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Accueil du site > Actualités > Politique > Il y a cent ans, la Jeune République ouvrait un chemin

Il y a cent ans, la Jeune République ouvrait un chemin

La JR (Jeune République), conçue fin 1911, et née officiellement le 1er juillet 1912, n'a jamais été un grand parti. Mais quel incroyable apport à la société et à la vie politique française ! Quel souffle ! Elle est méconnue des jeunes générations. Dommage. Cela peut changer avec cette nouvelle soif de repères et d'exigences morales politiques. Connaître son histoire nous conduit au Mouvement Démocrate qui, en fin de compte, est son héritier.

Marc Sangnier, Maurice Schumann, l'abbé Pierre, Jacques Delors. Il faudrait ajouter Germaine Malaterre-Sellier, Léo Hamon, Eugène Claudius-Petit, Anicet Le Pors, Georges Montaron et tant d'autres. Ces personnalités, si fortes et si différentes, avaient ou ont encore cette "âme commune", puisée dans leur formation politique à la Jeune République. "La Jeune République, c'est la filiation directe du Sillon", explique Jean Chappet, un ancien de la JR, aujourd'hui adhérent MoDem du Havre. "Le rayonnement et la mémoire de Marc Sangnier ont été notre ciment", explique l'avocat de gauche Claude-Roland Souchet, qui fut le dernier sécrétaire-général de la JR (1960-1985).

 

Tous les JR contre Pétain

L'histoire pourrait ne retenir que cela de cette épopée de 73 ans : le 10 juillet 1944 seuls 57 députés, sur 544 votèrent contre les pleins pouvoirs à Pétain. Or, parmi eux, les quatre"Jeune République" présents. C'est le seul parti qui puisse en dire autant. Aucun de gauche, aucun de droite ne peut s'en prévaloir, très loin de là. Ils méritent, que nous les citions tant ils font honneur à la France et à notre famille d'esprit. Ce sont Philippe Serre, qui fut à deux reprises membre des gouvernements de Front populaire et qui était l'ami personnel du général De Gaulle depuis longtemps. (De Gaulle lui-même, sans en être, assistait à des réunions de la JR et y trouvait ses meilleurs soutiens dans les années 30, en particulier M. Serre et un autre dirigeant, André Leconte), Maurice Delom-Sorbé,également membre d'un gouvernement de Front populaire (conduit par Camille Chautemps). Maurice Montel, qui devait après guerre rejoindre la SFIO, et Paul Boulet, futur député MRP, qui fut maire de Montpellier avant et après guerre. Le cinquième, Jean Leroy, était alors prisonnier en Allemagne. Tous étaient des anti-munichois.

Le 25 août 1910, Marc Sangnier avait été sommé par le pape anti-moderniste Pie X de placer le Sillon dans la soumission des évêques. Marc Sangnier, ce chrétien social dont le mouvement Le Sillon (1894-1910) réconcilia les catholiques et la démocratie et en rallia un grand nombre à la République. Selon l'écrivain Joseph Folliet, qui ne fut pas toujours tendre avec Marc, mais appartint à la JR, ce mouvement "fut le plus important du christianisme depuis le Moyen-Age". Marc Sangnier est souvent ignoré au sein même du MoDem. Pourtant, l'article deux de sa Charte des valeurs, s'inspirant directement et textuellement de Marc Sangnier, définit la démocratie comme ce "qui vise à porter au plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens", et "exige le respect scrupuleux de la personne humaine". Cette dernière formule, inspirée aussi d'Emmanuel Mounier, et qui imprégna la Jeune République après la seconde guerre mondiale, se trouvait déjà dans les statuts de la JR en 1912.....

