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Accueil du site > Actualités > Politique > Jean-Marc Ayrault, un germaniste à Matignon

Jean-Marc Ayrault, un germaniste à Matignon

L’hôtel de Matignon, qui suscite des convoitises souvent insatiables, voit arriver un germanophone laconique à sa porte. Jean-Marc Ayrault, un fidèle de François Hollande, prend la tête du gouvernement. Un poste qui contraste avec sa discrétion naturelle et qui vient récompenser les longues années consacrées à un travail pour le moins ingrat : la présidence du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Une mission difficile, relevant parfois de l’équilibrisme, mais que sa prédisposition aux compromis pourrait faciliter.

Le nouveau Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, doit se faire violence. En face de lui, des photographes lui donnent leurs consignes et l’initient aux sourires forcés. Figé, l’ancien professeur d’allemand, authentique germanophile, fait preuve de sobriété et laisse deviner une certaine timidité. Car ce fils d’ouvrier, marié et père de deux filles, n’est pas un remarquable communicant : il mène une vie bien rangée, à l’abri des objectifs, et préfère les dossiers complexes aux postures artificielles. On lui reconnaît d’ailleurs une prudence de Sioux.

Comme François Hollande, il n’a jamais occupé de ministère. Mais sa longévité en tant que chef de groupe à l’Assemblée nationale, de 1997 à 2012, lui confère une légitimité indéniable. Sera-ce suffisant pour tenir tête à Laurent Fabius, Manuel Valls ou Arnaud Montebourg ? Sans compter que Martine Aubry, de l’extérieur, pourrait interférer dans les grandes décisions. L’intéressé rétorquerait qu’il a été étroitement associé aux principaux projets du gouvernement Jospin, entre 1997 et 2002, cherchant ainsi à asseoir sa crédibilité. Et, en bon patron des députés socialistes, il a su calmer les tensions et préserver l’unité du groupe, même dans les moments les plus délicats : la défaite de Lionel Jospin en 2002, la division sur l’Europe en 2005 ou encore le congrès de Reims en 2008.

Jean-Marc Ayrault s’est construit politiquement au travers d’une double influence : le catholicisme social, au Mouvement rural de jeunesse chrétienne, et Jean Poperen, son mentor de gauche. Son parcours débute réellement en 1977, quand il s’empare de la mairie de Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Il deviendra par la suite maire de Nantes en 1989 et siège comme député depuis 1986. Dans sa ville, il engage une politique volontariste, mettant en œuvre des mesures culturelles audacieuses et participant à la réhabilitation des friches industrielles. Ses adversaires de gauche lui reprochent son attachement à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Il a notamment dû faire face à des grèves de la faim. Mais, fin stratège, Jean-Marc Ayrault a intégré très tôt dans son équipe des adjoints écologistes, une manière de faire taire les contestataires.

Conseiller spécial de François Hollande pendant la campagne présidentielle, il hérite - assez logiquement - de Matignon, au grand dam de Martine Aubry. Ce mandat tant convoité, il l’obtient malgré sa condamnation en 1997 pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public. Il écope alors de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 30 000 francs. Et fait l'objet d'une réhabilitation en 2007.

Ayrault, l’option raisonnable ?

Les principaux atouts de Jean-Marc Ayrault ? Germanophone, il devrait plaire à des Allemands fortement soucieux de leurs intérêts et effrayés par les vicissitudes françaises. Il possède d’ailleurs ses entrées dans les deux grands partis d’outre-Rhin. En outre, il sait se montrer consensuel ou faire preuve de fermeté selon le contexte. Proche de François Hollande, les deux hommes s’accordent mutuellement une grande confiance. Cela permettra certainement de fluidifier le processus décisionnel et la bonne exécution des solutions adoptées au sommet de l’État.

Par ailleurs, le nouveau Premier ministre apaise les clivages partisans et connaît par cœur les rouages de la République. Les députés socialistes, dont il a longtemps été le chef de file, devraient le gratifier d’une fidélité indiscutable. Son tempérament réservé tranche nettement avec le sarkozysme, ce qui n’est pas pour déplaire à la gauche. Enfin, n’étant issu ni des élites d’État, ni de la bourgeoisie parisienne, il devrait s’attirer la sympathie des provinciaux. 


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14 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 25 mai 2012 09:35

    N’importe quoi et article , ce n’est pas parce qu’il a été prof d’allemand qu’il a été choisi par Hollande pour plaire aux Allemands.

    Réfléchissez avec d’écrire 

    Il faudrait arrêter avec la condamnation de 1997 de Jean Marc Ayrault qui a été réhabilité comme l’indiquer.

    Quand on voit l’ampleur de la corruption de la précédente présidence , corruption avant et pendant l’exercice du pouvoir , vivement que la justice mette au grand jour ces affaires.

    Laissez le gouvernement travailler et arrêtez de reprendre le venin envoyé par la droite qui n’a pas encore compris que l’ump est fini 

    Philippe

    • epicure 25 mai 2012 16:35

      Ce n’est pas l’auteur de l’article qui a sorti sa germanophonie/philie, mais des journalistes dés sa nommination.
      Enfin hollande n’a pas sorti le premier prof d’allemand venu, non plus.
      Au niveau européen, c’est un atout, comme dit dans l’article et par d’autres journalistes plus en vue, étant donné que l’un des gros dossiers du gouvernement va être la gestion de la crise européenne avec l’allemagne, et pour l’instant avec la conservatrice merkel.


