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Accueil du site > Actualités > Politique > Je fais de la politique, tu fais de la politique, ...

Je fais de la politique, tu fais de la politique, ...

L'approche politique des problèmes implique souvent de se poser à un niveau global. C'est tout du moins la forme traditionnelle de la pensée de l'économie, de l'organisation des échanges, du fonctionnement de la justice, etc. Dès lors que le mot politique frappe notre esprit, on songe immédiatement aux questions qui se posent au niveau global. C'est un réflexe. Discutez-en au travail, au bistrot, tout le monde l'a. Et comme tout réflexe, il provient d'un geste plus ou moins inné, plus ou moins acquis, mais il est toujours déterministe. Drôle de chose que pour commencer cette réflexion il faille passer par un mécanisme où elle est absente.

Au niveau où s'exerce la politique telle qu'elle est définie dans cet inconscient collectif, c'est-à-dire au niveau national et international, les équilibres sont réellement complexes. Nous avons eu pendant cinq années, parce que nous l'avons élu, un personnage spectaculaire, extrêmement convaincu, dans la ligne politique dominante, pouvant alors parfaitement ignorer les complexités réelles (pire, pouvant les amputer, mépriser, blesser). Nous avons il y a peu collectivement décidé d'opter pour une ligne politique différente. Malgré des propos de campagne à l'emporte-pièce, il a nous peut-être semblé qu'il pouvait s'agir d'un changement de cap.

1. Vous avez élu un philosophe (mais il veut pas vous le dire)

La France attend, baignée du mythe du chef d'Etat, que certains d'ailleurs se plaisent à alimenter régulièrement, en référence au Gaullisme. Loin de moi l'idée de dénigrer bêtement. Le patriarcat est un élément de la culture de notre pays, et une culture ne se balaye pas d'une main vengeresse. On peut cependant aussi le déplorer. Ce mythe de la politique a des racines profondes et il est opérant quand les situations sociales sont relativement stables. Mais dans un pays où de profonds mouvements sociologiques ont lieu depuis plusieurs décennies, il n'est plus efficace. Le mythe n'a plus que valeur d'élement conservatif, il n'opère plus. Une politique traditionnelle souhaitant apporter des solutions différentes aux problèmes économiques, en passe de mondialisation plus ou moins pacifique, je le rappelle, ne peut avoir de solutions évidentes a priori. Sans vouloir faire une école de pensée de Hegel (j'en vois la moitié fuir en courant), ce contexte oblige à une dialectique. Ce qui veut dire que les maigres solutions économiques au niveau de la politique nationale et internationale ne peuvent provenir que d'un certain nombre de dynamiques (opposition, négociation, conciliation).

Si l'un ou l'une d'entre vous pensiez élire un président ennemi de la finance, vous vous êtes fait avoir (pour cela il fallait voter Front de Gauche). Nous avons élu un homme, pas plus normal que vous ou moi, qui croit à la dialectique et qui en fait même le fondement de son programme. Et je vous dirais, pour rester dans la définition mythique de la politique, que soit c'est ainsi qu'il faut faire, et ce sera long, et ça ne marchera probablement pas - soit il faut partir à droite, parce que la mythologie de la politique de droite sera toujours beaucoup plus efficace dans un système libéral. En assumant de payer le prix social. Une politique du changement ne peut pas se permettre d'ignorer qu'il ne peut se faire que par une dynamique, qu'elle ne peut être qu'en opposition, qu'en négociation, qu'en conciliation - à moins d'échouer, partiellement ou complètement. Et cela prend du temps, et cela est fragile (oui, beaucoup des journalistes que nous lisons depuis quelques semaines ne sont rien d'autre que des enfants gâtés).

Alors, l'aveuglement et la vitesse destructrice de la mythologie de droite, ou le changement que nous ne verrons pas ?

