L’ancien ministre s’est éteint dans la nuit du 17 au 18 juillet 2012 après une existence bien remplie au service de la construction européenne et des relations économiques entre la France et le reste du monde.
L’annonce publique de la disparition a été faite de façon très inhabituelle. L’ancien Premier Ministre François Fillon a donné cette triste nouvelle au cours d'un bureau politique ordinaire de l’UMP le mercredi 18 juillet 2012. Dans la nuit précédente, Jean François-Poncet s’est en effet éteint à 83 ans, hospitalisé au Val-de-Grâce le 15 juillet 2012 à la suite d’un AVC.
Né le 8 décembre 1928 à Paris, Jean François-Poncet a fait partie de ces personnalités brillantes où l’acquis a conforté l’inné. De brillantes études qui l’ont conduit à l’ENA et à la profession de diplomate, il a fait un passage dans la direction d’une entreprise avant de s’engager en plein jour dans la vie politique avec deux passions, la diplomatie et la vie économique.
Bien né et bien marié, certains pourraient le dire, ce qui n’enlève rien au mérite personnel même si cela le facilite quand même : fils de ministre, beau-frère doublement de ministres, futur oncle de ministre, gendre de l’héritière De Wendel, cela a forcément donné un environnement propice.
Fils d’André François-Poncet (1887-1978), célèbre diplomate, ministre et parlementaire sous la IIIe République, il s’est en effet marié à Marie-Thérèse de Mitry (née en 1933), fille de Marguerite de Wendel (1907-1976), sœur d’Hélène Missoffe (née en 1927), elle-même mariée à François Missoffe (1919-2003), ministre et ambassadeur, parents de Françoise de Panafieu (née en 1948), ces trois derniers ayant été parlementaires et ministres.
Un Européen convaincu
Ce n’est pas étonnant de retrouver donc Jean François-Poncet dans la diplomatie européenne et surtout, dans la réalisation d’une Europe concrète. Son père, agrégé d’allemand et blessé à Verdun, avait été entre autres chef des services de renseignement économique en Allemagne en 1923 puis ambassadeur à Berlin de 1931 à 1938 après avoir amorcé une carrière politique, puis ambassadeur à Rome en 1938 et premier ambassadeur de France à Bonn en 1955, premier acteur de la future amitié franco-allemande.
En 1955, justement, Jean François-Poncet, comme secrétaire d’ambassade, puis secrétaire général de la délégation française en 1957, il participa activement aux négociations du Traité de Rome qui donna naissance à la Communauté Économique Européenne puis à l’Union Européenne. Il fut donc l'un des rédacteurs historiques de ce traité fondateur, et dirigeait le cabinet du jeune ministre en charge de ces questions, Maurice Faure (grand ami de François Mitterrand).
En 2007, Jean François-Poncet esquissait une sorte de testament spirituel : « Nous voulions (…), et nous voulons encore aujourd’hui, en rassemblant les Européens, leur permettre de devenir un des principaux acteurs sur la scène internationale. Il faut dire à nos jeunes, si vous voulez participer à un ensemble qui fasse jeu égal avec les États-Unis, demain avec la Chine, avec l’Inde, avec le Brésil, il faut que l’Europe se poursuive., il faut que cette construction s’achève, il faut avoir des institutions uniques qui puissent dialoguer à égalité avec les autres grands personnages qui décident des destinées de la planète. ».
Au service de Valéry Giscard d’Estaing
Au début des années 1970, il fit une courte expérience dans le privé en dirigeant une entreprise industrielle avant d’être nommé par le Président Valéry Giscard d’Estaing Secrétaire d’État aux Affaires étrangères, très brièvement puisque seulement du 12 janvier au 27 juillet 1976, date à laquelle il fut nommé Secrétaire Général de l’Élysée jusqu’au 29 novembre 1978. Valéry Giscard d’Estaing le désigna ensuite comme Ministre des Affaires étrangères du 29 novembre 1978 au 13 mai 1981 dans le dernier gouvernement dirigé par Raymond Barre.
La nomination d'un homme considéré comme un Européen de toujours fut très symbolique pour préparer les premières élections européennes au suffrage universel direct du 10 juin 1979 (et elle est intervenue trois jours après le grave accident de voiture dont a été victime Jacques Chirac et qui lui fit lancer, quelques jours plus tard de sa chambre d'hôpital, le fameux appel de Cochin : « Comme toujours quand il s'agit de l'abaissement de la France, le parti de l'étranger est à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante. »).
Dans son ministère, Jean François-Poncet faisait régner la terreur par ses colères et il s'en expliquait ainsi : « C'est que je n'avais aucune raison de me mettre en colère à l'Élysée, alors qu'au Quai d'Orsay, tout, les pesanteurs, les pusillanimités, les personnels aussi, tout m'y conduit ! » (26 juin 1979, cité par Michèle Cotta).
Michèle Cotta l'a décrit, à l'occasion d'un dîner pris avec lui le 27 février 1980, ainsi : « Jean François-Poncet, que je ne sens pas habité par un goût irréfréné du plaisir, reste impavide devant ces merveilles de la gastronomie (...). ».
Le secrétariat général de l’Élysée puis le Quai d’Orsay, une trajectoire qu’effectua après lui un certain Dominique de Villepin…
Dès sa nomination de ministre, Jean François-Poncet a rejoint l’UDF, nouvelle formation destinée à consolider le giscardisme face au RPR de Jacques Chirac. Plutôt en dehors des querelles d’appareil, il a choisi les "adhérents directs", structure permettant d’être membre de la confédération sans passer par un parti membre (comme le PR ou le CDS).
Un sénateur très actif
Après la victoire de François Mitterrand, Jean François-Poncet s’est investi dans une carrière politique assez classique.

Élu sénateur du Lot-et-Garonne le 25 septembre 1983, réélu le 27 septembre 1992 et le 23 septembre 2001, il a exercé jusqu’au 30 septembre 2011 une activité parlementaire remarquable et prolifique, multipliant les missions (essentiellement autour du monde) et les rapports sur quelques sujets de prédilection, en particulier la vie économique dans le monde qui bouge, que ce soit dans les pays sous influence de l’ex-Union Soviétique, en Chine, en Inde, que dans l’Union Européenne, et aussi, bien sûr, en France où il se focalisa particulièrement sur l’aménagement du territoire.


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