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Accueil du site > Actualités > Politique > Individualisme et Décroissance

Individualisme et Décroissance

La décroissance est un terme (volontairement) provocateur. Si la croissance est un rêve devenu réalité, la décroissance est un anti-rêve (voire un cauchemar) auquel d’aucuns aspirent néanmoins comme solution pour des jours meilleurs. Au regard de l’histoire de l’humanité, la forte croissance économique est un phénomène totalement inconnu, que nous découvrons depuis une centaine d’années seulement (soit une durée relativement courte) et sur lequel nous n’avons aucun recul analytique. Cette forte croissance a été rendue possible grâce à la découverte fortuite et à l’utilisation massive de ressources énergétiques fossiles (charbon, pétrole, gaz) et de matières premières minérales (fer, cuivre, zinc, etc..). Mais ces énergies et matières premières existent en quantités limitées non renouvelables sur notre planète et leur épuisement va survenir inéluctablement dans un délai d’autant plus court que leur consommation ne cesse de croître, à cause notamment du développement des pays émergents à très forte population (Chine, Inde, Bresil, Indonésie,...), eux même en croissance "extra-forte" !....

La croissance mondiale généralisée génère donc la surconsommation d’énergie fossile et de matières premières non renouvelables, ce qui génère leur épuisement rapide (quelques dizaines d’années tout au plus), ce qui génère la fin de la croissance,... et donc la décroissance. CQFD.

Cette équation simpliste, évidente et implacable est toutefois ignorée par l’immense majorité des terriens pour des raisons que nous tenterons d’expliquer plus loin. En effet, compte tenu du "déchantage" probable des nos lendemains énergétiques, il apparaît importantissime de se poser la question suivante : avons nous en réserve une énergie primaire aussi puissante et aussi bon marché que le pétrole pour prendre le relai de ce dernier lorsque sa production commencera à décliner, c’est à dire dans moins de 10 ans ? Or personne (scientifique, politique, géologue, etc...) n’est en mesure de répondre "oui" à cette petite question toute simple. Dans le meilleur des cas, la réponse est "peut être". Dans le pire des cas, la réponse est "non" !

Et l’écologie dans tout cela ?

Bien que peu au fait des questions d’énergie, l’homme de la rue est cependant hypersensibilisé aux questions d’écologie. Mais il ne se rend pas compte que les problèmes d’écologie sont directement liés à la consommation énergétique. En effet sans énergie, pas de pollution, pas de réchauffement climatique, pas de déforestation, pas de désertification, pas de stérilisation de terres arables, etc...

Par ailleurs les thèmes écologiques souffrent d’une ambiguïté duale et congénitale : la sauvegarde de l’être humain passe-t-elle avant la sauvegarde de la nature, ou l’inverse ? Si nous nous plaçons d’un point de vue macro-historique, il semble que l’humain ait plus de souci à se faire pour sa propre survie que pour celle de la mère nature ou de la terre nourricière. Notre planète est équipée pour s’accommoder et survivre à bien des tracas et il est fort probable qu’elle continuera son bonhomme de chemin en dépit des petits ravages que l’homo énergicus pourra lui faire subir (émission massives de CO2 dans l’atmosphère, explosions nucléaires délocalisées, dilution généralisée des organochlorés et organophosphorés agricoles dans les nappes phréatiques, et autres facéties humaines somme toute assez dérisoires au regard de l’écrasante immensité du cosmos). L’écologiste avisé devrait donc s’inquiéter pour lui même, plus que pour la terre.

En d’autres termes, il faut en finir avec l’hypocrisie écologiste qui se pare de la défense de la planète ("notre planète") pour exposer ses propres angoisses face à l’avenir.

Quand nous parlons de l’effet de serre, il faut traduire : le CO2 que nous respirons !...

Il y a même comme un péché d’orgueil à vouloir s’occuper de préserver la nature. Qui sommes nous pour juger, prévoir, soigner un macrocosme dont nous ne sommes qu’une infime partie et qui se moque bien de notre sollicitude ? La nature se débrouille toute seule depuis des millions d’années, et nous serions bien inspirés de rester concentrés sur nos petits problèmes personnels qui sont bien suffisants pour occuper notre temps et notre savoir faire.

La nature se pollue et se ravage elle même depuis des siècles : éruptions volcaniques, glaciations, plissements, sédimentations. Les dinosaures ont sans doute disparu de la surface de la terre à la suite d’une immense "pollution naturelle" et cosmique qui a duré plusieurs dizaines d’années. D’un certain point de vue "tout" est naturel. Le pétrole est naturel, les produits chimiques sont naturels, les poisons sont naturels. Tout est naturel puisque tout vient de la nature, même les produits de synthèse !.......

