Interviews de Ségolène Royal, Manuel Valls, Arnaud Montebourg, David Assouline, François Hollande, Jean-Marc Ayrault
Alors « unité de façade » ou « véritable cohésion de groupe » ?
Tous les journaux ou presque relevaient une cohésion presque exceptionnelle, un peu plus d’un an après le fiasco du congrès de Reims.
Acturevue a voulu aller plus loin que les polémiques sur la bataille des égos qui ne semblent être qu’en sursis avant la course à la présidentielle. Relever certaines incohérences, faire réagir certains cadres socialistes sur les contradictions de leur parti, voilà ce que nous avons tenté de faire à La Rochelle.
Martine Aubry disait tout récemment ne pas vouloir« tomber dans le piège » de Sarkozy. Les socialistes mettaient en avant leur future convention sur la sécurité (en octobre) pour pardonner leur silence dans ce domaine. Pourtant, ne sont-ils pas justement tomber dans ce « piège » ? Lorsque Valls, Dray, Montebourg ou Royal se sont exprimés, chacun de leur côté, sur ce domaine pour le moins fragile, n’ont-ils pas justement répondu à Sarkozy ?
En lisant ces interviews croisées, l’on s’aperçoit que derrière l’unité du PS (et ses nombreux éléments de langage) les propositions divergent en matière de sécurité. Mais une chose reste certaine, les socialistes veulent occuper tous les terrains, y compris celui de la sécurité.
Interview Manuel Valls, député PS, maire d’Evry
Acturevue :
Alors que la ligne du PS adoptée par Martine Aubry était de ne pas répondre immédiatement sur la sécurité, pour ne pas tomber dans « le piège » de Sarkozy, beaucoup de responsables socialistes n’ont cessé de le faire ces derniers jours. N’êtes-vous pas tombé justement dans le « piège » ?
Manuel Valls :
Il faut distinguer l’utilisation du terme « sécurité » par le pouvoir, qui considère qu’il a une avance sur la gauche là-dessus et que c’est sa grande différence avec le PS. Je crois que cela ne trompe personne et que chacun a compris qu’il y avait matière à diversion. Pourtant il y a une réalité, des faits (Villeneuve, Saint-Aignan) qui nous permettent de critiquer Nicolas Sarkozy. Si les débats sur l’identité nationale ne reposaient sur rien, ceux sur la sécurité proviennent de souffrances réelles que subissent les personnes, les policiers et il ne faut pas les abandonner. Le PS s’exprime car même si ce n’est pas un thème central, c’est une question sociale grave car cela concerne les plus fragiles, les jeunes, les personnes âgées. Il faut donc être décomplexé également vis-à-vis de la droite.
Quand vous écrivez sur votre blog que vous voulez « une politique répressive sans complexe », n’avez-vous pas peur de brouiller les cartes entre la position du PS et celle de l’UMP ?
Votre questionnement induit exactement ce qu’il ne faut pas faire. Je suis élu de la ville d’Evry et je remarque par exemple, que de manière générale, les habitants des quartiers du centre ville sont hyper protégés et les villes périphériques, les banlieues ont moins de moyens, de services publics et de policiers. On sait donc qu’il faut une politique éducative puissante, reconstituer une politique de prévention, penser aux peines alternatives, mais aussi à la répression. La guerre contre les réseaux mafieux, contre la délinquance est essentielle. Mais il faut être aussi impitoyable sur les causes que sur les conséquences. Il faut d’ailleurs dire aux français que ce sera long, difficile, complexe, coûteux. Si les socialistes pensent que l’on ne peut pas parler de répression et de dissuasion, là on est mort.
La police de proximité reste-t-elle une solution, alors que vous écrivez sur votre blog qu’elle ne serait plus opératoire aujourd’hui sur le terrain ?
Les banlieues ne sont pas les mêmes. Les villes nouvelles de Saint-Denis, par exemple, bénéficient de moyens qui n’ont rien à voir avec Clichy-sous-Bois. Il faut donc analyser les situations de façon objective et éviter la généralisation. La police de proximité n’a jamais véritablement pu se mettre en place. Je pense qu’il faut la faire évoluer parce que la délinquance a évolué. Il faut une police vraiment spécialisée pour les quartiers, peut-être en privilégiant d’ailleurs - la question n’est pas facile - des recrutements de policiers originaires de ces quartiers. L’un des défis majeur est que cette police doit être à pied et gagner la confiance des français qui, aujourd’hui, peuvent penser que la police leur est hostile. Il faut réinventer une police citoyenne de terrain.
