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Accueil du site > Actualités > Politique > Immunité de Dassault : impensable à Bruxelles, s’indigne (...)

Immunité de Dassault : impensable à Bruxelles, s’indigne l’eurodéputée (PS) Françoise Castex. Et Draghi, elle l’a oublié ?!

L'euro-députée Françoise Castex (PS) réprouve le maintien de l'immunité du sénateur Serge Dassault, arguant que, vu de Bruxelles, une telle entrave à la justice est « inouïe ».

À Bruxelles, tiens donc ?

Ce qui est inouï, c'est la corruption sévissant dans les institutions européennes, particulièrement le Parlement européen, qui s'offre sans vergogne au clientélisme des lobbies (cigarettiers, grand capital financier etc.).

Mais c'est plus particulièrement le déni de justiceinouï, autour de l'affaire du maquillage de la dette grecque, que Françoise Castex semble avoir effacé de sa conscience, qui fera l'objet de ce billet.

Pour une raison simple et qui la touche de près : les euro-députés ont eu à s'exprimer sur la nomination, en 2011, de Draghi, qui a été mêlé de très près à cette affaire, au travers de sa fonction de vice-président de Goldman Sachs à Londres, de 2002 à 2005. Et, à quelques exceptions notables, les euro-députés se sont détournés de cette énigme.

NB : La part d'ombre des présidents de la BCE dans l'affaire de la dette grecque est traitée dans un de nos billets retraçant la carrière de Trichet à la BCE, et le passage du flambeau à Draghi. Cet épisode est supposé connu pour la suite de ce billet et nous ne le reprendrons ici que partiellement.

 

Trichet a t-il protégé, et le Parlement dédouané, Draghi ?

Si le Parlement s'était acquitté du devoir moral qui lui incombe, il aurait cherché, en préalable ou suite à cette nomination, à combler le vide de justice, inouï, autour de l'affaire grecque et le rôle que Draghi a pu y jouer. C'est à cela que servent les commissions d'enquêtes. La nomination, sur lequel le Parlement n'était que consulté, aurait été l'occasion de poser un premier jalon en ce sens.

Parmi les exceptions notables aux euro-députés inutiles, et pour certains, d'après les explications de vote, dégoulinants d'une admiration servile envers le ‘nominé’ (1), il y a l'actuel vice-ministre du gouvernement, Pascal Canfin (EELV).

 

C'est lui, et lui seul, qui a confronté Draghi sur son lien à l'affaire. Cet échange a eu lieu pendant l'audience précédant la nomination, devant le comité censé exercer un droit de regard, au nom du Parlement, sur la BCE. Celle-ci est dirigée par une britannique du nom de Sharon Bowles : c'est dire l'intérêt qu'elle porte à la banque centrale de la zone euro ! La seule chose ayant filtré des propos tenus par Draghi lors de cette confrontation avec Canfin, c'est qu'il a fait obstruction, ce que le second déplore dans un compte rendu télévisuel.

N'oublions pas que la BCE est, dans son domaine d'action, indépendante. Trichet s'est servi de cette prérogative pour conserver secrètes les archives de la BCE relatives aux deux montages réalisés par Goldman pour le compte du ministère des finances grec. Cette action était déclenchée par une demande de transparence par un organe de presse spécialisé, qui était intervenue quelques mois seulement avant la nomination de Draghi.

Le premier a t-il cherché à protéger la réputation du second ? Cette question aurait dû être au coeur du processus de nomination.

Mais en bons godillots de la technostructure Bruxelloise, Merkosy (à l'époque) et la BCE elle même, les euro-députés ont massivement avalisé les conclusions trafiquées (comme les comptes de la Grèce) du comité ayant préparé la nomination. 

 

« Mario Draghi parviendra aussi à éteindre la polémique »

Et les médias, à l'issue du vote au Parlement portant sur la nomination, de balayer la controverse d'un revers de la main, à l'instar de Quatremer, correspondant pour le journal Libération, adepte, depuis la déconfiture de l'euro, de la théorie du complot anglo-saxon, qui, dans un billet au titre emprunt de vénération pour l'intéressé, « BCE : Super Mario à la barre », écrivait : 

En 2005, c’est tout naturellement qu’il est nommé gouverneur de la Banque d’Italie. Mission : redorer le prestige de l’institution [...]. Mario Draghi parviendra aussi à éteindre la polémique sur ses activités chez Goldman Sachs : interrogé par les députés européens, il affirme qu’il n’a pas été associé aux activités de la banque dans le domaine des dettes souveraines et que ces manipulations ont eu lieu après son passage.

