont de possibles stigmates. Que sera donc le parti socialiste quand il ne sera plus un parti ? Cette lente évolution vers le non parti, si elle est effective, pourrait-elle être l’explication de son mal parti ? Ségolène, électron qui a la fâcheuse tendance à se détacher des objectifs moléculaires, violemment opposée dans les faits et par les votants à une robote intelligente, surnommée Terminator dans son fief du Nord, qui rassure les partisans les plus doctrinaires, n’est-ce pas tout à fait révélateur de la scission nucléaire des partis agonisants ? Et si tel est le cas, à quand l’explosion de l’UMP dont on commente déjà les timides frondes et autres divergences d’opinions ? Quoi qu’il en soit, et quoi que nous réserve l’avenir, l’actualité se prépare à être rock’n roll, pour le plus jubilatoire plaisir des petits et des grands.

Comme cet article, postons-nous. Ça va être marrant.


* ” … nous escomptons toujours le succès, nous autres amants de la bleue déesse, l’Espérance !”, citation tirée de la nouvelle “Gambara“, de Balzac.

** Ce qui revient à dire, ce que l’on sait depuis longtemps, que les quelques 200 000 adhérents avérés du PS (dans ses fortes estimations) représenteraient démocratiquement, en cas d’élection présidentielle, les quelques 62 000 000 de français.


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9 réactions à cet article    


  • Algunet 6 janvier 2009 09:42

    La grande différence entre le PS et l’UMP c’est qu’à l’UMP il y a des divergences sur les idées (travail le dimanche, etc...) et qu’au PS il ny a plus d’idées et que les divergences se font sur les personnalités ! 


    • stephanemot stephanemot 7 janvier 2009 08:46

      la difference c’est que l’UMP va imploser et que tout le monde le sait alors que le PS a implose depuis plus de 3 ans et qu’aucun de ses dirigeants ne s’en est rendu compte.


    • non666 non666 6 janvier 2009 09:45

      La seule véritable question que doivent se poser, non seulement les socialistes, mais aussi tous les élécteurs est celle-ci :

      Que reste t’il d’une démocratie, quand les composantes du bipartisme sclérosé qui pretendent incarner le peuple français se réduisent a :

      1) Un parti qui se pretend le parti de toutes les droites tout en pratiquant le culte d’un chef qui sert ouvertement les interets des anglo-saxons et d’israel

      2) Un parti marxiste reformiste (qu’est ce que le socialisme sinon ?) qui ne croit plus au socialisme.

      L’UMP pretends etre l’impossible melange de l’huile et de l’eau, de la droite nationale avec la droite chretienne democrate et la droite liberale.
      Dans les faits, elle utilise les deux premiers familles comme reservoir de voix et ne sert que les interets de la dernière....

      Le Parti socialiste, après nous avoir donner des cours de civisme, de "sens de l’Histoire" , de lutte des classes , se redefinit sans vouloir changer de camps.
      Quand on a prétendu, comme le PS pendant 80 années que la difference entre "LA" droite et "La" gauche etait dans la foi dans les lendemains qui chantent, dans la fin du capitalisme, que conclure quand on voit qu’ils n’y croit plus , sinon qu’ils ont changé de camps ?

      Une droite reduite a des liberaux atlantistes et pro-israeliens et une gauche reduite à rien, c’est ça notre "offre" politique ?

      Votez pour qui vous voulez, mais tuez les tous.
      Je veux dire de façon electorale, bien sur, la guerre civile n’etant pas encore declanchée.
      Dieu reconnaitra (peut etre) les siens...mais nous surement.


      • Elle S. Claës Elle S. Claës 6 janvier 2009 12:05

        Voilà du pragmatisme éclairé smiley


      • Voltaire Voltaire 6 janvier 2009 13:22

        Je ne suis pas certain de bien comprendre le fond de cet article et le message que souhaite faire passer son auteur.

        Les partis politiques ne sont que le reflet de l’organisation sociale humaine. Ils rassemblent des personnes qui ont des intérêts communs, et qui donc mettent en commun leurs ressources pour atteindre des objectifs qui leurs sont bénéfiques. On peut appeler cela du corporatisme.

        Bien sûr, il y a aussi des objectifs à visée plus universelle dans les partis, mais à y regarder de plus prêt, il s’agit plutôt de corporatisme élargit : un parti politique n’a jamais de vision désintéressée pour ses membres. Cela ne signifie pas qu’un leader ne puisse pas porter une telle vision, de temps à autre : De Gaulle, Rocard, Barre, Delors, Bayrou avaient ou ont un idéal politique qui dépasse largement ce corporatisme, mais les partis ? Ils sont là pour aider les leader, et défendre des intérêts, plus ou moins large.

