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Accueil du site > Actualités > Politique > Jimmy Carter, du champ de cacahuètes à la paix mondiale

Jimmy Carter, du champ de cacahuètes à la paix mondiale

« America did not invent human rights. In a very real sens, it is the other way round. Human rights invented America. » [L’Amérique n’a pas inventé les droits de l’Homme. En réalité, c’est dans l’autre sens. Ce sont les droits de l’Homme qui ont inventé l’Amérique] (Jimmy Carter, le 14 janvier 1981).

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L’ancien Président des États-Unis Jimmy Carter fête son 90e anniversaire ce mercredi 1er octobre 2014. Il est le plus ancien Président américain encore en vie mais pas le plus âgé puisque l’un de ses successeurs, George W. H. Bush (père) a eu 90 ans le 12 juin 2014.

C’est l’occasion de revenir sur ce Président démocrate, symbole d’une Amérique qui perd (à cause des otages américains à Téhéran), en échec avec l’élection de Ronald Reagan venu dire aux Américains : « America is back ! » [L’Amérique est de retour, slogan qu’a repris Jean-Marie Le Pen quelques années plus tard avec "La France est de retour"] alors que ses efforts pour établir la paix dans le monde ont été exceptionnels, d’ailleurs couronnés tardivement par le Prix Nobel de la Paix en octobre 2002.


Un parcours politique atypique

Enfant de parents agriculteurs, près porté par sa foi baptiste, Jimmy Carter s’est d’abord tourné dans une carrière de militaire, engagé dans la Navy. Puis, à la mort de son père en 1953, il s’installa dans sa ville natale en Géorgie pour y planter des cacahuètes.

Devenu notable, marié avec quatre enfants, il s’est fait élire sénateur de l’État de Géorgie du 14 janvier 1963 au 10 janvier 1967. Jimmy Carter s’était engagé en politique pour soutenir George Wallace (1919-1998). Ce dernier, populaire dans le Sud et ségrégationniste, était le gouverneur de l’Alabama et fut candidat aux primaires démocrates en 1964 (contre Lyndon Johnson) puis à l’élection présidentielle de 1968 en indépendant (contre Richard Nixon), enfin aux primaires démocrates en 1972 (contre MacGovern) et en 1976.

Jimmy Carter se fit élire sur cette inspiration sudiste gouverneur de Géorgie du 12 janvier 1971 au 14 janvier 1975, mandat au cours duquel il fit néanmoins évoluer les États du Sud vers une position plus progressiste contre la ségrégation.


L’élection présidentielle de 1976

Favorisé par le scandale du Watergate qui rendit très impopulaire l’etablishment washingtonien, par la crise économique (premier choc pétrolier) et par la fin de la guerre au Vietnam, Jimmy Carter se présenta aux primaires démocrates pour l’élection présidentielle de 1976 (il a annoncé sa candidature le 12 décembre 1974). Il n’était pas très connu, peu crédible au début (il avait moins de 5% dans les sondages) mais il a vite pris le dessus sur ses concurrents, comme Lloyd Bentsen (sénateur du Texas), Jerry Brown (gouverneur de Californie) et aussi George Wallace. Du côté républicain, le Président sortant Gerald Ford parvint laborieusement à gagner les primaires malgré les ambitions de Ronald Reagan et fit un ticket avec Bob Dole qui fut par la suite le candidat des républicains en 1996.

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La large avance que Jimmy Carter a eu sur Gerald Ford dans les sondages après les primaires s’est effritée au fil de la campagne présidentielle. Le 2 novembre 1976, Jimmy Carter a finalement gagné l’élection présidentielle de justesse, avec 1,6 million de voix d’avance, soit 50,1% des suffrages (essentiellement élu par les États du Sud) face à 48,0% pour Gerald Ford, et fut investi à la Maison Blanche le 20 janvier 1977. Son Vice-Président fut Walter Mondale, un proche de l’ancien candidat démocrate Hubert Humphrey, qui fut par la suite le candidat démocrate en 1984.


Focalisation sur la politique internationale

Le changement clef de la politique extérieure des États-Unis a été que le fil conducteur devait être les droits de l’Homme, éventuellement aux dépens de la Realpolitik. Le Secrétaire d’État fut un pacifiste convaincu, Cyrus Vance (1917-2002), qui s’est retrouvé souvent en opposition avec le conseiller à la sécurité nationale Zbigniew Brzezinski. Pour l’anecdote, le fils de Cyrus Vance, Cyrus Vance Jr, est le procureur de New York qui a mis en accusation Dominique Strauss-Kahn le 14 mai 2011 dans l’affaire du Sofitel.