Vignette du blog de Quatremer

Depuis quand « Il affirme » a t-il force probante pour disculper un suspect ?!

Le diable se cache dans le détail et dire, comme le fait Quatremer, « En 2005, c’est tout naturellement qu’il est nommé », c'est fourni à Draghi un faux alibi. C'est à partir de 2006 qu'il a commencé son mandat à la Banque d'Italie. Ce qui a laissé le temps, en 2005, à l'équipe qu'il chapeaute depuis Londres de réaliser son deuxième montage pour le compte de la Grèce et solder dans la foulée sa position à une banque commerciale grecque via un véhicule financier, lui même controversé (une peau de banane laissée à l'intention des grecs), du nom de Titlos. 

C'est un élément de preuve extrêmement compromettant, qui avait échappé à Canfin lorsqu'il a confronté Draghi en 2011. Cela ressort des entretiens qu'il a donnés, sur le sujet, où il dit (nous paraphrasons) « même si Draghi n'avait pas initié le montage... », sous entendu celui de 2001, qui était antérieur à sa prise de fonction à Goldman, en 2002. 

Enfin, il a été révélé bien après que Draghi avait, dans le Q&R que lui avait soumis le comité chargé de sa nomination, menti par omission à la question « Avez vous un conflit d'intérêt personnel à déclarer ». Il aurait manifestement dû divulguer que son fils Giacomo, travaille à la banque Morgan Stanley, à Londres, comme ‘trader’...en obligations euros ! Et, bien sûr, le comité de Polichinelle n'a pas réagi.

 

« Il ne reste plus de blanc nulle part » dit Michel Barnier en coloriant des cases...

Les pertes de démocratie, de justice, et, par ricochet, de confiance dans les institutions européennes, provoquées par les ratages sciemment orchestrés du Parlement européen, permis par la lâcheté inouïe de ses membres, n'est pas chiffrable. On sait seulement qu'elles sont inouïes.

Outre la souffrance morale infligée aux citoyens de l'Union Européenne, c'est également un coût économique futur, car l'impunité fabrique de nouveaux crimes.

Goldman Sachs n'ayant pas été inquiété, c'est le crime financier qui est encouragé. Draghi n'ayant pas été inquiété, c'est la prévarication au sein du secteur public, qui est encouragée.

Et lorsqu'on met les deux ensemble, on obtient l'aberration inouïe que la Commission européenne a retenu Goldman Sachs comme chef de fil de la gestion des émissions de dettes (comme ils l'étaient pour la Grèce !) censées financer le sauvetage des pays de la zone euro touchés par la crise de la dette !

Commissaire européen 
au marché intérieur et services,
Michel Barnier

 

Et qu'est-ce que fait Michel Barnier (UMP), l'architecte du plus important chantier de réformes à l'échelon européen, celui de la régulation financière, connu sous le nom d'Union Bancaire ? 

 

Lisez plutôt ce portrait dressé de lui en septembre 2013 dans Les Échos, et intitulé « Barnier, le grand régulateur » :

Quand le commissaire européen chargé des Services financiers [et du Marché intérieur] part en rendez-vous, il a toujours sous le bras une feuille de papier A4, où trône ce fameux tableau. [...] sont alignées toutes les mesures réclamées en 2009 par les dirigeants du G20, pour dompter une finance qui avait mené le monde au bord du précipice. A chaque fois qu'une de ces mesures a été lancée au niveau européen, Michel Barnier colorie sa case. Et ce dernier ne manque jamais de souligner, avec le grand sérieux qui le caractérise, qu'il ne reste plus de blanc nulle part.

« Il ne reste plus de blanc nulle part », c'est le moins que l'on pourrait dire, pour parler de la grosse chape noire recouvrant du secret l'affaire du maquillage de la dette grecque, que le silence complaisant de Barnier ne fait qu'épaissir. 

Alors que certains experts annoncent que sa supposée grande réforme est en trompe l'oeil, il voudrait s'en servir de tremplin pour remporter la prochaine présidence de la Commission européenne...

Pour conclure, revenons à l'euro-députée Françoise Castex (PS), qui se croit, depuis Bruxelles, juchée sur un piédestal moral, et qui siège au comité sur les affaires juridiques. Elle ferait mieux, sauf à condamner ce déni de justice comme elle a cru bon de le faire pour l'entrave à la justice autour du cas Dassault, de retourner au ronron de ses attributions fantoches mais grassement rémunérées et faire ainsi oublier sa sotte vanité.

