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Accueil du site > Actualités > Politique > Jospin, la tentation du recours

Jospin, la tentation du recours

J’ai deux souvenirs précis de Lionel Jospin. En 1988, après sa nomination comme ministre de l’Education nationale dans le gouvernement Rocard, il avait donné une réception dans les salons de la rue de Grenelle, à laquelle étaient conviés les cadres et permanents du parti socialiste, avec lesquels il avait travaillé comme premier secrétaire. Les petits fours, s’étalant à profusion, donnaient dans la déréliction : seules quelques personnes avaient daigné répondre à l’invitation. La rue de Solferino semblait s’être fait porter pâle. Visage austère et impassible, Lionel Jospin n’a fait aucun commentaire. Si ses familiers le devinaient blessé, lui n’en laissait rien paraître. L’homme a de l’orgueil.
Serge Moatti a réalisé un excellent reportage sur Lionel Jospin lors de la campagne présidentielle de 2002. Sa caméra a dérobé une image de l’ancien premier ministre-candidat ajustant ses bretelles avant d’enfiler une veste. L’homme se révélait incertain, et hésitant. J’ai, d’ailleurs, toujours pensé qu’il a rencontré de grandes difficultés pour endosser l’image que ses conseillers avaient dessinée pour lui.
Ces deux traits de caractère se retrouvent parfaitement à la lecture du livre qui sort cette semaine en librairie (Lionel Jospin : Le monde comme je le vois, Gallimard 336 pages).
L’intention du propos est celle d’un homme qui entend élever le débat. Lionel Jospin ausculte le monde à l’aulne de son expérience et nous délivre sa (la ?) vérité, non sans se départir d’un ton moraliste qui ne l’a jamais vraiment quitté. Mais l’autocritique n’étant pas son fort, il persiste et signe.
S’il avait allégué un droit d’inventaire à l’encontre de François Mitterrand, Lionel Jospin ne sait l’appliquer à lui-même. Aussi revendique-t-il son bilan, regrettant, simplement, que le temps lui ait manqué pour peaufiner ses réformes. Quant au séisme du 21 avril 2002, la faute en reviendrait à la « tradition libertaire » d’une certaine gauche, qui n’a pas permis de rendre audibles ses propositions sur la sécurité.
En revanche, l’ancien candidat à la présidentielle se montre brillant, et a le trait acéré pour décrire l’émergence d’une nouvelle aristocratie financière « qui mêle les habitudes de l’ancienne bourgeoisie et les réflexes neufs d’une couche conquérante en sachant faire prendre ses intérêts par d’autres » entendez, par là, les médias, possédés par de grands groupes industriels.
Aucun règlement de compte ni acrimonie, vis-à-vis de ses petits camarades, qui ont fait les délices du dernier livre de Michel Rocard.
En revanche, les quelques pistes données pour sortir le pays de la crise, et rétablir un socialisme « éthique », restent dans le vague et ne sauraient constituer un programme de gouvernement laissant, ainsi, planer le doute sur sa réelle volonté d’émerger de son inactivité.
Evidemment, les exégètes ne manqueront pas de gloser sur la conclusion de cette vision jospinienne du monde : « voilà ce qui a conduit ma vie et la conduira », pour envisager le (non) retour de Lionel Jospin dans l’arène politique.
L’improbable retour
Car personne ne veut voir le simple effet du hasard éditorial, dans la sortie de l’ouvrage, à quelques semaines d’un congrès du P.S. qui s’annonce décisif pour l’avenir du parti. Les supputations sont d’ailleurs encouragées par les propos que François Hollande a tenus, dimanche soir sur Radio J, quand il n’a pas exclu une candidature de l’ancien Premier ministre à la présidentielle de 2007.
Pourtant, il n’est pas certain que Lionel Jospin ait encore pris une quelconque décision en la matière. Certes, depuis de Gaulle, nous avons l’art de peaufiner le culte du « recours » dans la vie politique française. Mais, pour que le premier secrétaire se résigne à en appeler à l’homme providentiel, il faudrait que le parti socialiste soit précipité dans une situation telle que, de toutes manières, sa légitimité à diriger le pays serait discutée.
Deux hypothèses pourraient, ainsi, se présenter. Soit, au congrès du Mans, la coalition du « non », réunie autour de Laurent Fabius, remporte les suffrages, et plonge le parti dans une zone de turbulences telle que toute perspective de rassemblement est exclue ; soit, François Hollande sauve (et c’est probable) son leadership, mais se montre incapable d’endiguer les velléités individuelles des nombreux candidats déclarés à la présidentielle, qu’une incertaine primaire ne saurait calmer. Dans les deux cas, les socialistes montreront leur impuissance à fédérer la gauche sur leurs propres valeurs, rendant improbable une revanche de l’ancien candidat à la présidentielle. Lionel Jospin ne peut l’ignorer. Raison suffisante pour qu’il hésite à s’engager dans une bataille à l’issue plus qu’aléatoire.
Alors, pourquoi ce livre qui, somme toute, ne nous apprend rien de neuf ? Peut-être tout simplement parce que, comme tout homme ayant connu les sunlights du pouvoir, Lionel Jospin ne se résout pas à goûter la rigueur des longues soirées d’hiver sur son île de Ré. L’ennui, ce mal d’aquilon taraudant l’horizon de tout politique à la retraite !
Ainsi, Lionel Jospin se montrerait-il un homme « fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui », comme le disait Sartre ? En un sens, c’est plutôt rassurant.