Jimmy Carter a signé le 7 septembre 1977 avec Omar Torrijos (le Président panaméen) un traité pour la rétrocession du canal de Panama à partir de 1999.

Jimmy Carter a aussi signé le 18 juin 1979 à Vienne avec Leonid Brejnev le traité SALT II de limitation de l’armement nucléaire des deux grandes puissances.

L’événement majeur du mandat de Jimmy Carter fut les accords de Camp David signés le 18 septembre 1978, avec l’exploit d’avoir réuni aux États-Unis le Premier Ministre israélien Menahem Begin et le Président égyptien Anouar El-Sadate. Ils préfiguraient un traité de paix entre Israël et l’Égypte signé le 26 mars 1979 à Washington.

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Malgré ce succès historique, c’est sur la politique étrangère que Jimmy Carter a eu le plus de difficulté à préserver l’honneur des Américains. Parce que le régime du Shah d’Iran n’était pas démocratique, les États-Unis n’ont pas réagi lors de la révolution islamique de 1979. Jimmy Carter était même prêt à reconnaître le nouveau gouvernement iranien issu de la révolution.

L’asile du Shah d’Iran aux États-Unis (Mohammad Reza Pahlavi fut hospitalisé à New York le 22 octobre 1979 et mourut en Égypte le 27 juillet 1980) a provoqué le 4 novembre 1979 la prise en otage de cinquante-deux Américains de l’ambassade des États-Unis à Téhéran par des étudiants révolutionnaires qui réclamèrent le retour du Shah en Iran pour le condamner à mort. Après une très mauvaise gestion de cette affaire par la Maison blanche (opération de sauvetage ratée, enlisement, etc.), l’humiliation pour Jimmy Carter fut à son comble quand les otages américains ont été libérés le jour même de la prise de fonction de son successeur Ronald Reagan (qui aurait, selon certains qui ne l'ont jamais prouvé, négocié avec les Iraniens dès l’automne 1980 pour ne pas libérer les otages avant l’élection présidentielle).


Un mandat dans un contexte économique très difficile

Les États-Unis étaient en pleine crise, inflation accrue, chômage en hausse et récession. Le 18 avril 1977, Jimmy Carter déclara dans une allocution télévisée que la crise de l’énergie durant ces années 1970 était équivalent moralement à une guerre.

Dans une autre allocution télévisée, Jimmy Carter fit part le 15 juillet 1979 de cette situation ainsi, expliquant par là même l’échec futur pour sa réélection : « Cette menace est à peine perceptible par des moyens ordinaires. Il s’agit d’une crise de confiance. Il s’agit d’une crise qui frappe la volonté de notre nation en son sein même, en son âme et en son esprit. Nous percevons cette crise à cause du doute croissant que l’on porte sur la signification de nos propres vies et de la perte d’une objectif unique pour notre nation. ». De tels propos ont rendu encore plus audible le fameux "America is back" de Ronald Reagan.

Manque de souffle, manque de mesures concrètes pour redonner confiance aux Américains : Jimmy Carter a souffert d’une image assez réductrice sur le plan intérieur, à tel point que le moindre petit événement pouvait devenir sujet à la moquerie. Ainsi, le 20 avril 1979, alors qu’il était en train de pêcher seul dans une barque près de sa ville natale, Jimmy Carter fut attaqué par un "lapin tueur" (expression s’insérant dans le monde des Monty Python), un gros lapin (sylvilagus aquaticus) qui nagea vers lui et qui chercha à grimper sur sa barque. Le "Washington Post" a titré le 28 août 1979 : « President Attacked by Rabbit ».

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L’élection présidentielle de 1980

La situation internationale de l’élection présidentielle du 4 novembre 1980 fut très difficile pour Jimmy Carter. S’il est parvenu facilement à gagner les primaires démocrates contre Ted Kennedy (1932-2009), il devait assumer la prise d’otages à Téhéran, le second choc pétrolier provoquant une crise économique, ainsi qu’un climat de guerre froide renouvelé avec l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge le 27 décembre 1979 (qui a entraîné le boycott des États-Unis et de leurs alliés aux jeux olympiques de Moscou en 1980).

De son côté, opposé dans les primaires républicaines principalement à George H. W. Bush (et aussi à Bob Dole), Ronald Reagan, très populaire, a battu largement son concurrent sortant avec 50,9% contre 41,1% pour Jimmy Carter, soit 8,5 millions de voix d’écart, et les républicains ont aussi gagné la majorité absolue du Sénat.