2. L'éternel retour

J'entend ça et là quelques révoltés aux noms d'oiseaux, fuirent dans la colère (que je partage parfois). Tout est pourri. L'homme est pourri. D'autres chanter en choeur les questions posées par l'actualité. Oui, le chomâge (que je connais bien, ma foi). Oui, le pouvoir d'achat. Oui, la crise financière. Oui, la sécurité. Et d'attendre qu'en haut on se bouge un peu le fion. Ca fait 25 ans que je vois ceux-là voter à droite, voter à gauche, revoter à droite. La jeunesse ne sait pas qu'à ce train, elle fera la même chose. On y va des théories, certains lisent des livres, parfois très intéressants (enfin la plupart n'en lisent pas, ou alors un roman policier parce que ça fait du bien - il faut quand même le savoir). D'autres ont des prix nobels pour montrer une nième fois que la croissance, ben quoi, c'est top. Et de chercher des solutions à ce top niveau, ce niveau de complexité tellement gigantesque que les meilleures idées n'y ont que peu de chance - et la majorité finira fatiguée, cherchant les piécettes dans la poche, comprenant plus ou moins que si elles s'y trouvent c'est qu'elles ne sont pas dans la poche du voisin (qui est musulman en plus). Ben ça alors, retour éternel en début de paragraphe. Ca doit être un complot des illuminatis ou des francs-maçons. Bref, une pièce de théâtre qui serait exquise si c'en était une.

3. Le classique de l'alternative

Je crois qu'il y a simplement que nous vivons une époque d'impasse de la mythologie politique. Il y a bien un mouvement politique alternatif en France, qui parle de planification écologique, de démocratie participative. Au-dessus des 10%. Tiens, quézaco. Intéressant, mais autant le savoir d'emblée également, la construction d'une démocratie participative est impossible avec les moyens de la politique traditionnelle. La politique traditionnelle, à savoir la montée initiale d'un groupe au pouvoir, ne permet pas l'imposition d'une ligne politique d'opposition, ou du moins extrêmement difficilement dans la situation sociale et culturelle de notre société. On peut parler d'abrutis, on peut parler des médias, mais tout ça est sous-tendu par des structures extrêmement fortes, qui font culture dans un véritable rapport de force, rapport que les dominants voudraient d'ailleurs faire passer, je l'entendais récemment, pour une gageure. Pas utile de dire aux français que tout le monde n'est pas de la même naissance. Pas utile de leur dire qu'ils vivent dans les mêmes déterminismes sociaux que ceux qui prévalaient au 19ème siècle. Encore moins utile de souligner qu'un système basé sur la monnaie ne peut tendre que vers plus d'injustice. Pas utile de dire qu'au fond, si on accepte cet état naturel des choses, on peut se demander quel est le rôle d'une société, quel est son projet politique. Voilà finalement de quoi ne rien enlever à l'abrutissement des abrutis - on pourra continuer de parler de progrès. Enfin au quotidien, on se posera pas la question, parce que le progrès, on sait plus trop. Le quotidien, c'est magique. Juste ce qui nous ramène sur terre. Au quotidien, la mythologie politique, ça n'existe plus. C'est ce qu'on appelle la majorité silencieuse, vous savez, il y a en un qui nous a fait le coup.

4. Rêvez...

Je veux en venir au fait que la construction d'un pouvoir politique d'opposition sur les bases de la mythologie politique ne peut être imposée à notre époque. Un véritable pouvoir positif ne peut être que la manifestation historique d'un phénomène de conflits pacifiques et de dialogues. Oui, la politique telle que nous l'imaginons en masse, c'est de l'histoire qui dort. Toujours la dialectique (non, je ne suis pas marxiste - et Marx non plus ne l'était pas, il était écrivain). Et bien le phénomène historique, ça ne se décrète pas. Ah ben zut alors. C'est un processus qui échappe aux hommes et aux femmes. Ca se construit - ou pas, lorsque des conditions particulières sont présentes. Tout le monde peut remarquer que l'émergence des nouvelles technologies (qui se pose bien évidemment de plus en plus en terme de sécurité, de contrôle social et de marché pour les pouvoirs dominants) ouvre un espace de débat, d'échange, de communication. Il faut y voir une des conditions particulières dont je parle. Oui, nous vivons un changement historique. Rien que ça.

Sans entrer dans les détails (cet article est déjà long - j'ai dû perdre ici les 3/4 quarts de mes lecteurs, Hegel, quelle idée pour faire une intro), ces quelques remarques pour dire qu'au fond, si la planification des systèmes économiques échoue, ce n'est pas simplement à cause de problèmes théoriques réservés aux spécialistes, mais pour les mêmes raisons que l'échec de la planification dans les systèmes politiques. Et pourtant la politique traditionnelle n'a pas d'autres moyens.