    • Fergus Fergus 25 mai 2012 09:48

      Bonjour à tous.

      D’accord avec Devphil.

      J’ajoute à son commentaire que l’on peut être germanophile (aimer la culture allemande) et germanophone (parler l’allemand) sans être pour autant germaniste, autrement dit inconditionnel de la politique allemande. Les mots ont un sens !


      • brieli67 25 mai 2012 13:31

         KLARTEXT

        ein PAN - Germanist - in Mati-gnongggg

        un beditt beuh l’audeur «  aschent provokateur » hein ?


      • Scuba 25 mai 2012 14:02

        @ Delphil

        Un bémol sur votre réaction : l’auteur ne dit pas qu’Ayrault a été nommé parce qu’il parlait allemand. Il dit juste que le fait qu’il parle allemand devrait faciliter les échanges avec les allemands, ce qui à mon sens est justifié : on se comprend forcemment mieux si on parle la même langue. C’est du moins mon interprétation.

        Bien à vous.


        • devphil30 devphil30 25 mai 2012 14:15

          « Les principaux atouts de Jean-Marc Ayrault ? Germanophone, il devrait plaire à des Allemands fortement soucieux de leurs intérêts et effrayés par les vicissitudes françaises.  »


          C’est lui accorder peu de considération tant à lui qu’à Hollande que de penser que son seul atout est sa connaissance de l’Allemand.

          Philippe

        • jimili 25 mai 2012 20:27

          La connaissance de l’allemand lui facilitera grandement les choses, et pas seulement avec les Allemands.
          Ceux qui maîtrisent la connaissance dans cette langue, donc la pensée et le raisonnement, ont une capacité intellectuelle différente. ... Einstein ne raisonnait pas par hasard dans cette langue !

          On peut aussi avoir une pensée pour les philosophes allemands, dont beaucoup ont une dimension qui reste valable, y compris pour les donnes de notre présent, et y compris pour nos dirigeants !


          • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 25 mai 2012 21:02

            Nietzche aurait voulu penser en français ,mais bon .......


          • jimili 30 mai 2012 09:32

            POur Aita Péa, Kant lui est supérieur, car de la normalité et donc tout à l’opposé de la décadence.


          • Jason Jason 25 mai 2012 20:55

            Il parle allemand ? Et alors ? Est-ce que ceux qui parlent anglais sont inféodés à Londres ou à Washington ?

            Quant à la soi-disant mentalité allemande, les allemands ne sont pas des français qui parlent allemand, comme le souligne un député. C’est beaucoup plus compliqué que ça.

            En tous cas, ce nouveau gouvernement présente un véritable changement. Pourvu que ça dure !


            • Jonathan Fanara 25 mai 2012 23:23

              Je ne prétends pas que François Hollande a nommé Jean-Marc Ayrault pour sa seule germanophilie. Mais il est indéniable que ce facteur a eu un certain poids, difficilement quantifiable, au moment du choix. Je vous retourne votre remarque : réfléchissez avant de commenter.


              Quant à la condamnation de 1997, outre le fait que j’évoque la réhabilitation, je n’en fais que deux malheureuses lignes, me contentant de rapporter des faits, sans prendre aucun parti... La passer sous silence serait une erreur journalistique, soit dit en passant.


              • Jonathan Fanara 25 mai 2012 23:45

                @ Fergus


                Merci pour cette belle leçon de sémiologie, à laquelle j’apporterai deux remarques. 1) On peut être à la fois germanophone, germanophile ET germaniste. C’est d’ailleurs souvent le cas. 2) Voici la véritable définition du terme « germaniste » : Spécialiste de l’allemand, des langues germaniques, de la littérature ou de la civilisation germanique. Toute la gamme de nos linguistes, depuis ce délicieux Ernest Lévy (...) jusqu’au bataillon carré de nos germanistes (L. Febvre, Combats pour hist., Bloch et Strasbourg, 1939-45, p. 399).


                Si les mots ont effectivement un sens, ce n’est pas celui que vous leur donnez !


                • Fergus Fergus 26 mai 2012 09:30

                  Bonjour, Jonathan.

                  Vous avez raison sur le strict plan linguistique, mais vous en restez à la définition la plus large. Concernant un homme politique, il est évident que le mot germaniste n’a pas ce sens large, mais le sens auquel je me suis attaché.


                • Jonathan Fanara 26 mai 2012 10:22

                  « Concernant un homme politique, il est évident que le mot germaniste n’a pas ce sens large, mais le sens auquel je me suis attaché. »


                  Visiblement, l’évidence est un concept à géométrie variable. Quant à penser que, parce qu’il qualifie un politicien, le mot « germaniste » perdrait son appellation la plus large, je reste perplexe, malgré mes quatre années de sémiologie.

                  Enfin, j’aimerais savoir quel linguiste avance que le germaniste, fut-il politicien, serait un inconditionnel de la politique allemande. Si vous avez une source, ce dont je doute fortement, merci de nous la communiquer !

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