 

(1) Quelques euro-députés ont fourni des explications à leur vote. Elles commencent, au lien donné, à partir de « Report : Sharon Bowles (A7-0229/2011) ». Les voici, traduites de l'anglais avec l'aide http://translate.google.fr/, pour les trois seuls français qui se sont exprimés :

 

Sophie Auconie (Parti populaire européen), par écrit. - (FR) [...] La commission des affaires économiques et monétaires, dont je suis membre, a tenu une audience qui s'est avéré être des plus satisfaisantes. Par conséquent, je soutiens la candidature de M. Draghi.

 

 

Bruno Gollnisch ( Non inscrit ), par écrit . - ( FR ) Bien que le vote sur la nomination de certains oligarques européens est, selon le règlement, un vote à bulletin secret, je tiens à faire savoir que j'ai voté contre M. Draghi, car il y a quelque chose de profondément malsain et pervers, au milieu de la crise de la dette souveraine, de nommer l'ancien directeur européen de Goldman Sachs. La période pendant laquelle il a exercé ses fonctions, ainsi que la nature de cette dernière, n'est pas anodine. Sauf s'il était un directeur aveugle, et même s'il n'était pas l'instigateur, M. Draghi ne pouvait pas ignorer que la société pour laquelle il travaillait a orchestré le montage malhonnête de la dette grecque pour qualifier la Grèce à adhérer à l'euro. En outre, on ne peut pas ignorer le rôle de Goldman Sachs dans la spéculation actuelle sur la dette souveraine, pas plus que ses responsabilités dans la crise économique et financière, et les enquêtes qu'elle subit aux Etats-Unis. Le fait que Goldman Sachs apparaît sur le CV de M. Draghi devrait le disqualifier ainsi pour ce rôle .

 

Dominique Vlasto (Parti populaire européen), par écrit . - ( FR ) La nomination de M. Draghi à la tête de la Banque centrale européenne ( BCE ) est, à mon avis, une décision tout à fait justifiée, car il confirme la volonté de l'Union Européenne de poursuivre le travail commencé par son actuel président, Jean- Claude Trichet. Dans un contexte où la situation économique de certains pays comme la Grèce est l'affaiblissement de l'euro, la volonté et la détermination de M. Draghi pour diriger un cap pour une monnaie forte sont indispensables pour assurer la crédibilité de notre économie. Je salue également la nomination d'un homme qui a toutes les qualités requises pour occuper un tel poste. Ses expériences au sein du Conseil européen de stabilité financière et à la tête de la Banque d'Italie sont des atouts importants pour la visibilité de l'institution au niveau international et donc de la place de l'Union européenne comme la plus grande puissance économique du monde. Face aux défis que nous devons relever pour que notre économie pour ramasser, je me réjouis de la nomination de quelqu'un qui a réussi à créer un consensus et qui s'est avéré capable d'ouvrir la voie à une stable, forte et compétitive union monétaire .

 


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6 réactions à cet article    


  • Langlemort Bonneteau 9 janvier 2014 17:44

    Avertissement : comme à l’accoutumé, je demande fermement à ceux qui voudraient reproduire, ou reprendre, mes billets de les citer (lien html, OK).


    • Langlemort Bonneteau 11 janvier 2014 12:07

      Françoise Castex m’ayant fait savoir qu’elle n’avait pas voté pour Draghi, l’interpeller elle sur le déficit d’autorité morale du parlement européen s’avère plutôt mal choisi et lui présente mes excuses pour quelques mots durs. 


      Mais ça ne change rien au fond, c’est à dire le déni de justice, qui crève les yeux, autour de cette affaire, et la passivité, toute aussi évidente, du parlement européen, devant les allégations compromettantes pour Draghi, connues au moment de sa nomination, en 2011, qui se sont assombries par la suite.

      C’est un précédent suffisamment grave pour réfuter que le parlement européen donne l’exemple en matière de moralité, quelques soient les modalités de levée d’immunité de ses membres, dans un cas semblable à celui de Dassault.

    • zygzornifle zygzornifle 9 janvier 2014 18:27

      Maintenant on n’a plus aucun doute sur la partialité des sénateurs


      • Robert GIL ROBERT GIL 10 janvier 2014 08:23

        Il y aurait ainsi les « citoyens lambda » qui pourraient être placés en garde à vue ou en détention provisoire et les « citoyens politiques » pour qui de telles mesures seraient trop rigoureuses ou attentatoires à la présomption d’innocence, et qui pourraient, dans une « logique de classe  », s’en préserver entre eux...............

        voir : IMMUNITE DE SERGE DASSAULT : LE DISCREDIT …


        • claude-michel claude-michel 10 janvier 2014 09:16

          En politique la corruption est a tout les étages...c’est pour cela que tant de gens se pressent pour en faire.. !

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