photo : AFP




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6 réactions à cet article    


  • michel lerma (---.---.63.52) 26 octobre 2005 22:33

    Moi,j’aurais du voter pour un candidat socialiste en 2002 mais le candidat présent n’avait RIEN dans son programme éléctoral de socialiste et il etait signé « made in Séguela » et celui-ci ciblé « la clientéle bobos,type cadre dynamique,riche et beaux » En plus dans ma vie quotidienne je passais par ma cage d’escalier pour rentrer chez moi et mon hall d’immeuble était squatté par des trafiquants de drogue et non des « jeunes desoeuvrés » sans parler de l’inpunité des pilleurs d’orodateurs mais pas l’inpunité des pv de stationnements suite au pillage de ses meme orodateur.....bref on va pas refaire l’histoire

    Donc quand on apporte rien au citoyen dans sa vie quotidienne mais qu’on laisse se dégrader un environnement social ,il faut pas repprocher au citoyen de se détourner d’un candidat qui ressemble « aux packages marketing » qui gére la ville de Paris aujourd’hui.

    Ce qui à existé à la legislative de 1997 n’existait plus en 2002

    N’etant pas un extremiste,j’ai pas été voté,comme des millions de personnes

    Je le regrette pas c’est l’histoire,il conviendrait que l’homme politique recherche les raisons de son échec et non de vouloir,comme le fait François Hollande ,de culpabilité l’électeur,car pour que les gens aillent voter pour un candidat socialiste ,ce candidat doit avoir un vrai projet de société,des idées et des réformes structurelles à proposer et aussi une vrai politique etrangere avec une vrai rupture avec tous ces dictateurs en Afrique

    Les américains ont laché les dictateurs en Amérique du sud (zone d’influence US) et on voit des pays devenu démocratques en plein développement économique et social,même chose pour les pays de l’Est avec la Russie ,mais la zone d’influence Française se trimbale encore avec des voleurs et des tyrans à la tête des pays africains et nord-africains qui mettent en faillite un continent entier et engendre le sous-développement et donc générent une émmigration de population (c’est normal ! les gens quittent la misère) vers les pays les plus riches.,chez nous ! On se retrouve donc avec des problemes communautaires et non politique car les pouvoirs politiques de ces régimes ne sont pas contesté.

    On subvention le déficit social de tous ces dictateurs.

    C’est pas en donnant le droit de vote des étrangers en France ,cher Lionel mais en se battant pour obtenir le droit de vote démocratique dans la zone d’influence française,la seule au monde ou sévi encore la misère,les dictatures

    Que Jospin reste sur son ile à faire du VTT c’est bon pour la santé

    L’avenir c’est de se mettre autour de Fabius , il me semble plus réaliste et surtout,il n’a pas « la culture troskiste » de donneur de leçon de moral

    Quand à la nouvelle aristocratie qu’il décrit dans son bouquin,il a du prendre des conseils aupres de ses amis « bobos » à la mairie de Paris,qui avec leurs travaux dans Paris de « revalorisation du patrimoine immobilier des riches » ont permis l’explosion des loyers sur Paris et dans l’Ile de France

    Non franchement ,ne revient surtout pas car tu ferais exploser le Parti socialiste et fuir les électeurs de gauche


    • jfg (---.---.100.169) 28 octobre 2005 02:04

      On ne peut envisager (le PS en tout cas ne devrait pas) le retour de L.Jospin sans avoir analysé les raisons de sa défaite aux présidentielles, qui me semblent trés simple :
      - 1- Il est difficile d’être candidat et de rester 1er ministre. Cette raison n’est pas la principale mais Liolio n’a pas su choisir.

