Le premier mois de l’année a été riche en enquêtes sur les intentions de vote relatives à l'élection présidentielle. Pas moins de treize sondages sur un mois, soit une moyenne d’environ une enquête tous les deux jours, et encore, sans tenir compte du sondage quotidien Ifop-Paris Match à la méthodologie très discutable…
Sur ces treize enquêtes publiées par l’Ifop, TNS Sofres, Ipsos, LH2, Harris Interractive, OpinionWay, BVA et le CSA, les principaux candidats obtiennent en moyenne les intentions de vote suivantes :
- François Hollande, 29 %
- Nicolas Sarkozy : 24,4 %
- Marine Le Pen : 18 %
- François Bayrou : 13,1 %
- Jean-Luc Mélenchon : 7,6 %
- Eva Joly : 3 %
- Dominique De Villepin : 1,9 %
Quelques enseignements :
- François Hollande reste à un niveau très élevé. Avec 29 % des intentions de vote, il arrive systématiquement en tête dans les sondages, laissant Nicolas Sarkozy loin derrière lui, et ce bien qu’il ait perdu quelques points par rapport au mois précédant, alors qu’il était porté par sa victoire aux primaires socialistes. Sauf énorme scandale ou gros incident de parcours avant la fin de la campagne, sa qualification pour le second tour semble définitivement acquise. Si ces intentions de vote se concrétisent dans les urnes, il faudra remonter à 1988 et la candidature de… François Mitterrand pour retrouver un score plus élevé obtenu par un candidat socialiste au premier tour (34%).
- Nicolas Sarkozy est à un niveau très faible d’intentions de vote par rapport au score qu’il avait obtenu au premier tour en 2007 (31%). Il est en outre le premier président sortant candidat à sa réelection à ne pas faire la course en tête depuis l’instauration de la Vème République. Bien qu’il soit devenu totalement incapable de capter des voix au-delà des sympathisants traditionnels de la droite de gouvernement, Nicolas Sarkozy a toutefois des qualités certaines pour rassembler son camp, s’assurant un niveau d’intentions de vote suffisant pour prétendre à une qualification au second tour. S’il semble peu vraisemblable qu’il gagne des voix dans les mois à venir, il semble également peu envisageable qu’il n’en perde encore, à moins que l’électorat de la droite, inquiet de ne pas voir son champion en mesure de s’imposer, ne se mette en quête d’un candidat de substitution.
- Marine Le Pen se situe à un très haut niveau d’intentions de vote, obtenant une moyenne de 18 %. Ce chiffre, certes impressionnant, n’est toutefois pas suffisant pour lui permettre d’espérer une qualification en vue du second tour, compte-tenu des niveaux élevés auxquels se maintiennent Hollande et Sarkozy. Il cache en outre de fortes disparités d’un institut et d’une enquête à l’autre, avec des chiffres compris entre 16 et 20 %. Marine Le Pen semble toutefois avoir retrouvé l’étiage électoral traditionnel du FN à l’élection présidentielle, et peut espérer faire au moins aussi bien que son père en 2002, qui avait obtenu près de 17 % des voix et une qualification au second à la faveur d’un émiettement des voix inédit qui ne se reproduira vraisemblablement pas. Gardons nous toutefois de spéculer sur les scores que les sondages peuvent attribuer aux Le Pen, père et fille : en 2007, à quelques jours du second tour, certains sondages donnaient Jean-Marie aux alentours de 16 %... Il n’en a finalement obtenu que 10,4.
- Avec 13,1 % d’intentions de vote en moyenne, François Bayrou a enfin décollé. L’évolution de ses scores tout au long du mois a en revanche montré un certain tassement de l’engouement des électeurs en sa faveur, une bonne part d’entre eux exprimant en outre un fort degré d’incertitude quant à la fermeté de leur choix. Il est encore beaucoup trop tôt pour émettre des pronostics à l’égard de M. Bayrou, son électorat étant à l’évidence beaucoup trop volatile. La réorientation de sa stratégie ces derniers jours pourrait notamment indiquer une volonté de se poser en candidat de substitution à droite, le succès de sa candidature n’handicapant visiblement pas celle de François Hollande, comme cela avait au contraire été le cas en 2007 vis-à-vis de Ségolène Royal.
