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Accueil du site > Actualités > Politique > Jean Jaurés aurait-il mérité la Bourse au mérite ?

Jean Jaurés aurait-il mérité la Bourse au mérite ?

A l’occasion du centenaire de la mort de Jean Jaurés, et de l’annonce récente par le gouvernement socialiste de supprimer les bourses accordés aux étudiants méritants, il est peut-être temps de s’interroger sur la valeur de la méritocratie dans notre République.

Parmi les valeurs les mieux ancrées dans notre tradition républicaine, et que nous devons à l’histoire de la IIIe République, il y a celle de mérite. La reconnaissance du mérite est essentielle à l’existence même d’une démocratie républicaine. Elle fait en sorte qu’on donne à chacun, même au plus modeste de la nation, la chance de se démarquer par la seule valeur de son travail et de ses qualités individuelles. Elle permet l’excellence pour tous ; car si l’excellence n’est pas possible pour tous, alors c’est une aristocratie qui s’installe, et la démocratie est fragilisée.

S’il en est un qui encourage l’excellence et le dépassement de soi, c’est bien le système éducatif français. Notre culture du concours, nos classes préparatoires uniques au monde, nos grandes écoles et nos universités reconnues en Europe et dans le monde, tout cela nous rappelle que l’excellence française n’est pas un mot creux. La France n’a pas à rougir de ses réussites. Elles permettent la vitalité de notre pays, le renouvellement et la compétitivité de nos atouts, ce qui est nécessaire plus que jamais.

L’excellence est louable, et la reconnaissance du mérite est nécessaire pour qu’elle ait un sens dans notre démocratie. Voilà un beau principe, mais tout cela ne signifie rien si l’on ne passe pas du concept à la pratique. C’est le rôle de l’Etat de prendre des mesures afin de mettre la réalité en adéquation avec ses grands principes, afin qu’il se perpétue sa raison d’être. L’une des mesures dont nous pouvions être fiers, c’était l’Aide au mérite, instaurée en 2009 sous le ministère de Valérie Pécresse. Elle consistait en une bourse mensuelle de 200€ versée pendant 9 mois. Elle récompensait les plus méritants, c’est-à-dire les bacheliers titulaires d’une mention Très Bien et les meilleurs diplômés de licence ; elle récompensait les plus modestes, parce que ces étudiants ou futurs étudiants étaient d’abord éligibles aux critères sociaux. Cette suppression tacle les ambitions des plus démunis. Cette bourse devait leur donner le moyen en allégeant leurs contraintes financières de réussir à nouveau au sein d’études supérieures souvent difficiles et prestigieuses

Qu’est-ce qu’un étudiant qui a du potentiel, si on ne lui permet pas de l’exploiter ? Qu’aurait été Albert Camus, fils d’une femme de ménage et orphelin d’un père tué dans la Grande Guerre, s’il n’avait été reconnu par son professeur Louis Germain qui lui donnait des cours particuliers ? Qu’aurait-il été si on ne lui avait pas donné de bourse ni poussé vers le dépassement de soi ? Il n’aurait pas honoré la culture française de son œuvre philosophique et littéraire immense, mais pis que cela, jamais « ceux qui subissent l’histoire », « le prisonnier inconnu abandonné à l’humiliation à l’autre bout du monde »1 n’auraient trouvé en lui un défenseur. L’intellectuel, c’est-à-dire celui qui s’engage, n’est rien s’il n’a pas la renommée de son métier et l’appui de son œuvre, car celle-ci commence sur des cahiers et des brouillons d’école.

Il n’y aurait eu personne à Carmaux en 1892 pour défendre les droits des mineurs et rétablir le maire-syndicaliste Calvignac, personne pour fonder le socialisme français : car Jaurés, fils de paysan tarnais, lauréat du concours général, khâgneux, normalien, est un enfant de la République. Comment sinon par la voie de l’excellence trouver ceux qui, regardant toujours vers l’avant, sauront être à la pointe du progrès humain ?

Des grands hommes issus des milieux modestes, il y en a bien d’autres qui n’ont pas leur nom dans les pages de l’histoire. Scientifiques, penseurs, professeurs, ingénieurs, travailleurs de toutes sortes, ils n’étaient pas favorisés à l’origine mais ont trouvé leur épanouissement dans l’école de la République, démocratique et méritocratique. Par leur goût de l’effort, par leur mérite, ils ont fait exception.

 

La bourse au mérite était l’une de ces choses, petites par leur nature, mais grandes par leur portée, qui permettait à ces hommes de ne plus faire exception. En rendant l’excellence possible pour tous, elle favorisait la mixité sociale au sein des élites, leur renouvellement, et la bonne santé de notre démocratie. Elle mettait chaque année 30 7002 étudiants à l’abri des difficultés de la vie quotidienne, offrant l’ascenseur social à ceux qui auraient dû prendre les marches. Elle empêchait nombre de futurs talents d’être gâchés par le découragement qu’infligent la barrière sociale et les obstacles financiers rencontrés par tout un chacun qui veut faire des études prestigieuses, alors qu’il n’y est pas prédestiné.