Laissons la nature se débrouiller toute seule et occupons nous de nous, et de nous seuls.

Mais il y a plus grave pour les écologistes : leur discours a de fortes chances de tourner court d’ici quelques années. En effet, les préoccupations écologistes étant apparues avec la société énergivore, elles ont de fortes chances de disparaître avec la future société de la frugalité imposée. Nous le répétons : pas d’énergie, pas de pollution ! Circulez, plus rien à voir !

Bien sûr, si nous nous placions du point de vue des optimistes béats, des croyants de la croissance infinie, des religieux du PIB, des convaincus de la science triomphante et des chantres du monde infini, l’écologie resterait un enjeu majeur pour les décennies à venir. Mais nous avons acquis, au contraire, la vision réaliste d’un monde fini, confronté à une économie toute entière basée sur l’hyper consommation d’énergie fossile, de métaux et de minéraux en quantité limitée et proche de leur extinction. Et même si des pistes existent pour une ou plusieurs énergies de remplacement (renouvelables), ce ne sont que des pistes, qui de toutes façons ne nous épargnerons pas, dans une période proche et pour une durée indéterminée, la contrainte physique d’une énergie devenue infiniment plus chère. 

Comprenons nous bien ! Pour les individualistes que nous sommes, la décroissance n’est pas un parti pris idéologique. Si les ressources fossiles étaient illimitées, ou si une énergie renouvelable était actuellement (ou à très court terme) capable de produire chaque année les 12.000 millions de tonnes équivalent pétrole produits en 2007 (chiffres IEA), nous ne serions pas forcément partisans de la décroissance. Nous ne serions pas forcément opposés au progrès technique continu, ni à la permanence de la société de consommation. Nous serions même probablement partisans d’un développement énergivore dans la mesure où chaque individu pourrait y puiser sa dose de satisfaction souhaitée.

Malheureusement (ou heureusement..) cette question ne se pose pas ! Nous n’avons pas à choisir entre deux options de société, mais nous devons nous résigner à organiser à très court terme un modèle de société énergétiquement frugal, et ceci pour une durée largement indéterminée compte tenu de l’état actuel des travaux scientifiques sur les énergies de remplacement. 

Lorsque nous fouillons cet aspect des choses, il est frappant de constater le décalage énorme qui existe entre cette réalité scientifique et l’opinion publique. Bien plus, ce problème n’est pratiquement jamais véhiculé par la sphère politique, pas plus qu’il n’est traité par les médias. L’homme de la rue reste donc seul face à son destin énergétique et sevré d’argumentation rassurante.

Faisons un sondage ! Réunissons un panel socialement représentatif et posons la question suivante : "à votre avis pendant combien de temps aurons nous encore du pétrole, et que ferons nous quand il n’y en aura plus, y a-t-il lieu d’être inquiet ?". Cette question en deux partie est volontairement simpliste car nous cherchons à susciter des réponses simples, qui, nous allons le voir, seront porteuses d’enseignement fort étonnants.

A la question : "à votre avis pendant combien de temps aurons nous encore du pétrole ?" 50% des sondés (peu informés) pensent que les réserves sont extrèmement importantes (plusieurs siècles) et qu ’"ILS" (les politiques et les pétroliers) nous font un chantage à la pénurie pour maintenir le prix de l’essence à la hausse. Les autres 50% (un peu mieux informés) pensent que les réserves sont de l’ordre de 40 à 80 ans.

A la question : "que ferons nous quand il n’y en aura plus, y a-t-il lieu d’être inquiet ?" 100% des sondés répondent : "ILS" (les politiques et les pétroliers) s’en occupent certainement. Le contraire serait inimaginable. Il n’y a donc pas lieu d’être inquiet. Il est impensable que tout ce progrès s’arrête et que nous revenions en arrière.

Si la réponse à la première partie de question témoigne d’un symptôme classique de désinformation pouvant s’appliquer à d’autres thèmes connus (retraites, emploi, délinquance, etc...), la réponse à la deuxième partie relève quant à elle de la pure croyance religieuse ! En effet, RIEN ne permet aujourd’hui d’affirmer scientifiquement que nous ayons identifié un successeur au fossile. Nous ne pouvons que l’ESPERER. La marge d’incertitude est énorme, et pourtant la foi est inébranlable !