Alors, des solutions ? C'est curieux. La presse nationnale et internationale s'affole régulièrement, les sommets en haute altitude se poursuivent. Il n'y en pas. Puisqu'on vous le dit. En haut, c'est tellement complexe, la géopolitique, la finance, le bazastin quoi. Et ma foi, habitués qu'on est à attendre l'ordre venir du haut, pas de solution pour nous non plus. Marrant. Moi j'en vois mille. Que dis-je, près de 70 millions. Là, en potentiel. Non non, pas le peuple. Lui il attend son papa quand il pense à la politique. Il a besoin du leader, sinon il est perdu (pensée pour une certaine jeunesse).

Il me semble que pour l'heure, c'est la diffusion d'informations alternatives qui est importante. Donner une information claire et pertinente est participer au mouvement de la complexité de notre époque, donner chance d'émergence. Les médias dominants et les groupes politiques utilisent l'information d'une manière classique, celle des anciennes classes sociales élitistes, comme arme dans les rapports de force. L'information, donnée importante nouvelle dans notre société, il faut l'utiliser pour ce qu'elle est, et ne pas être un simple écho de l'actualité (sinon retournez au paragraphe "'éternel retour"). Il nous manque de ce point de vue beaucoup d'éléments. Education à l'image (vous vous souvenez de "Arrêt sur images" quand ça passait sur la télé de madame Michu ? Et ben l'acteur principal du film d'il y a 5 ans l'a interdit - des fois que, non mais), éducation à l'information (non pas par les frères Bogdanov qui imaginent que c'est Dieu, ils ont dû tuer le père avec Temps X, lol).

5. ... pour agir

Voilà ce qui me parait être un préambule à une véritable action politique, débarrassée de sa mythologie pataude. J'en viens naturellement au sens local d'une telle action. Car je crois que c'est ici que les choses peuvent se jouer. La démocratie participative ne viendra pas d'en haut. Vous savez quoi ? Même si vous n'en voulez pas, elle est déjà en partie là. Alors oui, nous avons besoin d'éducation populaire. Ca a été un projet contreversé au milieu du 20ème siècle. Il a échoué parce qu'il était pris dans les dynamiques nationales (à la place on a eu un ministère de la jeunesse et des sports. Vous êtes jeunes ? Faites du sport). Le champ d'action de la politique est fondamentalement lié à la démographie. Vous ne faites pas la même chose avec trois personnes qu'avec 70 millions. Mais pourtant, et c'est la clé du problème, l'organisation locale permet d'enclencher des dynamiques nationales, sans pour autant qu'il y ait de direction nationale forte, dirigiste - voire dangereuse. Les actions locales peuvent permettre de créer un pouvoir, n'appartenant à personne et pourtant auquel le plus grand nombre participe. Le pouvoir dont parle Montesquieu quand il dit qu'il doit se donner les moyens de se limiter. *La* politique.

J'entends les noms d'oiseaux. Calmez-vous. D'où croyez-vous que vient le succès des libéraux ? Du fin fond du rêve américain. C'est là toute la clé de leur réussite, et il faut bien leur rendre ça, bande de bolcheviks : donner de la possibilité locale aux individus (en l'occurrence ce qu'on a appelé du pouvoir d'achat). Il faut ouvrir ces possibilités (AMAP, SCOP, et toutes les bonnes idées éparpillées qui se bousculent sur la toile). Je ne vais pas vous refaire le coup de l'argent dette de Paul Grignon, ou celui de AM de Marc Chinal, qui montrent à eux deux (deux, c'est tout) le type de mensonge qui perdure. L'action locale est simplement urgente face aux problèmes que nous rencontrons.

Je vous rassure, pas besoin d'être anarchiste. L'action locale, ça sonne quand même un peu engagé, style puncho, fais l'amour pas la guerre. Truc de pauvre quoi. Ca sent la misère, limite ça pue. Il faut dire que c'est pas ceux qui portent la cravate qui ont le plus de raisons d'y penser, curieusement. On vous avez dit que la reconnaissance sociale par l'argent ça apportait plus de libre arbitre ("plus, plus, tatatinta" comme dit la pub) ? Bref, vous pouvez par exemple dire oui à la ruche (http://www.laruchequiditoui.fr/). Il y a tout plein de bonnes idées, je vais pas faire leur inventaire. Faut aussi en avoir envie.