En fait, c'est depuis 1906 que Sangnier n'était plus en odeur de sainteté. Il avait eu le front d'intégrer dans "Le plus grand Sillon" des protestants et des juifs, de dialoguer avec des non-croyants, d'accepter la séparation des Eglises et de l'Etat, de prôner la démocratie. Et, plus inacceptable encore aux yeux de ce Pape, la laïcité. Sans aucunement jamais cacher sa foi chrétienne, Sangnier n'aimait pas du tout le cléricalisme. Pie X lui accorda -et oui, même pour un journal, un chrétien devait avoir l'accord du Vatican ! - de poursuivre la publication de son tout nouveau quotidien "La démocratie". L'action politique lui paraissait une nécessité absolue.

 

Des combats d'avant-garde

La Ligue de la Jeune République était créée, se définissant comme un parti social, démocratique, laïc -même si la quasi-totalité de ses membres étaient chrétien - au départ. Sangnier en était président. Ses responsables, notamment Henry du Roure, Léonard Constant et Georges Hoog, entendaient "réhabiliter la politique", et se lancer dans des combats alors d'avant-garde contre les taudis, -préfigurant l'action de l'abbé Pierre-, le travail de nuit des femmes, l'alcoolisme, pour la journée de huit heures, le repos hebdomadaire, la syndicalisation, le droit à la retraite, et dès 1914 le "code du travail", un temps appelé "charte du salariat". Il verra le jour en 1922, et la JR y sera pour beaucoup. Un membre du Sillon, proche de la Jeune République, Jules Rimet, sera le fondateur de la Coupe du monde de football.

Deux objectifs majeurs : la lutte pour l'éducation égale pour tous, et l'abolition du "sweating system", ce quasi-esclavagisme imposé aux ouvrières à domicile. La JR est favorable à la proportionnelle et à la suppression du Sénat qui serait remplacé par une "Chambre des intérêts économiques et sociaux". Elle récuse les thèses marxistes, et la notion de lutte de classe, condamne le capitalisme "païen" et veut lui substituer "une structure à trois étages : le privé, l'étatique, le coopératif". La JR s'inquiète de la montée de l'endettement du pays. En 1925, bien avant la crise, elle s'insurge contre "un endettement de 20 milliards à court terme" sur un budget de 32,5 milliards de francs. Elle prend aussi la défense des minorités, combat toute forme de racisme, soutient les mouvements de revendication dans les colonies.....

Ne retrouve-t-on pas là les préoccupations essentielles, sans doute dans un contexte fort différent, du MoDem ?

Le journal La Démocratie est lui-même une coopérative, et la JR en crée une dizaine à Paris -des boulangeries, des magasins de vêtements- et en province (Fougères, Angers).

En avril 1913, Georges Hoog, rédacteur en chef du journal La Jeune République, publie une série d'articles contre Charles Maurras, l'homme du "nationalisme intégral" et de l'"antisémitisme national" qui sera aussi l'idéologue de Vichy, et dénoncera des résistants, notamment de la JR à la Gestapo..

La JR est le principal adversaire de l'Action française, dont le Front national est le fils naturel...

Parmi ses principaux dirigeants de la JR, membres du Conseil national, une femme, ce qui était rarissime dans les formations politiques. C'était Germaine Malaterre-Sellier, considérée comme une des plus grandes féministes, Croix de guerre avec palmes en 1915, qui lutta sans relâche pour le vote des femmes.

Les rangs de la JR s'enrichissent de personnalités comme Francisque Gay, futur fondateur de la Vie catholique et de l'Aube, puis vice-président du Conseil MRP, en 1945-1946, qui refusera de choisir en 1924 quand se créé le Parti démocrate populaire (PDP, centre-droit), Henri Teitgen et Victor Diligent, (qui, eux, rejoindront le PDP) figures, comme leurs fils respectifs, André et Pierre-Henri, de ce courant de pensée.

"Les instruments de travail doivent appartenir aux ouvriers", demande la JR dans son programme. Pendant la "grande guerre", la plupart des "Ligueurs" sont au front. Après l'armistice, le mouvement se relance, les adhérents, qui ont désormais leur organe hebdomadaire "La Jeune République", sont environ 15.000.

