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Accueil du site > Actualités > Politique > Jacques Duclos (1) : le pâtissier stalinien

Jacques Duclos (1) : le pâtissier stalinien

« Il vient de Moscou et il en rougit. » (Robert Bruyneel, ancien ministre, député du Loir-et-Cher, dans l’Hémicycle, le 14 mars 1957). Première partie.

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Le dirigeant communiste français Jacques Duclos est né il y a 120 ans, le 2 octobre 1896. C’est l’occasion de revenir sur cet homme à la personnalité très forte, de grande envergure dans l’histoire du communisme européen malgré sa très petite taille (en dessous du mètre cinquante).

Issu d’un milieu familial très modeste, Jacques Duclos ne fit pas d’études très poussées et commença très tôt à travailler comme pâtissier, métier qu’il exerça jusqu’en 1924. En 1912, il quitta la Bigorre pour Paris.

Son destin se transforma lors de la Première Guerre mondiale. Mobilisé le 1er avril 1915, Jacques Duclos fut blessé à la Bataille de Verdun puis fait prisonnier le 16 avril 1917 au Chemin des Dames, envoyé en Allemagne pour travailler dans les champs. À la fin de la guerre, il s’est investi dans l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC) créée notamment par Henri Barbusse (Prix Goncourt 1916), Paul Vaillant-Couturier (futur député) et Boris Souvarine. Il y travailla comme secrétaire de rédaction du journal.

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Ce fut le 31 décembre 1920 qu’il s’engagea directement à la SFIC, futur Parti communiste français (PCF), peu après le congrès de Tours qui divisa socialistes et communistes. Après avoir suivi l’école des cadres, Jacques Duclos prit une importance croissante au sein de l’appareil communiste.


Député de la IIIe République

Il fut battu aux élections législatives du 11 mai 1924 (qui ont vu la victoire du Cartel des gauches), mais le 28 mars 1926, devenu membre du comité central, il fut élu député de la Seine, à l’âge de 29 ans, en battant le futur Président du Conseil Paul Reynaud à l’occasion d’une élection partielle. Il fut réélu le 29 avril 1928 dans le 20e arrondissement, en battant cette fois-ci …Léon Blum ! Mais il fut ensuite battu le 8 mai 1932 par Marcel Déat, alors socialiste. Le 3 mai 1936, Jacques Duclos fut réélu député le 3 mai 1936, à Montreuil qui est devenu son fief électoral (le parti lui avait attribué un pavillon pour y habiter). Il fut plusieurs fois vice-président de la Chambre des députés.



L’activité parlementaire convenait à l’éloquence et à l’esprit de répartie de Jacques Duclos, beaucoup plus que son activité de militant. Ses préoccupations internationales et pacifistes ont été prédominantes pendant ses mandats parlementaires. Il interpella le gouvernement français sur la paix au Maroc et en Syrie, sur le conflit entre l’Italie et la Yougoslavie en 1927, etc.

Ses écrits antimilitaristes furent réprimés et à cette époque, il fut plus souvent dans la clandestinité que dans l’Hémicycle entre 1927 et 1931. Comme disait le journaliste Jacques Fauvet : « En fait de Chambre, le nouveau député fréquente surtout la correctionnelle. ». En janvier 1931, la Chambre a voté l’amnistie pour lui, ce qui lui permit de reprendre son activité politique au grand jour.


Apparatchik au service de Moscou

Au même moment, il fit son entrée au bureau politique et au secrétariat du PCF en 1931, et est devenu le bras droit de Maurice Thorez, jeune secrétaire général du PCF du 18 juillet 1930 au 17 mai 1964. À l’époque, il avait 35 ans tandis que Thorez 31 ans. Son activité s’est concentré sur le service d’information et de renseignements du PCF, ainsi que sur la formation et la propagande, un poste stratégique qui l’a amené à se rendre à Moscou pour prendre ses consignes. En relation directe avec le Kremlin où il rencontrait Staline, il s’est occupé aussi de l’organisation de plusieurs partis communistes européens (belge, espagnol, etc.).

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Après les émeutes du 6 février 1934 auxquelles les communistes participèrent, Jacques Duclos fut l’un de ceux qui ont appelé à l’unité du futur Front populaire. Le 14 juillet 1935, aux assises de la paix et de la liberté, au vélodrome de Montrouge, son discours fut un "moment de communion" très fort et en octobre 1935, il s’ouvrit même aux catholiques.

Après son élection de mai 1936, il milita en faveur des républicains espagnols, fut contre les Accords de Munich et proposa un "prélèvement sur les grosses fortunes". Il approuva aussi le Pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939 à Moscou, ce qui l’a conduit à fuir la France en octobre 1939 (vers la Belgique) et à être déchu de son mandat de parlementaire le 20 février 1940. Le PCF fut dissous le 26 septembre 1939 par Édouard Daladier.


