• samedi 20 mars 2010
  • Agoravox France Agoravox.com Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Politique > Johnny Hallyday : une lecture politique
0%
Article intéressant ?
 
100%
(23 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Ecrire un commentaire
  • Marquer et partager

Johnny Hallyday : une lecture politique

La récente mésaventure médicale de Johnny Hallyday et la sur-médiatisation dont elle a fait l’objet est une occasion de revenir brièvement sur le parcours du chanteur. Depuis son hospitalisation en urgence à Los Angeles, la France semble vivre au rythme des bulletins de santé de l’artiste. C’est à se demander si l’on a affaire à un chanteur ou à un chef d’Etat. Fort heureusement pour lui, les nécrologies attendront encore quelques temps avant d’être publiées. Pour l’heure, on s’achemine vers un contentieux entre la famille de l’artiste et le médecin Français, le docteur Delajoux, qui l’a opéré.

C’est aussi un moment curieux où le pays tout entier fait mine de découvrir que la vedette nationale, présente sur les scènes de l’Hexagone depuis près de cinquante ans, n’est pas la star que les médias ont coutume de présenter. Car Hallyday est un inconnu aux Etats-Unis, comme d’ailleurs dans la plupart des autres pays de la planète. Sa renommée ne dépasse pas les pays francophones et plus particulièrement la France. En d’autres termes, Hallyday n’est pas Aznavour qui donne des concerts dans le monde entier.

Les rapports que le public français entretient avec Johnny sont donc du même acabit que ceux que les hommes politiques ont vis-à-vis de la France : une vision tronquée et un sentiment de grandeur excessif. Johnny Hallyday est, à l’échelle mondiale, la micro-vedette d’un pays qui, depuis longtemps, ne joue plus les premiers rôles sur la scène internationale.

Ceci dit, je ne discuterai ici ni du talent ni de la qualité du répertoire du chanteur. L’homme est incontestablement un show man et apprécier son oeuvre est au demeurant parfaitement respectable, même si, en ce qui me concerne, je n’aime pas Johnny Hallyday, à l’exception peut-être de quelques chansons.

Plus exactement, je n’aime pas ce que Johnny Hallyday représente et je n’oublie pas qu’il est médiatiquement né d’un mensonge. Le 18 avril 1960, Line Renaud et Aimée Mortimer présentaient, sur le plateau de la RTF, un jeune homme timide de 17 ans en ces termes :

Aimée Mortimer – « Pourquoi s’appelle-t-il Johnny Hallyday ? »

Line Renaud – « Il s’appelle Johnny Hallyday parce que son père s’appelle Hallyday. C’est tout simple, il fallait y penser. »

Aimée Mortimer - « Mais le père est américain je suppose ? »

Line Renaud – « Le père est américain et la maman est française. Alors c’est un produit (sic) moitié français moitié américain »

Ce mensonge relatif aux origines familiales de la vedette (son père Léon Smet était un ressortissant belge) a sans doute été guidé par les objectifs mercantiles de la maison de disques. C’était dans l’air du temps : à l’époque, le rock and roll avait à peine dix ans d’existence. Né aux Etats-Unis d’Amérique, ce mélange synthétique de blues, de rythm and blues, de country, de swing jazz et de gospel, laissant la part belle à la mélodie vocale sur fond de guitare électrique, de guitare basse et de batterie, était encore relativement méconnu de la jeunesse française.

Qui pouvait s’en faire le meilleur ambassadeur sinon un bel inconnu franco-américain ?

Mais le pouvoir gaulliste a également compris très rapidement tout le bénéfice qu’il pouvait retirer de ce mensonge apparemment anodin dans un contexte de guerre froide entre le bloc de l’ouest et le bloc de l’est.

Johnny Halliday est alors devenu involontairement un des moyens par lequel les pouvoirs publics ont arrimé culturellement la jeunesse française à l’ouest afin de contrebalancer l’attrait politique que les différentes chapelles marxistes léninistes exerçaient sur elle. La jeune vedette a permis également aux autorités françaises d’affirmer leur indépendance. La France avait certes choisi l’ouest mais en voulant préserver une totale autonomie d’action. Grâce à Johnny Hallyday, la jonction entre la France et les Etats-Unis d’Amérique allait pouvoir s’opérer dans un mimétisme culturel contrôlé. La consonance anglo-saxonne du nom de scène et le rythme d’une musique encore exotique pour bien des Français allaient pouvoir être tempérés par des textes chantés dans la langue de Molière.