 

Le pacifisme d'action

Déjà Marc Sangnier, qui avait eu deux échecs électoraux avant guerre en banlieue parisienne, veut concilier l'action politique et pacifisme d'action. La JR, qui voit dans le Traité de Versailles les germes d'un "revanchisme" de l'Allemagne humiliée, soutient à fond la politique de rapprochement avec l'Allemagne, notamment les initiatives d'Aristide Briand. Sangnier lance les Congrès de la paix, avec des personnalités de toute tendance, -tel Ferdinand Buisson, président très laïc de la Ligue des droits de l'homme, l'abbé allemand Franz Stock, le jeune Pierre Mendès France, notamment à Bierville, près d'Etampes, en 1926.

Les premiers succès électoraux viennent en 1919. Marc Sangnier, qui s'inscrit au Bloc national pour en démissionner très vite car "il vire à droite" est élu avec quatre autres "ligueurs". Marc Sangnier et ses amis sont de tous les combats sociaux et démocratiques. Sangnier se distingue en défendant le communiste Marcel Cachin, en 1923.1924 et 1928 ne sont pas des années fastes électoralement ! Aucun élu en 1924, un en 1928, Louis Rolland...qui rallie le PDP, présidé par le futur président du Conseil de la République, Augustin Champetiers de Ribes.

Ce parti se dit aussi héritier de Marc Sangnier lequel restera toujours de coeur JR, participant à toutes les réunions importantes, même s'il le quitta en mai 1932 pour se consacrer à son action pour la paix. Il n'y eut en 1932 qu'un député élu, Guy Menant, -ce revers compta beaucoup dans la décision de Marc- deux le rejoignant à la faveur de partielles, Philippe Serre et Albert Blanchoin. Hoog comme secrétaire-général, contrairement au PDP, rejoint le Front populaire. Ces hommes, pacifistes et sans doute, avant l'avènement du nazisme, parfois peut-être naïfs, mais aussi soucieux de la défense de la France et de la nécessité de préparer la guerre, prendront tous une part active à la Résistance. Parmi les nouveaux adhérents, de nombreux jeunes, tel Jean Dannenmüller, futur grand résistant et journaliste, qui sera aussi le beau-père de Lionel Jospin.

L'imprimerie de la Démocratie, de Marc Sangnier et de son fils Jean -qui nous a quittés en août- est à la disposition de la Résistance et publie, à quelques mètres de l'Abwehr, le renseignement militaire allemand installés à l'hôtel Lutetia, Défense de la France, Témoignage chrétien, les interventions du général de Gaulle... Car la JR, qui aura tout tenté pour que les jeunesses française et allemande se rapprochent, est résistante et gaulliste de la première heure. Maurice Schumann, Jeune Républicain depuis 1935, après avoir quitté la SFIO -le 23 août 1936, en manchette de la Jeune République, il avait appelé à un "Front populaire international"- est la principale voix à la radio de la France libre.

 

Le réseau Valmy

Un professeur JR du lycée Buffon à Paris, Raymond Burgard, lance le "réseau Valmy". Des jeunes mènent à Paris de multiples actions de résistance. Cinq élèves de Buffon seront fusillés par les nazis le 8 février 1943. Eugène Petit, dit "Claudius" et Antoine Avinin, deux JR qui rejoindront plus tard l'UDSR de René Pleven et François Mitterrand, représentent le mouvement Francs Tireurs au Conseil national de la Résistance, présidé successivement par Jean Moulin et Georges Bidault, un dirigeant du PDP. Les héritiers spirituels de Marc Sangnier représentent près du tiers des membres du CNR !!!!

Il y a aussi Maurice Lacroix, peut-être le plus grand helléniste français du dernier siècle, président de la JR de 1944 à 1960, qui se spécialise dans l'action clandestine à Paris et la fabrication de faux papiers pour les juifs. Comme Georges Hoog, qui subira plus de dix descentes de la Gestapo et mourra peu avant la Libération en juin 1944, et Francisque Gay, ces résistants ont choisi de rester à Paris, prenant des risques inouïs qu'ils mesuraient et déjouaient très consciencieusement. Hélas, beaucoup ont aussi été déportés, et certains ne sont pas revenus.....