      - 2- Les électeurs ont jugés qu’ils ferait un mauvais président. Je pense qu’il a été un 1er ministre parmis les tous meilleurs de la Vième. Mais jamais j’aurais cru qu’un premier ministre francais arrive à commettre autant de bètises en politique extérieure. Ca les électeurs l’ont parfaitement ressentis. D’autre part la décision d’inverser les scrutins (législative et présidentielle) a été catastrophique.

      Bref Lionel Jospin a un gros défaut : il est nul en politique.


      • Sylvain Reboul (---.---.47.62) 28 octobre 2005 16:19

        Le vrai problème du PS, dont je suis électeur depuis 68, est qu’il n’a pas su ou voulu expliqué que les recettes d’un socialisme national sont totalement obsolètes car absurdes dans un pays aussi ouvert sur l’Europe et le capital mondialisé, y compris (et surtout) les entreprises françaises les plus importantes en terme de ressource et d’emplois ; il n’ y donc pas, sauf catastrophe garantie, de possibililité de renationalisation de l’économie en vue de la soumettre a la volonté de l’état. Seul Jospin a eu le courage de reconnaître que l’état ne pouvait pas tout, tout en ajoutant justement qu’il fallait distinguer économie de marché et société de marché ; distinction qui justement limite le pouvoir de l’état au domaine de la vie sociale qui ne concerne pas seulement l’économie marchande : la santé , l’éducation, le sécurité sociale etc..

        Mais ce courage trop timide il l’a payé d’une défaite, or quiconque ferait rêver à un modèle socialiste et étatiste à la française, cher à la cohorte des fonctionnaires qui votent pour le PS, ferait exactement ce que Jospin à fait en privatisant comme jamais et risquerait, sans vouloir l’expliquer, de perdre comme lui toute crédibilité. Remarquons, du reste, que nul au PS ne demande de renationalisation, prudence oblige, mais tous maintiennent sauf Bocquel l’idée vague que l’état doit pouvoir toujours plus sur le plan économique en vue de réaliser une société plus juste.

        Il faudrait que le PS abandonne ses références neo-marxites étatistes qui qui n’ont pas grand chose à voir avec la pensée de Marx pour mettre en adéquation sa politique réelle et son discours dans le sens d’une sociale-démocratie libéralisée qui distingue soigneusement ce qui relève du secteur d’état, ce qui relèvent des entreprises privées ayant missions contrôlées de service public dans le cadre d’appels d’offre authentiquement concurrentiels et ce qui relève du seul secteur marchand. Il ne devrait pas non plus confondre, contrairement à tous les partis socialistes européens libéralisme et neo-libéralisme service public et monopole d’état, service public et intérêts corporatistes des fonctionnaires..

        On en est loin....

        Le rasoir philosophique : critique des fondements du droit libéral


        • ALSATOR 29 octobre 2005 22:59

          On connaissait les 3 « J » des Galeries Lafayette, on va bientôt connaître les 2 « J » du paysage politique français. Tour à tour, l’un par un livre, l’autre par une candidature aux élections législatives de 2007, Lionel Jospin et Alain Juppé, ont amorcé un « come-back ». Au-delà des hommes, de l’Histoire et de la justice, ce retour est symptomatique d’une vie politique française décevante et de son incarnation vieillissante.

          Lionel Jospin : un « Claude François » de la politique

          Ainsi les bonnes feuilles de son livre sortie, l’ex-Premier Ministre entonne-t-il encore cette antienne populaire de Claude François, « cela s’en va et cela revient ! ». Et il est coutumier du fait. Dans la Bérézina du 21 avril, je lui avais trouvé une « grandeur gaullienne » et je m’étais dit que l’homme méritait un chapeau bas pour ce courage politique. Enfin, un homme politique contemporain osait tirer les enseignements de ses actes et partait. Il ne fut pas long à revenir, pour soutenir le « Oui » et se prendre une fois encore la baffe électorale d’un peuple en colère. Je m’étais dit qu’il allait comprendre .... .Et bien non, il revient encore pour dans un livre donner d’autres leçons et presque annoncer à ses camarades que l’avenir socialiste n’est ni dans les querelles d’un couple royal, ni dans un pacs avec une charmante gauchiste.