Nous laisserons le soin à Manuel Valls de nous prouver que sa « police citoyenne de terrain » est véritablement différente de la « police de proximité » qui selon lui, s’est révélée auparavant inefficace.
Interrogé par Acturevue, Arnaud Montebourg rejoint l’idée d’une police urbaine et ajoute qu’il faut « associer la population à la lutte contre la violence, comme la police de Chicago l’avait fait dans les années 80 avec des résultats intéressants ». Le député socialiste nuance également les positions de Gerard Collomb (qui dépense 7 millions d’euros rien que dans la vidéo-surveillance à Lyon) et de Bertrand Delanöe en affirmant que « les caméras à elles seules ne peuvent pas faire reculer la délinquance ».
Interview de David Assouline, sénateur PS
Acturevue
Alors que la ligne du PS adoptée par Martine Aubry était de ne pas répondre immédiatement sur la sécurité, pour ne pas tomber dans « le piège » de Sarkozy, beaucoup de responsables socialistes n’ont cessé de le faire ces derniers jours. N’êtes-vous pas tombé justement dans le « piège » ?
David Assouline
Non, il ne faut pas tout confondre. Il y a eu une mise en scène tout l’été où il s’agissait de montrer des images pour faire croire que la sécurité est le seul sujet qui intéresse les français. Mais qu’en plus cela concerne certaines populations issues de l’immigration. Nous ne tombons bien évidemment pas dans ce panneau, mais nous n’avons jamais pensé que la sécurité était réservée à la droite. On répond d’ailleurs aux questions des journalistes, car lorsqu’on ne répond pas, ils n’aiment pas cela… Ce que nous voulons avant tout c’est une politique de l’éducation, de prévention et une police sur le terrain respectée par les jeunes, parce que eux mêmes les respecteront. La sécurité est un désir de tous, la façon de la traiter et les solutions que nous proposons nous différencient de la droite.
Lorsque Manuel Valls dit vouloir une « politique répressive sans complexe », ne craignez-vous pas de confondre le message du PS avec celui de l’UMP ?
Non, Manuel Valls choisit ses mots. Quand il faut réprimer, il n’y a pas à avoir de complexe, mais il faut considérer que nos limites, celles de la gauche dans la répression sont de ne pas porter atteinte à la liberté individuelle des gens.
Attestant cela Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale ajoute que « les nombreux maires socialistes étant confrontés à une demande en matière de sécurité » l’expérience du Parti Socialiste est « plutôt bonne ». Il précise que le PS n’a pas « de complexe sur cette question. La différence avec Nicolas Sarkozy est que nous savons que les coups de menton et les effets de manche ne sont pas la solution ». Selon lui, le vrai problème est que« Nicolas Sarkozy affaiblit la république. Notre première responsabilité est de remettre la république à l’endroit ».
Interview de François Hollande, député PS et ancien Premier secrétaire du PS
Acturevue
Alors que la ligne du PS adoptée par Martine Aubry était de ne pas répondre immédiatement sur la sécurité, pour ne pas tomber dans « le piège » de Sarkozy, beaucoup de responsables socialistes n’ont cessé de le faire ces derniers jours. N’êtes-vous pas tombé justement dans le « piège » ?
François Hollande
Tout comme le chômage, la crise économique ou la protection sociale -qui est aujourd’hui largement remise en cause-, la sécurité est un sujet essentiel. Face aux phénomènes de violence et d’agression nous ne pouvons pas ne rien dire.
C’était pourtant la position de Martine Aubry, de vouloir attendre octobre pour lancer des propositions sur le sujet…
Autant il fallait peut-être dans l’été ne pas tomber dans la surenchère verbale avec Nicolas Sarkozy, autant lors de cette rentrée il faut que les questions soient traitées.
Interview de Ségolène Royal
N’êtes vous pas tombée dans le « piège » de Nicolas Sarkozy à lancer des propositions sur la sécurité ?
Ségolène Royal
Non au contraire, c’est ce que les gens veulent, c’est ce qu’ils vivent. Nous constatons que la violence a augmenté, il faut donc répondre à cela.
Interviews recueillies par Cedric Merlaud et David Perrotin
Université d’été du Parti Socialiste le 27,28 et 29 août 2010.

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