Francisque Gay, qui a sabordé son quotidien l'Aube, accueille à plusieurs reprises dans ses bureaux de la rue Garancière, le CNR, et élabore, avec Pierre-Henri Teitgen, comment pourra vivre la presse libre. Pendant la guerre, la distinction s'estompe entre JR et PDP qui, ensemble, à la Libération, forment le Mouvement républicain populaire, qui sera, avec Schumann comme président et Sangnier comme président d'honneur, le premier parti de France aux différentes élections de 1945 et 1946, à égalité avec le PC, et loin devant la SFIO. Tous trois, derrière le général de Gaulle jusqu'en janvier 1946, forment le "tripartisme", qui reconstruit la France et construit le "modèle social français" tellement "détricoté" depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

 

La JR continue, après la création du MRP

Le 26 novembre 1944, lors de la naissance du MRP, -où les ex-PDP sont prédominants malgré Sangnier et Schumann-, Maurice Lacroix entend maintenir la JR, car il juge la nouvelle formation "trop confessionnelle". C'est une nouvelle histoire qui commence que Marc Sangnier suit avec bienveillance et amitié jusqu'à sa mort, à la Pentecôte 1950. Le député savoyard Lucien Rose (de la première Constituante), grand résistant, -et futur maire adjoint socialiste de Rennes- devient secrétaire général. Mais la JR a perdu nombre de ses troupes.

La JR intègre aussi, dans son éthique, le "personnalisme" d'Emmanuel Mounier, et appelle à une "révolution des consciences". Elle se maintient, vaille que vaille, et trouve en 1950, pour une petite année, un député à l'Assemblée nationale, Henri Grouès, alias l'abbé Pierre, qui a démissionné avec fracas du MRP, trop à droite à son goût. Dans la législature suivante, une des figures à la fois du MRP et du gaullisme de gauche, Léo Hamon, rejoint la JR, qui se démarque complètement du MRP en s'opposant à la CED (Communauté européenne de Défense).

Puis, en 1955, avec un nouveau secrétaire général, Jean Bauché (élu en 1950, remplacé en 1957 par Bertrand Schreiner, et en 1960 par M. Souchet), la JR devient une des composantes de la gauche, et soutient Mendès France. Georges Montaron, directeur de Témoignage chrétien, et le jeune Anicet Le Pors, futur ministre communiste de François Mitterrand, la rejoint.

En 1955, un cadre de la Banque de France, syndicaliste CFTC avant d'être un des créateurs de la CFDT, Jacques Delors adhère à la JR, après un bref passage au MRP. C'est dans ce parti qu'il fit son apprentissage politique, et l'ancien président de la Commission européenne évoque souvent ce qu'il doit à Marc Sangnier et à la JR. En 1956, la JR participe au Front républicain avec la SFIO et Mendès.

La fin des années 50, c'est le temps des recompositions. Les petites formations de gauche "dissidentes" cherchent à s'unir au sein de l'Union des Forces démocratiques (UFD), autour de Mendès, Mitterrand, Jean Poperen et Maurice Lacroix. La Jeune République est en première ligne contre la guerre d'Algérie.

Le Parti communiste, déçu par Mollet, lui propose de constituer un "Front de gauche". Pas question d'être "compagnon de route" du PC, même si la JR n'a jamais fait d'"anti-communisme primaire", une expression née dans les colonnes de son journal peu après le Congrès de Tours de 1920.

Cette discussion, comme toutes les autres échouent. "Je me rappelle nos débats animés. Mitterrand était très optimiste pour l'avenir de la gauche, Mendès n'y croyait plus", confie Me Souchet.