- A 7,6 % d’intentions de vote en moyenne, Jean-Luc Mélenchon progresse lentement mais sûrement. Le candidat du Front de gauche affiche des scores compris entre 6 et 9 %, avec des chiffres nettement plus importants à la fin du mois, le situant en moyenne au dessus de 8 %. On est loin des 3 ou 4 % que certains instituts lui attribuaient en début de campagne. L’électorat mélenchoniste semble en outre être le plus solide, plusieurs enquêtes mettant en valeur la sureté du choix de ces électeurs. Si cette progression se confirme lors des prochaines semaines, Jean-Luc Mélenchon pourrait facilement franchir le seuil symbolique des 10 % et jouer un rôle significatif lors de la prochaine législature.
- Eva Joly n’en finit plus de dégringoler dans les intentions de vote. Autrefois donnée largement au-dessus des 5 %, la candidate écologiste n’obtient désormais qu’une moyenne de 3 % d’intentions de vote. Cette piètre performance illustre fort bien le caractère très volatile des électeurs d’EELV, qui semblent avoir littéralement disparu depuis les performances mirobolantes du parti vert aux élections européennes de 2009 et régionales de 2010. Bien qu’aucune enquête ne soit là pour le prouver, il est très probable qu’un grand nombre de ces électeurs se retrouvent aujourd’hui dans les candidatures de François Hollande, François Bayrou et, dans une moindre mesure, Jean-Luc Mélenchon.
- Avec seulement 1,9 % d’intentions de vote en moyenne, Dominique De Villepin a raté son entrée en campagne, qui lui avait permis l’espace de quelque jours d’obtenir 4 % dans plusieurs enquêtes. Son échec à impulser une dynamique sonne le glas de toute tentative de dissidence à droite, Sarkozy polarisant visiblement l’ensemble de l’électorat conservateur sur sa candidature.
Cette élection pourrait bien voir in fine s’affronter un très faible nombre de candidats. Les autres candidatures testées dans les enquêtes obtiennent en effet des moyennes inférieures à 1 %, voire à 0,5 %. Parmi eux, Nicolas Dupont-Aignan est toutefois parvenu à obtenir 1,5 % d’intentions de vote dans le sondage BVA du 21 janvier, une performance qu’il n’a réalisé dans aucune autre enquête. Le candidat de Debout la République semble en outre assez bien placé pour obtenir les 500 parrainages à la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel. Les accents nationalistes de sa campagne pourraient éventuellement faire de l’ombre à Marine Le Pen, voire à François Bayrou qui n’a pas hésité à faire de la surenchère sur le thème du « acheter français » tout au long du mois. Les scores dérisoires dont sont crédités Philippe Poutou et Nathalie Arthaud signent quant à eux la fin des succès électoraux de l’extrême-gauche trotskyste, qui avait cumulé plus de 10 % des voix au premier tour en 2002. Leur manque de notoriété explique en grande partie les difficultés qu’éprouvent leurs militants à récolter les fameuses 500 signatures…
Quant aux autres candidats (Corinne Lepage, Christine Boutin, Frédéric Nihous) leurs candidatures isolées n’intéressant que de très petites portions de l’électorat et peinent à trouver une dynamique porteuse. Ces trois candidats sont néanmoins déjà parvenus à concourir au premier tour en 2002 pour Lepage et Boutin, en 2007 pour Nihous, avec un insuccès certain dans les trois cas. Reste Jean-Pierre Chevènement, qui ne brille guère plus que les autres, et devrait annoncer très prochainement son ralliement à François Hollande ou à Jean-Luc Mélenchon.
Le taux de participation devrait quant à lui être très élevé. Plusieurs enquêtes font état d'un intérêt massif des électeurs pour la campagne, 60, voire 70 % d'entre eux se déclarant intéressés par elle. Les proportions d'électeurs n'exprimant aucune intention de vote restent également faibles, excédant rarement les 20 %, bien que ce chiffre puisse parfois être attribué à une méthodologie particulière de l'institut, qui limite le nombre de non-répondants normaux.
Rendez-vous dans un mois pour observer les évolution de ces intentions de vote au terme d’un mois de février qui promet d’être particulièrement riche en sondages…
Note : Wikipédia répertorie tous ces chiffres en temps réel, avec en référence les enquêtes intégrales, et ce depuis le début de la campagne.

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