 

Tout cela est au prétérit, mais un certain nombre de jeunes n’y croit pas et s’est mobilisé sur les réseaux sociaux, autour du mouvement « Touche pas à ma bourse, je la mérite ». Ils ont récolté le soutien de 2500 pétitionnaires et d’une quinzaine d’élus, en utilisant tous les moyens mis à disposition des jeunes qui veulent faire entendre leur voix.

 

Christopher Rigollet, étudiant et bachelier 2014.

La page Facebook : https://www.facebook.com/bourseaumerite?fref=ts

1. Discours de réception du prix Nobel de littérature, 10 décembre 1957.

2. CNOUS, Rapport de gestion 2014, http://www.cnous.fr/wp-content/uploads/2013/12/Rapport-de-gestion-2014-PDF-print-BDEF.pdf     


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10 réactions à cet article    


  • AlbatrosE AlbatrosE 2 août 2014 13:01

    Excellent article et bonne analyse.

    Il y a toutefois un point (historique, ne remettant pas en cause votre analyse actuelle) dont personne ne parle concernant la méritocratie de la IIIème république : le père de famille avait tout pouvoir, jusqu’à 21 ans, pour interdire à ses enfants de faire des études et rien ne pouvait s’opposer à cette puissance paternelle.

    Il y a probablement de nombreux inconnus qui ont subi cette injustice et cette stupidité juridique.


    • Aristoto Aristoto 2 août 2014 14:16

      Le mérite !!! le mérite ! quel mérite chez l’enfant africain à gros potentiel sans doute né dans un camps de réfugié et dont l’espérance de vie ne dépasse pas le stade anale.


      • zygzornifle zygzornifle 2 août 2014 15:47

        C’est fou comme les charognard de la politique tournent encore autour de la dépouille de Jaurès , on voit bien que ce sont des bons à rien, menteurs, voleurs et sans personnalité, ils sont incapables de marquer leur siècle et ne laisseront comme empreinte derrière eux que leur médiocrité ....


        • Christopher.Rigollet 2 août 2014 17:35

          Merci pour les noms d’oiseaux, bien que tout ça soit de la belle parlotte. Eh non, monsieur, je suis le rédacteur et je n’ai rien volé, ni déformé. Par contre je n’aurai pas la bourse au mérite et je ne sais pas comment je vais payer mes études. Ca fait peut-être de moi un bon à rien, mais je crois qu’on peut admirer certaines grandes figures de notre histoire pour leur mérite justement.


        • zygzornifle zygzornifle 3 août 2014 12:42
          cher chrisopher :
          « Ca fait peut-être de moi un bon à rien »

          Quand on est « bon à rien » mais prêt à tout il reste la politique pour faire une carrière fulgurante, il n’y a qu’a regarder dans les grands partis .... 

        • epicure 2 août 2014 21:49

          bah malheureusement ce gouvernement n’en perd pas une pour renier sur nombre des valeurs qui sont contenu dans le nom de leur parti, socialiste.
          On dirait des amnésiques qui viennent de naitre il y a quelques années, avec comme seule culture la propagande néo libérale.
          Aller honorer Jaurès, ne changera rien, ses articles dans l’Humanité auraient été cinglants s’il vivait aujourd’hui contre ce gouvernment de lâches girouettes.


          • caillou40 caillou40 3 août 2014 09:28
            Jean Jaurés aurait-il mérité la Bourse au mérite ?....NON

            • el cogno 3 août 2014 14:50

              Vous mélangez tout en justifiant les bourses au mérite par des arguments de types sociaux.
              .
              A moins qu’il y ai des critères sociaux dans leur attribution ?


              • Christopher.Rigollet 3 août 2014 16:24

                La bourse au mérite est accordée à des bacheliers mention Très Bien, oui, mais ceux-ci doivent tout d’abord et avant tout être éligibles aux critères sociaux du CROUS pour en bénéficier !

                Autrement dit, sans cette bourse, ces étudiants devront se résigner à avoir des ambitions aussi modestes que leurs origines.

              • bourrico6 4 août 2014 08:19

                Donc quel est son intérêt par rapport à la bourse classique ?
                Parce que de mémoire, il faut choisir, on ne peut faire plusieurs demandes.

                Je me sus fait couillonner à l’IUFM ou il fallait choisir entre la bourse et l’allocation, allocation attribuée sur un « mérite présumé ». C’est la que j’en ai vu arrêter faute de moyens tandis que certains allocataires s’offraient un 4x4 avec l’allocation.
                D’ou ma méfiance pour les machins « au mérite », qui dès qu’on creuse un peu, se révèlent souvent contre productifs.

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