 

Jamais inféodée, toujours libre

Le 3 avril 1960 naît le PSU, avec Mendès et Michel Rocard. L'UDSR s'éteint, et disparaît totalement en 1965. Pas la JR. Même si la plupart de ses membres rallient le PSU ou la SFIO, ou bien encore, comme Léo Hamon ou François Sarda, le gaullisme. Il reste bien une forte minorité pour continuer. Quelques combats, comme ceux de Me Souchet, et de son épouse Marcelle Leconte, aux municipales de 1965 ou aux législatives de 1973 à Paris (5è).

Le 30 novembre 1970, la JR organise un grand meeting de solidarité avec les Grecs victimes de la dictature en présence de Mitterrand et de Georges Marchais.

Puis, la JR, comme le PSU un temps revivifié par les fortes initiatives de Mendès ou Rocard, perd peu à peu du terrain.

En 1985, la JR, qui a refusé à Mitterrand, éberlué, d'être un "courant" du PS, cesse toute activité, sans pour autant disparaître juridiquement.

Comme Marc Sangnier, la JR, qui est son enfant au même titre que le MRP, a éveillé des millions de gens à la conscience civique, à la démocratie, à la solidarité.

Voilà un immense succès qui, tant des acquis sociaux et des aires de liberté que la France connaît, lui est dû.

Ce n'est pas seulement le mode de scrutin, la bipolarisation soi-disant inévitable qui l'a fait souffrir avant-guerre. La JR, comme le MRP, autre enfant de Marc Sangnier, pouvaient seuls former cette "majorité centrale", ce Centre jusqu'ici introuvable dans la politique française. MRP "virant à droite", JR "virant à gauche", et bien d'autres familles d'esprit, -radicales, socialistes, libérales, et désormais écologistes- peuvent inspirer très profondément le Mouvement démocrate. C'est un ancrage.

C'est au tour du Mouvement Démocrate, de former cette "majorité centrale", vitale.

La présidentielle et les législatives en seront l'occasion à saisir. Il peut, il doit puiser dans ces décennies, parfois douloureuses, de la JR, complexes mais jamais chaotiques.

Nous l'avons vu, Marc Sangnier avait quitté, en mai 1932 la JR, officiellement par constat de carence électorale. Dans une lettre aux adhérents, le 15 mai, il expliquait avoir tout fait pour la réussite électorale de la JR, étant lui-même candidat à La Roche-sur-Yon. Mais son constat est que ces efforts sont vains, que les "grands partis" laminent les "petits". "En s'installant sur le terrain électoral dans une circonscription, la JR prend nécessairement une position qui l'isole à droite comme à gauche, dresse contre elle tous les partis organisés, et ne faisant elle-même pas figure de parti sérieux, ne garde qu'un nombre infime de suffrages isolés", écrivait-il.

C'était l'analyse de Sangnier il y a 80 ans, dans un contexte très particulier. Elle était constructive puisque l'urgence des urgences, c'était la paix mondiale. Et, très démocratiquement, la JR a décidé de poursuivre le combat électoral, parfois avec succès.

Dans un tout autre esprit, destructeur celui-là, ces propos ne sont pas éloignés de ce que disent aujourd'hui aux partisans du MoDem ceux qui lui veulent du mal, et ceux qui disent, hypocritement, l'apprécier. Le cantonner à être une puissance morale, mais, avec peu d'élus, une force d'appoint politique, cela leur plairait bien ! PS et UMP ont pour le MoDem ce regard candide ou condescendant qu'avaient la SFIO ou les radicaux pour la JR. D'accord, admettaient-ils, les "démocrates d'inspiration chrétienne" ont joué un rôle moteur dans la Résistance, puis pour le logement, le droit à la retraite, la justice sociale, la paix mondiale, l'indépendance de la presse, la décolonisation....

Nulle personnalité politique, sans pouvoir, n'a reçu autant de louanges à ses obsèques que Marc Sangnier. Mais lui, il ne demandait pas d'honneur.