Sous l’Occupation nazie

Tandis que Maurice Thorez est resté tranquillement à Moscou pendant la guerre (jusqu’à son retour à Paris le 26 novembre 1944), Jacques Duclos retourna en France en juin 1940 (à vélo) pour diriger l’activité clandestine des communistes entre 1940 et 1944, aidé d’André Marty (député lui aussi déchu, qui fut exclu du PCF en 1952) et de Benoît Frachon (futur secrétaire général de la CGT du 5 septembre 1945 au 16 juin 1967). Selon Charles Tillon (dans ses confidences à Michèle Cotta du 12 mars 1980), juste après l’arrivée des nazis en France, le mot d’ordre du PCF clandestin était de "fraterniser" avec l’occupant.

Jacques Duclos a rédigé et diffusé fin juillet et début août 1940 un tract daté prétendument du 10 juillet 1940 (mais qui critiquait des ministres nommés le 13 juillet 1940) et signé Jacques Duclos et Maurice Thorez, qui a servi à prouver que les communistes s’étaient opposés à l’Occupation nazie très tôt. Mais le tract faisait plus l’apologie de l’Union Soviétique, de Lénine, de Staline, que protester contre le nazisme.

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Il s’en prenait ainsi à Édouard Daladier, à Paul Reynaud, à Georges Mandel « soutenus par un Parlement de valets et de corrompus, [qui] ont poussé la France à la guerre pour servir les intérêts des ploutocrates, pour supprimer les libertés publiques, pour faire régner la terreur, écraser le peuple et porter les armes contre l’URSS, pays du socialisme ».

Il s’interrogeait ainsi : « Qui peut relever la France ? C’est la question qui se pose. Ce ne sont ni les généraux battus, ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France ; ils ne sont bons qu’à la trahir et à la vendre. Ce n’est pas dans les milieux corrompus du capitalisme que peuvent se trouver des éléments de la renaissance nationale. (…) C’est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, parce que l’avenir lui appartient ; c’est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le parti communiste, parti de propreté, d’honneur et d’héroïsme, que peut se constituer le front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France. (…) Pour remettre le pays au travail, il faut mobiliser les ressources de la Nation, en confisquant tous les bénéfices de guerre et en effectuant un prélèvement massif sur les grosses fortunes. ».


Député de la IVe République

En septembre 1944, Jacques Duclos négocia avec le Général De Gaulle l’entrée de ministres communistes dans le gouvernement provisoire. Après la guerre, Jacques Duclos fut élu député sans discontinuité de 1945 à 1958, pendant toute la IVe République et fut le président du groupe communiste.

Il fut un orateur très remarqué qui faisait de nombreuses propositions. Il réclamait la nationalisation des banques, des compagnies d’assurances, de la marine marchande, des industries chimiques et sidérurgiques (19 juin 1945), fit de nombreuses interpellations sur la politique fiscale du gouvernement, réclama la paix au Vietnam, l’indépendance en Algérie, s’opposa aux "arrondissementiers" (qui ont concocté un scrutin par apparentements pour les élections législatives du 2 janvier 1956), etc. Il était l’orateur communiste incontournable lors de chaque investiture ou renversement de gouvernement.

Parallèlement à cette boulimie parlementaire, Jacques Duclos rédigea de nombreux éditoriaux dans plusieurs journaux dont bien sûr "L’Humanité", et continua à se rendre très souvent à Moscou pour diverses cérémonies (dont l’enterrement de Staline) ou pour des réunions au plus haut niveau.

Dans le prochain article, j’évoquerai la fin de la carrière politique de Jacques Duclos.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Duclos.
Staline.
Georges Marchais.
Front populaire.
Gaston Defferre.
François Mitterrand.
Michel Rocard.
André Tardieu.
Jean Jaurès.
Joseph Caillaux.
Aristide Briand.
Léon Blum.
Pierre Laval.
Philippe Pétain.
Colonel de La Rocque.
Charles De Gaulle.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Charles Péguy.

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Réagissez à l'article

13 réactions à cet article    


  • Leonard Leonard 30 septembre 14:54

    Vous n’avez donc aucune considération pour votre prochain pour nous exposer des articles aussi ininteressants les uns que les autres ?


    Soyez charitable, limitez vos publications pour le bien de l’humanité...

    • Trelawney Trelawney 30 septembre 15:04

      @Leonard
      Il est vrai que jacques Duclos c’est très très moyen comme sujet d’article


    • sarcastelle 30 septembre 15:31

      En plus, l’auteur précise d’emblée que Duclos ne fait pas un mètre cinquante. J’enrage qu’il l’ait dit, car j’aurais tant voulu le faire moi-même ! 


