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 Accueil du site > Actualités > Politique > Il serait pour qui, l’or de « la règle d’or » ?

Il serait pour qui, l’or de « la règle d’or » ?

Qui ne souhaiterait adhérer à une "règle d'or" ? Pourtant, sous ce terme rassurant et séducteur se dissimule une stratégie noire, une attaque contre la souveraineté du peuple, défendue justement par notre Constitution. La ficelle est cependant un peu grosse. Les peuples d’Europe s’appauvrissent, les systèmes sociaux sont attaqués de toute part sous le prétexte d’empêcher la faillite des États, alors que c’est justement la destruction de nos systèmes de redistribution qui, en réduisant la consommation et les recettes fiscales, va précipiter cette faillite. Les preuves de cet échec, c’est l’état de la Grèce, utilisée probablement comme test pour voir ce qu’il advenait d’un pays attaqué par la finance via les agences de notation. Et l'on voudrait inscrire dans le marbre une politique qui a prouvé son inefficacité ?

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Cet échec était prévisible. En effet, quand un particulier ou une entreprise est en difficulté pour rembourser ses dettes, on étale ses remboursements, ou on lui fait un cadeau gracieux, ou on admet une pause dans le remboursement destinée à lui permettre de “se refaire”. Prétendre qu’une bonne solution c’est d’augmenter son taux de remboursement (en guise de punition ?) ou de gérer son budget à sa place en l’obligeant à opérer des coupes drastiques dans ce qui est à la base de son fonctionnement c’est une manœuvre d’une grossièreté patente. Le fait que le FMI ait pratiqué ce hold-up sur les pays pauvres depuis des décennies ne donne pas pour autant à ces mesures une efficacité économique réelle.

A part que… la véritable question est : une efficacité pour qui ? Des pays obligés de se lancer dans la monoculture pour bénéficier de l’aide du FMI ont été conduits, par là-même, à devenir plus dépendants du commerce international. Si le résultat évident est un bénéfice assuré aux grandes entreprises et à la haute finance, celui-ci s’accompagne d’une fragilisation accrue des populations et même des États. C’est cela, l’efficacité économique ?

Est-ce cela que l’on veut pour l’Europe ? Des pays dont les lois seraient commandées par la finance et au bénéfice de celle-ci ?

De qui se moque-t-on ?

D’ailleurs, de quel point de vue parle-t-on quand on justifie ses choix au nom du pragmatisme économique ?

Certes, les politiques pudiquement nommées “d’ajustement” savent depuis longtemps avancer à petits pas pour faire accepter aux peuples des mesures qui leur sont défavorables. Certes, ces peuples, l’œil rivé sur la télévision, l’oreillette dans le conduit auditif et les doigts sur la console, branchés, donc, sur la modernité, n’y ont vu que du feu.

Oui, mais la pauvreté, cela se vit, au quotidien. Cela se mange en produits discount ou en resto du coeur, cela s’habite en cohabitation forcée, voire en foyer d’urgence, cela se travaille en chômage des jeunes et des seniors.

On nous a déjà vendu les délocalisations “Il faut être mobile”, “On ne peut pas échapper à la mondialisation”, réduisant notre tissu industriel à peau de chagrin et menant beaucoup de personnes au chômage et à la pauvreté ; on nous a vendu la suppression des fonctionnaires, ceux-ci étant présentés, non comme les garants d’un accès de tous aux services indispensables à une vie correcte, mais comme des ogres qui s’engraissaient, sur nos deniers, à ne rien faire (les “investisseurs” étant présentés, eux, comme de généreux donateurs nous permettant de bénéficier du progrès, et qu’il fallait dorloter au cas où ils iraient proposer leurs merveilleux prêts ailleurs). Ces économies, à qui ont-elles profité ?

On ne change pas une équipe qui gagne : nous avalons tout, pourquoi ne pas nous faire signer notre propre arrêt de mort ? Nos représentants ont bien donné en 1973 aux banques privées le monopole de la création monétaire sans que nous nous en inquiétions beaucoup… Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ! 

Qu’est-ce que cette prétendue “efficacité économique” qui appauvrit les pauvres, enrichit les riches, casse notre système social, diminue la souveraineté du peuple, et nous conduit à la faillite ?

Si la néo-libéralisation du monde était efficace économiquement, globalement, cela se saurait : le chômage diminuerait, les entreprises se développeraient, l’ascenseur social marcherait bien, etc. Or, plus nos pays se serrent la ceinture (en tout cas, les pauvres et les classes moyennes) plus les finances de l’ État vont mal et plus le système économique s’enfonce dans la récession. C’est bizarre, non ? Les pays qui ont gardé un projet social sont, en Europe, ceux qui se défendent le mieux. Alors ?

Alors, ce prétendu “pragmatisme économique”, cette soi-disant nécessité de se serrer la ceinture en cassant nos services publics, c’est simplement le faux-nez de l’avancée du pouvoir absolu de la finance sur le peuple.

L’or, dont il est question dans la “règle d’or” c’est l’or de l’usure, celui des financiers qui veulent avoir la haute main sur le peuple et détruire la démocratie.
Nombreux sont ceux qui ont accepté, et même voulu l’Europe, parce qu’ils pensaient que c’était une façon d’empêcher à jamais le retour des guerres qui ont ensanglanté l’histoire de nos peuples. Ils n’ont pas vu que c’étaient les banquiers qui la voulaient, cette Europe, pour l’utiliser à leur profit, et empêcher les principes démocratiques de défendre les droits des travailleurs, ni que l’euro allait nous limiter dans notre capacité à gérer nos relations économiques. Ils n’ont pas vu la guerre économique en cours( en tout cas certains, car nombreux sont ceux qui ont voté “non” au TCE à cause de la notion qui devait être inscrite dans la constitution, là aussi, de la “concurrence libre et non faussée”) et que mettre en place une Europe gouvernée par un “Conseil” non élu cela ouvrait la porte à ceux qui ont déjà la pouvoir.

Vous imaginez, si les pays émergents exigeaient les trente-cinq heures ou les indemnisations pour accident du travail ? Si des démocraties réellement socialistes, c’est-à-dire sans totalitarisme, se multipliaient ?

Le problème c’est que la mondialisation économique s’accompagne du déplacement touristique des populations et de la multiplication des échanges entre les peuples : on ne peut pas délocaliser et fermer ses frontières, faire du commerce en ligne, et contrôler Internet. Le modèle social européen est un modèle qui pourrait facilement s’exporter. Il a d’ailleurs plutôt bonne réputation sur les autres continents...

Il convient donc de prouver qu’il ne marche pas, et donc, de le casser, par tous les moyens. Y compris en utilisant une règle d’or, qui, sous son joli nom, sonne comme une déclaration par les gouvernements eux-mêmes qu’ils ne seraient pas capables de gérer les comptes publics…

S’ils n’en sont pas capables, eux, ce n’est pas très compliqué : qu’on les remplace.

Ramener un budget à l’équilibre ? Beau programme : commençons donc par prendre l’argent où il est, empêcher les fuites de capitaux, faire payer les entreprises qui ne paient pas leurs charges, réfléchir à nos investissements d’État (qui a décidé d’un grand emprunt, à propos ?), favoriser l’emploi et les échanges locaux, redonner le pouvoir de prêt aux banques d’État, séparer banques de dépôts et d’investissements, taxer à égalité les revenus du travail et de la finance, etc.

Et, pour cela, faisons entendre notre voix, par tous les moyens pacifiques à notre portée, dont, en premier lieu, notre bulletin de vote.

Article publié aussi sur Mediapart.fr



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Auteur de l'article

LilianeBaie


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