Et ces partis que l'on dit grands, tels les coucous, prenaient les idées de la JR ou de sa famille d'esprit, se les appropriait. Et ils gagnaient les élections. Sans appliquer leurs promesses.

Tel ne saurait être le sort du Mouvement démocrate. Il y perdrait tout. Il n'y a nulle fatalité à ce que celui qui a raison avant les autres perde dans les urnes ! Chacun lui reconnaît, et reconnaît notamment à François Bayrou d'avoir le premier décelé le danger du surendettement de la France, de la nécessité d'une réponse européenne à la crise, de l'impossibilité pour le monde politique, comme pour la presse, d'être liés à celui des affaires. Des candidats aux "primaires socialistes", comme François Hollande, ont repris le terme de "politique crédible" dans leur campagne, et s'interdisent des promesses intenables, à l'instar de François Bayrou, mais en contradiction totale avec la pratique de leurs aînés.

 

Puissance morale et victoire électorale

La tâche d'aujourd'hui, des sept mois qui viennent, c'est de conserver cette puissance morale tout en ne se laissant pas voler les idées et les voix par tel homme ou telle femme de gauche qui découvrirait d'un coup de baguette magique l'humanisme, la priorité à accorder à l'éducation, ou l'économie coopérative ; ou tel homme de droite ou du centre-droit qui brûlerait tout, le bouclier fiscal comme la "chasse aux Roms" ou les millions d'euros reversés à Bernard Tapie, pour se refaire une virginité politique en retenant par coeur des passages d'"Abus de pouvoir" et d'"Etat d'urgence".

Gagner en disant la vérité aux Français, en restant soi-même, en accueillant les "déçus" du sarkozysme ou du PS, et même ceux qui se sont égarés par malheur au Front national, en convainquant les millions d'abstentionnistes de ces dernières années, doit être possible, est possible.

L'univers politique est plus cruel encore que dans les années 20, 30 ou 50. Internet fourmille de rumeurs malfaisantes, et multiplie tout par mille. Le temps est venu en cette période où la production française s'éteint, où l'Education perd ses moyens et son niveau, où l'insécurité gagne du terrain, où les banlieues se paupérisent, s'embrasent parfois, tandis que la corruption explose, d'imposer dans ce monde de mensonges médiatiques, d'abandons moraux, des objectifs précis, enthousiasmants de reconquête économique, sociale et morale.

Il a fallu une guerre, la Résistance, la victoire pour que JR et PDP triomphent, de façon bien trop éphémère. Le temps, heureusement, n'est plus à la guerre en Europe, et le MRP, avec Robert

Schuman y est pour beaucoup. Il demeure néanmoins des conflits dans le monde entier, des peuples affamés, et une crise financière, économique et sociale sans précédent depuis 1929.

Ce monde politique n'est pas une forteresse inexpugnable. Rien n'est joué ; tout est à gagner. Les partis se gonflent et se dégonflent au rythme des joutes et des postures artificielles.

Le Mouvement Démocrate ne se lance pas dans des joutes, et ignore les postures.

C'est sa force. Les Français ne sont pas dupes. Ils votent pour les plus convaincus.

Par une campagne comparable, sinon meilleure que celle de 2006-2007, par l'implication plus forte -et tant pis s'il y a moins d'élus- dans chaque localité d'adhérents ou de sympathisants à l'écoute des besoins d'une population souvent délaissée, d'une jeunesse désoeuvrée, la victoire est possible. La Jeune République et Marc Sangnier ont montré un chemin.

 

Par Jean-Michel Cadiot, journaliste et écrivain[1]

 

[1] Ses publications :

·Quand l'Irak entra en guerre (L'Harmattan, 1989).

·Mitterrand et les communistes (Ramsay, 1994)

·Francisque Gay et les démocrates d'inspiration chrétienne (Salvator, 2006)

·Les Chrétiens d’Orient (Salvator, 2010)


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3 réactions à cet article    


  • Yvance77 15 septembre 2011 10:58

    Salut,

    Très bon post plein d’infos. A saluer. Ce qu’il manque c’est l’assassinat de la République Française.