      • escoe 30 septembre 17:49

        Rakout-machin, Jacques Duclos avait bien raison de dénoncer les valets et corrompus dont vous êtes le fidèle continuateur.
        Et il avait une éminente qualité que vous n’aurez jamais : il faisait peur aux patrons. Nous lui en sommes encore redevables.


        • Trelawney Trelawney 30 septembre 17:53

          @escoe
           avait bien raison de dénoncer les valets et corrompus

          En tant que valet de Staline il devait en connaitre un rayon. Et pour ce qui est de faire peur aux patrons : Ils en tremblent encore


        • Paul Leleu 30 septembre 18:05

          @Trelawney


          la peur des patrons était bien réelle... d’ailleurs ils n’hésitaient pas à s’organiser pour faire tirer au fusil et au canon sur les français en de multiples occasions. 

          Vous êtes comme tous ces français qui prennent des congés payés en insultant le front populaire. Et qui réduisent le communisme à Staline. Soyez un peu plus subtil et fiers de certaines pages et aspects de notre histoire. 

        • Paul Leleu 30 septembre 18:09

          on apprend au passage que Duclos est rentré en France « dès juin 1940 » pour « organiser l’activité clandestine des communistes entre 40 et 44 »... et qu’il a diffusé ses premiers tracts dès le milieu de l’été 40. 


          Comme quoi, cela va à l’encontre de certaines légendes urbaines qui disent que les communistes français ne se sont pas engagés dans la résistance aussi dès l’été 40. 

          Quant aux soviétiques, ils ont assumés quasi seuls l’effort de guerre en Europe de juin 1941 (barbarossa) jusqu’à juin 1944 (overlord). Avec à la clef 23 millions de morts. Sans eux la Libération n’aurait pas été possible. 

          Il faut dire l’Histoire, toute l’Histoire. 

          • Leonard Leonard 30 septembre 18:15

            @Paul Leleu

            Quand vous parlez de « Libération », vous parlez bien évidement de cette période de colonisation chewing-gum Coca non ?


          • Algérien (---.---.32.147) 30 septembre 18:48

            Jacques Duclos et ses camarades avaient la confiance de 25% des Français.


            • CN46400 CN46400 30 septembre 18:58

              L’article est évidemment un peu tendancieux avec quelques imprécisions comme par exemple la présence de Marty à Paris pendant la guerre alors qu’il était à Moscou pendant toute la guerre, dans l’IC jusqu’en 43 et en contact permanent avec Thorez qui était à Toula à quelque centaines de km de Moscou.
               Duclos, à l’allure si particulière, a dirigé, pendant 4 ans, le PCf depuis la région parisienne, sans jamais se faire prendre par toutes les polices, allemandes et françaises qui étaient à ses trousses. Ceci pour attirer l’attention sur les militants communistes, arthur Dalidet notamment, qui assuraient alors la sécurité du groupe dirigeant (Duclos-Frachon et Tillon)


              • sarcastelle 1er octobre 04:15

                Duclos, c’est toute ma jeunesse !

                Au lycée il y avait bien sûr une cellule communiste, dont les jeunes membres montraient envers leur camarades fascistes (c’est-à-dire à partir de centriste) toute la courtoisie désirable. En gros, donner la contradiction à cette belle jeunesse communiste revenait à se faire faire une réputation de rat. Ce n’était pas encore le temps de Marchais, qui ne devait prendre de l’importance qu’un peu plus tard, et ce n’était plus le temps de Waldeck-Rochet déjà malade ; c’était Duclos alors la vedette. Voilà pourquoi je reste indéfectiblement amoureuse de ce héros du peuple. 

                • CN46400 CN46400 1er octobre 08:36

                  Le « tract », « l’appel » dit le PCF, du 10 juillet 40 (jour de l’intronisation de Pétain) par le parlement (les élus communistes sont en prison (Waldeck Rochet...) ou dans la clandestinité (Duclos, Tillon..)) a du être validé par Thorez, par radio, avant d’être imprimé dans une imprimerie clandestine de Paris, et repris en région par d’autres moyens d’impression, ce qui explique les nuances constatées.
                  Une phrase est présente dans toutes les version, non relevée ici, comme par la plupart des historiens de droite

                  « Jamais le peuple français sera un peuple d’esclaves »

                   Concernant Dalidet (torturé à mort), Duclos précise, dans ses mémoires, que lorsqu’il a été informé de sont arrestation, il a décidé de ne pas déménager pour une autre planque : « je savais qu’Arthur ne parlerait pas »


                  • robert 10 octobre 20:36

                    un patissier stalinien , bof ici on a déja un boulanger fachiste.

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