Nous sommes focalisés sur le problème économique. Et les dieux ont raison : dans leur cadre étriqué en haut du Mont Everest, parsemé de règle d'or, des solutions il n'y en a pas. C'est le problème de la société de consommation. Si tu veux consommer, si ta reconnaissance sociale passe par là, et bien il n'y en aura pas pour tout le monde. Si ça te gêne pas, fais ta route, mais s'il te plait, théorise pas, sois pas insultant. Tu propose juste le monde de Darwin. Assume.

 

J'en termine. Nous vivons une époque en mouvement. La politique que nous avons nous vient de loin. La difficulté vient de son enracinement, qu'il faut à la fois comprendre, respecter et changer. Je n'ai pas envie de voir la génération qui suit faire les mêmes erreurs. Un coup à droite, un coup à gauche. Et puis au final, tout le monde s'en fout, il y a de l'argent dans la popoche ou pas. La politique traditionnelle est morte pour ma génération, 2 ans après l'élection de Mitterrand. Elle renaitra peut-être, mais en ce qui nous concerne, nous et cette jeunesse que je trouve en pleine difficulté, elle ne résoudra pas les problèmes économiques. Elle grippera un peu plus les dynamiques en figeant, comme on le voit depuis 30 ans, les oppositions. Plus vous chercherez la solution dans les hautes sphères, ou dans leurs échos par l'actualité, plus vous entendrez l'impossibilité. Eux ne peuvent pas. Nous, nous pouvons. Et nous pourrions même les surprendre.

 

Courage. Audace. Et fraternité (bande de moufles).


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6 réactions à cet article    


  • armand 22 septembre 2012 09:49

    Bel article, mais à mon humble avis, il y a un truc qui a été changé disons depuis 30 ans, la politique n’est plus ancrée dans le passé et son histoire mais est devenue prisonnière d’un système sans visage contre lequel on ne cesse de dire « on ne peut rien faire » et cela ôte tout espoir.


    • Marc Chinal Marc Chinal 22 septembre 2012 18:11

      <système sans visage contre lequel on ne cesse de dire « on ne peut rien faire » et cela ôte tout espoir.<
      .
      OUI, on ne peut rien y faire (réparer ce système vicié de rareté lié à l’utilisation de monnaies nous poussera toujours aux guerres et à la crétinerie),
      NON cela n’ôte pas tout espoir. Pour le retrouver, il suffit de regarder dans une autre direction, en particulier celui d’une civilisation qui n’utilise plus de monnaie ni de troc.
      .
      Mais votre cerveau a-t-il envie d’y réfléchir ou est-ce « déjà tout vu » ?


    • armand 22 septembre 2012 18:19

      Mon cerveau attend une solution viable, expliquez ce qu’est ce monde sans monnaie ?


    • Rensk Rensk 23 septembre 2012 14:53

      Assez drôle votre prétention... nous avons eu « porte-ouvertes » ce vendredi et samedi...

      Les gens du coin ont été plus qu’étonnés de se retrouver face a deux machine des USA alors que dans le coin (54 095 ha = 540,95 km2) ils y a plus de 5 qui fabrique mieux que « ça »....

      J’ai dû leurs expliquer que les USA réagissent comme tout autre pays du monde... nous vendons dix machines et pour ce faire il faut qu’on en achète au moins une des leurs... bien-sûr ces machines se retrouvent dans un « centre d’aide aux handicapés » subventionné comme cela par l’État...

      Tous ont accepté mon explication car tous nous savons : l’État subventionne les riches avec nos impôts dont ont ne peu s’en échaper sitôt qu’employer ( = ésclave ???)


    • Rensk Rensk 23 septembre 2012 15:05

      T’est un rigolo armand,

      si vous vous intéressiez un peu plus que « ça » a votre question... vous auriez fait des recherches sur le NET au lieu de demander a d’autres de le faire pour vous...


    • Rensk Rensk 23 septembre 2012 14:41

      Le « Global » ? Même les politiciens n’ayant droit qu’à 2 lobbyistes ne savent ce qu’ils votent dans nos parlement dit « démocratique »... c’est vous dire « la représentation du peuple » en démocratie dites « directe »...

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Ciriaco

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