Une retraite très active en faveur de la paix

L’expérience présidentielle de Jimmy Carter s’est donc terminée le 20 janvier 1981 sur un double fiasco, celui des otages à Téhéran et le sien sur le plan électoral. Après son mandat, Jimmy Carter s’est investi dans l’action humanitaire par l’intermédiaire de la Fondation Carter qu’il a créée à Atlanta en 1982 avec des missions ambitieuses : aide au développement humanitaire, résolution des conflits et promotion de la démocratie.

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Depuis le début des années 1980, Jimmy Carter a donc participé à de nombreuses missions d’observation électorale et de médiation de pacification, notamment au Nicaragua, au Panama, en Haïti, en Éthiopie, en Bosnie, au Népal, au Venezuela, en Chine, en Tunisie, en Égypte, en Indonésie, au Nigeria, en Corée du Nord, au Kenya, à Cuba également où il rencontra Fidel Castro. Il s’opposa à la guerre en Irak en 2003 mais aussi à l’intervention au Koweït en 1991. Le 18 juillet 2007, il a rencontré à Johannesburg Nelson Mandela pour lui annoncer sa participation au groupe The Elders, qui réunit des leaders internationaux en faveur de la paix. Toutes ces actions lui ont fait obtenir le Prix Nobel de la Paix en 2002 « pour ses décennies d’efforts infatigables à résoudre les conflits internationaux par des solutions pacifiques, à faire progresser la démocratie et les droits de l’Homme, et à promouvoir le développement économique et social ».


Très engagé contre la peine de mort

Fidèle à ses idées humanistes, Jimmy Carter a toujours prôné l’abolition de la peine de mort (comme George MacGovern, Walter Mondale et Michael Dukakis, mais c’est assez rare pour une personnalité politique américaine), en particulier appliquée aux enfants (comme aux Maldives).

Il l’a redit lorsqu’il a reçu son Prix Nobel le 10 décembre 2002 : « During the past decades, the international community, usually under the auspices of the United Nations, has struggled to negotiate global standards that can help us achieve these essential goals. They include : the abolition of land mines and chemical weapons ; an end to the testing, proliferation, and further deployment of nuclear warheads ; constraints on global warming ; prohibition of the death penalty, at least for children ; and an international criminal court to deter and to punish war crimes and genocide. Those agreements already adopted must be fully implemented, and others should be pursued aggressively. » [Au cours des décennies passées, la communauté internationale, souvent sous l’autorité des Nations Unies, a eu du mal à négocier des standards mondiaux qui peuvent nous aider à atteindre ces objectifs essentiels. Ce sont : l’abolition des mines antipersonnelles et des armes chimiques ; la fin des essais, de la prolifération et du déploiement des armes nucléaires ; les conséquences sur le réchauffement climatique ; l’abolition de la peine de mort, au moins pour les enfants ; et un tribunal pénal international pour décourager et punir les crimes de guerre et les génocides. Ces points ont déjà été adoptés mais doivent être mis pleinement en œuvre, et d’autres devraient suivre énergiquement].


Jimmy Carter a aussi incité le 25 février 2009 Bill Richardson, gouverneur du Nouveau Mexique, à abolir la peine de mort dans son État : « We encourage your support for this comprehensive and visionary approach. (…) As you know, the United States is one of the few countries, along with nation such as Saudi Arabia, China, and Cuba, wich still carry out the death penalty (…). » [Nous encourageons votre soutien à cette approche globale et moderne. (…) Comme vous le savez, les États-Unis sont l’un des rares pays, au même titre que l’Arabie Saoudite, la Chine et Cuba, qui condamnent encore à la peine de mort (…)]. Jimmy Carter avait demandé également de ne pas exécuter certains condamnés à mort, comme Troy Davis (exécuté le 21 septembre 2011).

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Favorable à la réélection de Barack Obama en 2012 (même s’il avait maladroitement déclaré qu’il souhaitait la victoire de Mitt Romney aux primaires républicaines, candidat plus facile à battre pour Barack Obama), il n’a pas participé physiquement à la convention démocrate à Charlotte, en Caroline du Nord, mais a envoyé aux délégués démocrates le 4 septembre 2012 un message vidéo.

Ce soutien ne l’a pas empêché d’émettre certaines critiques envers la politique de Barack Obama, notamment l’utilisation de drones pour tuer des personnes suspectées de terrorisme, le maintien de la prison de Guantanamo ou encore la mise en place d’un programme fédéral de surveillance révélé par Edward Snowden, craignant l’invasion de l’État dans la sphère privée : « America is no functionning democracy at this moment. » [L’Amérique n’est pas une démocratie en ce moment] ("Der Spiegel" du 17 juillet 2013).