Les américains avaient Elvis Presley, les Français Johnny Hallyday. Une bonne partie des années soixante a été marquée en France par la reproduction des faits et gestes du rocker américain. Elvis avait-il fait son service militaire en 1958, en RFA, sous l’oeil des caméras ? Qu’à cela ne tienne, le même sort médiatique devait donc être réservé au rocker Français, lequel s’est retrouvé sous les drapeaux, en Allemagne, en 1963. La romance entre Johnny et Sylvie Vartan répondait en écho à celle du King avec Priscilla Ann Beaulieu.

Mais il n’est pas facile de naître d’un mensonge et plus encore d’être un instrument de propagande. Cela s’est traduit pour Johnny par une perpétuelle quête d’identité principalement caractérisée par une récupération de toutes les tendances du moment. Hallyday a ainsi surfé avec talent sur toutes les vagues : celle du rock, celle des yéyés, du twist, de la pop, de la mode hippie, du métal, etc, sans que l’on sache très bien aujourd’hui déterminer s’il existe une véritable cohérence artistique à ce patchwork.

Une chose est sûre en tout cas : Johnny n’a jamais été un précurseur en quoi que ce soit. Mais bien un suiveur, comme s’il s’agissait de coller au plus près des attentes du public afin de mieux les canaliser en les incarnant.

Instrumentalisé par le pouvoir gaulliste, Johnny Hallyday ne pouvait donc que se désolidariser des événements de mai 1968 où l’on retrouvait, parmi les manifestants, beaucoup de ces« cheveux longs aux idées courtes » qu’il avait brocardés dans une chanson aux forts accents politiques (« Si les mots suffisaient / Pour tout réaliser / Tout en restant assis / Avec les bras croisés / Je sais que dans une cage / Je serai enfermé / Mais c’est une autre histoire / Que de m’y faire entrer ») en réponse aux Elucubrations du chanteur Antoine (« Tout devrait changer tout le temps / Le monde serait bien plus amusant / On verrait des avions dans les couloirs du métro / Et Johnny Hallyday en cage à Médrano« ).

Johnny s’est alors démasqué, charriant tous les préjugés de la France gaulliste, fustigeant tour à tour l’esprit de contestation, la volonté d’émancipation, le pacifisme, la critique des aînés, et tout ce qui pouvait mettre en doute les valeurs par lesquelles la France pétainiste s’était rachetée, via le gaullisme, une bonne conscience grâce à la reconstruction méthodique et fantasmée d’un passé uniquement fait de résistance à l’occupant (il ne faut pas oublier que la seconde guerre mondiale venait de s’achever 23 ans plus tôt).

Ce n’est pas un hasard si, par la suite, Johnny n’a jamais caché ses inclinations politiques en faveur de l’UDR, puis du RPR. On rappellera que sa marraine de show-business, Line Renaud, siégeait au comité central du RPR. Et c’est sans surprise que cet ami de Jacques Chirac (il avait chanté en 1988, lors de la campagne présidentielle, « On a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac ») est devenu, sans coup férir, celui de Nicolas Sarkozy au point d’être parmi les invités au Fouquet’s, le soir du second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2007.

Ce dernier, on le sait, ne tarit pas d’éloges sur la vedette. Et l’on peut même voir dans la passion, que le Président de la République dit avoir pour l’oeuvre de Johnny, ce même attachement à la France sclérosée des années soixante présentée comme un paradis perdu, c’est-à-dire comme une époque heureuse et insouciante qu’il faudrait retrouver. En critiquant caricaturalement et violemment la génération 68, Sarkozy délivra à Bercy, le 29 avril 2007, à peu près le même message que Johnny dans « Cheveux longs idées courtes ».

« (…) Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient imposé l’idée que tout se valait, qu’il n’y avait aucune différence entre le bien et le mal, entre le vraie t le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l’élève valait le maître, qu’il ne fallait pas mettre de note pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, qu’il ne fallait pas de classement. Ils avaient cherché à faire croire que la victime comptait moins que le délinquant. Ils avaient cherché à faire croire qu’il ne pouvait exister aucune hiérarchie de valeurs. Ils avaient proclamé que tout était permis, que l’autorité c’était fini, que la politesse c’était fini, que le respect c’était fini, qu’il n’y avait plus rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d’admirable, plus de règle, plus de norme, plus d’interdit (…) »

Il n’est d’ailleurs guère étonnant que Sarkozy apprécie Hallyday. Le politicien a toujours pratiqué, comme le chanteur, le mélange des styles, en surfant sur toutes les modes du moment. Il s’est présenté tour à tour comme le candidat des carnassiers du CAC40 et des petites gens qui se lèvent tôt, comme le candidat de ceux qui souffrent de la mondialisation et de ceux qui en profitent, comme le candidat du réalisme économique et des promesses les plus démagogiques.