    Depuis 1973, et une loi Pompidou, la nation a reçu sont premier coup de poignard dans le dos. Et, d’autres rapaces sont venus à la suite, se repaître sur la bête agonisante, gisant sous les coups de butoir du libéralisme.

    Finalement en 2005, la république est morte de n’avoir pas été soutenue par certains, et d’avoir été trahi par ses représentant qui se disaient dignes d’elle.

    Depuis, une dictature soft s’est installée


    • airlane 15 septembre 2011 11:18

      François Bayrou se réfère souvent à Marc Sangnier dans ses discours.


      • Théodore Six Théodore Six 16 septembre 2011 09:28

        Oui, ce long exposé, qui nous fait aussi découvrir « La Jeune République », nous interpelle, mais tout comme, « la charte d’Amiens » ! Le parallèle est non pas osé mais simple de compréhension historique. Car la situation d’aujourd’hui n’est que la résultante des abandons successifs, de tous bord, de nos grands idéaux républicains et sociaux. Si « la reconquête économique, sociale et morale » enthousiaste, doit voir le jour,... au vu des dégâts commis et donc de la conscience actuelle des français, je ne pense pas que le Modem, ou autre centre-gauche, voire même le PS, réussisse à inverser la situation. Le seul à se démarquer et qui réponde aujourd’hui à votre article de « Jeune République », c’est bien entendu le seul à déjà avoir voté Non à Maastricht et qui s’est laissé apprécié hier soir sur l’A2, lors du débat des primaires socialistes, je veux parler d’Arnault Montebourg. Donc, sortir de la longue histoire réformiste de la social-démocratie du XXè siècle, trop compromise et trop soumise au système et qui en vient toujours dans les moments cruciaux à renier l’enthousiasme populaire (voir l’exemple de la non-acceptation de livraison d’armes à l’Espagne républicaine), est d’une absolue nécessité ! L’on passe sur aussi toutes les dérives libérales de la social-démocratie, dont Lionel Jospin fut le dernier exemple, qui de nos jours face à la situation de « guerre », à affronter vis-à-vis du système financier-bancaire, ne tiendrait pas la route, le chemin ! Déjà il faut voir que plus à gauche, les abandons aussi ont été légion, j’ai parlé de la « Charte d’Amiens » au début, il suffit au lecteur de la relire, pour se rendre compte de tous les regrets qu’à la CGT, certains auront peut-être aujourd’hui d’avoir complètement abandonné, voir renié, face au Capital, qui lui n’a pas changé, bien au contraire,(voir où l’on en est aujourd’hui !), les atouts majeurs de nos luttes sociales, économiques et morales, proches des fondamentaux des valeurs de la Résistance et de la République, seules susceptibles de rendre l’enthousiasme au peuple souverain, pour l’application de ses vrais valeurs républicaines. Ne pas oser c’est aussi accepter la soumission, et beaucoup de récents conflits sociaux ces dernières années ont pâti de cette mauvaise et malsaine dérive réformiste, corporatiste, revendicative. Cela de plus à formater les esprits au renoncement voire au dégout, des cartes syndicales ont mêmes été déchirées ! A cela s’ajoute la propagande calculatrice, sournoise du système Libéral, qui consume les esprits et vous vous retrouvez avec des citoyens complètement perdus, déboussolés et ne désirant plus qu’une chose, l’égocentrisme ! Beaucoup le savait et sont donc responsable de cet état de fait. L’enthousiasme reviendra au plus fort de la crise et de la prise de conscience simultanée, forte, et aussi destructrice que l’est le Libéralisme-fascisant. ,Ayons surtout confiance en nos idéaux républicains de résistance, historique et revenant sans cesse comme pour nous hanter, jusqu’à parfaite application !

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