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Sa retraite est donc restée très active sur tous les continents, non seulement par des actions concrètes et des prises de position multiples, mais aussi par l’écriture d’une trentaine de livres, dont le dernier est paru le 10 avril 2014 : "A Call to action : Women, Religion, Violence, and Power" (éd. S&S International).


La face morale de l’Amérique

Alors que George W. Bush Jr représente les États-Unis arrogants et hégémoniques, Jimmy Carter montre, lui, une autre face des Américains, la face morale et humanitaire. L’histoire ne lui sera cependant peut-être pas très reconnaissante car il aura présidé un pays en perte de repères idéologiques, juste avant l’arrivée de Ronald Reagan et du néolibéralisme thatchérien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er octobre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
John F. Kennedy.
Gerald Ford.
Ronald Reagan.
Al Gore.
Barack Obama.
Nelson Mandela.

L’Iran en 1979.
Discours d’adieu du 14 janvier 1981.
Discours de réception du Prix Nobel de la Paix du 10 décembre 2002.
Visite historique à Cuba.
Interview au magazine "Der Spiegel" du 17 juillet 2013.
Fondation Carter.


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5 réactions à cet article    


  • sophie 1er octobre 2014 13:26

    « Ce sont les droits de l’Homme qui ont inventé l’Amérique] (Jimmy Carter, le 14 janvier 1981). »
    hahahahaha ce ne serait pas si terrible j’en rirais on dirait du Desproges.


    • diogène diogène 1er octobre 2014 13:30

      Un vrai conte de fées...

      Voilà un exemple de la propagande américaine, pensée unique, novlangue, etc...
      Arr^étez de prendre les gens pour des demeurés.

      • Massada Massada 1er octobre 2014 13:39

        Durant la brève période où il fut président des Etats-Unis, Jimmy Carter a eu l’occasion de faire la démonstration de sa nuisible incapacité politique.


        Il en a résulté la plus grande avancée sur la planète du totalitarisme soviétique depuis les lendemains de la Seconde Guerre Mondiale. Ont été concernés, entre autres, le Nicaragua, la République Dominicaine, l’Ethiopie, le Congo, la Guinée, l’Angola, le Yémen, le Laos et le Cambodge.

        Incapable de saisir les signes avant-coureurs des émeutes initiées par les fanatiques anti-occidentaux et antisémites de la planète, Jimmy Carter a ainsi abandonné le shah d’Iran et démontré son impuissance face à l’installation par l’ayatollah Khomeiny d’un régime dont les nuisances multiples et dramatiques se font sentir jusqu’à ce jour. 

        L’unique tentative de libération militaire tentée par Carter fut un fiasco absolu ; on eût dit que ses concepteurs étaient des pitres de la stratégie, qui avaient étudié l’art de la guerre en visionnant les films des Marx Brothers.

        Plutôt que de prendre sa retraite et de se cacher dans sa campagne, Carter a voulu, faute de ressentir le moindre sentiment d’échec, montrer qu’après avoir été le pire président des Etats-Unis au vingtième siècle, il pouvait se montrer égal à lui-même et devenir le pire ancien Président de toute l’histoire de son pays. 

        Ces dernières années, la cause palestinienne est devenue particulièrement chère à Carter smiley

        Cela nous a valu un livre ? ne devrait-on pas mieux dire un véritable torchon ? - où Israël était accusé de tous les maux et maléfices imaginables. Où il était question d’une alternative qui n’existe que dans la tête d’un Carter ou de ceux qui sont passés par la même essoreuse de neurones : la paix ou l’apartheid.

        Le principal conseiller en politique étrangère de Carter a repris du service en conseillant aujourd’hui Barack Obama. CQFD

        • Surya Surya 2 octobre 2014 10:24

          Personnellement, je préfère de loin Jimmy Carter à Ronald Reagan, qui a appliqué des coupes budgétaires monumentales dans les programmes d’aide sociale américains, plongeant dans une pauvreté encore plus profonde de nombreuses familles déjà précaires.

          Carter n’a pas eu la tâche facile, le contexte étant très mouvementé, mais je pense qu’il a fait ce qu’il a pu.

          • pierre258 pierre 2 octobre 2014 12:25

            « L’Amérique ne fonctionne pas comme une démocratie en ce moment », signé Jimmy Carter. 

            Il aurait pu ajouter « L’Amérique ne travaille pas pour la paix dans le monde en ce moment. » A ce sujet, voici un dossier très complet sur les relations des USA au monde en 2014, sur news360 : http://news360x.fr/exclusif-comment-les-etats-unis-faconne-monde-en-2014/

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