Le chrétien dit : "le monde n’a pas pu se créer tout seul. Ce n’est pas possible ! Ce ne peut être que l’oeuvre d’un Dieu."

Le croissant dit : "la croissance ne peut pas s’arrêter ni le monde régresser ! "ILS" savent ce qu’il font !"

D’un côté, nous avons "DIEU" qui a créé l’univers et qui guide nos pas, et de l’autre côté, nous avons "ILS" qui gardent avec compétence et sagesse le temple du Progrès. Une divinité chasse l’autre, mais la croyance perdure. La preuve n’est pas nécessaire, la démonstration est inutile, la vérification n’est pas requise, la foi suffit !

 


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8 réactions à cet article    


  • anty 7 août 2010 09:05

    L’humanité depuis son apparition a toujours était en croissance continue et régulière

    Elle toujours réussi grâce à ses inventions et découvertes à dépasser les écueils qui se dressaient sur sa route

    Maintenant qu’elle a acquis un savoir scientifique incomparable elle devrait disparaître faute de matières prémières et faute de la surpopulation

    C’est peu probable

    la surpopulation mondiale va être jugulé et s’établira autour de 10 milliards d’individus

    les solutions pour les énergies nouvelles nouvelles existent déjà(économie énergétique , les nouvelles centrales nucléaires ainsi qu’une foule innovations techniques de tout ordre ) et d’autres vont apparaître prochainement (la fusion nucléaire )
    sans parler comme cela arrive souvent des solutions techniques inattendues et innovants


    • Croa Croa 7 août 2010 23:54

      « L’humanité depuis son apparition a toujours était en croissance continue et régulière »

      Erreur, L’humanité depuis son apparition a toujours été en croissance exponentielle.

      (La suite est aussi peu réaliste.)


    • anty 7 août 2010 09:10

      Quant aux l’épuisement des matières premières

      le recyclage va s’imposer

      mais les ressources sont encore considérables

      et là aussi les inovations vont jouer un rôle déterminant


      • PhilVite PhilVite 7 août 2010 10:54


        Maintenant que Dieu et Marx sont morts et que nous ne nous sentons pas très bien, il serait peut-être temps de devenir adultes et de remettre vos « ILS » à leur place.


        • Croa Croa 8 août 2010 00:02

          C’est à dire dehors !

           smiley Ouste, du balais ! smiley

          Il fut une époque où ceux qui trahissaient le peuple passaient à la guillotine. Peut-être serait-il carrément opportun d’en reconstruire une ?


        • Crazy Horse Crazy Horse 7 août 2010 16:41

          Petite piqûre de rappel... Peu appréciée apparemment, et je le comprends bien, même si ça me chagrine.

          C’est peut être mieux ainsi : que nous soyons peu nombreux à avoir sorti la tête du train et vu qu’il fonçait dans le mur. Mais combien d’entre nous auront le courage et la folie nécessaire pour sauter du train avant qu’il ne s’écrase ?


          • Croa Croa 8 août 2010 00:07

            Ah, bon ?

            Il y aurait donc une issue à ce train, une possibilité de sauter en marche ?


          • VivreDifferent VivreDifferent 8 août 2010 11:14

            Le problème ne se posera pas quand la dernière goutte de pétrole sera extraite du sol, mais bien avant, quand la demande deviendra largement supérieure à l’offre. idem pour tant d’autres matières minérales extraites du sol.

            Le recyclage peut aider, mais il ne faut pas se méprendre là-dessus. Les innovations permettront peut-être de recréer du pétrole à partir du plastique par exemple (pourquoi pas ? ça existe sûrement déjà d’ailleurs, au moins sur le papier). Mais on n’échappera pas aux lois de la Physique, et ces nouveaux process seront à la fois plus complexes et plus énergivores, et il faudra bien trouver des sources énergétiques exploitables pour cela. Ils ne permettront pas de subvenir à une consommation de masse toujours plus importante.

            Il est facile d’enclencher une réaction de combustion et de brûler toute une forêt. Reconstruire la forêt à partir des cendres est plus compliqué...Cela dit, la Nature finit toujours par repousser. Et c’est sûrement là la clé du futur : utiliser le vivant pour subvenir à nos besoins. Mais là encore, nous serons limités par des problèmes de capacité, en plus de la complexité des systèmes que nous aurons à gérer.

            La vraie clé du succès est donc organisationnelle : apprendre à vivre plus sobrement, à se recentrer sur nos besoins essentiels, à faire mieux (et pas forcément plus) avec moins.

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