De son côté, Johnny Hallyday s’accommode fort bien de tous les travers de cette droite qui parle à longueur de journées de respect des valeurs et des hiérarchies, de la grandeur de la France, de l’identité nationale, mais qui trouve en même temps normal que l’on puisse planquer son argent à l’étranger et changer de nationalité pour des raisons fiscales.

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Obtenez votre badge pendant 6 mois.

Achat immédiat par SMS ou TEL
1
2
Envoyez CODE par SMS au 81038 3.00 € / SMS Appelez le 08 99 78 18 94 1.91 € / appel
3

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • vote :
    Par pruliere (xxx.xxx.xxx.36) 19 décembre 2009 11:17
    pruliere

    Merci pour cet article Gabale, je vois que je ne suis pas seul à me démarquer de la troupe d’admirateurs....
    Vous êtes plus gentil que moi cependant. Personnellement, je considère que Mr Smet est un escroc. Il n’a fait que s’approprier des morceaux des autres, le plus souvent anglo-saxons comme Allman Brother Band ou encore Creedence Clearwater revival. Avec l’aide du battage des médias, il a beau jeu de prétendre que sa production est sienne.
    C’est un escroc vous dis-je.....comme son ami Nicolas.
    Je m’excuse auprès de ceux que je pourrais offenser avec ces mots !

  • vote :
    Par Arnes (xxx.xxx.xxx.74) 19 décembre 2009 12:11
    Arnes

    Bien vu !

    Ce qui est choquant, c’est Sarko venant faire l’éloge de ce personnage dont le message est : "français, donnez moi votre fric, mais ne comptez pas sur moi pour une juste contribution aux ressources publiques".

  • vote :
    Par sampiero (xxx.xxx.xxx.17) 19 décembre 2009 12:26
    sampiero

    on a là la preuve que la presse s’est mise en transes, inquiète non pour la santé mais pour les gros sous de quelques uns.ils doivent y avoir quelques intérêts.

    embaucher à coups de millions un chanteur milliardaire qui paye ses impôts en suisse pour amuser deux heures les français le 14 juillet, ceux de 1789 doivent se retourner dans leur tombe.

  • vote :
    Par non666 (xxx.xxx.xxx.238) 19 décembre 2009 20:36
    non666

    Bon résumons.

    Un fils de belge, vivant en suisse, adoptant au Vietnam et soigné aux etats unis fait faire aux medias français des uns dignes d’un deuil national car il est protégé d’un couple elyseen composé d’un austro-hongrois et d’une italienne.

    Vive le cosmopolitisme, le brassage , le village mondial entre "citoyens du monde".... 
    Bon il avait beau avoir menacé de quitter la france si Lepen passait, puis si Sarkozy ne passait, puis si le bouclier fiscal etait oublié, il est parti quand meme....
    Aidé par la presidence de la Republique malgrès sa desertion en Suisse pour ses adoptions, il nous fait encore pleurer sur son sort comme un banquier avant sa faillite....

    Bon Sarkozy a echoué a nous faire pleurer sur son sort apres son "malaise vagal" , a echoué a passé pour autre chose qu’un bling bling apres son mariage "de princesse" , va t’il recuperer une once de la notoriété de johnny a sa mort ?
    Quelques larmes, filmées en gros plan grace aux amis de TF1 et du service public devrait peut etre nous le rendre sympathique pour noel ?

    Bon il avait joué un gros coup sur Copenhague , "le sort du monde" y etait en jeu et microman a montré tout son talent, toute la confiance qu’on pouvait avoir dans les anglo-saxons qu’il avait si vaillement defendu....
    Dur , dur.
    Allez, croyons y , l’operation Johnny devrait marcher ce coup ci.
    Pourvu qu’il meurre pour les fetes !
    Il faudra au moins ça pour faire intervenir Sarkozy deux fois à la Tv , la semaine de Noel !

    Le coupable est deja trouvé : un chirurgien !
    Toute la presse l’a deja presenté comme le coupable, il s’est fait cassé la gueule ce qui suggere le juste chatiment infligé par un fan !

    Bien le plan com est au point : finissez Johnny , le president s’est deja poudré le nez pour passer au 20 h00.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login /mot de passe

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.

Faites un don

Réclame

Réclame

sondage

Que retenez-vous du premier tour des Régionales ?


Voter

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site optimisé pour le navigateur Firefox. - Un site Infovox Network