          Tout cela est autant navrant qu’agaçant et finalement, je serais presque prêt à payer pour que le bac de l’île de Ré ne vienne plus sur le continent.

          Alain Juppé : le retour du fils prodigue

          D’un autre continent où il donne des cours, son inéligibilité passée, Alain Juppé annonce aussi son retour en politique, retour passant par la case députation. Là encore, je ne décolère pas ...

          L’homme fusible d’un système m’avait paru honnête dans son blog, sincère dans ces analyses et libéré de l’énarchie dont il est l’un des enfants. Je me disais qu’il méritait lui aussi un sage respect pour porter ainsi les pêchés d’autres personnalités ... Et je me disais que sa retraite pouvait aussi le bonifier et lui conférer un statut assagi .... Mais là encore ....La France dont les enfants sont au chômage n’en finit pas de prolonger l’âge de la retraite des politiques .

          Papy boom : le régime vieillesse

          Gageons que les « jeunes » Dominique et Nicolas n’apprécieront pas le retour d’un préféré de la famille, gageons qu’à gauche, les « amis » de Lionel aimeraient plutôt lui faire prendre l’air du large. Mais franchement, les Chirac, Le Pen, Rocard, VGE and co ne donnent pas de la France une image « jeune » dans le sein des nations européennes.

          Notre pays est victime du papy boom et c’est sa cohésion sociale qui explosera ! L’Alsace n’est pas en reste lorsque l’on mesure les combats des dernières élections sénatoriales ou ceux à venir des circonscriptions législatives et autres mairies. Les vieilles gloires rêvent de retour flamboyant, quitte à faire perdre leur propre camp !

          Ni Jospé, Ni Jupin : Changeons le peuple des élus !

          Mon propos n’est pas non plus de tomber dans un jeunisme rêveur, car je sais, comme Saez que l’on peut à la fois être « jeune et con » et depuis Georges Brassens, que « le temps ne fait rien à l’affaire ». Plus sérieusement, et quiconque a fréquenté les assemblées nationales et européennes se doit de faire la même réflexion que moi :

          Comment ne pas être étonné de la mixité d’âge des parlementaires de nos pays voisins, comment ne pas être étonné de voir des parlementaires de 30 à 40 ans partout sauf en France (mis à part certains protégés, héritiers ou accidents électoraux) ?

          Pourquoi les élus français s’accrochent-ils autant au mandat qu’une huître à son essaim ? Pourquoi, même battus, les élus alsaciens et français tentent-ils toujours l’éternel retour ?

          Toutes ces questions méritent réponses, toute cette fascination pour les has been aussi ! De droite ou de gauche, la France et l’Alsace offre un triste spectacle, celui d’un paysage politique tourné vers le passé, vétuste, et souvent poussiéreux, accroché au mandat et prêt à tout pour ne pas perdre ses avantages acquis et se battre pour conserver sa place au cœur des ors de la République plutôt que d’oser un vrai débat d’idées pour répondre aux maux qui touchent le peuple .....

          Mais ce peuple aussi a sa responsabilité, car c’est lui finalement qui met le bulletin dans l’urne et souvent, en conscience ou non, à la façon d’un fusillé qui armerait lui-même les armes de ses bourreaux.


          • albert (---.---.40.61) 2 novembre 2005 19:43

            Votez les Verts, les mecs !

            Sauvons notre planète, regardez autour de vous,on est en train de massacrer notre biotope.

            Et Jospin, est honnête, lui au moins, même s’il est trop sérieux, « stroupf grincheux ». Je le vois bien Président, avec La Royale ( la belle de Hollande, comme premier ministre .


            • claude (---.---.21.25) 16 novembre 2005 04:45

              la tentation du recours !!!!! au secours !!!! la république des instituteurs pour qui ça pose problème, ça fait sens ,que ça interpelle, avec cette horde de fonctionnaires qui distribuent l« argent des contribuables avec d ’autant plus d’entrain que ce n’est pas le leur ; la je prends la fuite..... Nous sommes bien bas !!! le réveil ne va pas tarder à sonner sous la pression des évènements d’ou qu’ils surgissent c »est ce qui me donne de l’espoir en l’avenir.... le serpent est en train de se mordre la queue...nous sommes en instance de mutation morale et intellectuelle ...

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