        Certes, de nombreux adhérents de partis ont une démarche qui dépasse ce corporatisme, soit parce qu’ils adhèrent à ce même idéal, soit parce qu’ils sont séduit par une personne. Mais le parti sert, avant tout, à défendre une catégorie plus ou moins large de la population ; il n’y a pas de parti à vocation réellement universelle (le MoDem actuel est un peu un cas à part, mais il finira sans doute dans le même moule).

        Est-ce négatif ? Non, c’est juste humain, et la démocratie fonctionne ainsi. Sociologiquement, les partis sont donc inhérent à notre système social : UMP ou PS sont donc éternels, même s’ils se transforment, au gré des changements des groupes qu’ils défendent.

        Ainsi, l’UMP ne défend plus les catégories populaires récemment immigrées, mais se concentre sur les personnes âgées, à côté des intérets des personnes les plus riches. Le PS ne défend plus les intérêts des ouvriers, mais principalement ceux des fonctionnaires... (ceux-ci étant sur une pente descendante, le PS doit donc trouver d’autres intérêts à défendre pour l’emporter) ; et le MoDem défend principalement les classes moyennes, en rognant vers les classes populaires provinciales délaissées par le PS et l’UMP.

        Ces partis peuvent-ils devenir des non-partis ? Même si internet a révolutionné la démocratie, celle-ci se fonde toujours sur la nature humaine. Une élection peut se jouer en dehors des partis, mais sur le long terme, ceux-ci sont indispensables dans notre système actuel. En démocratie, les partis sont immortels.


        • Elle S. Claës Elle S. Claës 6 janvier 2009 13:43

          Et l’économie esclavagiste ? Immortelle ?
          Et le système royal ? Immortel ?
          Et la religion ? Immortelle ?
          Et le capitalisme ? Immortel ?
          Et l’institution du mariage ? Immortelle ?
          La nature humaine...

          "Rien n’est constant, si ce n’est le changement", Bouddha.

          Remarque : pour une critique éclairée du phénomène de "l’esprit de corps", et par extension directe des partis, tout à fait mortels, lire "Combat pour l’individu" de George Palante. Editions Folle Avoine.


        • Voltaire Voltaire 6 janvier 2009 13:51

          @l’auteur

          Vous m’avez mal compris... les partis sont immortels, en démocratie. Rien ne dit que la démocratie est immortelle, elle... Simplement, en démocratie, les partis politiques représentent l’organisation sociale la plus efficace pour défendre l’intérêt de certaines classes de la population.


        • Hieronymus Hieronymus 6 janvier 2009 13:45

          Le PS m’amuse et me deprime a la fois
          il n’en finit plus de s’enliser, completement inaudible
          aucun programme politique, meme vague, aucun leader credible

          C’est un veritable gachis depuis des decennies, incapable d’afficher un discours clair car prisonnier de l’ambiguite (soigneusement cultivee) mitterrandienne ..
          lequel Mitterrand expliquait doctement en 1983 lors du tournant de la rigueur : " je n’ai pas change et je continue de penser ce que je pensais .."
          a cette epoque tous les caciques du PS ont retenu ceci : on a beau faire une politique social-democrate, accepter les regles du marche, de la libre economie, les contraintes de la concurrence et le realisme que tout cela implique, il n’est pas question de le reconnaitre implicitement au contraire on se doit de continuer a proferer, en depit des evidences, que le Parti Socialiste est un parti de gauche oppose a l’economie de marche, la libre concurrence, tout ce qui qu’implique le capitalisme, etc !
          bref, ils sont tous devenus schizophrenes en s’appliquant a imiter leur chef qui lui malin n’etait pas dupe ..
          Mitterrand etant toujours le pere inconteste, personne n’ose s’en prendre a la statue du commandeur, contester son heritage, remettre en question ses choix, analyser ses erreurs, denoncer ses fautes, personne !
          non, en France pays conservateur, on est reverencieux envers les peres fondateurs, les icones du pouvoir, a preuve cette comedie du Gaullisme qui dure toujours pres de 40 ans apres sa mort, qu’importe il y aurait sans doute bien des Bonapartistes encore qq part, en cherchant un peu ..
          donc rien ne bouge et tous de continuer (joyeusement) ds la duplicite, le double langage ou le non-dit  !
          meme si ds les faits, le parti socialiste francais, chaque fois qu’il etait aux commandes, a mene une politique social-democrate (la seule possible) le terme SD demeure "honni" car n’ayant jamais recu l’imprematur du chef supreme !

          « Il y a la foi et il y a la volonté et il y a, au bout du compte, la liberté victorieuse dans la patrie réconciliée. »
          Eh bien on le souhaite mais honnetement on a un peu de mal a y croire ..
          depuis le temps qu’ils nous bassinent avec leur renouveau, ces sacre-socialos !


          • catastrophy catastrophy 6 janvier 2009 13:57

             Une bonne idée ? Tiens, et s’ils devenaient simplement socialistes ! chiche... smiley

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